LE DISCOURS DE COP ET LA CONVERSION DE CALVIN
moins dans ses articles principaux, et plein de sympathie pour ceux que persécutait l'Eglise » « Il n'est pas besoin de montrer que la doctrine ainsi développée est éminemment protestante. L'opposition entre les œuvres et la foi, envisagée comme moyen de salut, est là dans toute sa pureté, et, pour l'exprimer plus énergiquement, l'orateur ne recule pas devant des paradoxes qui, plus tard, ont effrayé bien des esprits au sein des Eglises évangéliques. La conclusion pratique du discours est plus significative encore-. »
Et cependant ce discours protestant, d'un protestantisme dans toute sa pureté, énergique jusqu'au paradoxe, ce discours « n'était pas l'œuvre d'un protestant décidé et conséquent3. »
Quel est ce mystère? Pour être reconnu protestant, il ne suffit pas d'être protestant d'âme, de cœur, il faut encore être séparé, corporellement, de l'Eglise romaine. « Le premier indice extérieur de la conversion, le premier du moins qui nous soit connu, est le sacrifice » du 4 mai 1534, le jour où Calvin résigna dans sa ville natale «tousses bénéfices ecclésiastiques'1.... » Sans doute résigner des bénéfices est un indice extérieur. Mais rédiger un discours, prononcer un discours dans une assemblée solennelle de l'Université, scandaliser la Sorbonne, exciter la persécution, être obligé de fuir... n'est-ce pas un indice extérieur aussi? M. Lecoultre continue: « Carie protestantisme authentique ne consiste pas seulement dans les dogmes de la justification par la foi, et de l'autorité suprême des Ecritures: il implique, comme son nom l'indique, une protestation énergique, formulée au nom de ces doctrines, contre les abus ecclésiastiques de tout genre, et au XVIe siècle on tenait beaucoup à cette protestation5. »
La preuve qu'on n'y tenait pas tant, c'est que Théodore de Bèze a parlé de la conversion de- Calvin avant la renonciation aux bénéfices. M. Lecoultre confond ici (confusion étonnante chez un savant si calme et si sagace) deux époques, et deux types de Réformateur. Nous avons essayé de dissiper cette confusion à propos de Le Fèvre et de Calvin.
1. Lecoultre, Mélanges, p. 138. — 2. lbid., p. 131. — 3. Ibid., p. 148. — i Ibid., p. 163. — 5. Ibid., p. 163.
Appendice N° XI.
LE SÉJOUR DE CALVIN A POITIERS