‹ Jean Calvin, l'homme et l'œuvre;Chapitre 27 sur 43 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Calvin a Strasbourg.

Persuadés que, pour le moment du moins, ils n'avaient aucun espoir d'être réintégrés' dans leurs charges à Genève, Farel et Calvin se rendirent à Baie, comptant y attendre, au milieu de leurs amis, la suite des événements. Ils y trouvèrent un cordial accueil dans la demeure de Jean Oporin, l'éditeur de l'Institution. Ils attendaient impatiemment des nouvelles de Genève*. Calvin, plus encore peut-être que son collègue moins sensible que lui, ressentait vivement l'injustice qui leur avait été infligée. Il était profondément blessé par les expériences qu'il venait de faire et il conservait l'espoir que, grâce à ses amis, on réunirait un synode de la Suisse protestante qui les rétablirait dans leurs charges. Des informations, venant de Berne et répandues dans les cantons évangéliques, tendaient, il est vrai, à faire croire que tout allait pour le mieux à Genève sous le nouveau régime et dissipaient ainsi ces espérances. Mais, à mesure que le temps passait, Calvin commençait à reprendre courage

^ Voy. lew lettres st Viret et Coraud, du 14 juin, Herminjard, V, 30.

dans la pensée que cette coupe amèro lui avait été envoyée par la sagesse souveraine de la Providence qui, au moment voulu, lui ferait rendre justice \

Pendant ce temps les deux collègues de Calvin à Genève trouvèrent d'autres champs de travail. Coraud commença à Orbe un ministère qui fut court et malheureux : il se termina par sa mort déjà le 4 octobre. L'appel d'Antoine Marcourt de Neuchâtel à Genève, par les autorités de cette dernière ville, ramena Farel dans la première; avant la fin de juillet il s'était remis à l'œuvre dans ce champ de travail qui lui était familier. Il était plus difficile à Calvin de prendre une décision. Farel aurait voulu qu'il lui continuât sa collaboration;" mais Calvin pensait avec raison que ce double ministère, si près de Genève, irriterait leurs adversaires, et Bucer ajoutait que dans cette localité et avec ce collègue la blessure de Calvin serait encore avivée^. Bucer se montrait l'ami sage et affectueux dont Calvin avait besoin dans cette crise. La lettre qui apporta cet avis réitérait la chaude invitation qu'on avait déjà adressée au jeune savant de se fixer à Strasbourg, invitation qu'appuyèrent Capiton et Jean Sturm ^. Le nombre des réfugiés français dont il pourrait s'occuper dans cette ville allemande, lui disait Bucer, était à la vérité restreint, mais ils avaient besoin d'être secourus, et un ministère à Strasbourg pourrait être utile même à la cause qu'il avait à cœur à Genève. Calvin hésitait. Recommencer une œuvre nouvelle le remplissait de méfiance. Mais Bucer, de même que

* Voir pour ces émotions et ces espérances, ses lettres contemporaines du séjour à Bale, surtout celles à Bullinger, Herminjard, v, p. 21; à du Tillet, p. 43; à Farel, p. 70.

'-^ Herminjard, v, 65, 77, 87, 88; Cornelius, pp. 197-200.

^ Lettre écrite vers le 1er aoTzt; Herminjard, v, 64.

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