‹ Jean Calvin, l'homme et l'œuvre;Chapitre 21 sur 43 · GENÈVE AVANT L ARRIVÉE DE CALVIN · texte numérisé non relu

GENÈVE AVANT L ARRIVÉE DE CALVIN

la création d'un parti plus radical que celui dont Bezançon Hugues avait été le chef. En 1527, à l'instar de Berne, on nomma un nouveau Conseil, celui des « Deux Cents », élu, au moins depuis 1530, par le Petit Conseil, et qui faisait, en réalité, la besogne du Conseil des Soixante encore existant. Pendant les deux années qui suivirent, l'autorité du vidomne fut abolie et de nouvelles fonctions judiciaires furent établies par le Conseil général des citoyens. Les Savoyards harcelaient Genève et rendaient les voyages peu sûrs sur les routes qui conduisaient à ses portes, mais en 1530 l'appui militaire de Berne améliora la situation. Jusqu'à cette époque l'idée d'une révolution religieuse n'avait guère été envisagée. L'évêque aurait pu conserver une large part de son autorité, s'il avait pris parti d'une manière définitive en faveur des bourgeois. Mais il s'était mis du côté de leurs ennemis, et ne pouvait dès lors échapper à l'hostilité dont on était animé contre eux. En août 1533, les syndics lui refusèrent l'exercice du droit de grâce, et, quatorze mois plus tard, ils déclarèrent son siège vacant.

Les vicissitudes ultérieures de cette lutte se compliquèrent des débuts du mouvement de la Réforme, auquel l'attitude de l'évêque, plus que toute autre cause, prépara la voie. Depuis 1528 Genève se trouvait, à ce point de vue, dans une situation délicate. Berne, la plus puissante de ses deux alliées, accepta le protestantisme au courant de cette année et en devint le champion le plus zélé; en revanche Fribourg, plus faible, mais l'alliée la plus ancienne et la mieux disposée des deux, resta fermement attachée à l'Eglise romaine. Lorsque les troupes bernoises occupèrent la ville en 1530, leur présence entraîna des prédications protestantes et des attaques contre les formes du culte

catholique. Le peuple n'avait eu jusqu'alors que peu de sympathies pour les innovations religieuses. Elles s'y étaient néanmoins assez développées à la date du 9 juin 1532 pour qu'on pût y placarder, sur les monuments publics, des thèses luthériennes sur la justification par la foi seule. Les prêtres, le nonce du pape et les alliés fribourgeois exprimèrent leur déplaisir. Le gouvernement genevois, mal à l'aise entre les sentiments opposés de ses alliés, désavoua toute idée de modifier la foi des pères ou d'adopter le luthéranisme; mais en même temps il intima au vicaire l'ordre de faire prêcher « l'évangile et l'épître de Dieu selon la vérité sans y mêler aucunes fables ou inventions humaines. » Cette manifestation avait évidemment pour but et eut, en effet, pour résultat de contrebalancer les déclarations antérieures, plus favorables à Kome. Grâce à l'attitude de Berne, à l'hostilité générale contre l'évêque et sans doute aussi à quelque sympathie réelle pour les doctrines popularisées par Luther, il y avait, à Genève, au milieu de l'été 1532, un mouvement anticatholique assez prononcé pour assurer un auditoire à quelque hardi prêcheur de la Réforme. Celui-ci se présenta, au mois d'octobre, dans la personne de Guillaume Farel.

La vie de Farel avait été mouvementée'. Né en 1489, d'une famille de la bonne bourgeoisie, à Gap, à une centaine de kilomètres au sud de Grenoble, dans le sud-est de la France, il avait vingt ans de plus que Calvin. Pendant ses années d'études à Paris et sous

* Herminjard, i, 178; ii, 42, 79; R. Stàhelin, dans la Bealencyklopàdie fur prot. Théologie und Kirche de Hauck, v, 762-767; Doumergue, ii, 150-172.

CVILLELMVS FARELLVS.

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