‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son temps (volume 2)Chapitre 12 sur 116 · I. 6 juin 1532. M. D. G., I.\. p. 434. 4J · texte numérisé non relu

I. 6 juin 1532. M. D. G., I.\. p. 434. 4J

Çhouct, 1655.

itcs. U. Tirage de l'arquebuse. .\. Cimetière tic l'hùpital de Plainpalais. V. Arvc.

LA VILLE

«qu'il veut se désister dorénavant de suivre ridollatrie.... » On l'autorise à présenter au baptême un des deux jumeaux, une petite fille; Calvin lui-même devait présenter l'autre, un petit garçon. Ainsi fut fait. — Mais bientôt, sur la demande de Calvin, David est prié de vider la ville (12 janvier i563). On lui permet cependant « d'aller et de venir, » sans s'établir.

Hélas! sa situation financière était de plus en plus embarrassée. En i563, David Clébergue vend la propriété que son père avait sur la rive gauche, soit une maison « en laquelle soloyt pendre pour enseigne par cy devant le lyon d'or et à présent pend l'escu de Genève. » Une partie des dettes est payée. — Et en i5t)5 (21 sept.) c'est le tour de la propriété sise sur la rive droite. On est réduit, pour obtenir le payement d'une dette, à faire vendre, par vente forcée, à David, son immeuble de Saint-Gervais '.

On a dit que le nom de quai des Bergues venait précisément de la propriété de Clébergue *. Acceptons cette étymologie. Combien de Genevois l'ignorent et, en passant sur ce quai, n'f)nt pas un souvenir respectueux pour l'homme qui le foula et dont la bonté l'illustra plus que n'aurait fait la plus sanglante des batailles.

I. En revenant à la place Saint-Cîervais, au bas de la rue de Coutance, nous examinons avec attention une grande maison qui s'y dresse encore, une des rares un peu conservées de toute cette époque, et la seule peut-être dont on connaisse l'histoire. C'est l'auberge de la Croix-Blanche [Page 4-)^ bâtie en 1472, comme l'attestait l'inscription gothique de la façade: Anno MCCCCLXXII die XII mesis imcnsis] junii [le 12 juin 1472] lohes [Johannes] Pelligot de Veygier icepit [incepit] fundare [a jeté les fondements] domu [domum] istam.

C'était une belle hôtellerie, selon le type des maisons en bois de la Suisse allemande, avec son grand toit. Elle avait une haute tour, contenant l'escalier, un rez-de-chaussée en vaste halle, et le terrain, sur lequel elle était posée, descendait en pente douce, en abreuvoir, vers le Rhône. Elle avait écuries, remise, salle commune.... La tour est décapitée, la halle encombrée d'échoppes; sur l'emplacement de l'abreuvoir et des dépendances se dressent de hautes maisons ■'. Le corps même du bâtiment, encore si curieux, disparaîtra, dit-on, prochainement |)ar un nouvel acte de vandalisme aussi antiartistique qu'antihistorique....

ICntrons-y, par exemple le (S août i54(), pour nous y reposer et boire un verre. Il y a du monde sur la place, de l'agitation. En attendant d'avoir l'expli-

I. Voir pour les t.xt.s M. D.G., IX, p. 44IM43. - i. Galiffe, 170, 171. - La fille aînée de la princesse Kmilic, appek'c Maria llclRia, après une vie agitée, vint terminer ses jours (27 juillet 1647) à Genève. Elle .Icmcurail alors . en la maison de noble et honoré seigneur Timothée Perrot, à Ckbergm. . Registre des >i,x^s. cité par Ilcycr. M. D. G., IX. p. 180. - Une impasse, parallèle à la rue de Villeneuve, dite le Cendrier, et entre cette rue et le Rhrinc, est marcpiée « les Clé-Bergue . sur les . Plans de la Ville, . de 1726 à 1737. Ariliivts de Genève. :i. Hlavitjnac, llkloire des enseignes, 1878, (édit. in-40), p. 88, 84, 85.

saint-c;i:kvais

cation tlcsiréc, essayons tic bien nous représenter la physionomie toute particulière de ce faubour<^ que nous venons de parcourir.

La » Croix Mancht

jt la place Saiiit-(i

En effet, même quand les deux villes eurent été vraiment amalgamées, la Petite Genève resta assez longtemps distincte de la (jrande. Tout en se défiant des manies outrancières de Galiffe, on peut admettre que, grâce à certaines traditions, à certaines infériorités et à certains privilèges ', grâce au fait que les immigrés évangéliques s'établissaient beaucoup plus à (îenève qu'à Saint-Gervais, le faubourg garda son tempérament propre*. Il ne l'a pas perdu encore aujourd'hui. On y faisait volontiers de la fronde'', de l'opposition.

I. i8 mars 1460. < Ordonne ([uà l'avenir, il n'y aura qu'un roi de l'arlialète et un de l'arc, tant dans la ville que dans les faubourj^s, au lieu qu'auparavant, il y avait un roi de chacun de ces exercices dans la ville et un dans Saint-Gervais. » I-lournois, Fnigiiieiils (Grenus). — 17 mars 1528. «Ceux du dit bouru Saint-Gervais, ayant élu un capitaine général et un banneret pour leur bourg, le présentent au Conseil qui laiiprouvc. » Flournois, Frcigiiieiils. — 12 septembre 1541. « Et pour ce que laz plus part des habitans du dict S'-Gervcx ne sont tieult [tels] pour Genève qu'il doybvc cstrc, résoluz de envoyé querre le cappitaine, et lieutenant et bandcret de S'-Gervcx, pour leur faire bonne remonstrance qu'ils soycnt sus laz garde et guet. Kt que cependant que l'on advise de eslire ung caiipitainc de S'-Gcrvex lequelt soyt de laz ville... On choisit Ami l'errin. Registres t/ii Coiisei/,Vo\. 35, f. U2^ - S. 6 janvier i475- ' l'ortitîcations: ordonné que ceux de la ville iraient avec des pics et des pelles aider à ceux de SttiiitGervms. à faire leurs fos.sés. . A ce propos KIournois présente la remarque suivante : • L'on peut remarquer ici que ceux de Saint-Gervais faisaient une communauté séparée de ceux de la ville, et [nous l'avons déjà vu) ils avaient leur capitaine général, leur roi de l'arc et rar»|uebuse, etc., dilTérents de ceux de Gcnive. • h'niian/iies, p. 10. - .1. « 4 et 9 janvier 1530. il y a une émeute tnnilina/to). (Juelqucs-uns de ce bour^' sont

LA VILLE

2. C'est ici, au bas de Coutance, sans doute sur notre place, que tenait boutique l'apothicaire Aimé Levet. Sa femme, Claudine, alla au prêche de Froment. Puis, là, dans sa maison, trois jours et trois nuits, elle lut son Nouveau Testament et devint protestante. Lorsque, peu de jours après, Froment fut obligé de s'enfuir, il se réfugia un moment dans la boutique de Levet. La populace en brisa les fenêtres. Mais ce n'était qu'un commencement. Le 28 mars i533, les femmes « chrétiennes » (c'est la sœur de Jussie qui parle) décidèrent de commencer leur émeute en jetant la femme de l'apothicaire, « ceste chienne, dedans le Rosne. » Claudine s'enferma précipitamment dans sa maison. Les « chrestiennes, » furieuses de voir leur proie leur échapper, brisèrent tout ce qu'elles purent de la boutique et du banc devant la boutique ^

On comprend que les « chrétiens » de Genève aient pu compter sur ces bons « chrestiens » de Saint-Gervais. Aussi, l'échauffourée prenant les proportions d'un gros mouvement populaire, les catholiques, descendant de Saint-Pierre, espérèrent qu'ils seraient rejoints par les catholiques descendant de Saint-Gervais, et pourraient ainsi prendre entre deux feux les évangéliques du Molard. Mais les évangéliques gagnèrent le pont, fermèrent les portes et empêchèrent les « chrestiens » de venir les écraser: la sœur de Jussie en est pieusement marrie -.

Plus tard, Jean Philippe, le chef de la faction des Artichauds, pour son échauflFourée nouvelle, celle du 6 juin 1540, sort de l'hôtel où il a dîné et va recruter des adhérents à Saint-Gervais. 11 se rendit sans doute chez son ami, Jean LuUin (un des syndics de i538), qui tenait l'auberge : A l'Ours^ dans le faubourg^. Il revint à la tête d'une troupe, passa le pont, sa hallebarde à la main, et se fit battre par les Guillermins sur la place de la Fusterie ''. — Jean Philippe avait môme, paraît-il, une maison à Saint-Gervais, que son fils André conserva lorsqu'il fut obligé de quitter Genève, le 27 octobre i556. Et dans son histoire du « Complot des fugitifs en i563, » M. Décrue a écrit : « Ils comptaient sur l'appui des gens de la Monnaie et du quartier Saint-Gervais. Non seulement ce faubourg se dérobait à l'influence de Calvin, mais André Philippe y possédait encore sa maison, et ne doutait pas d'être soutenu par ses anciens voisins^. »

C'était un Saint-Gervaisien, anti-évangélique et anti-Français, que Nicolas Vuillet, arrêté le i5 novembre 1546. Deux mois avant, il avait été aux « Etuves, » aux bains, selon la mode genevoise, et il s'était laissé aller à son tempérament. Ce sont des scènes bien populairement caractéristiques. Tout en devisant, car on

mi.s en prison parce qu'ils avaient fait quelque insolence et des cries non accoutum(5es, en manière de dérision. Un urand nombre de ceux de ce bourg viennent à la maison de ville, demandant qu'on relâche les prisonniers, vu que ce qu'ils avaient fait, c'était de leur consentement. Ordonné qu'on leur pardonne et de leur dire que, s'ils font encore une autre folie, elle sera comptée pour deux. . Flournois, Fragments (Grenus). t. Jean Calvin, II, p. 115-117. — Jeanne de Jussie, édit. 1626, p. 53, — 2. Jean Calvin, II, p. 117, 118. — .'1. Ilermmjard, V, p. 152, n. 20. — On lit dans l'iournois. Remarques, à la date du 22 décembre 1523: • Le courrier du Duc étant allé au logis de l'Ours pour y mettre les chevaux de son maître, l'hôte, qui s'appelait Jean Luilin, refusa de les recevoir, parce que ses écuries étaient pleines de ceux des chartiers allemands. Le Duc en demande justice, témoignant d'en être fort irrité. Pour le satisfaire, on fit souffrir la prison i Luilin, pendant trois ou quatre jours, dit Bonivard. . — 4. Jean Calvin, II, p. 688. — .'i. M. D. G., XX, p. 3817, i')2. et n. 5.

SAINT-GKRVAIS .J>|

allait aux étuves en compagnie, il s'écrie « par le court Dieu, il ncst pas ainsy. » Un, qui était en une autre chambre, entend ce jurement et crie: « Tu jures, m Le compagnon Je Wiillct. iiui témoigne devant la justice, « frappit le d' Vuillct sur le cochon luy disant : Bayse terre. » .Ainsi le voulaient les ordonnances. Tout blasphémateur devait baiser terre. « C.e que le d' X'uillet fit, et se ayant fet, ouyt [le témoin"" que le d' Vuillet dist : « tel fet du bon évangéliste, en repregnant les aultres, que dedans sont loupts ravissant. » Après quoi, s'excitant lui-même, il se serait écrié : « Je cognois bien que tu es ung franscois ; entre vous aultres franscois, vous venés fère icy votre seunegogue [synagogue] et vous avés chassé les bons frères qui disoient la vérité: mais avant que soit longtemps hont [on] vous envoyera fère votre senegogue aultre part.» — Vuillet nia ce dernier propos, il n'en était pas moins un des types du Libertin du peuple et même de la populace '.

C'est à Saint-Gervais qu'habitait Pierre Ameaux, dont le procès célèbre marque une date. — Le 27 janvier 1546-, Ameaux, dans une des maisons devant lesquelles nous venons de passer, avait invité quatre de ses amis à souper, et, à table, il parla fort mal de Calvin et de sa doctrine. Depuis sept ans, dit-il, Calvin prêchait l'erreur; c'était un méchant homme, qui voulait être évèque, faire gouverner la ville par les Français, etc. '.

Immédiatement dénoncé, Pierre Ameaux fut mis en prison, jugé et condamné. Et voici que, le 8 avril, devant notre auberge de la Croix-Blanche, la foule s'amasse : la place est noire de monde. Un grand bruit s'élève, c'est Pierre Ameaux lui-même qui arrive en chemise, tête nue, une torche allumée au poing. Il a déjà dii s'agenouiller devant la Maison de ville, puis au Bourg-de-Four et au Molard. .Maintenant, c'est sa dernière station : il s'agenouille, là-devant, au milieu de ses voisins, et fait amende honorable.

Ce procès avait surexcité les passions, surtout dans le quartier. Or. le jour de la reconiirmation de la bourgeoisie avec Berne, le 14 mars, Calvin prêchait au temple de Saint-Cïervais, l'après-midi. Déjà dans deux ou trois sermons, le Rétormatcur avait censuré, en termes e.xtrcmement forts, la conduite de ses auditeurs. Ce jour-là, il déclara qu'il était monté en chaire non point pour rétracter ce (^u'il avait dit, mais pour le maintenir, puisqu'il ne prêchait point de lui-mcinc, mais que ce qu'il disait venait de Dieu. Il aurait ajouté : plus de cent de ceux de ce quartier, qu'il avait vu s'en aller par les rues, dans le temps qu'il leur venait prêcher, étaient pires que des bêtes, puisqu'ils ne se souciaient pas de venir entendre la parole de Dieu. Sur ce, un auditeur, le pâtissier Aliod, en colère, se mit à crier tout haut: « 11 n'est pas vrai, nous ne sommes pas des bêtes.» Immédiatement, il y a tumulte. Les voisins d'Aliod lui reprochent de provoquer un scandale, et on a grand peine à le faire taire. Mais après le sermon, .Miod recommence : il va par les rues de Saint-(Jervais, de Coinavin, de Coutance. se

1. Archives. Procès criminels, N" 435, 15-22 novembre 1546. — i. 27 janvier 15-41). « L'on aparoUe que Icilict Aineaulx a dict que M" Calvin estoyt meschant homme, et n'estoyt que ung picard, et prcschoyt faulcc doctrine... « Ref;islres du Conseil, Vol. 40, f- 359- t^'<;st ainsi que dijbute le lonu procès. — 3. Gautier, //isfoire de Genève, III, p. 260.

JEAN CALVIN III 7

LA VILLE

plaignant, amassant les gens et accusant Calvin d'avoir traité ses auditeurs de loups, de chiens». Les esprits s'échauffaient de plus en plus. Le lendemain, lundi, il y eut « une sédition dans toutes les formes. »

Pour arrêter le mal dans sa naissance, le 3o mars -, le Conseil se transporta en corps dans le quartier, et, au milieu de la grande place, dressa une « berche (un gibet) comminatoire. « La crainte fit ce que n'avait fait le sermon : le tumulte fut calmé. — Quelques jours après, le i3 avril, le pasteur de Saint-Gervais, M. Perrot, demanda, tout en continuant à «servir» cette paroisse, de venir néanmoins « demeurer là Hault » ' (sur la rive gauche). Faisons comme lui et traversons l'île ''.

1. L'affaire vient devant le Conseil le 29 mars 1546. (Registres du Conseil, Vol. 41, f- 59^) Maître Aliod est mis en prison. Il fut libéré, avec bonnnes remontrances, après qu'il eut fait des excuses, le 2 avril 1546. (Ibid., f. 64».) — i. Ibid., f. 6ov. — :(. 13 avril 1546. - ...Ordonné que en soyt parlé à W Calvin. » Ibid., f. 72.

- i. A propos de la potence, Blavignac dit: « Ce fut là qu'en 1546, Calvin fit dresser une potence pour y faire pendre tous ceu.x qui ne voulaient pas trouver son joug doux et léger.... » Histoire des enseignes, p. 85. — EtGaliffe: «Calvin prêchant à Saint-Gervais, en juillet 1545, prétendait « qu'il fallait élever deu.x gibets pour y pendre sept à huit cents Genevois, > menace qui, le 30 mai 1546, reçut un commencement d'exécution. » (Qiie/tjiies pages d histoire exacte, 1862, p. 85.) « Les ennemis de Calvin, dit Gautier, publiaient par la ville qu'il avait un esprit de domination insupportable.... Il était même e.xposé quelquefois à l'insulte de la canaille, jusque-là qu'une femme de la lie du peuple eut un jour l'insolence de le charger d'injures en pleine place publique, « luy appellant meschant homme, > offense dont le magistrat, qui la fit mettre en prison, l'aurait punie avec sévérité, si Calvin lui-même n'eût intercédé en faveur de cette femme et obtenu son élargissement des pri.sons: «A la requcste de Mons'' Calvin, elle est libérée, » dit le procès-verbal. (Registres du Conseil, Vol. 40, f. 330^. Gautier, III, p. 229, 228.) — Au milieu de cette surexcitation, un Libertin lance contre Calvin un violent propos de plus. « 7 août 1545. Pierre Buzenet cousturier. Rémission [c'est-à-dire renvoi; renvoyé par le...] du consistoire. A cause que a dict que Mons' Calvin a presché que falloy pendre la joieunesse [jeunesse] envyron sept à huyct cens, et que il falloyt que l'on pendisse les cstrangicrs, etc. Ordonné que soyt constitué prisonnier pour scavoyer ses adhérents et que l'on le fasse rcspondre. » C'est tout ce que l'on sait. — L'abbé Fleury, dans une brochure publiée en 1864, Calvin à Genève, crut pouvoir s'approprier les propos de Blavignac et de Galiffe. Dans le Journal de Genève, du 29 mai 1864, A. Rilliet lui répondit: < Ceci est une pure invention : rien de semblable ne se trouve dans le document cité. Mais le tour est fait, on a pris les allures d'un grave historien, on a indiqué ses sources; ut l'on s'abrite derrière sa propre impudence, qui semble invraisemblable en raison même de son excès. »

— L'abbé Klcury, pour se défendre, cita Galiffe. > (Journal de Genève, 3 juin 1864). — Alors A. Rilliet, achevant son rôle de justicier, répliqua : < Au lieu de nous répondre en nous couvrant de la poussière de ces « archives qu'il a secouées, > il se réfugie derrière une citation.... Sans nous arrêter aux diverses altérations que « l'ami de la vérité > a fait subir, dans sa brochure, au texte de ce document (comme chacun peut le vérifierj, il nous suffit de constater que, selon le témoignage précis des Registres du Conseil, l'allégation qui consistait à soutenir * que Calvin avait prêché qu'il fallait pendre la jeunesse, environ sept à huit cens, » a été considérée et punie par la justice, au moment même où elle fut proférée, comme une imputation diffamatoire. Et c'est cette calomnie d'il y a trois siècles que l'on ose présenter aujourd'hui, au nom mt^me du document authentique qui ne l'a consignée que pour la Hétrir, comme un fait irrécusable et acquis à l'histoire! (Jue penser d'un écrivain qui n'invoque un témoignage que pour affirmer précisément le contraire de ce que ce témoignage atteste? On est saisi d'une légitime indignation en voyant ce que devient l'histoire entre les mains de ces hommes qui, faisant grand bruit des révélations des archives, invoquant l'autorité des registres, ne marchant qu'appuyés sur pièces et dossiers, mettent cette érudition d'emprunt au service de leurs rancunes rétrospectives et de leurs haines actuelles, pour calomnier, après trépas, ceux qui ne sont plus là pour se défendre.... . (Journal de Genève, 3 juin 1864.)

SFXONnr, PAurii'

L'île.

K quartier de l'île se compose en réalité d'une rue formée de deux ponts successifs, l'un tenant à Saint-Gervais, l'autre tenant à (îencve {carreria pouiis Rociaiii, caneria supra pontem Rodaui); et nous voici au cœur de l'archéologie la plus pittoresque pour l'artiste, et certes pas la moins instructive

jÇ^ut^^i^^^ I^^"*^ riiistorien : les ponts et le château de l'île. [Page 54.) « C'est à propos de son pont, dit Galiffe, que Genève paraît pour la première fois dans l'histoire. On sait que César le fit rompre pour empêcher les Helvètes (qui se préparaient à émigrer en masse) de traverser les possessions romaines de la rive gauche, et que cet acte devint, pour ainsi dire, le signal de ses victoires et de ses conquêtes dans les Gaules '. » — Mais depuis, de combien d'événements décisifs pour l'histoire de Genève ce pont ne fut-il pas le théâtre? Grâce à ce pont « transformé en pont-levis » la maison de Savoie réussit à maintenir son autorité, et « c'est de ce pont qu'en i5io les Genevois virent tomber la tête de Berthelicr -. » — Sur ce pont passèrent Niigueli, le capitaine bernois, et ses troupes apportant à Genève la (.iéliviance. — C'est par ce pont qu'arriva Calvin, après Farel....

La plus ancienne description que nous ayons, celle de Saunier, principal du Collège, en i53S, nous dit que ce pont «jadis estoit de pierre, » mais que maintenant il n'est « que de boys ^ » Il ajoute : « Touttefois il est plus faict à proufit et usage que pour beauté ou aucune monstre. Car il est suffisant à soustenir le fais de plusieurs molins et assez ferme à charier et passer toutes charargcs, et si soustient maisons de marchans tant d'ung costé que d'autre'. » A cause de ces maisons le pont s'appelait le Poiil-bàli.

En 1546, le Conseil eut l'idée de « e.xtrayre tout simplement ! les pierres de roche estant sous les maysons du pont du Rosne, que furent du |)ont du Rosnc

t. Cialiiïc, p. 26. — 2. Ihid., — .'I. Le procès de Jean Philippe montre qu'en effet le tablier du pont était en bois, puisqu'il pouvait se « déplateler. • Une partie des piliers pouvait ttic en pierre. GalilTe, p. 39, n. 2. — l. Bétant, Xotice sur le co/Ut^e de Rive.

LA VILLK

dcstruyct du temps de César empereur. » l- n « récompense, » c'est-à-dire pour toute compensation, les propriétaires, dont les maisons étaient « en partie fondées sur les dictes pierres', » reçurent u quelques chesncs, » autrement dit des pieux en chêne pour consolider leurs immeubles par de nouveaux pilotis. Cet ébranlement ne fut pas trop dommageable au quartier qui ne cessa de prendre une extension de plus en plus grande. 11 empiéta sur les rives et sur Teau elle-même. On construisit des maisons à trois étages, des tours. Les maisons s'avancèrent sur pilotis jusqu'à ii8 pieds. (Page 55.) En même temps on créa, en amont, dès i540 au moins-, un second pont, non bâti, et qui reçut le nom de petit pont : l'autre fut dès lors le grand pont.

Pour voir ce que celui-ci était peu à peu devenu, il nous suffira de lire le récit de rincendie qui le dévora le i8 janvier 1670'' :

« Là-dessus, le grand nombre des habitans de cette petite République, la commodité de l'eau ', absolument nécessaire pour certains métiers, comme sont ceux des Couteliers, Lmouleurs, Tâneurs, Chamoiseurs, Epingiiers, Eguilletiers, et autres semblables, et l'utilité enfin du l)oste, pour le grand passage [on ne pouvait passer que par là], ayant obligé des artisans, des marchands, et des merciers, de bâtir, non seulement sur les quays ou sur les bords de l'isle, des boutiques et des habitations, mais encore sur Fun des Ponts (c'est assavoir sur celuy d'embas), dans tf)Ute son étendue, on l'avoit veu bientôt avec admiration, entièrement bordé de deux belles rangées de maisons, de charpente légère à la vérité, et hautes tout au plus de trois étages, comme ne pouvant porter que sur quantité de pilotis, mais en récompense si profondes, et si avancées dans l'eau (lu'ellcs prenoient presque toutes cent et dix pieds sur la rivière,

\. Jiffihirrs iIh Conseil. 19 mais 1546. Vol. 41, f. 54V. ■> j (, , octobre 1540, les Regisires, en effet, parlent du bnilli do Gcx, lc<iucl est . suspect . parce (piil est venu accompagné de 14315 chevaux, et

Saint-G»ai!

D. Temple de Saint-Gcrvais. O îrc:

SAINT-r.KKVAIS

et quelques-unes même 1 18. Sur le Pont, la face en t-toit assez égale, et ceux qui les avoient fait bâtir, ayant, pour-compenser le défaut de solidité, tâché de

leur donner quelque a-^rément par des peintures, et d'autres petits enjolivemens, on peut dire, sans exag/rérer, qu'elles faisoient un si agréable objet qu'elles étoient regardées des estrangers et des voyageurs, comme une des plus remarquables curiositez de la ville, et qu'elles faisoient désirer à ceux qui les considéroient que le souhait qui étoit écrit sur Tune de celles qui sont encore aujourd'huy sur pied après l'incendie], et cela en deux jolis vers latins, assavoir: <( (Qu'elle subsistât, jusque à ce qu'une tourmy « eut beu toute l'eau de la mer, ou (]u'une tortue eut fait tout le tour du monde, » s'accomplit à l'égard de toutes '■. » C'était le « passage, » semblable à un des «passages» de nos grandes villes actuelles, avec magasins bien fournis et h.'itelleries bien achalandées, comme celles de la Coupc\ la Clef, la Flèche, avec appartements de familles notables, les F'abri, les Mestrezat''. Malheureusement, cet ensemble de constructions en bois, aussi précaire que curieux, — d'autant plus que les magasins, en bois, à fleur d'eau, étaient bourrés de matières combustibles, huiles, graisses, sucres, eaux-de-vie, papier, même de la poudre, sans compter le bois et le charbon! — flamba comme une allumette " sur la minuit, venant du l,und\ 17 au Mardi iN de janvier Kïyo. »

Par ici donc passaient tous ceux qui venaient de la porte de Cornavin. Par ici passa et repassa Calvin, allant au temple lie Saint-Gervais et en revenant, par exemple le dimanche 8 mars i35i.

Il avait prêché à Saint-(iervais. Quaml il arrive sur le pont, voilà que " quelcuns des débaulchez » s'ajiprochent de lui et le « heurtent. » Le Réformateur leur fait observer tout simplement « que le pont

parce qu'il na pas voulu passer • par le petit pont, . mais a passé • par le ^raml pont. • Vol. 54, f. 466 — .1. i:nnl>r,is,ii:nil il» font ilii U/imie <i (,ni,vi\ arrivé le 18 de Janvier 1070 et décrit par V. M. (1.

antcpouict. T. Porte de Cornavin

LA VILLE

'"^^AX KLa Of-andeb.tc

M hctoi hniiiôBaruats

L'ilc et les ponts du Khoiic, avant l'inccnJie de 1670 (d'après le dessin de Diodati.) (page 51.)

est assez large » pour que tout le monde puisse passer. A côté de lui se trouvait un potier, Franç;ais sans doute, et qui se mit à rire de la déconvenue, ce semble, des mauvais sujets. Ceux-ci, abandonnant Calvin, tournent contre lui leur colère.

(Minutolil- Deuxième édition. A Genève. Pour Jean Antoine et Samuel de Tournes. — Les Minutoli étaient venus de Lucques, vers 1550. « arrachés du sein de leur mère [l'Eglise catholique] par l'impie P. de Vcrmilly. » C'est ce que dit le fils de ce Vincent Minutoli, qui retourna au catholicisme et publia, en 1714, un pamphlet où il attaque, ridiculise et calomnie « quarante ministres » de Genève. Le pamphlet, comme tous ses congénères, est dédié à un prélat, l'évèque et comte de Lucques; Minutoli reconnaît tous ses « bienfaits dont l'abondance, dit-il, surpasse mes besoins. > (Epistre, p. VI.) «Motifs de la conversion de noble Joachim Iriderich Minutoli, docteur ez-droits en l'Université de Valence, proposant de l'Académie de Genève, à présent chevalier et major-commandant pour la sérénissime république de Luques, avec les caractères de quarante ministres de la même Académie, desquels sont tirez les susdits motifs de conversion, comme il est indiciué dans la préface cy-après. » A Modène, 1714. (Exemplaire de la Faculté de Montauban.) Ces quarante-deux < caractères » contiennent quelques indications curieuses. — 4. « Au moyen âge les cours d'eau étaient beaucoup plus utilisés <iue de nos jours, où les usines à vapeur ont remplacé le nombre con-tidérablc de moulins qui s'échelonnaient le long des rivières.... Les rives du Rhône et de l'Arve en étaient littéralement couvertes. Depuis le pont du Rhône, en descendant le fleuve, ils se touchaient. >

SA!NT-GERVA1S

Les « débaulchez, » dégainent leurs cpées, poursuivent le potier, entrent dans sa boutique. Un des assaillants et le potier sont blessés. « Les autres crioient en pleine rue : Sus les tistrangicrs, tiu\ lue. n Le "uet dut intervenir et emmena les IKTturbateurs et le potier en prison '.

(tétait du reste l'époque douloureuse pour Calvin. On battit son serviteur. Lui-même, quelques jours après (24 mars), fut presque empêché de faire sa leçon par des gens qui vinrent tout près jouer à la paume-, et, au même moment, notre pont du Rhône faillit être le théâtre d'un événement plus tragique encore.

Sachant qu'un collègue de Calvin, Raymond Chauvet, ministre à Saint-Gervais, était obligé, « venant lungdi passé de la ville, au soyer, en suyvant son office, » de repasser le pont, on (I leva ung long j)outrelle' » du tablier « pour le laire choer''. » II échappa heureusement à cet odieux guet-apcns ''.

Pilotis du l'île (d'après un dessin inédit de Calamc, collection Rigaud). (page 52.)

Rude époque! C'est bien cette rudesse que nous rappelle le seul mommient subsistant encore dans l'île : la tour.

Le grand pont et le petit pont étaient « peu distans l'un de l'autre, puisque les avenues de tous deux dans l'isle y cotoyoient justement les deux faces opposées ^ » de cette tour. Celle-ci, nous dit Minutoli , «au beau milieu, haute,

Uorel, Foires, p. 178, 171J. L'inventaire de 1475 en indique au moins quin/c dans • la rue du l'ont du Rhône juqu'aux moulins d'Aymon de Versonnex, ti parte venti. > — 5. Lcinhrasement du pont Un Rhône, p. 25-27. — 6. Galiffe, p. 34.

J. Rosct, p. 337, 338. — i. 24 mars 1551. « Après est entré M. Calvin qu'il a dict ...qu'il est vray que hier, ainsy qu'il faisoit la Ictzon, l'heure accoustuméc, vinrent environ trente jouer à la paulmc devant S' Pierre, avec un certain bruyt qui ne ressembloit point jeux de paulme, mais l>ien aultre chose, pourquoy il leur dict: « .\dvisés, vous ne pouvez estrc si peux en liberté que vous ne faictcs incontinent » ([uelquc insolence, et vous estes bien importuns, > et dict qu'il y en heust ung qu'il respondit : « Nous ne sommes [loint importuns. > Registres du Conseil, Vol. 45, f. 233' et *. — 3. Ibid., 9 avril 1551. Vol. 45f. 247. — 4, Roset, p, 338. — 5. L'embrasement du puni du Rlione, p. 25.

carrée, » pouvait être regardée « comme faisant Tarbre ou le màt de ce vaisseau » que formait « l'islette, « longue de 700 pieds, large de 200 '.

Malgré tous ses remaniements successifs (on a même failli la démolir, ce qui eût été un vrai crime de lèse-patriotisme), la tour incruste encore dans ses pierres les plus grands souvenirs de la pré-Réformation.

I>es comtes de Genevois (seigneurs et souverains au dehors de la ville, dans la province de Genevois ; de là leur nom) étaient possesseurs du château de Genève, que nous trouverons au Bourg-de-Four. Et de derrière ses fortes murailles, ils pouvaient faire sentir à Tévèque et à la ville leur force et leurs caprices-. Pour soutenir son autorité, l'évéque Aymon de Grandson (i2i5-i26o) songea à se donner aussi un château fort et, comprenant la valeur exceptionnelle de la situation, il le dressa au milieu de Tile et du pont lui-même.

Achevé avant 1219, avec sa puissante tour, son i^ corps de logis hexagonal^ fortifié (la face principale de la tour formait le premier et le plus petit coté de l'hexagone), juste au milieu du passage unique sur le Rhône, de ce pont fermé lui-même aux deux bouts |)ar deux portes bien gardées et munies d'un guichet où il fallait payer péage *, le château de Tîle [Page 5-j) était la clef de Genève, une clef vraiment formidable.

Comment des mains de l'évéque ce château passat-il à celles des comtes de Savoie ?

La réponse à cette question serait le résumé même de toute l'histoire politique de (Jenève.

L'évoque était seigneur féodal. Son premier rival fut le comte de Genevois,

l.,i r..ur .1. l'Ile en .8:;;i par 1". Escuyer.

I. Leiuliifiseinciil liii puitt du Rhône, p. 24. — 2. M. U. (i., Vil, K. Mallet, « Du pouvoir que la maison de Savoie a exerèé dans Genève », p. 183-187. — .'t. Au moment de certaines fouilles, on a pu voir les fondations de cet he.xaRone. — « On peut s'assurer, dit Galifïe en 1869, que ses murs, d'une épaisseur inusitée, ne sont, de chaque côté, que le prolongement des murs latéraux de la tour elle-même, non pas, il est vrai, en litjne parfaitement droite, car celui du coté de la rue supérieure s'en écarte assez pour former, avec la dite tour, un angle rentrant plus ou moins obtus, tandis que le mur du côté opposé, caché par les maisons bcaucou|) plus modernes de la rue du Pont des Frises, quitte bientôt la ligne droite pour se rapprocher du précédent, qu'il rejoint par un brusque retour vers le nord, sur l'autre bras du Rhône, de manière à former là comme une seconde tour carrée, aussi grosse, mais beaucoup plus déguisée par des restaurations modernes que celle qui fait face à Bel-Air.... Ce corps de logis forme donc \in pentagone allongé entre les deux bras du Meuve sur chacun desquels il se termine par une grosse tour. » Galiffe, p. 247. Cette descrip- (ion a été inspirée, on le voit, par le fragment du plan liillon, que nous reproduisons, et sur lequel les murs du chAteau sont indiqués par des hachures. Le polygone est dit à cinq ou six côtés selon que l'on compte pour un. ou pour deux le côté nord, formé par une ligne légèrement brisée. — 4. Galiffe, p. 29. — En 1526 f» déc). les habitants de Saint-Gervais demandent que le guichet reste ouvert la nuit. Flournois, Extraits (Grenus),

SAINT-GKRVAIS

qui fut très puissant au treizième siècle. Cette puissance déclina lentement pendant le quatorzième, et s'éteiy;nit, en 1394, avec l'antipape Clément Vil.

Mais à côté, et bientôt à la ylace du comte de Genevois, s'était levé un autre rival de Févcque, le comte de Savoie. Celui-ci apparaît pour la première fois à Genève vers le milieu du treizième siècle, d'à- ^--^^

cier hypothécaire des P- ^<:>^^^=s=:r-~^ '■<-

comtes de (îenevois (r25o), dont il reçoit le château du Bourg-dc- Four, puis comme protecteur officieux des citoyens. — Alors en janvier 1287. Tévèque Robert étant mort, quelques chanoines du parti du comte de Genevois, opposés au parti du

. . rian du château de l'Ile d'aprcs le plan Billon '. (page 56.)

comte de Savoie, prirent

le commandement du château de File. Le comte de Savoie assiégea la forteresse, qui, au bout de quatorze semaines, dut capituler, en juin 1287: date mémorable de l'histoire genevoise. Après avoir protégé Genève pendant soi.xantedi.x ans contre les excès des comtes de Genevois, le château de l'île, devenu, comme le château du Bourg-de-Four, possession de la maison de Savoie-, se transforma en un terrible instrument d'oppression. Ce fut la Bastille de Genève, symbole de toutes les violences, de tous les crimes contre l'indépendance des citoyens. Là était la résidence du vidomne, là siégeait souvent la « Justice ».

En effet, en même temps qu'il s'emparait du château de l'île (jusqu'à remboursement des frais de la guerre fi.xcs, à dessein, d'une façon fort exagérée), le comte de Savoie s'emparait du vidumnat. Et voici ce qu'était cette charge :

A Genève, l'évcque était prince. Son évcché était sa seigneurie temporelle, son fief. Il avait donc, de par les lois féodales, droit de justice. Mais les lois canoniques lui défendaient d'exercer ce droit. On eut donc recours à une fiction; on décida que l'évcque exercerait ses droits... par un délégué, le vidomne (vicedominus)\ Ce nom paraît pour la première fois dans un acte passé entre i 124 et 1134. — Le vidomne avait la justice civile (^tribunal ordinaire pour la plupart des différends entre laïques), la justice pénale (\e petit criminel ou délits correction-

I. Jean Michel Hillon, né en 1705, géomètre et architecte, fut chargé par le Conseil de faire les plans de la ville et des environs. Il y travailla de 1726 à 1737. Plus tard il travailla au plan du portique de Saint-Pierre. Jean Michel liillon, qui n'était que natif (son père était de Morges et avait été reçu habitant en 1697I, fut admis à la bourgeoisie pour ses services, en 1763. (Dictionnaire manuscrit des familles genevoises de Sordet). — i. M. D. G., VIII, Ed. Mallet, p. 81-218. — ."). M. D. G., VIII, Ed. Mallet, p. 131-

JEAN CALVIN III

58 LA VILLE

nels; quant au grand criminel, le vidomne faisait fonction de juge d'instruction, de procureur général), la police pendant le jour et certaines attributions administratives*. On peut deviner quelle importance dut acquérir ce vidomnat, lorsqu'il fut entre les mains du châtelain de lile, et lorsque le château lui-même fut entre les mains du comte de Savoie! Or, c'est ce qui eut lieu à partir de 1290. Par l'acte passé à Asti, le 19 septembre 1290°, le comte de Savoie se fit « inféoder, » à titre d'indemnité, le vidomnat et le château de l'île, et le 21 juin i3o6, au couvent des Frères Prêcheurs de Plainpalais, entre le comte et l'évêque, une convention intervint, qui servit de base pendant plus de deux siècles à la magistrature du vidomnat'. Dès lors, les comtes de Savoie ont, à Genève, une autorité légale, quoique toujours subordonnée à celle de l'évêque. Ils s'affermissent peu à peu dans leur position, essaient à diverses reprises (i3i 1-1430) de se faire accorder par le pape ou par l'empereur quelque portion de la souveraineté; puis, fatigués de la résistance des évêques, mais ayant réussi, dans l'intervalle, à arrondir leurs états et à échanger leur titre de comte contre celui de duc (141 6), ils tirent parti du droit de nomination, que la cour de Rome s'est attribuée, pour établir sur le siège épiscopal les cadets ou les favoris de leur maison, et faire ainsi du légitime seigneur de Genève l'instrument toujours plus docile de leur politique envahissante*.

A mesure que les temps marchent, les violences deviennent plus significatives. Voici venir comme prisonniers les patriotes, ceux qui fondent la liberté, en lui sacrifiant tout, jusqu'à leur vie. Pécolat passe dans la tour et doit bientôt son salut à l'intervention de Bonivard"^. Berthelier grave sur les murs de sa prison sa fière parole : Non moriar sed vii'am et narvabn opéra Domini, puis sa tète tombe, là, devant la tour, entre le château et le pont''.

« On peut dire que, depuis la fin du XV^ siècle, toute l'histoire de Genève inclinait vers l'une ou l'autre de ces deux solutions : ou l'assujetissement complet de la ville à la maison de Savoie, ou l'anéantissement du vidomnat au bénéfice de la ville ^ »

Pour attester les droits de sa tyrannie et braver l'opinion surexcitée, en iSig, le duc Charles 111 fit placer la croix blanche de Savoie sur la porte principale du château. Mais, dans la nuit du 5 août 1527, les armes savoyardes furent précipitées dans le Rhône par une main inconnue.

(tétait fini. La révolte éclatait. Fnfin l'odieuse Bastille était démolie. « Par nous, écrit Bonivard, a esté mis bas, ce qui y pouvoit avoir de fortresse^ «

De ce monument, — le plus célèbre, avec ses hontes et ses gloires, de tous les monuments politiques de la vieille Genève, le plus certain symbole des luttes par lesquelles les pères conquirent la liberté, — les enfants, trop oublieux, n'ont su conserver que la tour, et encore défigurée"!

». M. I). (■,., VIII, p. 147. — 2. //M., p. 185. — :!. //„,/., IX, . Aimon du quart et Genève pendant son <;pi.scop.it, 130,1 et 131 1., p. 133, 135. — ,i. Pierre \mc\\cr, Mélanges d' histoire nalionnle, 18S9. «Fragment .d'une (-tude sur Ihi.stoirc de Gcntve, . p. 00, 91. - ri. Gautier, II, p. 93. — G. Ibid., p. 156, 157. — 7. Pierre Vauchcr, p. 93. - h. CI,roni,ji,es. liv. I, chap. 11, éd. Fick, I, p. 33. — 9. J. Mayor, La tour de nie. Brève

SAINT-GERVAIS

N'importe ! Que le passant s'arrête et se recueille ! (^u'il revoie en esprit la vieille tour', avec sa toiture d'avant l'incendie de 1670, celle du XVI' siècle, formée d'un toit pointu, à quatre pans, posé directement sur les créneaux du couronnement, et qu'il lynvoie une pensée fière et reconnaissante à ces Besançon Hui^l^ues, à ces Jean Klebcrger, à ces Berthelier, qui, par leur dévouement inlassable à leur patrie, par leur généreuse humanité, par leur héroïsme de martyrs, ont préparé la vraie Genève, celle qui allait être non seulement la ville libre des Genevois, mais la ville forte des protestants.

Continuons. Toute la rue du Pont-bàti comptait vingt-deux maisons; la onzième était en face du château ; puis se trouvaient, à notre droite, la maison du poids du blé, puis un marché et une boucherie, et enfin l'hôpital Saint-Jacques au coin, sur la |:)lace des Trois-Rois.

notice, 1897. — Delacorbiêre dit encore : « L'on voit dans la tour le lieu où le châtelain du vidomnc tenait sa justice; c'est à présent le contrôle du poids de blé. »

I. Le 8 juin 1360, on paie les dépenses pour refaire le toit de la {grande tour et le toit de la grande salle du château de l'île, détruits par un violent vent du nord. M. D. G., XVIII, p. 293.

TROlSlKMi: PARTIE La place des Trois-Rois.

L faut ici remarquer qu'à l'origine non seulement l'île et son pont appartenaient à Saint-Gervais, mais aussi les deux côtés du iK)nt, le bourg à droite, la place des Trois-Rois à gauche. Dans la répartition entre les imposés et les paroisses de la contribution de looo florins pour les fortifications, contribution décrétée en décembre 1877, il y a six paroisses (la Madeleine, Saint-Germain, Saint-Gervais, Sainte-Marie-la- Neuvc, Sainte-Croix, Saint -Léger), mais Saint-Gervais est divisé en deux, Saint-(Jervais en deçà du pi»nt \citra poiilcm) et Saint-Gervais au delà du pont {ultra pontem) '.

11 est vrai que la place de Bel-Air [Page 61) (ce nom date de l'incendie de 1670; elle s'appelait avant place des Trois-Rois, et avant place Notre-Dame-) ressemblait peu à ce qu'elle est aujourd'hui. C'est avec les décombres de l'incendie qu'on l'a exhaussée et élargie, aux dépens du fleuve, de plusieurs mètres. Auparavant, ce devait être une bande assez basse et étroite, qui, de plus, était à peu près barrée par les premières maisons du Pont-bàti, lesc[uelles touchaient presque la porte du pont du Rhône.

Tout à fait à l'origine, il n'y avait du reste sur cet emplacement que l'hôpital et la chapelle de Notre-Dame. Dès 1236, cet hôpital hébergeait les passants pauvres : a-pro pauperibits^ pro icmpore affluentibus^ recipiendis et hospitandis^.^> Tout le reste, autour, était terrain vague, appartenant plus ou moins à l'hôpital. Au bas de la Cité, en 1288, cinq maisons des Rues-Basses et deux maisons de la (-ité même étaient soumises à une redevance annuelle vis-à-vis de l'hôpital de Notre-Dame. Les terrains, sur lesquels ces maisons avaient été bâties, lui avaient donc appartenu *. — Cet hôpital relevait de Saint-(3ervais. On l'appelait même (|uel(]uefois Notre-Dame de Saint-Gervais''. La porte cjui fermait en biais les Rues- Basses et la rue de la Cité, laissait en dehors l'hôpital de Notre-Dame, qui ne fut réuni à la ville, tout en restant distinct, que par les murailles épiscopales

I. .M. I). <;., XVIII, \>. 3,19. - -2. Avant la construction de l'enceinte et de la porte du Pont du Rhône. :i. MiiH. et i/oc. de la Sodelc d'Iiht. de la S. R , XII, p. 170, N» 121. Galiffe, p. 217, 218. ~ 4. M. D. li-, III, Chaponnitrc et bordet, « Ucs hôpitaux de Genève avant la Réfonnation, • p. 198, 200, 184, n. 2, ^^% 189. - îi. Gal.ifîe, p. 17^, 174.

SAINT-GERVAIS

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et la construction des deu,\ autres portes, en arrière île la précédente, celle du Pont et celle de la (^orraterie. Dès lors, il y eut la place de Notre-Dame ', dans l'enceinte, devant la porte de la chapelle (à la jonction de la rue de la Ciié et de la rue des Allemands), et la

place des Trois-Rois, en de- ^,^ J J |^

hors de l'enceinte (au jour- *

d'hui Bel-Air).

Au XVh' siècle, Tétroite place des Trois-Rois était donc bordée, d'un ciHé, par le Rhône, et ses deux ponts

facilement fermés. Le pre-

mier, le Pont-Neuf, partait |^ juste en face du loi^is des ^ ISaiances ihi')tel de la Balance actuel). Le second, le Grand- Pont ou Pont-bàti, partait Juste en face de la porte du

Rhône, et la première maison ■

de ce pont, à gauche, était l'hôpital Saint-.hicques.

Ce second hôpital, de Saint-Jacques, qu'il ne faut pas confondre avec le premier, son voisin, de Notre- Dame, avait été fondé vers le milieu du XI V" siècle, par Pierre du Pont, citoyen et jurisconsulte. La maison où

Le iiont du Khûne, la place des Trois-Rois (ou de Bel-Air) et la Monnaie, (page 60.)

l'hôpital fut établi avait été achetée pour cela, en i:-î59-. ("/était un établissement petit et modeste. Le garde des jKjrtes du pont du Rhi')ne et de la (^orrateric y était logé, en 1481. L'année suivante, 3i décembre 14S2, le Conseil tut obligé de s'en occuper : « iMaison de l'hôpital du pont du Rhosne, en laquelle on menait une vie lubrique: ordonné de le visiter et de punir les coupables •*. » Ce qui explique peut-être ce scandale c'est que, pendant le X\'' siècle, on avait élevé Tcdifice d'un étage pour recevoir les femmes pauvres : « ad reccptanJum et hospilallandiDii paupcres miilicics Chrisli rcrcciiiiJcis '. » — Ln i325, devant

l. Bonivard parle encore de la place Notre-Dame, « d'une chappelle au bout de la dicte rivière d'amont du cousté du souleil couchant, que l'on appelloit Nostre-Dame-du-Ponl, qui faict à pr<;sumcr que c'cstoit pour lors le bout du pont du Rosne en-ça. . Chroniques, I, H, édit. Fick, I, p.31. - i- 27 ""^i 1362- ^^ comte de Savoie affranchit de tous droits fciodaux la maison située à Genève entre le pont et la porte du Rhône, et appartenant à Pierre du Pont, (|ui y fonda un hùi.ital. M. D. G., 111, p. 389- — •'• l-'lournois, Fraj;ineii(s (Grenus). — 4. Galiffe, p. 21 y.

LA VILLE

riiApital, L-tait un haut banc ou échoppe, qu'on louait à Thospitalier, lequel exerçait la profession de cordonnier. Il devait faire laver à ses frais le linge de l'hospice*. — Un peu plus loin était la tour d'angle de la Corraterie « proche du

Rhosne, qui luy lave le pied la pluspart de Tannée -. »

De l'autre côté de la place étroite, en partant toujours du logis de la Balance, nous trouvons d'abord le passage si pittoresque (détruit seulement en 189g) dit « dessous les vieux trois rois ■*. » Car dès le commencement du quinzième siècle, et peut-être avant \ c'est sur ce passage que s'élevait la grande et célèbre hôtellerie des Trois-Rois, oij descendaient les hauts personnages. Elle fut détruite lors de Tincendie du pont du Rhône et rebâtie en 1675, de l'autre côté de la porte du pont •', en face de l'ancien hôpital St-.Iacques, sur la place. — Venait ensuite cette porte '' (Page ô'J), surmontée de créneaux en forme de tour, ouvrant sur le pont'. Venait ensuite, adossée à cette porte, la chapelle de Notre- Dame du Pont**. Elle fut démolie en 1541 '\ mais pas complètement, puisque

P;issat;c de r.cl-Air.

I. M. D. G., m, p. 216-228. — 2. Escalade, 1602-1902. Récit, etc., p. 16. — 3. En 1475, '» maison appartenait à noble Aymon de Versonnex. — Plans dressés après 1726 et avant 1737. Archives, N" 30. — « Sa construction pittoresque donnait une idée assez exacte de l'aspect que devaient présenter les diverses issues de la ville au moyen âge. > Fatio. Genève à travers les siècles, p. 26. — i. Blavignac, Histoire lies enseignes, p. 169. — 3. Les anciennes maisons de Genève. L'hôtellerie de 1675 fut remaniée en 1728. « Aujourd'hui, dit Blavignac [1878], la maison n'a plus d'hôtellerie. Mais elle offre aux yeux une belle enseigne dorée, où, pour dernière métamorphose, on voit, se touchant la main, Charlemagne, Henri IV et l'ami de Voltaire. » Histoire des Enseignes, p. 169. — fl. Il y a variation chez les auteurs sur le nom de la porte du Rhône et de la porte de la Corraterie. Tantôt l'une, tantôt l'autre est appelée porte de la Monnaie. En effet, la Monnaie était entre elles deux. — 7. Voici un texte qui précise la topographie de la place des Trois-Rois. Il est emprunté à un document intitulé : Cest le nom des rues publiques de la ville de Genève, tiré du carnet ou cottel /hit par Mons'- Jacomot [Jaquemot], comnv général. Le Si^ Jaquemot mourut en 1676, et l'extrait de son carnet est antérieur à l'incendie de 1670. Nous lisons : « Le pont du Rhosne de bize dès la porte de la Monnaye jusqu'à la maison qui fut de sieur de Brandis, qui est celle qui fait front i\ la place Si-Gervais. > Nous lisons encore : « Le Pont du Rhosne du vent, dès la maison de S. P. Martin jusque à celle de dame Jeanne Lanec qui, depuis, a appartenu à M' Daniel Havard vis à vis du poids de blé.... Place dernier I derrière] la maisont dite des Trois-Rois, tendant par le Pont-Neuf c. [soit] dernier le logi.s des Balances jusqu'à la grand tour de l'Isle. > Archives, N" 67. — 8. Le 13 juin 1536, on demanda de mettre une horloge sur cette chapelle « pour l'embellissement de la ville. . Le Conseil décide «qu'on fasse une quête pour cela vers les particuliers, et que la ville s'aidera. . (Flournois, Fragments (Grenus.) — La chapelle ayant été « dérochée », nous trouvons l'horloge sur le pont du Rhône, et voici ce que nous Hsons, le 27 août 15,13: Le Conseil mande Jean Loui.s, . gouverneur du Reloge de S' Pierre, et le filz de Jehan l'ormet, gouverneur du Reloge du Pont [du Rhône], pour leur fere remonstrance qu'il ayent mieulx à gouverner les dits Reloges qu'il ne font ; et que il leur soyt ballié de l'huyle d'olyve pour les engressé et cella aux despens de la ville, et a esté commandé à l'appothicaire de la ville, Dupan, de deslivrer pour

SAINT-GERVAIS

Delacorbièrc, en i-j?2-i-j53, dit: « I^Ue subsiste encore et est vers l'arcade qui va à Saint-Gervais'. >< Même en uSJii. « ufie partie des murs extérieurs existait

l'uitu thi Rlioiic et hôtellerie des Truis-Kcii.s, en i,\\^ (gravure de Robert Gardelle). (page 62.)

encore, et il était facile de reconnaître les arceaux ou ogives de la porte d'entrée et des fenêtres -. » Venait ensuite la Monnaie et sa tour.

11 y avait eu un atelier monétaire genevois, épiscopal, à proximité de Téglise Saint-Pierre et de lévêché. L'évcque, pour favoriser l'atelier du duc de Savoie, à Cornavin, l'avait fermé au XV" siècle. Dès que Genève fut libre, elle recommença à frapper monnaie et ouvrit son atelier « devant Saint-Pierre '. » Mais, le

cclluy de S' Pierre 6 livres et à celui du Pont du Rhosne 4 livres. » Rej^'is/rfs du Conseil, Vol. J7, f. 204». — 9. . Chapelle de Notre-Dame-du-Pont. Pour laz fortiffication de laz ville arreste^ que la d'= chappcUe soyt desrochC-. » Registres du Conseil, Vol. 35, f. r'. 7 janvier 154'-

I. Dclacorbièrc {Copie Bimrril), p. 55. — 2. Honivard, Chroniques, éilition et notes D. Ounant (iSui. I, p. 71, n. I et p. 517. — 3. Décisions des 24 novembre, 4 et 5 décembre 1535. Claude Savoie fut le premier maître, du 26 novembre 1535 au 24 janvier 1539. Le Conseil en établissant, le 5 décembre, noble Claude Savoyc, maître de la Monnaie, ordonne < qu'il doive continuer et faire de In bonne monnaie, c'est à dire telle qu'elle ne puisse ttrc nulle part condamnée de personne; frapjier de la bonne monnaie, irrépréhensible, et s'abstenir totalement de toute erreur et tromperie. > Le même règlement nommait Ç. Savoie « pendant sa vie, et après lui un de ses enfant.s miles et légitimes. » (Nouveau recueil de règlements

LA VILLE

La Monnaie et les trois portes de la Cité, du Rhône et de la Corraterie (d'après le plan Hillon).

i6 novembre i543, on trouva que cet atelier n'était pas en « lieu propice, à cause du sermon, du Consistoire et de la justice du S' lieutenant. » Et l'on envoya visiter « l'hospital du pont du Rosne, pour voyer si le lieu seroy propice, aut

non '. » Cet hôpital était fermé depuis plusieurs années. Il avait été converti en grange ". Puis la chapelle « fort belle, en laquelle y avoit comnie une gage [cage], soit enchasseure de treillis de fer, en laquelle estoit enchâssée une fort belle idolle de Nostre-Dame dicte du Pont ^ « avait été « dérochée » au commencement de 1541,

pour faire place au jMlori et au carcan '*. — Les commissaires référèrent, le ic) novembre, « qu'il n'fin trouvé lieu plus propice pour cella que la moyson de l'hospital du pont du Rosne; et, sur ce, ordonné que le lieu soyt mis en

Archives.) Mais il n'en fut rien ; et à C. Savoie succéda Henri Goulaz, du 24 janvier 1539 au 6 décembre 1546; puis vinrent les frères Berthelier, etc. Claude Savoie et Henri Goulaz avaient été maîtres à la Monnaie de Cornavin, l'un en 1525 et l'autre en 1528.

I. Registres du Conseil, Vol. 37, f. 276. — 2. < Une reconnaissance du 17 décembre 1538 à honorable Amédée de Chapeaurouge parle d'une maison dans la rue de la Cité et de la chapelle de l'hôpital, lequel, converti en grange, est actuellement occupé par Michel Sept, apothicaire. » M. D. G., III, p. 200, n. i. — :i. M. I). G. Seconde série, II, p. 271. — h. Galiffe, p. 218, 174, n. i. — D'après M. Denkinger, •> la chapelle de N. D. du Pont, dérochée en 1 541, ne devait pas être autre chose qu'un enfoncement grillé devant l'hôpital, setn\)lable à celui que l'on voit en pays catholique au bord des chemins, dans les rues, à l'entrée des couvents et des hôpitaux. Cela explique comment elle fut dérochée pour faire place au carcan; l'une et l'autre devaient être de dimension k peu près égale. Cette hypothèse explique le silence de l'inventaire de 1475, où l'on ne mentionne que les chapelles édifiées. • — L'hypothèse est certainement ingénieuse, mais il y avait bien une « cage > et une vraie chapelle, et celle-ci même avait un nom particulier; l'hôpital était dit de Notre Dame et la chapelle était dite de Notre-Dame de Consolation. Un acte d'août 1341 parle d'un différend entre le curé de Saint-Gervais, dans la paroisse duquel se trouvait la chapelle de N. D. du l'ont, et le recteur de cette chapelle, jointe à l'hôpital. Celui-là prétendait avoir le droit de célébrer en fiuelques cas les offices iii dicta capella; celui-ci niait. Un arbitrage amical décida l'heure à laquelle, le dimanche et les jours de fête, devaient être régulièrement célébrés les offices in dicta capella par le rectnr capMie. Exceptionnellement, cas d'urgence, temps froid, pluvieux, venteux, rendant difficile le passage du l'ont, le curé pourrait officier iiifra dictant capcllam. Il est aussi parlé des ornements, des clefs, ipsiiis caprllae, etc. (M. D. G., III, p. 187, 379 et ss.) — Chaponnière et Sordet ont aussi publié les . leUres de provision faicles par le vicaire à Messieurs de la chapelle de l'hospital du pont du Rosne, • 20 novembre 1532 (lliid.. p. 383), et, du 30 mai 1533, . l'in.stitution d'un recteur de l'hôpital et de la chapelle de N. D. du

SAINT-GERVAIS

» ordre'. » Avant la (in de ranncc i543, Tatclier y était installe. 11 y resta un siècle et demi ■. »

De la tour de la Monnaie, la muraille du quatorzième siècle ne se dirigeait pas, comme on Ta cru, en ligne droite vers la porte du Rhône, mais bien du côte du fleuve, sur le bord duquel se trouvait un petit ouvrage de fortification, coupant la grève et défendant la tète du pont. C'était là l'extrême pointe de la place, ainsi fermée non seulement par la muraille des Réformateurs, mais déjà par les remparts des é\éques^

Pont par le vicaire général. > C'est ce document qui précise les emplacements et les désignations : « Hospitale in carreria civitatis Gebenn. sub vocabulo béate Marie Virginis nec non capellam sub vocabulo béate Marie Virginis de consolatione, prope pontem Rodani fundatam et dotatam. » (/*/</., p. 38S.)

I. Registres du Conseil, Vol. 37, f. 276. — 2. Voir Demole, Histoire monétaire de Genève, p. 46. — On le décora « d'ung pourtraict de la manière pour fabriquer la monnoye, attaché au pillier près le portail, » et des « armoiries de Genève en ung tableau pour enseigne de la monnoye. » M. D. G., VU, p. 114, 115. — Au commencement du dix-septième siècle, la monnaie fut transportée à Saint Apre, puis, au dixhuitième siècle, à l'hôtel de ville, etc. — :!. < Dans l'angle sud-ouest de la fouille (angle de la rue de la Corraterie et de la place susdite), on a mis au jour un épais massif de maçonnerie, disposé sur de gros blocs de roche placés à plus de 4 mètres de profondeur. Cette forte muraille a dû dépendre de la grosse tour carrée voisine (emplacement actuel de la librairie Eggimann) qui défendait la porte de la Monnaie,... et faisait partie de l'enceinte élevée aux treizième et quatorzième siècles.... Les murailles retrouvées permettent de rectifier un tout petit point du précieux plan synchronique publié par J.-B.-G. Galiffe. • Mayor, Bulletin de la Société d'histoire et d'archéologie, II, p. 60, 61.

Vieille enseigne du Bourg-de-Four.

JEAN CALVIN- III

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