‹ Jean CalvinChapitre 52 sur 115 · VD · texte numérisé non relu

VD

Augoulûne. Tour Valois, (p. ;66.)

ANGOULÈME

Angoulème. Quartier de la rue de Genève (p. 367.)

Ici Calvin assista quelquefois au eu des discours qu'il avait écrits et qu'on

renforcé le contresens. Cependant on distingue bien la scène du jugement dernier: au-dessous du Christ, entouré des anges et des quatre évangélistes, sont les élus, le regard tourné vers le Sauveur. Ils occupent presque toute la largeur de la muraille. Aux extrémités seulement se trouvent trois ou quatre réprouvés.

Mais plus remarquable est l'intérieur.

{Page 373.) Ici tout est simple et si harmonique qu'on ne se doute pas de la grandeur de l'édifice, dont les coupoles rappellent le style de la cathédrale de Périgueux et de Sainte-Sophie de Constantinople 2.

te, et plus d'une fois ces voûtes retentirent isait en chaire 3.

Sous le pseudonyme'" de Charles d'Espeville, Calvin logeait, nous l'avons dit, chez son ami du Tillet, dont il avait, sans doute, fait la connaissance dans les collèges de l'Université de Paris s.

Louis du Tillet, fils d'un viceprésident de la Chambre des comptes de Paris, avait trois frères : i" Séraphin, valet de chambre de François Ier, et greffier en chef du parlement de Paris ( 1 5 1 8) ; 2° Jean, protonotaire et secrétaire du roi, qui succéda à Séraphin dans la charge de greffier (i53o). « Il s'appliqua, dit Bayle, avec une diligence merveilleuse à illustrer l'histoire de France, et Ton peut dire que personne n'avait encore manié ce grand sujet selon le plan qu'il se forma. Il s'acquit beaucoup de gloire par cette exacte connaissance de

l'intérieur du royaume ; » 3° Jean, Angoulème. La maison de la rue de Genève, (p. 367.)

1. Nous devons ce plan à l'obligeance de M. J. George, Receveur municipal, qui a bien voulu nous communiquer son travail encore inédit. — 2. La première travée (restaurée), date, paraît-il, du XIe siècle La seconde travée

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du même nom que le précédent et non moins érudit. « Il visita, par la permission de François Ier, les plus célèbres bibliothèques du royaume et en tira beaucoup de livres, et se mit par là en état de publier de beaux monuments de Tune et de l'autre antiquité. » En 1549, ^ édita « un vieux manuscrit qui porte le nom de Charlemagne, » et où le culte des images est vivement blâmé. On le soupçonna de calvinisme, et peut-être les traités de controverse qu'il écrivit ensuite eurent-ils pour but de le délivrer de ces soupçons. Il devint évêque de Saint-Brieuc en i553 et évêque de Meaux en 15621.

Louis du Tillet était le plus jeune. Il possédait déjà deux bénéfices : la cure de Claix et un canonicat clans la cathédrale d'Angoulême. C'est lui qui ouvrit à Calvin la demeure paternelle, vraiment faite pour lui, avec sa « longue galerie, meublée lors de trois à quatre mil volumes de livres, tant de manuscrits qu'autres2; » paisible et studieuse retraite, où, entouré de livres et d'amis, Calvin put passer quelques mois singulièrement heureux et féconds.

Le Réformateur reconnut la généreuse hospitalité de son bienfaiteur en lui enseignant la langue grecque, encore peu répandue. De là le surnom qu'on donna dans le pays au nouveau venu, « grec de Claix, » ou « petit grec. » « On l'appelloît ordinairement le grec de Claix, dit Florimond, du nom de son maistre curé de Claix, parce qu'il faisoit à tous coups parade de son grec, encor qu'il n'y entendoit pas lors beaucoup3. »

Comme Louis du Tillet était curé de Claix, il est naturel que Calvin ait logé chez lui, lui ait là donné des leçons, et se soit adonné à ses études clans un calme plus grand que celui d'Angoulême. Il y a encore l'église de Claix {Page 379) dont notre Réformateur a sans cloute plus d'une fois franchi le seuil. Partant d'une vieille bâtisse aux fenêtres en ogive, un couloir souterrain, aujourd'hui muré, conduisait sans doute de la maison à l'église. Cette vieille bâtisse serait ainsi le reste de la cure habitée par du Tillet et Calvin.

Après quelques mois de séjour et de travail dans ces diverses retraites, Calvin écrit à son ami Daniel'' : 0 La seule chose qui puisse t'intéresser pour le moment, c'est que je me porte bien, et que selon ma paresse, que tu connais (pro ea qnam nosii desidia)^ j'avance clans mes études. Et certainement la bonté de mon protecteur si grande, qu'elle s'adresse, je le comprends bien, aux lettres et non à ma personne, exciterait la mollesse de l'homme le plus inerte.... Je m'estimerais très heureux s'il m'est permis de passer clans un tel repos ce temps d'exil ou de retraite. Mais le Seigneur fera ce qu'il voudra, lui dont la Providence verra ce

et la troisième, le chœur, l'abside, le transept et la haute tour, qui surmonte le bras droit de la croix, sont du XII« siècle, ainsi que la façade jusqu'au niveau des voûtes. (Lièvre, o. c, p. 113.) — 3. Voir plus loin page 372. — 4. D'après P. Masson, il se serait fait appeler aussi Duparçan. Voir Appendice VIII : La pseiidonymie de Calvin. — .'i. On peut affirmer que cette liaison remonte à une époque reculée, car le Réformateur, dans sa première lettre à du Tillet, s'exprime ainsi : « Soiez asseuré que les premiers légers rapports n'auront pas telle puissance envers moy que de renverser l'expérience que j'ay eu de vous par si longues années. » (Lettre du 3 1 janvier 1 5 3 S. ) Herminjard, IV, p. 358, et n. 15. — Opéra, Xb, p. 146, n. 1. — Crottet, Correspondance française de Calvin avec Louis du Tillet, p. 10.

1. Dictionnaire de Bayle, 5= édition. — 2. Fl. de Rsemond, p. 885. — 3. Ibid., p. 883. — 4, Vers mars 1534 (M. S.), dit Herminjard, III, p. 156.

Angoulême. Façade de la cathédrale, (p. 368.)

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qui vaut le mieux. J'ai appris par expérience qu'il ne nous est pas permis de prévoir un trop long avenir. Tandis que je me promettais d'être tranquille, le danger que je ne craignais pas du tout était à la porte. Au contraire, quand je redoutais un séjour affreux {inamœnam sedem) un nid m'était préparé, dans la paix, contre toute attente. Et tout cela c'est la main de Dieu qui le fait. Si nous nous confions en lui, il veillera lui-même sur nous. Mais j'ai déjà rempli une page d'écriture ou de ratures. Adieu. Salue ceux que tu voudras1. »

On sait ce que Calvin entend quand il parle de sa paresse. Il était si assidu à son travail, « que souvent, dit Fl. de Raemond, il passoit les nuicts entières sans dormir, et les jours sans manger2. »

A quoi donc travaillait-il ainsi ? A ce qui devait être un jour Y Institution. « Angoulesme, dit encore Fl. de Raymond, fut la forge où ce nouveau Vulcan bastit sur l'enclume les estranges opinions qu'il a depuis publiées : car c'est là où il ourdit premièrement, pour surprendre la chrestienté, la toile de son Institution qu'on peut appeller l'Alcoran, ou plus tost le Talmud de l'Hérésie3. »

Et à mesure qu'il avançait, il faisait part à ceux qui l'entouraient du résultat de ses labeurs. Aussi bien était-ce un cercle digne de lui qui entourait l'ardent auteur du discours de Cop. Avec Louis du Tillet étaient Antoine Chaillou, prieur de Bouteville, qu'on devait appeler « pape des luthériens, » et l'abbé de Bassac, tous deux hommes de lettres, et le sieur de Torsac, frère du futur président Pierre de La Place, et La Place lui-même, qui (c'est lui qui nous l'apprend) entretint à Angoulême, sa ville natale, des rapports très affectueux avec Calvin4.

Pour plus de sûreté, le prieur de Bouteville, qui avait hors des portes d'Angoulême une maison nommée Girac , clans laquelle il faisait sa résidence habituelle, l'offrit à la petite compagnie. Elle devint le lieu ordinaire des rendez-vous. C'est là que furent tenues ces conférences auxquelles Fl. de Rasmond est contraint de rendre hommage, malgré lui, quand il écrit : « Toute la conférence, avec ces trois bons ecclésiastiques, n'estoit que par forme de dispute, pour chercher la vérité ; mot qu'il avoit ordinairement en bouche, à l'ouverture de quelque livre : Trouvons, disoit-il, la vérité5. » Une locution qui porte le sceau de son authenticité calvinienne : trouvons, et non pas cherchons, la vérité !

Tout en essayant de dire qu'à ce moment Calvin portait encore le « masque de catholique, » le même historien avoue qu'il se trouvait à l'église le plus rarement qu'il pouvait, et en définitive il ne lui reproche qu'une chose : de ne s'être livré à aucun exercice de religion contraire à la romaine. Il aurait cependant été employé par le chapitre pour prononcer quelques oraisons latines et l'aurait fait deux ou trois fois dans l'église Saint-Pierre. Mais très probablement il n'y a là qu'une confusion avec le récit de Bèze. Du Tillet pria Calvin « de coucher par escrit quelques formulaires de sermons et remonstrances chrestiennes : lesquelles il faisoit réciter au prosne par certains curez en ces quartiers là, à fin de

1. Opéra, Xt>, p. 37. Herminjard, III, p. 158. —2. Fl. de Rsemond, p. 884. — .'!, Ibid., p. 883. —4. Herminjard, III, p. 157. - î>, Fl. de Raymond, p. 889.

Angoulême. Intérieur de la cathédrale, (p. 369.)

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donner au peuple quelque goust de la vraye et pure cognoissance de son salut en Jésus-Christ1. »

Attestant la vivacité et la permanence des impressions laissées par le séjour de Calvin, beaucoup de récits plus ou moins légendaires nous ont été transmis

par les historiens du pays.

Il est naturel de croire que Calvin a été plus d'une fois à Saint-Saturnin (10 km. d'Angoulême), et tout à côté, au château de Chaillou, appartenant à Antoine Chaillou, le prieur de Bouteville 2. C'était un des trois ou quatre amis avec lesquels il vivait dans l'intimité : on peut penser qu'il le visitait à Saint- Saturnin 3 {Page 3j5) comme à Girac. On montre à Saint- Saturnin une pièce de terre appelée la Calvine. Elle porte ce nom dans un acte de 1700''. Du reste, en 1666, Drelincourt écrivait : « J'aprends qu'il y a une vigne que l'on appelé encore aujourduy la vigne de Calvin5. »

Plus sujette à caution, surtout avec ses enjolivements, est la tradition, cependant très enracinée, d'après laquelle Calvin se serait réfugié quelque temps chez des amis de la Réforme au château de la Roche-Coral (en face du mamelon sur lequel est bâti Angoulême, à 10 km. environ). Le château a été remplacé par une habitation moderne : mais on montre toujours les grottes de Calvin {Page 378), excavations d'abord naturelles, puis agrandies par la main de l'homme. « Elles sont au flanc d'un rocher à pic qui domine la Charente. On ne peut actuellement y parvenir qu'au moyen d'une échelle, et comme le château est isolé du rocher où elles sont creusées, on prétend qu'autrefois un pont-levis, partant du premier étage, servait à y conduire0. » On pénétrait ainsi clans une première chambre qui contient une cachette (les autres disent un saloir !). La seconde salle beaucoup plus grande a des fenêtres semi-circulaires, d'où la vue s'étend sur toute la vallée. Là est la chaire de Calvin, excavation à deux mètres au-dessus du sol. Il paraîtrait qu'autrefois

1. Opéra, XXI, p. 57. — 2. Le château de Chaillou existe encore, à côté de Saint-Saturnin, près de Hiersac, où se trouve, avec les restes de la vieille église, la maison qui fut, dit-on, habitée par Calvin. A côté est la vigne dite la Calvine. Géographie de la Charcute, par A. Joanne. — .3. Citons entre autres Desbrandes, ex-maire d'Angoulême qui, dans son Histoire [manuscrite) de l'Angoumois, en 1 8 1 2 , écrit, t. III, p. 240: « Ce qui peut avoir donné lieu à la tradition d'après laquelle Calvin aurait été curé de Saint-Saturnin, c'est que Calvin est allé réellement à Saint-Saturnin, et que, pendant le séjour qu'il y fit, il composa quelques sentences, qu'il grava sur certains écussons que l'on a vus sur le champ de la cheminée d'une salle haute de la maison dépendant de l'archidiacre. » — '1 . M. Paul Lambert a eu cet acte entre les mains. — S. Drelincourt, o. c, p 40. — <>. Michon, Statistique monumentale île la Charente, 1844, p. 241. — Voir Goguel, Histoire et statistique des Eglises reformées ou protestantes du département de la Chu/ente (1836), p. 23-28.

ANGOULÉME

les parois offraient des inscriptions latines. Enfin, la troisième salle, plus petite, appelée chambre de Calvin, présente à sa voûte des espèces de crochets auxquels on pourrait attacher des cordes. On a parlé d'un hamac pour les membres fati-

Angoulême. Saint-Saturnin, (p. 374.)

gués de Calvin! Qu'y a-t-il de vrai dans toute cette histoire? Y a-t-il quelque chose de vrai ?

Nous nous en tenons au jugement de M. Lefranc : « Encouragé et protégé par du Tillet, qu'il appelait lui-même son patron, il donnait libre carrière à son activité évangélique '. »

Eut-il occasion de rencontrer chez du Tillet un personnage plus illustre encore que ceux dont nous venons de parler, Rabelais? On sait, en effet, que l'auteur de Pantagruel a fréquenté l'hospitalière et érudite maison de la rue de Genève2.

1. L'Eglise réformée d'Angoulême fut « dressée par Jean de Voyon, sur la lin du règne de Henry II. » Elle crût rapidement, ne put plus s'assembler en secret, et commença « de prescher en plein jour au temps mesme du tumulte d'Amboyse et au milieu des plus grans feux. » {Histoire ecclésiastique, éd. Baum et Cunitz, I. p. 245). En janvier 1 5 6 1 , « le seul ministre au pays d'Angoulmoys, qui est assez de grande estendue » {Opéra, XVIII, p. 311. Lettre de Bouteiller à Calvin), tomba malade et on demanda un pasteur à Calvin. Celui qui viendra sera, écrit-on, « en lieu d'un fort bon aer, s'il y en a en France. » {Opéra, XIX, p. 139. Lettre de Dumont à Colladon.) — "2. Lelranc, Jeunesse de Calvin, p. 118. — Mais la rencontre d'Angoulème est plus improbable encore que celle de Paris. Nous avons

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A ce moment, le héros de la Réforme et le héros de la Renaissance auraient peut-être trouvé, sans trop de difficulté, un terrain non seulement de conversation, mais presque d'entente.

Dès la fin d'octobre 1 533, Calvin, racontant à son ami Daniel les histoires du collège de Navarre, parle de Pantagruel dont une nouvelle édition venait de paraître à Lyon. La Faculté de théologie l'avait censurée comme « ouvrage obscène, » avec quelques autres de la « même monnaie *. »

Un moment cependant les Réformateurs crurent que cet adversaire de l'obscurantisme serait un ami de l'Evangile et l'on trouve le Gargantua dans la bibliothèque d'Olivétan 2. A cette époque ( 1 533), a écrit M. Gebhart, Rabelais, qui traversait la période la plus indépendante de sa vie, incline véritablement au protestantisme3.

Notons quelques déclarations intéressantes :

Rabelais reproche au peuple de Paris d'être « tant sot, tant badault, et tant inepte de nature qu'un basteleur, un porteur de rogaton, un mulet avecques ses cymbales, un vielleux au mylieu d'un carrefour, assemblera plus de gens que ne feroit un bon prescheur évangélique 4. » — Grandgousier termine sa lettre à Gargantua par la salutation des évangéliques : « La paix de Christ, nostre rédempteur soyt avecques toy 3. » — L'inscription mise sur la grande porte de Thélème est ainsi conçue :

Cy n'entrez pas, hypocrites, bigotz, Vieux matagotz [fous], marmiteux boursouflés [tristes par affectation], Torcoulx [hypocrites], badaulx, plus que n'estoyent les Gotz,

Ny Ostrogotz précurseurs des magotz :

Haires [pauvres hères], cagotz, caphartz empantoufflez, Gueux mitouflez [qui portent mitaines], frapparts [moines déguenillés] escorniflez, Befllez [bernés], enflez, fagouteurs de tabus [artisans de querelles], Tirez ailleurs pour vendre vos abus.

Vos abus meschans Rempliroyent mes champs De meschanceté.

laissé Rabelais à Rome dans les premiers mois de 1534. Or de Rome Rabelais revint à Lyon, et fit paraître, en septembre 1534, une description de Rome antique, et la première édition (connue) du premier livre de la vie de Gargantua. Rabelais ne s'absente de Lyon (peut-être pour aller à Grenoble) que dans les premiers mois de 1535, et il retourne à Rome avec du Bellay, de novembre 1535 à avril 1536. Ni ces séjours, ni ces voyages ne lui permettaient de rencontrer Calvin. (Œuvres de Rabelais. Notice de Louis Moland.) Du reste la chronologie de la vie et des oeuvres de Rabelais est très compliquée et nous n'avons pas la prétention de l'élucider, ni de la fixer.

i. Opéra, X1', p. 29. — 2. Ibid. Xh, p. 367. Voir les notes de M. Herminjard sur cette bibliothèque. (III, p. 14 ss.) c La bibliothèque d'Olivétan, formée en vue de sa traduction de la Bible, était plus riche en ouvrages

théologiques récents qu'aucune autre de la Suisse romande Ces renseignements feront apprécier le soin extrême

qu'Olivétan avait mis à s'entourer de tous les secours nécessaires. >> A propos du volume de Rabelais, M. Herminjard ajoute: « Cet exemplaire du Gargantua était certainement l'un des livres dont Fabri disait à Calvin: «J'ai gardé pour le prix indiqué beaucoup de volumes profanes et peu pudiques, desquels je pourrai, comme je l'ai appris d'Olivétan lui-même, retirer quelque fruit. » Ibid.., p. 23. — 3. Gebhart. Rabelais, la Renaissance et la Réforme, p. 82. — 4. Oeuvres, I, xvn. — V>. Ibid., I, xxix.

ANGOULÈME

Et par faulseté Troubleroyent mes chants Vos abus meschans.

Cy entrez, vous qui le sainct Evangile

En sens agile annoncez, quoy qu'on gronde.

Céans aurez un refuge, et bastille

Contre l'hostile erreur, qui tant postille [court en poste] Par son faulx style empoisonner le munde. Entrez, qu'on fonde icy la foy profunde, Puis qu'on confonde, et par voix et parollc, Les ennemys de la saincte parolle.

La parolle saincte

Ja ne soit exteincte

En ce lieu tressainct.

Chascun en soit ceinct.

Chascune ait enceinte

La parolle saincte '.

■ — - Après la lecture de « l'énigme en prophétie, » gravée sur une grande lame de bronze, et trouvée aux fondements de l'abbaye de Thélème, « Gargantua souspira profondément et dist ès assistans : Ce n'est de maintenant que les gens réduictz à la créance évangélique sont persécutez ; mais bien heureux est cellui qui ne sera scandalizé et qui tousjours tendra au but, au blanc que Dieu, par son cher filz nous a préfix2. » — ■ Grandgousier fortifie sa femme Gargamelle en lui citant l'Evangile : « Nostre Saulveur dict en l'évangile Joannis 16.... Ha (dist-elle) vous dictes bien, et ayme beaucoup mieulx ouyr telc propoz de l'évangile, et mieulx m'en trouve, que de ouyr la vie de Saincte Marguerite, ou quelque autre capharderie 3. » — Ponocrates, à peine Gargantua est-il éveillé, à 4 heures du matin, lui fait lire « quelque pagine de la divine Escripture, haultement et clérement, avec pronunciation compétente à la matière. » Puis le « précepteur répétoit ce que avoit esté leu; luy exposant les poinctz plus obscurs et difficiles4. » — Rabelais blâme à sa manière les supplices : « De là Pantagruel vint à Thoulouse, où aprint fort bien à danser et à jouer de l'espée à deux mains, comme est l'usance des escholiers de la dicte université ; mais il n'y demoura guère quand il vit qu'ilz faisoyent brusler leurs régens tout vifz comme harans sorelz [saurs], disant : Ja Dieu ne plaise que ainsi je meure, car je suis de ma nature assez altéré, sans me chauffer davantaige J. » — Pantagruel, au moment de combattre les géants, fait vœu, s'il est vainqueur, que partout où il aura puissance et autorité il fera « prescher le sainct Evangile, purement, simplement et entièrement : si que les abus d'un tas de papelars et faulx prophètes, qui ont par constitutions humaines et inventions dépravées envenimé tout le monde, seront d'entour luy exterminez 6. »

On pourrait ajouter d'autres citations encore à celles-là : A quoi bon ? Voilà

1. Oeuvres, I, liv. — 2. Ibid., I, lviii. - — 5. Ibid., II, v. — <i. Ibid., II, xxix.

•'î. Ibid., I, vi. Passage supprimé en 1542. —

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