‹ Jean Calvin, l'homme et l'œuvre;Chapitre 22 sur 43 · GUILLAUME FAREL · texte numérisé non relu

GUILLAUME FAREL

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l'influence de Le Fèvre, son attachement passionné à l'Eglise romaine avait fait place à des sympathies humanistes, puis aux convictions les plus fermement protestantes. Nature ardente, il ne franchit ces étapes qu'au prix de luttes prolongées : il devint l'un des enthousiastes et des plus intransigeants défenseurs de la foi évangélique. Après qu'il eut prêché quelque temps à Meaux, sous l'égide de Févèque Briçonnet, la persécution le contraignit de fuir la France, et au début de 1524 il contribuait vigoureusement aux succès du parti de la Réforme à Baie; mais l'opposition d'Erasme l'obligea à se retirer. Nous le trouvons ensuite exerçant pendant deux ans un ministère de lutteur à Montbéliard, à environ 50 kilomètres à l'ouest de Bale. Après quelques mois de séjour dans cette dernière cité et à Strasbourg, il entreprit, vers la fin de 1526, d'exercer le pastorat, dans des conditions assez orageuses, à Aigle, petite ville dépendant de Berne et située dans la vallée du Rhône, à dix kilomètres en amont de l'entrée de cette rivière dans le lac de Genève. Là il contribua largement au triomphe de la Réforme qui gagna Berne même en 1528. Il obtint en conséquence une autorisation générale de prêcher l'Evangile dans toutes les villes soumises aux Bernois, dans celles surtout où l'on parlait sa langue maternelle. Il devint ainsi le missionnaire du protestantisme dans la Suisse romande. Partout où il alla, spécialement à Neuchâtel, il y eut des troubles ; mais son succès fut considérable. L'opposition, le danger, les blessures mêmes, ne faisaient que l'exciter à dénoncer sans merci les erreurs qu'il combattait et à multiplier ses eft'orts. Après environ trois années de cet apostolat itinérant, son désir de faire avancer la cause de la Réforme l'amena à Genève, au commencement

d'octobre 1532 \ au milieu des luttes qui n'avaient pas cessé d'agiter cette ville. A cette époque essentiellement militante, il était doué, comme peu de ses contemporains, pour forcer l'attention et provoquer la contradiction. Sa voix de stentor, ses harangues familières mais puissantes, son courage qui ne reculait devant aucun obstacle, enflammaient ou irritaient pour ou contre le message et le messager, mais ne laissaient personne indifférent. Farel commença son œuvre, armé d'une lettre des autorités bernoises et accompagné par son ami Antoine Saunier, et peut-être aussi par Pierre Robert Olivétan, avec lesquels il avait travaillé- parmi les Vaudois du Piémont. Genève fut tout d'abord peu disposée à l'écouter. Interrogé par les autorités civiles, il dut comparaître devant le vicaire de l'évêque et devant le Chapitre. Violemment injurié, il riposta avec une intrépidité caractéristique ; mais la populace et les chanoines de la cathédrale eux-mêmes voulurent le précipiter dans le Rhône ; un coup d'arquebuse qui lui était destiné partit sans l'atteindre et des prêtres le frappèrent à la figure^ ou lui donnèrent des coups de pieds. Le lendemain, 4 octobre, il dut avec ses compagnons chercher son salut dans la fuite. Remontant le lac de Genève, ils débarquèrent près de Lausanne, d'oîi ils gagnèrent Orbe à environ vingt kilomètres au nord. Farel y rencontra un jeune coreligionnaire, Antoine Froment, auquel il persuada de renouveler à Genève la tentative qu'il avait été contraint d'abandonner. Natif du Dauphiné, comme Farel, Froment avait

* La date est donnée dans l'intéressante chronique de la nonne Jeanne de Jussie, publiée sous le titre Le Levain du Calvinisme, Chambéry, 1611, réimprimée à Genève, 1865, pp. 46-51.

^ Jeanne de Jussie, p. 49; Froment, Les actes et gestes.... de Genève, éd. de 1854, p. 6, 7.

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alors environ vingt-deux ans. Dès 1529, il l'avait aidé à répandre en Suisse les doctrines de la Réforme. De petite taille, ardent et courageux, il ne semble avoir alors encouru aucun des reproches auxquels il s'exposa, par la suite, au cours d'une existence assez mouvementée. A Genève, il débuta comme maître d'école, promettant « d'enseigner à lire et escripre en Françoys dans ung mois... mesme à ceulx qui jamais ne furent en escolle... et de guérir beaucop de malladies, pour néant ». Sous le couvert de cette profession, il répandit de tout son pouvoir les doctrines évangéliques. Ses auditeurs augmentèrent si bien que, le P"" janvier 1533, il s'aventura à prêcher sur la place du Molard'. Le tumulte qui suivit amena le conseil des Deux Cents à interdire dès le lendemain, par un vote, toute prédication qui n'aurait pas été autorisée par les syndics ou le vicaire de l'évêque; mais Genève avait beau être encore presque entièrement catholique, les premières fondations d'une congrégation protestante venaient d'y être posées. Dans une lettre reçue le 25 mars 1533 ^ Berne tit valoir en faveur des réformateurs sa puissante influence. Trois jours après, les syndics eurent grandpeine à éviter une bataille dans les rues, tandis que le conseil des Deux Cents s'eiforçait de maintenir la paix, par une trêve qui n'était en réalité qu'une sorte de compromis^. Cela ne servit pas à grandchose. A Pâques, les protestants célébrèrent la sainte cène pour la première fois, et le 4 mai suivant, le chanoine Werly, un de leurs antagonistes les plus résolus, fut tué dans une bagarre. C'était

* On a appelé cela le premier sermon protestant à Genève, mais, pendant l'occupation bernoise en 1630, Mégander y avait prêché en allemand.

* Herminjard, m, 32.

* Fostf'r, Am. Hist. Review, viii, 224; Doumergue, ii, 118.

un bourgeois de Fri bourg, l'alliée catholique de Genève, et le gouvernement de ce canton réussit à pousser Pierre de la Baume à retourner à Genève, en lui faisant croire que ce serait là le meilleur moyen pour y rétablir l'ordre ecclésiastique; mais Févêque échoua totalement dans sa tentative et le 14 juillet il quitta la ville pour n'y plus jamais revenir. Le conflit avait été simplement aggravé. Vers la fin de l'automne 1533, on fit venir, pour défendre l'Eglise romaine, un prédicateur dominicain, plein d'un zèle agressif, Guy Furbity. En décembre, Farelse risqua à rentrer à Genève. Alors Fribourg et Berne envoyèrent chacune des délégués pour soutenir leurs intérêts religieux contradictoires. Ceux de Berne étaient accompagnés d'un autre élève de Farel, lequel avait, déjà dix mois auparavant, fait un court séjour à Genève : c'était Pierre Viret. Natif d'Orbe, il était petit et frêle et n'avait pas même vingttrois ans ; mais il était déjà très connu, non seulement à cause de son talent de prédicateur, mais aussi pour la douceur de son caractère et sa modestie. Le V mars 1534, Farel et ses adhérents s'emparèrent de la chapelle du couvent des franciscains de Rive et y organisèrent un culte public. Le gouvernement, désemparé, tiraillé dans deux directions opposées, fut contraint de prendre parti pour son alliée protestante, Berne, qui était la plus puissante. Le 15 mai, l'alliance avec Fribourg fut rompue sous la pression de Berne. Huit jours après, une tentative iconoclaste démontrait la puissance grandissante du protestantisme, et le 24 juillet suivant le Petit Conseil vota formellement que « la seule puissance est dans la Parole de Christ et dans l'épée qu'il a mise entre les mains du Magistrat ' ».

^ Foster, op. cit., p. 224.

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Les derniers succès des protestants étaient dus pour une bonne part à la politique inintelligente deTévêque Pierre de la Baume qui soutenait de tout son pouvoir les prétentions savoyai'des et, dès l'été de 1534, faisait les plus grands efforts pour lever des troupes contre la ville. Grâce à ces circonstances, Genève passa de plus en plus sous l'influence protestante, car son indépendance semblait devoir être le prix de sa résistance à ses adversaires spirituels, non moins qu'à ses ennemis politiques. Le V octobre, le Petit Conseil, comme nous l'avons déjà dit, déclara vacante la charge d'évêque. Néanmoins, Genève était loin d'être gagnée à la Réforme d'une façon définitive, et un protestant, bon observateur, écrivant moins de quinze jours avant cette date, avait affirmé qu'à peine un tiers de ses habitants pouvaient être considérés comme opposés à l'évêque et au duc*. Mais, à cette époque passionnée, il était à peu près impossible de rester neutre. Désormais, le courant devenait irrésistible. Une tentative d'empoisonnement fut dirigée contre les ministres et faillit emporter Viret, le 6 mars 1535 ; du moins l'opinion générale fut qu'il y avait eu un attentat prémédité. Une femme, qui passait pour la principale coupable, fut exécutée. Comme le clergé fut très généralement accusé (bien qu'il soit impossible de déterminer si c'est avec raison) d'avoir été l'instigateur de ce crime, la tension devint plus grande encore entre les factions ennemies ^ Le gouvernement prit sous sa protection les ministres, qu'il considérait comme en danger, et leur assigna pour demeure le couvent de Rive. Farel demandait instamment un débat public semblable à ceux qui avaient abouti au triomphe

' Berthold Haller à Biicer, Ilerminjard, m, 209. '* Kampschulte, i, 169; Doumergue, ii, 131.

du protestantisme à Zurich, Berne et ailleurs. L'évêque interdit à ses partisans d'y prendre part. On eut grand peine à trouver deux champions de Rome, — encore étaient-ils fort peu sûrs, — Jean Chappuis, moine dominicain, et Pierre Caroli, docteur de Sôrbonne, déjà discrédité parmi les catholiques de Paris et qui devait plus tard se brouiller avec Calvin.

Le parti protestant considéra naturellement comme une victoire le résultat de cette discussion, où un seul des partis en présence avait été authentiquement représenté; elle avait duré du 30 mai au 24 juin, et Farel s'empressa d'en recueillir les fruits '. Le 23 juillet, il s'empara de l'église de la Madeleine et y prêcha. Le gouvernement s'efforçait de temporiser. La position était difficile; la ville continuait à être divisée au point de vue religieux. Le Petit Conseil donna ordre aux protestants, le 30 juillet, de limiter leurs prédications au couvent de Rive et à l'église de Saint-Germain ; mais Farel sentait que la victoire lui appartenait. Il avait, ce même jour, déclaré au Conseil « qu'il devait obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes ». Avec le secours de ses amis, il s'empara successivement de l'église de Saint- Gervais, qui était alors celle des dominicains, et enfin, le 8 août, de la cathédrale de Saint-Pierre elle-même. Le bris des images suivit immédiatement. Les églises furent pillées par la populace. Le gouvernement s'inclina. La majorité du Conseil des Deux Cents vota, le 10 août, qu'on s'abstînt désormais de briser des images; mais, en même temps, que la célébration de la messe fût suspendue jusqu'à nouvel ordre ^ La défaite du parti de Rome était dès lors manifeste. La révolution

' Voy. Th. Dufour, Un opuscule inédit de Farel. Le résumé des actes de la Dispute de Mive, 1585, Genève, 1885.

* Registres du Conseil, cités par Foster, op. cit., p. 225.

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était consommée et le clergé catholique, les moines et les religieuses quittèrent presque tous la ville ^. C'est pendant ces dramatiques événements d'août 1535 que Calvin, dans sa paisible retraite de Baie, terminait la lettre à François P', qui forme la préface de son Institution.

L'ardeur agressive des convictions protestantes et l'hostilité de l'évêque à l'indépendance de la cité ne furent pourtant pas les seules causes de la chute du parti catholique à Genève. Le corps ecclésiastique tout entier semble y avoir été ignorant et incapable. Un grand nombre de prêtres étaient indignes. Si, parmi les ordres monastiques, il y en avait un qui, à bon droit, passait pour l'emporter au point de vue du savoir, c'était bien celui de saint Dominique. Or, les dominicains genevois s'excusèrent de ne pas prendre part à la dispute de mai 1535 en alléguant qu'ils n'avaient pas parmi eux d'homme instruit ^ Jeanne de Jussie nous laisse entendre que la morale de beaucoup des ecclésiastiques était des plus relâchées, et des recherches plus récentes confirment ce témoignage. Ainsi que Kampschulte l'a bien dit : « La cité catholique épiscopale succomba parce qu'elle devait succomber : telle une forteresse dont la défense a été confiée à des mains lâches et incapables^.»

Pendant que ces derniers événements se passaient, Genève était engagée dans une lutte politique difficile. L'évêque, de son château de Peney, à huit kilomètres en aval sur le Rhône, s'unissait au duc de Savoie pour

* Jeanne de Jussie fait un pittoresque récit de ce départ.

' KampHchulte, i, 171.

' Le levain du Calvinisme, p. 35 ; comparez Kampschulte, I, 90, 169; Mémoires et doc. puhl. par l'Académie Salésienne, XIV, 176 (1891) ; Foster remarque, op. cit., p. 223 : « Sur ce pointlà les historiens catholiques et protestants sont d'accord ».

lever des troupes et piller les environs de Genève, empêchant son commerce, maltraitant les bourgeois dont on avait pu s'emparer et harcelant impitoyablement la ville. Berne ne voulait accorder aucun secours, sans doute dans l'espoir égoïste que Genève, trop sérieusement menacée, se placerait, pour prix de ^s. délivrance, sous sa propre juridiction. Lorsqu'au courant de l'automne de 1535, Neuchâtel vint au secours de Genève, des agents bernois renvoyèrent ces auxiliaires dans leurs foyers après un succès plein de promesses au combat de Gingins. En décembre 1535, le roi François ?', sur le point d'attaquer le duc de Savoie gagné à la cause de l'empereur par la politique tortueuse de Charles Quint dans la grande lutte pour la suprématie en Europe, offrait à Genève la protection de la France, à des conditions qui semblaient assurer une indépendance locale à peu près complète. Si cette offre avait été acceptée, la ville serait devenue ultérieurement une possession française et le cours de l'histoire de la Réforme aurait été profondément modifié. Mais Berne s'alarma fort à cette perspective. Genève soumise à l'influence française, c'était pour Berne la ruine de toutes ses espérances. Aussi, le 16 janvier 1536, renonçant à sa politique de temporisation, déclara-t-elle la guerre au duc de Savoie. L'armée bernoise ne rencontra pas grande résistance. Elle pilla les terres des ennemis de Genève presque jusqu'aux portes de celleci, chassa les paysans catholiques de la région et brûla les châteaux des ennemis. En février, elle était à Genève. En mars, elle acheva la conquête des territoires savoyards qui bordaient le lac en s'emparant de Chillon dont elle libéra les prisonniers. Toute résistance effective du duc de Savoie devint dès lors impossible, car l'armée bernoise avait à peine achevé son

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œuvre quand il fut attaqué encore d'un autre côté par les Français, bien autrement redoutables. Genève se trouva de la sorte soudainement délivrée d'un péril qui la faisait trembler depuis des années. Mais les exigences de sa peu généreuse alliée faillirent lui faire perdre la liberté qu'elle venait d'acquérir. Le 5 février 1536, les autorités bernoises réclamèrent la jouissance des droits qu'y avaient exercés l'évêque et le vidomne. Cela aurait fait de Berne le souverain réel de Genève. Les syndics et les Conseils refusèrent avec énergie. Genève ne voulait pas perdre les libertés qu'elle venait de conquérir à si grand prix. En fin de compte, le 7 août 1536, Berne consentit à un traité par lequel Genève conservait tous les droits en discussion et qui avaient, en dernier lieu, appartenu à l'évêque et au duc; elle gardait les terres relevant du siège episcopal, du Chapitre et du prieuré de Saint- Victor. Le territoire de Genève comprenait ainsi, non seulement la ville, mais environ vingt-huit villages environnants, gouvernés par des procureurs nommés par le Petit Conseil *.

La suppression de l'autorité épiscopale et de la messe avait totalement bouleversé l'administration ecclésiastique de Genève. Toutefois, les bourgeois se considéraient évidemment comme formant une Eglise, et le gouvernement civil montra immédiatement son intention de succéder dans l'exercice de l'autorité morale et religieuse au pouvoir ecclésiastique dépossédé. Dans une large mesure il prit la place de l'évêque. Le Conseil des Deux Cents et le Conseil général, en septembre, octobre et novembre 1535, employèrent une partie des biens ecclésiastiques et de ceux des couvents

' Foster, op. cit., p. 228, 229, où les sources sont indiquées.

à la réfection des anciens hôpitaux. Ils établirent dans le couvent des clarisses un vaste asile pour les malades et un refuge pour les mendiants auxquels on interdit la mendicité. Les prisons furent unifiées. L'année suivante, au commencement d'avril, sur l'instante requête de Farel, des prédicateurs furent envoyés dans les villages environnants ; on y interdit la messe et les habitants reçurent l'ordre d'assister aux sermons nouvellement institués K Le lendemain de cette ordonnance, le Petit Conseil montra qu'il se considérait de plus en plus comme la véritable autorité ecclésiastique, puisqu'il déclara qu'il tenait pour absous de leur excommunication les paroissiens du village de Thiez^ Le gouvernement assuma tout aussi énergiquement le contrôle de l'état moral de la ville et du territoire qui en dépendait. Même avant la Réforme, alors que l'évêque était encore au pouvoir, les Conseils avaient exercé le droit de régler les jeux, les danses et les chants^. Par un vote du 28 février 1536 le Conseil des Deux- Cents édicta une série d'interdictions, bientôt affichées dans tout Genève, défendant les blasphèmes, les jurements, les jeux de cartes, et réglant sévèrement la vente des boissons fer montées et l'admission des étrangers dans les auberges. Peu après, les jeunes mariées reçurent l'ordre de se couvrir la tête. En juin, l'assistance au sermon fut exigée sous peine d'amende, et l'observation de jours fériés autres que le dimanche fut interdite. Au cours du même mois, un bourgeois qui avait fait baptiser son enfant nouveau-né par un prêtre fut banni. L'ancien syndic Jean Balard, homme paisible,

' Registres du Conseil, Opera, xxi, 198 ; Foster, op. cit., p. 227. 2 Herminjard, iv, 26; Foster, p. 227.

" Foster, p. 231, donne une série de décrets de 1481 à 1530 j voy. aussi Doumergue, m, 432-436,

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fut, en juillet, cité devant le Conseil parce qu'en conscience il ne croyait pas devoir assister aux prédications; on lui donna dix jours pour se conformer au nouveau culte ou quitter la ville \ 11 est bien évident que ce n'est pas Calvin qui, à Genève, institua la réglementation de la foi et des mœurs par le gouvernement. C'était un héritage à la fois des fonctions des Conseils de la ville au moyen âge et de l'autorité épiscopale à laquelle ces Conseils prétendaient avoir succédé.

Quoique le gouvernement de Genève fiit loin d'être une véritable démocratie, la plus grande partie de ses affaires étant dirigées par des Conseils aristocratiques et très exclusifs "^ l'acceptation complète du protestantisme parut être une affaire de si grande importance qu'on jugea nécessaire de réunir le Conseil général de tous les citoyens. C'est le 21 mai 1536, au son des cloches et des trompettes, qu'eut lieu cette assemblée, réclamée par Farel et convoquée par le Petit Conseil et par celui des Deux Cents. Les bourgeois de Genève, rassemblés ainsi sous la présidence de Claude Savoye,

' Registres du Conseil, xxx, 32 ; Opera, xxi, 203.

' Foster, op. cit., p. 234-236, fait ressortir que le Conseil général ne nommait chaque année que cinq membres du Petit Conseil, c'est-à-dire les quatre syndics et le trésorier. Les syndics de l'année précédente restaient membres du Petit Conseil et leurs seize assesseurs étaient choisis an nuellement par le Conseil des Deux Cents. Les Deux Cents se composaient du Petit Conseil et de 175 autres membres choisis annuellement, après 1530, par le Petit Conseil. L'élection des syndics par le Conseil général avait généralement lieu le premier dimanche de février. Le lendemain on élisait le Petit Conseil et le mardi les Deux Cents. Les syndics et le Petit Conseil formaient le pouvoir législatif et la cour suprême dans tous les cas ordinaires. Dans les cas graves de politique générale les Deux Cents étaient convoqués et ils avaient également le droit de grâce. Le Conseil général choisissait

premier syndic, votèrent, sans qu'aucun dissentiment fût exprimé, que « trestous veulent vivre selon l'évangile et la parole de Dieu ainsy que dempuis l'abolition des messes nous est estée preschée et se presçhe tous les jours, sans plus aspirer, ny vouloir messes, ymages, ydoles ni aultres abusions papalles quelles qu'elle soyent M).

Ceux qui dans le Conseil général avaient le droit d'exprimer leur opinion étaient au nombre de mille à quinze cents. Leur vote, exprimant la conviction que la seule planche de salut pour leurs libertés municipales se trouvait dans l'adhésion à la cause protestante, était dû à l'opposition de l'évêque et à la longue lutte politique dans laquelle Berne avait joué un rôle si caractéristique, non moins qu'aux travaux de Farel, de Froment et de Viret.

Ce n'est pas à ce titre seulement que cette assemblée du Conseil général des bourgeois de Genève est importante. Deux jours auparavant, les Deux Cents, sur l'avis du Petit Conseil, avaient nommé l'ami de Farel, Antoine Saunier, comme directeur de la « Grande Ecole», au traitement de cent ecus d'or, et lui avaient adjoint deux « bacheliers » pour l'aider dans son enseignement. En conséquence, le Conseil général vota que l'instruction des pauvres serait gratuite, a etqueches-

annuellement les syndics et tous les trois ans le trésorier; enfin, depuis 1529, cinq juges — un lieutenant de justice et quatre auditeurs — qui formaient le tribunal de première instance civil et criminel. Ces juges étaient élus chaque année en novembre. L'approbation du Conseil général était requise pour les décisions très importantes, comme celle que nous allons décrire. Mais, pour tout ce qui touchait aux affaires ordinaires de la police municipale, Genève ne ressemblait que de très loin à une démocratie, bien qu'elle nommât ses principaux magistrats d'une manière démocratique.

^ Registres du Conseil, xxix, 112; Opera, xxi, 201.

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cung soit tenu envoyer ses enfans à l'eschole et les faire apprendre^ ». L'instruction publique populaire fut donc établie à Genève, grâce surtout à l'influence de Farel, dès avant l'arrivée de Calvin, et l'un des principaux traits de la discipline genevoise y apparaissait ainsi dès la première heure.

Mais, en dépit de tout ce qui avait été fait, ce n'était encore qu'un commencement, pour peu que l'on tînt à ce que Genève devînt la cité protestante que rêvait Farel ou même simplement pour que son adhésion à la Réforme fût assurée dans l'avenir. Pour le moment, tout ce qu'on pouvait espérer, c'est que Genève se développerait au point de vue de la vie religieuse sous l'égide de l'Etat, dans la voie suivie déjà par Berne et Zurich. 11 est probable que les services religieux qu'on y célébrait se rapprochaient du type esquissé par Farel plusieurs années auparavant dans sa « Manière et fasson qu'on tient en baillant le sainct Baptesme, etc. '^)). Mais l'Eglise de Genève n'avait aucune organisation, si ce n'est que le gouvernement de la ville favorisait le protestantisme, soutenait les prédicateurs protestants et exerçait une sorte d'autorité ecclésiastique sur le territoire genevois. Elle n'avait point d'autre confession de foi que la résolution de vivre d'accord avec « la Parole de Dieu » ; elle n'avait point de discipline, point d'existence indépendante de la volonté des chefs civils de la turbulente cité"\ Bien des années plus tard,

' Registres, ibid. ; Opera, xxi, 200-202. Il y avait une école municipale depuis le 28 février 1428.

'^Imprimée en 1533, bien qu'écrite plus tôt, peut-être près de dix an« auparavant; réimprimée à Strasbourg en 1859. Voy. J.-G. Baum, Le Sommaire de Guillaume Farel, Genève, 1867,

p. VI.

" Comparez Foster, ibid., p 235, 236.

dans son discours d'adieux, Calvin pouvait dire avec vérité en parlant de la situation lors de son arrivée à Genève : « En ceste Eglise il n'y avoit quasi comme rien. On preschoit et puis c'est tout... Tout estoit en tumulte* ». Rien ne prouve que Farel ne fût pas satisfait de voir les événements se dérouler jusque-là sous la surveillance de l'Etat, résultat dû pour une bonne part à ses harangues enflammées. Mais il sentait sans aucun doute que ses talents d'organisateur n'étaient pas à la hauteur de la situation. La papauté et l'ancien culte avaient été rejetés. Mais un architecte était indispensable, si une nouvelle construction solide et durable devait prendre la place de l'ancienne. La sûreté du jugement de Farel, non moins que son désintéressement personnel, sont démontrés par le fait qu'il crut trouver, dans le jeune auteur de l'Institution, le chef dont Genève avait besoin et que « le hasard de la guerre », ou, comme il l'aurait dit plus pieusement, la divine Providence, avait à l'improviste envoyé dans cette ville.

^ Opera, ix, 891.

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