LA LETTRE DE NOYON
avoir été en relation, spirituelle tout au moins, et assez intime, avec Bucer. Avec les coutumes du temps, peut-on supposer qu'il n'ait pas été aussi en relation épistolaire ?
Ne pouvant trouver pour la lettre une place convenable, M. Lang déclare le mystère impénétrable, pour le moment, et suspend son jugement.
Ce qui prouve du reste jusqu'à quel point la fixation du millésime de cette lettre dépend de l'idée que l'on se fait des sentiments de Calvin, ce sont les lignes suivantes, qu'avec sa loyauté si scrupuleuse, M. Herminjard a bien voulu nous adresser : « Si alors j'avais connu dans son entier le discours de Cop, j'aurais peut-être choisi comme date vraisemblable 1533. »
Appendice N° VIII.
PSEUDONYMIE DE CALVIN1
i. Calvinus. — 2. Alcuinus. — 3. Lucanius. — 4. Passelius. — 5. Despeville. — 6. D'Apremont. — 7. J. de Bonneville. — 8. Deparçan. — 9. Chambardus. — 10. Les cachets. — 11. Adresses Cauvin, etc. — 12. Adresses Passelius, etc. — 13. Adresses Despeville, etc. — 14. Adresse Calphurne.
1. Calvinus, Calvin. Nous avons vu que le nom de famille de notre Réformateur était Jean Cauvin. Par conséquent Calvin peut être regardé comme son premier pseudonyme. C'est l'idée qu'ont eue ses anciens biographes catholiques, et ils ont trouvé, dans ce fait, l'occasion des plus étranges suppositions et des plus vifs reproches.
Déjà P. Masson remarque que le Réformateur avait abandonné le nom de sa famille pour prendre celui de « Lucius Calvinus, citoyen romain. » Or voici, d'après Le Vasseur (p. 1 157), tout ce que signifiait ce changement : « Il se fit appeler Calvin à l'exemple de Domitius Calvinus, consul romain, qui estant venu à main forte en nos Gaules, empourpra les eaux du Rosne du sang de nostre nation, que ce jeune boutefeux a bien sceu imiter en son temps. » Quelle imagination !
Tout le monde sait qu'il était de mode, au XVIe siècle, de traduire son nom en latin ou en grec, ou tout simplement de le transformer, pour le rendre plus significatif. Le père de Luther s'appelait Luder. Le père d'Œcolampade s'appelait Hausgen. (De Hausgen, qui ne signifiait rien, on fit d'abord « Hausschein, » qui signifiait lumière de la maison, et puis on traduisit l'allemand en grec). Schwarzerd (Terre noire) vit son nom traduit en grec par son grand- oncle, Reuchlin, et ce fut Mélanchthon, etc., etc. Drelincourt a expliqué très simplement pourquoi Cauvin est devenu Calvin. « Au fond, dit-il, le changement d'une lettre arrivé au nom de Calvin n'est pas considérable, et même il se peut dire qu'il est nul. Et de fait, ayant à traduire en latin le nom de Cauvin, pour lui donner un air et une termination convenables au génie de cette langue-là, on ne l'a pu traduire autrement que par Calvinus. Or les premiers ouvrages de cet homme de Dieu, ayant esté écrits en latin, et estant connus par tout par ce nom de Calvinus, si, lorsqu'il a écrit
1. Sur la question de la Pseudonymie de Calvin, il faut lire le petit livre de Liebe, tuut à fait remarquable pour l'époque où il fut écrit, et très utile encore à consulter : Chr istian Sigismundi Liebii, serenissiino Duci Saxo-Gothano ab Epistolis, Diatribe de Pseudonymia Jo. Calvini, in qua iis quœ Petrtis Balius, Bailletus, aliiqtte de hoc argumente tradiderunt, sub examen vocatis, idem illud uberius illustratur, et episiolœ anecdotœ XXVII Jo. Calvini aliortonque ad eum ipsvôovvfiuç. dater mine primum in Incem eduntiir. — Amstelœdami, apnd Wetstemos MDCCXXIII.
PSEUDONYMIE DE CALVIN
en François, il eust pris un autre nom que celui de Calvin, l'on eut creu que l'ouvrage eust esté d'un autre auteur, et cela eust fait grand tort au Public et aux imprimeurs1. »
Nous donnons ici quelques fac-similés des signatures Calvinus et Calvin. On verra comment Calvin a varié sa signature, l'accompagnant, ou non, de son prénom, et abrégeant ce prénom et ce nom de toutes les manières possibles. En même temps nous donnons quelques exemples des souscriptions dont notre Réformateur accompagnait sa signature. La forme la plus fréquente est Joannes Calvinus tntis. Mais combien de nuances Calvin sait mettre dans l'expression de ses sentiments!
A. Première lettre de Calvin (c'est-à-dire première lettre dont l'autographe nous a été conservé, et qui se trouve munie d'une date indiscutée) 2.
B. Lettre à Libertet (Fabri) du 11 septembre 1535. (Signée: Martianus Lucanius tuus.) Voir plus loin, p. 565, le fac-similé au pseudonyme Lucanius.
C. Lettre à Viret, du 23 avril 1537 3. (Signée : Calvinus.) ' '^l^ ^^- **~ ^p^J-^Mj y/j^Si
D. Lettre à Farel, du 4 août 1538 *. (Signée : Calvinus tuus.)
1. Drelincourt, o. c, p. 202. — 2. Voir plus haut, p. 328. — 3. Bibliothèque de Genève, m.'J. 106, f. 8. Opéra, X1', P- 95- — 4. Ibid., m. 1. 106, f. 16. Opéra, Xb, p. 230.
APPENDICE VIII
E. Lettre à Viret du 10 avril 1541 (Signée : Tu us J. C.)
F. Lettre à Farel, du 11 ruai 1541 2. (Signée : /. Cal. tuas.)
G. Lettre à Farel, du n juin 1 541 . (Signée: Passelius tuas?) Voir plus loin, p. 565, le facsimilé au pseudonyme Passelius.
H Lettre à Viret du 13 août 1541 3. (Signée : Joan. Cal. Unis?)
I. Lettre à Farel, du 29 novembre 1 541 . (Signée : Jo. Cal. tans.)
1 . Bibliothèque de Genève, m. I. 106, f. 58. Opéra, XI, p. 182. — 2. Ibid., m. 1., 106, f. 62b. Opéra, XI, p. 216. — 3. m. 1., 106, f. 68'-. Opéra, XI, p. 263. — 4. m. 1., 106, f. 73. Opéra, XI, p. 351.
PSÈUDONYMIE DE CALVIISt
/. Lettre à Viret, du mois d'août ou de septembre 1542 '. (Signée : Joan. Calvinus iuus.)
A'. Lettre à M. de Falais, du 24 juin 1544. (Signée : Vostre serviteur, humble frère et entier amy à jamais, Charles Despeville.)
Voir plus loin, p. 565, au pseudonyme Despeville.
L. Lettre à Luther, du 21 janvier 1545 2. (Signée: Ioannes Calvinus tuus.)
M. Lettre à M. de Falais, du 16 avril 1546 3. (Signée : Vostre humble serviteur et frère en nostre Seigneur Jésus, Jehan Calvin.)
AT. Lettre à Naegeli, du 12 janvier 1547 *. (Signée: Vostre humble serviteur, Jehan Calvin.)
1. Bibliothèque de Genève, m. 1. 106, f. 85. Opéra, XI, p. 443. — 2. Ibid., m. f. 196, f. 70. Opéra, XII, p. 8. — 3. Ibid., ni. f. 194, f. 29 b. Opéra, XII, p. 333. — 4. Ibid., ni 1. 106, f. 182. Opéra, XII, p. 470.
At>PENt)ICE Vllt
0. Lettre à M. de Falais, du 17 juillet 1548 l, (Signée : Jehan Calvin, couché.) La signature seule est de Calvin, qui dictait sans doute de son lit.
P. Lettre à M. de Falais, de 1 552-. (La lettre n'a pas de date, elle est signée : Rostre serviteur, Jehan Calvin.)
Q. Lettre à Farel, du 14 octobre 1553 3. (Signée: Joannes Calvinus, Mus titus.)
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R. Lettre à Viret, du 30 mars 1556 4. (Signée : Joannes Calvinus vester.)
S. Lettre à M. de Passy, du 24 janvier 15625. (Signée: Vostre serviteur et humble frère.) — M. de Passy est Jacques Spifame, seigneur de Passy en Nivernais, ancien évêque de Nevers, alors ministre à Issoudun. (Voir plus haut, p. 170.)
1. Bibliothèque de Genève, m. 1. 194, f. 78. Opéra, XIII, p. 9. — 2. Ibiti., m. 1. 107 a, f. 338 . Opéra, XIV, p. 450. — 'i. Ibid., m. I. 107 a, f. 62. Opéra, XIV, p. 641. — i. Ibid., m. 1. 107 \ f. 130. Opéra, XVI, p. 86. — 5. Jbid., m. 1. 107, f. 142. Opéra, XIX, p. 263.
PSEUDONYMIE DE CALVIN
T. Lettre à Bullinger, du 6 avril 1 564 4. (Signée: Joannes Calvinus tans.) Nous aurions voulu donner la dernière lettre de Calvin, au moins la dernière de celles qui nous ont été conservées, celle du 2 mai 1564, à Farel. Mais il n'en existe plus que des copies postérieures. Du reste, depuis plusieurs mois, Calvin dictait toutes ses lettres, et nous donnons le fac-similé de la dernière dont le texte, écrit par le secrétaire de Calvin, nous soit parvenu.
2. Alcuinus, anagramme de Calvinus. Ce nom d'Alcuinus se trouve sur quelques exemplaires de la seconde édition de Y Institution latine.
Le P. Garasse, jésuite d'une triste célébrité, né à Angoulême en 1585, et qui publia, en 1623, sa Doctrine curieuse-, dit : « Le plus insigne affronteur de tous les hérésiarques en matière de desguisemens a esté Jean Calvin, lequel, sur le commencement de sa révolte, agité d'un esprit remuant et ayant peur de son ombre, changea plus souvent de nom que de chambre. Car, l'an 1539, ayant à demy léché le petit oursat de ses premières Institutions, il les présenta au roi François Ier sous le nom de Joannes Alcuinus. » Le P. Garasse semble vouloir dire que l'édition de 1539 est signée Alcuinus. C'est inexact. Quelques exemplaires seulement de cette édition portent sur le titre: autore Alcuino, et en tête de la dédicace à François Ier: Alcuinus. On ne peut savoir si le choix de ce pseudonyme doit être attribué à l'auteur ou à l'éditeur. Il s'agissait évidemment de faciliter l'entrée du volume en France.
L'année suivante ( 1540), nous voyons, dans une lettre de Pierre de la Place, Louis du Tillet et Pierre de la Place lui-même, s'adressant à Calvin, appeler l'Institution chrétienne, l'œuvre d'Alcuin3. Mais les exemplaires ainsi signés durent être rares, car ils sont devenus rarissimes, et leur existence a été souvent mise en doute. Un célèbre bibliographe a pu dire qu'ils étaient plus rares « que les corbeaux blancs. » M. Herminjard en possède un qui a servi à la reproduction ci-jointe 4.
1. Bibliothèque de Genève, m. 1. 107, f. 142. Opéra, XX, p. 284. - 2. Voir Bayle, Dictionnaire, article Calvin, B. B. — 3. Herminjard, VI, p. 247, n. 8. Opéra, XIII, p. 680. — i. Johannes Vogt. Catalogus historico-criticus librorum rariorum. Harnburg, 1738, p. 158. « Jo. Calvini Institutiones religionis christianee, Argentorati 1539, per Rihelium, in-fol. Rarissima est hsec editio, et, prte primis illa istius editionis exemplaria albis corvis rariora sunt quae, loco Jo. Calvini, Alcuini nomen in fronte gerunt. Non desunt inter eruditos primi ordinis viri qui existentiam hujus modi exemplarium negare
APPENDICE VIII
INSTITVTÏO CHRÏ
ST1ANAE RF.LJGIONIS NVNC «arc demum fuo cituîo refpondens.
Cum Indice locupkriffimc.
Quoulcp Dorninr.
i^TrfPittorMp'r Vuencklinum Rihçliiim.
Mente Aiijnifto f. :: jj o m. d. x j
2ll<-' édition de l'Institution chrétienne. (Grandeur de l'original, 33 cm. X 20 3/4 cni.J
3. Lucanius, autre anagramme de Calvinus. L'existence de ce pseudonyme a été contestée autrefois, par Morus. Bien à tort, puisque Calvin lui-même, selon la remarque déjà faite par Henry déclare s'en être servi : « Quelque fois, dit-il, escrivant en privé à mes amis, de peur que mon nom les mist en quelque danger, j'avoye renversé les lettres d'iceluy, et au lieu de Calvin m'estoye nommé Lucanius. Le bon défenseur de la République [Baudoin] en fait une accusation contre moy, et quant et quant y meslant le nom de Lucian, tasche en passant de me mettre sus une infamie, en tournant le nom de Calvin en Lucian.... Il seroit bien plus tollérable de rencontrer
audent, quam nuper etiam celeberrimus Jacobus Basnagius in dubium vocavit, iisdem fere argumentis , quibus Baelius usus fuerat » Il en existe aussi un exemplaire dans la bibliothèque de M. Ch. Schrœder, ancien pasteur, à Lausanne, Nous en avons vu un autre dans la New Collège Library, à Edimbourg. 1. Henry, o. c. I. Appendice, p. 31.
PSEUDON YMIE DE CALVIN
sur son nom, quand au lieu de Balduin on l'appelleroit Badin1. » Ainsi pour cette calomnie, comme pour tant d'autres, Baudoin a ouvert la voie aux pamphlétaires catholiques.
Nous donnons le fac-similé du pseudonyme de Calvin, d'après la lettre conservée à la Bibliothèque des pasteurs de Neuchâtel-.
4. Carolus Passeliits est peut-être le plus ancien pseudonyme de Calvin. On le trouve déjà au bas d'une lettre de 1 5 3 2 :î, et les éditeurs des Opéra se demandent si Calvin n'était pas connu sous ce nom par ses camarades d'Orléans. Il est certain que notre Réformateur s'est servi de ce pseudonyme jusqu'à la fin de sa vie'p.
Nous reproduisons la signature d'une lettre écrite de Ratisbonne5.
5. D'Espcville, que Bolsec et le P. Garasse transforment en Heppeville, Hapeville. On va comprendre pourquoi : « Depuis l'an MDL, écrit Garasse, il se fit appeler par les siens Charles de Happeville, qui fut un augure fatal, dit Mathieu Launoy en sa réplique, que Calvin et les siens dévoient un jour happer et prendre les villes par trahison et surprise, et se cacher dans nos murs, comme l'expérience de cinquante ans nous a lait voir aux despens de tant de noble sang, qui s'est espanché pour faire désemparer ces perfides des places qu'ils ont tenu jusqu'à maintenant0. »
Liebe fut le premier qui prouva l'usage de ce pseudonyme en publiant dix-huit lettres adressées
L Respousr aux injures de Balduin. Opéra, IX, p. 576. Opuscules, p. 1987. — 2. Bibliothèque des pasteurs de Nettchâtel. — Opéra, X1', p. 52. Lettre de Calvin à Libertet (Fabri), du 11 septembre 1535. — A la même époque ses amis lui écrivaient aussi: Martiano Lucanio. Ibid., p. 45. — Voir Jbid., p. 63. — 3. Il n'existe que la copie de cette lettre, par Pierre Daniel. Opéra, X1', p. 24. — l. Opéra, XIX, p. 226, lettre du 31 décembre 1561 (pridie calendas Januarii 1562), signée Carolus Passelius tuits, et adressée « à Monsr. et bien aimé frère M. de Besze. » — 5. Bibliothèque de Genève, m. 1. 106, f. 64. Opéra, XI, p. 236. Lettre à Farel, du 11 juin 1541. — 6. Liebe, p. 16.
APPENDICE VIII
à M. d'Espeville. Il ne connaissait point encore de signature. La première fut découverte par Mosheim. Henry en trouva une foule à Genève. « Il semble, dit-il, qu'on ne découvrit jamais qu'il était ce d'Espeville. Autrement, il n'aurait pas écrit sous ce pseudonyme, jusqu'à la fin de sa vie, aux martyrs, à la duchesse de Ferrare, comme à la reine de Navarre '. »
Ce pseudonyme se rencontre, pour la première fois, dans une lettre de Calvin à Du Tillet : « De Villefranche [Genève], ce dernier de janvier [1538], vostre humble serviteur et frère, Charles D'espeville2. »
Nous avons donné, grâce à M. Lefranc, (voir plus haut, p. 38) l'explication de ce pseudonyme, dont nous reproduisons ici un des fac-similés3:
6. D'Aspremont. M. Herminjard4 a signalé celui-ci, qui a une origine analogue, et qui se trouve dans la suscription d'une lettre d'Antoine Fumée (en latin Capnius) à notre Réformateur: « A Monsieur, Monsieur Dépeville. A Monsr' Monsr. Despeville, Seigneur d'Apremont. » Ainsi on écrivait Despeville de deux manières différentes, sur la même adresse. Eppeville et Apremont sont deux localités qui existent encore en Picardie, et qui, au temps de Calvin, étaient qualifiées de seigneuries. Antoine Fumée pouvait connaître ces détails, parce qu'il avait été à Orléans, en pension chez Nicolas Duchemin, et, là, avait probablement rencontré Calvin lui-même. Il le retrouva encore à Paris5.
1. Henry, o. c, I. Appendice, p. 32. — 2. Opéra, Xh, p. 151, n. 28. Les éditeurs ajoutent: « Le choix du pseudonyme doit cependant remontera une époque antérieure. » — 3. « Vostre serviteur, humble frère et entier amy à jamais, Charles d'Espeville. » — Bibliothèque de Genève, 194, f. 15. Opéra, XI, p. 737. — 1. Lettre de la fin de 1542. Herminjard, VIII, p. 233 et n. 10. C'est par erreur de lecture que les Opéra, XI, p. 490, donnent « seigneur dapant, » au lieu de « seigneur d'Apremont. » — 5. Herminjard, VIII, p. 228-229. — Ajoutons que Jean d'Aspremont était le nom du seigneur qui épousa, en 1521, la sœur des deux amis de Calvin, Joachim et Ives d'Hangest. (Voir, plus haut, Appendice II.)
PSEUDONYMIE DE CALVIN
7. /. de Bonneville. Dans le volume de la Bibliothèque de Genève (m. lat. 107), on trouve deux lettres de Calvin, écrites de la main de Joinvilliers, son secrétaire.
Ni la première lettre, ni la seconde, ne portent d' en-tête ; l'une, celle à Madame de Canny, du 7 juin 1553, commence par « Madame » et l'autre, à une dame captive, du 13 septembre 1553, commence par « Mademoiselle. »
La seconde de ces lettres n'est pas signée. La première est signée: J. de Bonneville1. On dirait que Joinvilliers a essayé d'imiter la signature en la reproduisant.
Bonneville est un des noms sous lesquels on désignait souvent Genève. Jean de Bonneville équivaut donc à Jean [Calvin] de Genève.
8. Deparçan ou Deperçan. C'est à Angoulême que Calvin se serait caché sous ce pseudonyme ; du moins Sponde et le frère de P. Masson l'attestent. C'était le moment, dit Sponde, où il compilait son « Institution pestilentielle. » Il ajoute: « Aussi longtemps qu'il resta à Angoulême, il voulut paraître extérieurement catholique.... Il se faisait appeler Deparçan-. »
9. Chambardas. Ce pseudonyme se trouve dans la suscription d'une lettre adressée par Claude Baduel à Calvin, et publiée Opéra, XX, p. 397. A ce propos se pose une série de questions, petites et cependant curieuses.
Il y a au musée Calvet, à Avignon, un manuscrit (N° 1290), dont voici le titre : « Epislola familiares C. Badaelli. Joanne Fontano interprète. Nemansi. Jam recens optimis quibusq. exemplaribus collatis emendatw. » Une main postérieure a barré le mot interprète, et l'a remplacé par le mot collecta. Elle a mis de plus un A avant Joanne. Les 124 lettres sont suivies de 15 discours.
Ce manuscrit est du XVL siècle, et Jean Fontayne fut l'élève le plus dévoué de Baduel 3.
Parmi les 124 lettres, s'en trouvent quatre adressées à Calvin : et de ces quatre, trois ont été reproduites dans les Opéra, d'après les manuscrits originaux (actuellement à la Bibliothèque de Genève) ; la quatrième, pour laquelle on n'a pas de manuscrit original, a été reproduite d'après la copie d'Avignon.
Il y a lieu d'examiner le texte de ces quatre lettres d'un peu plus près.
i° Lettre de mars 1550, d'après une conjecture des Opéra, XIII, p. 532. — Bibliothèque de Genève, m. 1. 115, f. 14. — Avignon, copie, p. 115.
Original : « Doctissimo viro atque optimo homini D. Carollo Fasello amico singulari in Dominoque diligendo. Hieropoli. » — Copie : « C. B. Joanni Chambardo. S. P. D. »
Original : « subduxit ; » Copie : « seduxit ; » Original : « totum, » Copie : « totam ; » Original : « fides, » Copie : « fides singularis, » etc.
Voici qui est plus important. Original : « In eo génère officii et caritatis adjuvetis, etc. » Copie supprime neuf lignes qui suivent, mais ajoute : « Nemausi, X August. »
2° Lettre du 10 juin4 1550, Opéra, XIII, p. 587. — Genève, m. 1. 115, p. 20. — Avignon, Copie, p. 94, 2.
Original : « Doctissimo atque optimo viro D. Carolo Paselio amico singulari. Hieropoli. » Copie : « C. B. Ioanni Chambardo. S. P. D. »
1. Bibliothèque de Genève, m. 1. 107, toi. 44 verso. Opéra, XIV, p. 558. « C'est la seule fois, disent les éditeurs, que nous avons rencontré ce pseudonyme, dans toute sa correspondance. » Henry avait déjà signalé ce pseudonyme inconnu à Liebe. — 2. Liebe, p. 15, qui cite Spondanus : Annal, eccles. a. 1534, p. 11, p. 424. — 3. Gaufrés, Baduel, p. 213. — 4. Elle est datée ainsi: Nemausi, X Junii. Opéra, XIII, p. 590.
APPENDICE VIII
Entre l'original et la copie, les principales différences sont celles-ci : La copie présente deux additions, une fois : « semper custodient, » et une autre fois : « acerrime persequitur. » Elle présente une suppression importante, à savoir tout le post-scriptum de quatre lignes.
3° Lettre, placée par les Opéra en septembre 1550, XIII, p. 636. — Genève, m. 1., 115, f. 28. — Avignon, Copie, p. 107,2.
Original: « Doetissimo viro atque humanissimo homini D. Carolo Fasello amico singulari. Hieropoli. » Copie : « C. B. Joanni Chambardo S. P. D. »
Original : « cœna, » Copie : « scena. » Original : « possumus, » Copie : « possimus. » Original : « in quo me ac pullos meos, » Copie: « in quo me ac meis ac pullos meos.... »
La copie porte, à la fin, ce qui manque à l'original : « Bene vale in Domino, Nemausi. »
40 Cette lettre-ci est publiée dans les Opéra, au Supplément, XX, p. 397, sans aucune date. Les éditeurs, n'ayant pas trouvé d'original à Genève, se sont bornés à reproduire la copie d'Avignon, p. 91.
Il convient seulement de noter que dans les Opéra, p. 398, entre le mot adducti, qui termine la ligne 5, et le mot vincnlis, qui commence la ligne 6, il manque ces mots : ex summa servitute qua tenemnr oppressi quasi ex.
La suscription est : « C. B. Ioanni Cbambardo. S. P. D. »
Résumons et concluons. Si quelques-unes de ces différences peuvent être regardées comme de simples erreurs, de simples modifications de copiste, les autres ne rentrent pas évidemment dans cette catégorie. Ce n'est point par simple inadvertance qu'un copiste ajoute des propositions entières, ni surtout une indication comme celle-ci : Neniansi, X August. Ce n'est point non plus par simple inadvertance qu'il supprime ici neuf lignes, là quatre.
De plus, on peut se demander comment le copiste aurait eu en mains les trois manuscrits originaux de Genève. Et le quatrième ?
Ces observations nous amènent à émettre l'hypotbèse suivante. Cl. Baduel faisait pour ses lettres un brouillon. Cela paraît d'autant plus probable que les originaux, actuellement à Genève, sont des modèles de calligrapbie et semblent recopiés. Baduel a envoyé à Calvin une copie, gardant pour lui son brouillon. C'est ce brouillon qui a été trouvé et utilisé, non sans les erreurs naturelles aux copistes, par son secrétaire Fontayne.
On comprend alors que Baduel, ayant sous les yeux son brouillon, ait ajouté, en le recopiant, quelques développements, par exemple un post-scriptum. On comprend aussi qu'il ait mis, au bas du brouillon, l'indication d'un jour : lui seul évidemment pouvait le savoir.
Enfin sur ce brouillon, voulant indiquer le destinataire, il s'est servi d'une formule très brève, sans aucune épitbète de politesse, et non de la formule qu'il envoyait à Calvin lui-même. Pour plus de sûreté, il s'est servi d'un pseudonyme, dont il était à peu près le seul à pouvoir deviner le sens.
Nous avons à ce sujet un renseignement intéressant. Baduel avait appris à connaître Calvin à Strasbourg, alors que tous les deux s'étaient trouvés les botes de Bucer en 1538-1539. C'est à cette rencontre que Baduel fait allusion dans une lettre à Mélancbtbon 1 : « Io Chambardas que j'ai connu à Strasbourg, cbez Bucer.... » Voilà le pseudonyme. Malbcureusement nous ne pouvons en découvrir ni l'origine, ni le sens.
Il vaudrait mieux sans doute adopter pour les quatre lettres l'ordre suivi dans la copie d'Avignon, qui semble avoir tenu compte de la cbronologic : c'est certain au moins pour la seconde et la quatrième lettres. On aurait l'ordre suivant :
1 Citée par les Opéra, XX, p. 397.
PSEUDONYMIE DE CALVIN
i° Lettre de la copie, p. 91, pas datée. {Opéra, XX, p. 397.) 20 Lettre de la copie, p. 94,2. datée du 10 juin. {Opéra, XIII, p. 587.) 30 Lettre de la copie, p. 107,2, pas datée. {Opéra, XIII, p. 636.) 40 Lettre de la Copie, p. 115, datée du 10 août. {Opéra, XIII, p. 532.)
10. Les cachets. Les lettres de cette époque n'étaient point mises dans des enveloppes, mais elles étaient pliées d'une façon un peu particulière : non pas, comme le faisaient encore nos pères, de manière à ce qu'une partie entrât dans l'autre, mais tout simplement un certain nombre de fois, en un certain nombre de carrés superposés, de façon à ce que les bords affleurassent tous également. Nos fac-similés d'adresses montrent les plis ainsi formés. Alors, avec un canif, on faisait une fente qui traversait tout. On y introduisait un fil, et les deux extrémités étaient retenues par un petit morceau de papier, à peu près triangulaire, que l'on scellait dessus, au moyen d'une matière molle, un pain à cacheter, lequel amollissait le papier et permettait d'imprimer le sceau. On y ajoutait quelquefois un cachet en cire, souvent verte. C'était, en somme, une imitation bourgeoise des grands sceaux employés par les chancelleries politiques ou ecclésiastiques.
Calvin s'est servi de deux sceaux, qui ont été reproduits plus ou moins bien dans l'utile volume de MM. Viguet et Tissot : Calvin d'après Calvin, à la fin de l'Appendice, avec ces simples indications : « Deux sceaux de Calvin différents, 1545, 1546, 1547. Les sceaux gravés ci-derrière représentent ceux employés par Calvin à deux époques diff érentes de sa vie. L'émail de Pécusson le plus ancien est à champ d'azur. »
Henry (I, p. 46) et note dit : « Son sceau montre une main qui offre un cœur ardent (?). Il exprime son profond sentiment : à toi je donne tout, rien pour moi. Il y a deux sceaux, dont l'un a servi jusqu'en 1550, et l'autre après (?). Voici toute la différence : l'ancien sceau met le cœur dans la main gauche (?) et le nouveau le met dans la main droite, le donnant à Dieu, avec les initiales J. C. La forme de l'écusson est un peu différente. Le sceau de Luther est plus mystique, avec une rose, dedans un cœur, et dedans une croix. »
Ce qui est vraiment assez remarquable, c'est que le sceau de Calvin représente un cœur tout comme celui de Luther. Dans la façon dont ce cœur est représenté, celui-ci tendu à Dieu par un geste énergique, celui-là reposant sur une rose et une croix, on pourrait, en effet, retrouver, avec l'identité essentielle de la piété luthérienne et de la piété calviniste, quelques-unes de leurs différences les plus caractéristiques.
Nous donnons une reproduction exacte de ces deux sceaux. On remarquera qu'il n'y a pas de cœur ardent, que le cœur est dans les deux cas offert par la main droite (ce qui est naturel), dont on voit tantôt le dos et tantôt la paume. Nous avons constaté que le sceau fait son apparition dès 1549. Celui où l'on voit le dos de la main est pris sur une lettre à M. de Falais {Bibliothèque de Genève, m. 1. 194, f. 30 et 72); celui où l'on voit la paume de la main est pris sur des lettres de Calvin à divers. (Ibid., m. 1. 107*.)
11. Adresses. Les adresses au vrai nom du Réformateur, Cauvin, sont extrêmement rares.
11 y en a une de 1537 : A Monsieur et frère Monsieur Cauvin, lecteur public à Genesve, A Genesve. Elle est écrite par Lopinus, un inconnu. — Bibliothèque de Genève, m. 1. 109, f. 178, verso. Opéra, Xb, p. 114.
APPENDICE VIII
Une autre adresse forme la transition entre Cauvin et Calvin. Elle se trouve sur la lettre par laquelle le Réformateur fut rappelé à Genève, 1540. Le manuscrit porte encore le sceau de la République. Au docteur Caulvin, minisire Evvangêlique, nostre bon frère et singulier amy. — Bibliothèque de Genève, m. 1. ioq, f. 4; Opéra, XI, p. 94.
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PSEUDONYMIE DE CALVIN
Nous trouvons : A Monseigneur Monseigneur Calvin. (Sturm à Calvin, 1560.) Opéra, XVIII, p. 21. « Monsieur de Calvin. » (L'Eglise de Roquefort à Calvin, 1 5 6 1 ,) Ibid. XIX, p. 82. « Monsieur Calvyn. » (Andelot à Calvin, 1562.) Ibid., XIX, p. 505.
1 2. Le pseudonyme de Passelius a donné lieu, sur les adresses, à une foule de variantes dans les deux langues.
Clarissimo viro D. Passelio (de Capnius, 1545). Opéra, XII, p. 57.
Doctissimo atque optimo viro D. Carolo Fa^ello amico singulari (de Baduel, qui signe : Appius Claudius). Ibid., XX, p. 384.
...D. Carolo Pasello (de Baduel). Ibid., XX, p. 386. ....Phasello, Lutel'ne (de Baduel). Ibid., XX, p. 388. ....D. Carolo Fasello, Hieropoli (de Baduel 1550). Ibid., XIII, p. 532.
Clarissimo viro D. Carolo Passelio, legato et secretario regio, Venetiis (de Baudoin qui signe: Rochius, 1546). Ibid., XII, p. 429.
Clarissimo viro optimo parent i meo D. Carolo Passelio (d'Hotman, 1548). Ibid., XIII, p. 59. Doctissimo atque optimo viro D. Carolo Paselio, amico singulari Hieropoli (de Baduel, 1550). Ibid., XIII, p. 587.
Adresse semblable avec Passelio au lieu de Paselio, et VepbnoXet au lieu de Hieropoli (de Baduel, 1551). Ibid., XIV, p. 160.
A Monsieur, Monsieur Charles Passel (de Baduel, 1550). Ibid., XIII, p. 647. A Monsieur de Passel (de Baduel). Ibid., XIII, p. 680.
A monsieur et très honoré Père, Monsieur Passelius (de Morel, 1563). Ibid., XIX, p. 629.
APPENDICE X
(Voir page 571.)
13. Non moins nombreuses sont les variantes des adresses à Despcville. A Monsr. d'Espeville demeurant aupre^ du logis de Monsr. Copus à Genève (de Passius, 1547). Opéra, XII, 554.
Mou Signeur, Mon Signeur despeville (de Jonvilliers, 1550). Ibid., XIII, p. 550. à Monseigneur Monsieur d'Espeville, où il sera (d'Hotman, 1548). Ibid., XIII, p. 20. a Monsieur Monsieur Despeville, à Lyon (de Baudoin, 1545), à Lion (de Spina, 1548). Ibid., XII, p. 123, et XIII, p. 40.
à Monseigneur Monsieur Despeville, à Milan. Ibid., XX, p. 378.
à Monsieur Maistre Charles D'eteville, à Lyon (d'un inconnu). Ibid., XX, p. 579.
...Geneva, %u G en j in Saphoi (de Moibanus, 1550). Ibid., XIV, p. 307.
A Mon Seigneur, Monsieur d'Espeville, La part oh il sera (de Macard, 1558). Ibid.,XYll, p. 30.
à Monsieur, Monsieur Maistre Charles Despeville, à Turin (de Boisnormand, 1558). Ibid., XVII, P. 329.
à Monsieur d'Apeviîle, la part où il sera (de Dotheus, 1560). Ibid., XVIII, p. 225.
PSEUDON YMIE DE CALVIN
A Monsieur d'Espevilh et sa compagnie, la part oh il sera (de Semidde, 1 561). Ib ici., XVIII, p. 416.
à Monsieur et très honoré Seigneur et per (sic), Monsieur Charles d'Espevilh, en sa maison (de Seelae, 1561). Ibicl, XVIII, p. 475.
à Maistre Charles Deppeville, Villefr anche (de Goddard, 1561). Ibid., XVIII, p. 521.
Monsieur despeville, à Villedïeu (de Moranges, 1561). Ibid., XVIIL p. 527.
Monsieur Monsgr. Despeville, à Villebonne (de Le Maçon, 1561). Ibid., XVIII, p. 577.
à Monsieur et père Monsieur Charles de Ambeville, à Genève (de Hardi, 1561). Ibid., XVIII, p. 730.
à mon honoré Seigneur Monsr. d'Espeville, soit donnée la présente au chasteau de Spon (de Pierre Fornelet, 1 561 ). Ibid., XIX, p. 20.
A Monsieur, Monsieur depeville (d'un inconnu, 1 56 1 ). Ibid., XIX, p. 116.
A Monsieur et père, Monsieur d'Aspeville (de L. de Nort, 1562). Ibid., XIX, p. 382.
14. Enfin Liebe a déjà signalé un pseudonyme, qui ne se trouve que sur l'adresse suivante: A Monsieur, Mons. Johann Calphurne, à Lyon. Le manuscrit de cette lettre, écrite à Paris ( auteur et date inconnus), est à Gotha. (Codex 405, fol. 114). Opéra, XX, p. 582.
Appendice N° IX.