‹ Jean CalvinChapitre 53 sur 115 · Ibid., I, xxiii · texte numérisé non relu

Ibid., I, xxiii

VOYAGES A TRAVERS LA FRANCE

La grotte de Roche-Coral. Extérieur, (p. 374.)

le premier Rabelais, le Rabelais des deux premiers livres (car les cinq livres de son œuvre forment non pas un, mais cinq ouvrages, s'échelonnant pendant trente ans, à des moments très divers de la Renaissance), le Rabelais ami de

Budé, contemporain intellectuel des Marguerite et des Marot *.

Mais 1 neure de la décision sonne. En 1 535, la persécution éclate. Il faut braver le martyre. Rabelais cherche des patrons parmi les cardinaux. Il réimprime ses deux livres 2, en les expurgeant des mots mal sonnants tels que sorbonistes^ sorbonagres, sorbonicoles 3, et il publie son troisième livre, 1546. Le gallican reste : le protestant s'évanouit.

Alors Calvin s'exprimera sévèrement sur le compte du grand moqueur, dans son traité des Scandales (1 5 5o). « Les autres comme Rabelais, Degovea, Despériers... après avoir gousté l'Evangile (gustato evangelio) ont esté frappéz d'un mesme aveuglement. Gomment cela est-il advenu, sinon que desja ils avoient profané ce gage sainct et sacré de la vie éternelle par leur outrecuidance diabolique » [le latin dit : par une audace sacrilège dans la plaisanterie et dans le rire; sacrilega îudendi, aut ridendi audacia 4].

Naturellement Rabelais ne voulut pas être en reste avec Calvin et une fois, une seule, et ce fut assez, il le nomma, dans son quatrième livre (ch. XXXII), publié en 1 553. Il parle de l'Ile farouche (sans doute Genève) ; il parle de Physis (la nature) et d'Antiphysis. La nature a enfanté la beauté et l'harmonie. Jalouse, Antiphysis se hâte d'enfanter Discordance, et autres monstres: ils avaient la tête sphérique, « les oreilles hault enlevées, grandes comme aureilles d'asne, »

Ancien Château

etc. Et voici la nn. « Depuys elle engen- 1 1 j \

cira les matagOtz, cagOtZ et Papelards, La grotte de Roche-Coral. Intérieur, (p. 374.)

les maniacles Pistoletz, les démoniacles

Calvins, imposteurs de Genève, les enraigez Putherbes, Briffaufx, Caphars, Chattemittes, Canibales et aultres monstres difformes et contrefaicts en despit de nature 5. »>

Plan

des orottes de Roche-Coral

1. Gebhardt, p. 89. — G. Lanson. Histoire de la littérature française, 2™ édition, 1895, p. 249. — Vers la fin de 1532, Rabelais réédita « les grandes et inestimables chroniques du grant et énorme géant Gargantua, » ce qui lui

ANGOULÈME

La rupture était radicale: elle était encore plus naturelle. Il n'y avait aucun rapport entre l'obstiné rieur et l'austère Réformateur; — entre le chercheur du « grand peut-être » et le défenseur de la « très certaine vérité de Dieu; » — entre le fondateur du culte, souvent obscène, de la nature, de l'humanité raisonnable et non corrompue, et le prédicateur infatigable du péché originel, de la chute, de la corruption radicale et du salut uniquement en Christ; — entre le philosophe qui avait pris pour devise « fais ce que voudras » et le chrétien qui avait mis en pratique la maxime : « en sacrifice, j'immole mon cœur au Seigneur. »

donna l'idée de son propre ouvrage. Vers le commencement de l'année 1533, voulant leur donner une suite de sa façon, il publia Pantagruel. « Les horribles et espouvantables faits, etc. » qui est aujourd'hui le livre II. Plus tard, en 1535, trouvant l'entrée en matière trop inférieure à la suite, il donna Gargantua : « La vie inestimable, » qui est le livre I actuel. Stapfer, o. c, p. 31. — "2. M. Stapfer s'exprime ainsi: « On a dit et j'ai répété, un peu vite peutêtre, que la tendance protestante disparaît de l'œuvre de Rabelais avec le troisième livre publié en 1546. J'avoue qu'après avoir repassé à ce point de vue cette portion de l'ouvrage, je crois devoir faire quelques réserves, plus ou moins importantes. » C'est ainsi que le IV me livre contient le discours du petit diable au laboureur de Papefiguière, où l'on lit : « De faict Lucifer se paist, à tous ses repas, de farfadetz pour entrée de table. Et se souloit desjeuner d'escholiers. Mais (las!), ne scay par quel malheur, depuys certaines années ilz ont avecques leurs estudes adjoinct les sainctes Bibles. Pour ceste cause plus n'en pouvons au diable 1 un tirer. Et croy que si les caphards ne nous y aident, leur oustans par menaces, injures, force, violence et bruslemens leur sainct Paul d'entre les mains, plus a bas n'en grignoterons. » Rabelais, IV, xlvi.) — S. Dans l'énumération des êtres « abuseurs et séducteurs » qui osent contester que son livre est « sans pair, incomparable et sans parragon, » ce qu'il maintient « jusques au feu exclusive, » Rabelais ajoute les prestinateurs (prédestinaciens) et emposteurs. » (Prologue du livre II). — 4. Opcra, VIII, p. 45. Opuscules, p. 1182. — 5. Œuvres de Rabelais, IV, xxxn.

Eglise de Claix. (p. 370.)

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