‹ Jean Calvin, l'homme et l'œuvre;Chapitre 25 sur 43 · C JEAN CALVIN · texte numérisé non relu

C JEAN CALVIN

conforme à ses desseins, de séparer Genève de son alliance avec Berne et de la placer sous le protectorat de la France. Ces avances furent loyalement rejetées, mais parmi ceux auxquels on s'était adressé se trouvait Michel Sept, un des principaux soutiens des réformateurs. La haine de parti vit dans ces négociations une occasion d'achever la déconfiture des chefs du gouvernement déchu. Le 11 mars, à une réunion des Deux Cents, six des membres du parti des réformateurs, parmi lesquels Michel Sept et trois des syndics de 1537 qui, conformément à l'usage, siégeaient au Petit Conseil, furent suspendus de leurs fonctions. Calvin et Farel ayant publiquement protesté contre ce traitement infligé à leurs amis, les Deux Cents leur ordonnèrent « de ne point se mesler du magistrat ». C'était là porter une atteinte à la liberté de la chaire: les réformateurs genevois n'étaient pas hommes à s'y soumettre volontairement '. En cet état de tension entre eux et le gouvernement, une autre décision du Conseil des Deux Cents dut leur paraître encore plus intolérable que l'interdiction de se mêler de politique : « Azesté résoluz que l'on fasse cry es de bien vyvre et selon Dieu et selon les cérémonies de MM. de Berne ». Ceci signifiait que les autorités civiles de Genève, sans même consulter les ministres, décidaient des questions d'Eglise. C'était détruire toute indépendance ecclésiastique, même partielle, telle que Calvin la voulait, et on pouvait interpréter une semblable mesure comme étant, en quelque sorte, une insulte aux réformateurs. Rien ne montre plus clairement à quel point l'esprit de parti régnait dans la ville. Ainsi que la plupart des problèmes qui divisent les hommes, celui des

^ Voir Cornelius, pp. 157-159, 259; Doumergue, ii, 271, 272 Registres du Conseil^ xxxii, 3 ; Opera., xxj, 222.

« cérémonies » bernoises ^ pouvait être envisagé à deux points de vue différents, et cela abstraction faite de la manière dont on avait résolu de les introduire à Genève. La Réforme à Berne n'avait pas été aussi radicale dans sa destruction de l'ancien culte que celle de Genève sous la direction de Farel, qui était opposé à tout compromis. Berne avait conservé l'usage des fonts baptismaux, du pain sans levain pour la cène, des toilettes de fête des mariées, et l'observation des fêtes de Noël, de Pâques, de l'Ascension et de la Pentecôte ^ A Genève on avait supprimé tout cela. Il faut dire, à l'honneur des réformateurs de Berne comme de Genève, que la chose en elle-même était considérée par les uns et les autres comme de peu d'importance -^ Mais la situation se compliquait, en outre, du fait que le succès de la guerre de 1536 contre la Savoie avait mis sous la domination bernoise Lausanne, Thonon et en somme toute la région voisine du lac, à l'exception du petit territoire de Genève. Bien que l'autorité bernoise s'exerçât dans presque toutes les parties évangéliques de la Suisse française, il était cependant naturel que les ministres, pour la plupart Français, les regards tournés vers Genève plutôt que vers Berne où l'on parlait allemand, eussent de la sympathie pour les formes usitées à Genève. Dans bien des endroits, comme pour Viret à Lausanne, la Réformation avait été introduite par des amis personnels de Farel et de Calvin. En retour, les ministres genevois accueillaient avec plaisir dans leur

' Voir Cornelius, pp. 161-169 ; Doumergue, ii, 273-277.

' Voir Doumergue, ii, 277; Herminjard dit: Noël, le Nouvel- An, l'Annonciation et l'Ascension, iv, 413. Les documents contemporains disent généralement « les fêtes » ou « les quatre fêtes ».

' Herminjard, iv, 106, 145; v, 3, 4.

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