‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son temps (volume 2)Chapitre 41 sur 116 · M. D. G.,II · texte numérisé non relu

M. D. G.,II

Guillaume de Loriiay (eveque le 12 octobre i388, mort en 1408), « le premier de nos évéques qui ait fait personnellement

12 novembre 1891. Et, d'après ce mémoire, non encore pubUé, mais dont nous pouvons de confiance accepter la conclusion, vu l'autorité exceptionnelle de son auteur, il résulte que « ce prélat [Adhémar] appartenait bien à une famille Fabri, ou plutôt Favre, originaire de la ville de La Roche. » (Journal de Genève du 19 décembre 1891.)

1. M. D. G., II, p. 276. — Ces Franchises ont été traduites en français, en 1455, par Michel Montyon, citoyen de Genève et notaire, et cette traduction a été imprimée en 1507. Ibid., p. 304. — i. < Les Fraiic/tises, dit l'historien américain Foster, sont remarquables par leur esprit de liberté et de progrès, arc reinarkably libéral and progressive. » (Geneva before Calvin, p. 220, n. 2.) — ■). Registres du Conseil, \, p. 132. En parenthèse le procès-verbal porte {paticus fructtis fuit exinde.) — 4. Ibtd., p. 303. — S. « Sceau ovale, épais, bombé en dessous et plat en dessus, long de 4 pouces et large de 2 pouces et demi; il est en cire blanche; dans la cavité qui est pratiquée en dessus, et qui a 3 pouces de long sur 23 lignes de large, on a, suivant l'usage du temps, coulé de la cire rouge destinée à recevoir l'empreinte du cachet. - Au milieu du sceau on voit saint Pierre représenté en pied, la tête entourée de la gloire, auréole ou cercle lumineux,... le corps est vêtu d'une robe à larges manches, qui descend jusqu'aux pieds; la main droite tient une clef, attribut de l'apôtre patron de l'Eglise de Genève; la main gauche tient et appuie contre la poitrine un livre, sans doute le livre divin. Le saint est place dans une niche dont le fond est orné d'un treillis de lignes obliques se coupant à angle droit et formant ainsi des losanges ou caissons, au centre desquels est un point en relief; le tout est encadré dans un portail d'église composé de petites colonnettes terminées en ogives ornées et découpées dans le style gothique. Sur le tympan de ce portail au-dessus de saint Pierre, et dans un encadrement gothique, sont assis deux personnages de petite dimension, qui représentent sans doute quelque scène religieuse. Au-dessous du saint, dans un petit encadrement orné dune simple bordure dentelée, un évoque à genoux, la mitre en tCte et la crosse à la main, semble invoquer le patron de son église ; ce doit être lévéque Adémar. Cette figure est

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usage du titre de prince, accordé jadis à Ardutius par l'empereur Frédéric Barberousse ; » celui qui fit placer dans son clocher la Clémence '.

Jean III de Pierre-Sci{e, « Fun des plus illustres prélats de son époque » (évoque le 23 sept. 1418), nommé évêque de Paris le 12 juin 1422. Il devint archevêque de Rouen, en 1423, cardinal en 1426, archevêque de Besançon en 1429, vice-chancelier de l'EgHse, légat du pape en France".

Jean de Brogny, le constructeur de la chapelle des Macchabées — qui prêta serment par procuration, et ne fit son entrée officielle à Genève que mort, quand on enterra son corps dans sa chapelle — habitait en Italie. Mais voici que Tévcché ne s'en remplit pas moins. Les fabricants genevois d'orfèvrerie, les quatre syndics, le prévôt, les chanoines, l'official, se réunissent le 24 octobre 1424, « dans la salle de la maison épiscopale », et font un règlement relatif au poinçon pour les gobelets, cuillers et autres ouvrages •*.

François de Mies (1426- 1444), ou de Mez, d'après Ed. Mallet, qui s'occupa du faubourg de Saint-Gervais, comme Marcossey s'était occupé de la ville '\

Amédée VIII, comte et puis duc de Savoie, retiré dans l'ermitage de Ripaille, élu pape, le 5 novembre 1439, par le concile de Bâle •"'. A la mort de François de Mies (7 mars 1444), il s'attribua à lui-même l'Eglise de Genève pour les usages de sa mansc et de son trésor apostolique : c'est lui qui parle ^ Il abdiqua la papauté, i5 avril 1441), à Lausanne, traversa Genève, logeant au couvent de Plainpalais, et, après plusieurs voyages, revint à Genève le 29 août 1450, s'y établit et y mourut le 7 janvier 145 1, à dix heures du matin. Comme on a trois décisions prises par lui la veille de son décès, on peut supposer ou que la mort l'enleva brusquement, ou que la maladie lui permit de vaquer à ses atfaires jusqu'au dernier moment". — Son portrait, nous l'avons vu, serait dans la grande fresque de Saint-Gervais.

accompagnée à droite et à gauche, en dehors de la bordure, de deux écussons, chargés chacun dune étoile à 8 rais: allusion probable aux armes de la famille Fabri, à moins qu'elles ne les présentent dans leur entier et que ce ne soit que plus tard que cette famille en ait adopté de plus compliquées dans lesquelles figurent, outre les deux étoiles, une rose et une bande. Dans les vides formés par les écussons et l'encadrement de la figure de l'évéque se voient deux ou trois lettres dont la forme est douteuse et la signification inconnue. — Autour du sceau règne une bordure munie d'un double grenetis, dans laquelle on lit en lettres gothiques la légende: S: ADEMARI : DEI: GRÂ: EPÎ: GEBENNENSIS: (Sigillum Ademari, Dei gratia cpiscopi gebcnnensis.) — Le travail des ornements de ce sceau compliqué est délicat et sa gravure fait honneur à l'état de l'art au quatorzième siècle. > — M. D. G., Ed. Mallet, « Libertés, franchises, immunités, us et coutumes de la cité de Genève, » II, p. 310. La gravure est intercalée après la page 310. — Voir Archives, P. H., N° 331.

I. M. D. G., VII, p. 49. - Pictct de Sergy, Genève, I, p. 456. — Les lettres patentes accordées en 1153, par Frédéric Rarberousse à Ardutius disent: < Un si grand de nos princes... tantiim Principciii twstnmi. » Texte dans Spon, Histoire de Genève, édit. in-4'' de 1730, II, p. 7, et traduction Pictet de Sergy, Grnnie. I, p. 239. - i. M. D. G., VII, p. 51. — :i. /*/(/., XIX, p. 371. — 4. Ibid., V, p. 132, n. 2. — "i. Ibid., V, p. 139. ft. Huile du 17 avril 1444. M. D. G., V, p. 148, 279. — 7. Ibid., V, p. 155.

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Jean de Compeis. Il arriva le 25 mai 1483. Et commença, dit naïvement le Chapitre, « nonobstant qu'il ne doit pas être trop meuble, à réparer la maison de l'évêché et les places qui en ont bon mestier ' )>. — Mais le duc de Savoie lui était opposé. Les commissaires ducaux vinrent prendre possession de l'évêché.

Alors scène curieuse! Les commissaires plantent un panonceau aux armes du duc sur la porte môme du palais épiscopal L'évcque les requiert respectueusement de l'ôter. Refus. Compeis « ne pouvant souffrir une pareille entreprise, ni encourir le reproche de parjure, découvrit sa tète, et l'inclinant respectueusement, enleva le pénonceau, le mit honnêtement dans un linge d'autel [sitidoiie, qui signifie une nappe destinée à envelopper le pain consacré^ et le fit poser près de son lit, à cùté de l'image de la "Vierge Marie ^. » — Tous ces respects furent inutiles. Le 21 septembre, sentant que son séjour devenait dangereux pour lui ou pour la ville, il quitta, de nuit, son évêché, dans lequel il avait fait, quatre mois auparavant, son entrée triomphale. « Notre seigneur l'évêque et prince, Jean de Compeis, a absenté la ville, dimanche dernier, de nuit, sans dire adieu à ses hôtes {hospite insa- Itiiato)^. » Deux jours après, le 23 septembre au soir, il écrivit un billet d'adieu, et Rilliet dit : » On peut envisager cette lettre comme l'adieu fait à Genève par le dernier évêque indépendant qui régna dans ses murs ^. »

Pierre de la Baume. Nous le connaissons. « Il estoit, dit Bonivard, un grandt dissipateur de biens en touttes choses superflues, estimant souveraine vertu d'un

L M. D. G., V, p. 220. — 2. Ilià/., V, p. 226. — 3. Ibiii., V, p. 228. — 4. < Le sceau de Jean de Compeis est la plus belle expression du sceau en amande mystique, ou sceau de la majesté; il est aussi une des dernières.... L'évcque Antoine Champion, et peut-être quelques autres prélats de cette époque, firent encore usage de l'ancien sceau ; mais les dimensions amoindries de ces monuments, l'absence de proportions..., montrent que ces imitations n'étaient que des réminiscences qui ne devaient point avoir de suite.... La forme circulaire du sceau armorié... fut désormais la seule employée. » Sur le sceau de Jean «le Compeis, « le patron de l'Eglise de Genève est remplacé par le saint Précurseur, tenant l'agneau pascal et entouré de deux saints évoques; dans le haut du sceau, on voit Marie tenant l'enfant Jésus; dans le bas,

le titulaire, debout et bénissant, rappelle la disposition des figures sacerdotales du douzième siècle —

M. D. G., VII, p. 61, 62 et n. i, 64, 65, Blavignac, .irniorial genevois. • .'i. M. D. G., XXII, p. 29.5.

Grand sceau de Jean de Compeis *.

(M. D. G., VII, p. 61, pl. .x.x.Kiv.l

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prélat, de tenir gros plat et friande table, avec bons vins, et s'en donnoit quant il y estoit jusques à passer trente et un '. »

Lui aussi provoqua dans la rue de l'évèché une scène caractéristique. C'est en 1527, en temps de carême. L'évèque a fait enlever une fillette de six ou sept ans dont un de ses serviteurs convoitait la dot. Le peuple est irrité et la rue de l'évèché se remplit d'une foule qui crie. « Le Conseil bien accompagné alla trouver l'évesque,... qui disnoit. Mais il faillut qu'il se levast de table et vint parler à eulx par la fenestre, car il n'osoit ouvrir la porte ;... et on parla à luy si bien et si beau qu'il rendit la fille... à sa mère ^ »

Et voici l'oraison funèbre qui a pu être prononcée sur ce dernier évêque et sur l'épiscopat genevois : « La lâcheté de l'infàme bâtard Jean de Savoie, créature obéissante du duc, la frivolité insouciante et peureuse de son successeur, Pierre de la Baume, expliquent le mépris irrespectueux dont les Genevois ont fini par accabler le siège épiscopal, autrefois si révéré. Il vous souviendra qu'un dicton populaire qui constate ce dédain : « Je m'en moque comme de Baume, » est le seul souvenir que le dernier évêque de Genève ait laissé dans la mémoire des Genevois •'. »

Après les évêques, les prisonniers.

Le 23 novembre i535, le Petit Conseil décida que l'évèché, devenu libre, serait la seule et unique prison, « parce qu'il y a beaucoup de dépenses d'avoir deux prisons et deux geôliers, puis qu'une prison peut suffire. » On ordonna, en conséquence, de visiter les lieux, et si « la maison épiscopale, derrière Saint- Pierre », était « propre », d'y amener tous les prisonniers \

Pour l'histoire intérieure de cette prison, il nous suffira de reproduire ce qu'on pourrait appeler le cahier des charges du geôlier, ou, comme on disait, du Soudan. Il prenait à bail l'entretien de la prison et des prisonniers, et voici les principales conditions, règles et quelques tarifs auxquels il était soumis :

« Ordonnances sur le régime, exaction et gouvernance des prisons de la cité de Genève, faites, passées, et reconfirmées ce 14™' de janvier 1544.

» La maison des dites prisons, nommée l'évèché se devra admodier toujours pour trois ans pour le prix, d'un chacun an, de cinquante florins, et devra le garde et Soudan des dites prisons maintenir couverte la dite maison à ses dépens.

» Le dit Soudan pourra recouvrer pour l'intrage, et sortie d'un chacun prisonnier, étant détenu pour dette, à savoir des étrangers qui ne sont de la ville, 10 sols; et de ceux de la ville pour dette, 5 sols. Item pour la dispense [dépense] des dits prisonniers détenus jwur dettes, pour un chacun jour, pourra recouvrer

I. lîonivard, Advis et devis de l'aiicieuue et nouvelle police de Genève (éd. Kick), p. 20. — M. D. G., VII, p. 72, Hl.ivignac. •< Son portrait, peint, dit-on, par Holbein, se voit sur un tableau de l'église de Saint- Claude, où le peintre a figuré le cardinal aux pieds du Sauveur crucifié [?]. » — 2. Bonivard, Chroniques, IV, ch.xil. :i. Pictel de Sergy, Introduction, etc., p. 55. — 4. Flournois, Extraits (Grenus).

LA VILLE HAUTE 3o5

pour une chacune personne, tant pour la dite dispense que pour la garde, 4 sols 6 den. Item pour la menne conduite] d'un chacun prisonnier pour dettes, 4 sols.

» Concernant les prisonniers pris et détenus pour cas de crime, durant huit jours, le Soudan sera tenu de les alimenter à ses dépens, et après les huit jours aux dépens de la Seigneurie, à raison de trois sols monnaie par jour; en cas que ■les dits prisonniers soient punis par peine corporelle, ou qu'ils fussent si pauvres qu'ils n'eussent de quoi payer, alors la Seigneurie supportera tel dépens, à raison des dits trois sols, comme dit est.

)) Si aucun prisonnier criminel était exécuté par le dernier supplice et à mort, les accoustrements d'iceux devront appartenir à l'exécuteur des dits malfaiteurs, et le Soudan ne lui devra à cela contredire.

» Item les prisonniers détenus pour correction et allant tenir prison de leur bon gré, ne seront tenus de payer point de intrage, sortie, ni la menne, et si sont rebelles et désobéissants, et qu'il faille les mener, paieront pour la menne, 4 sols.

» Item les prisonniers remis en pain et eau pour castigation ne seront tenus de payer, sinon deux sols par jour, et ne paieront point de intrage, ni sortie, ni menne, sinon qu'ils fussent rebelles ; alors paieront pour la dite menne, 4 sols.

» Que cet office [du Soudan] ne soit à certain temps, toutefois qu'il ait revision de trois en trois ans, pour savoir si celui, qui il est, fait bien son devoir '. »

Seulement, il serait infiniment trop long d'indiquer, même par leur nom, tous les prisonniers qui passèrent ici, et que nous reconnaissons. Car c'est un des traits, pas le moins caractéristique, de la Genève du seizième siècle : tout le monde allait, une fois ou l'autre, en prison, on pourrait presque dire, même Calvin ! On allait en prison aussi facilement qu'aujourd'hui on subit un procèsverbal. Ce n'était pas plus déshonorant en soi. Grands magistrats, syndics, dames de la plus haute société, passèrent quelques jours ou quelques heures à l'évéché. Quand on accusait quelqu'un, on se constituait prisonnier, et lorsque Calvin accusa Servet, il eût dû légalement se rendre à l'évéché, si son secrétaire, — c'était permis — n'y avait été à sa place! — Tout au moins, la belle-sœur de Calvin séjourna ici, la femme de son frère Antoine, accusée d'adultère.

Nommons un peu au hasard :

Cartelier, un riche marchand, accusé d'entente avec le parti du duc, « mis au croton, enferré, et ayant bonnes gardes,» un prisonnier politique*; — Furbity, le dominicain dont la violente prédication permit aux Bernois d'intervenir et amena la série de scènes qui aboutirent à la Réformation; — Antonia Vax, l'empoisonneuse, qui voulut donner la mort à Farel et à Viret avec un bouillon d'épinards ; — l'honnête femme de Chautemps ; — Perrin, l'homme le plus important, le mieux apparenté de la ville, un moment le chef de Genève, qui mena les Libertins à la lutte furieuse contre Calvin et son autorité. «Si commendèrent au souttier de le mener en l'éveschée.... Il fut mené en 1 éveschée

1. Archives, Nouveau recueil Je règlements, N° i8». — 2. M. D. G., X, p. 105.

JEAN CALVIN III ''

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et remis au Soudan, qui estoit lors le bastardt de Genève, son amy.... Après luy Ton envoia querre son beau père et sa femme que l'on mena encore en prison'; »

— Berthelier, presque aussi puissant que Perrin. Il y allait, sortait, était de nouveau condamné.... « Si le cas estoit totallement inexcusable, qu'il faillut qu'il allast en prison, il y estoit trois jours durant, jouxte les Edicts sus les injures faicts, non pas y faisant vigile, mais feste, et se faisoit cela non seullement à Berthelier, mais à tous ; car l'on y portoit de la part de leurs amys tartres, pastez, chapons, perdrix, bons vins et semblables victuailles, pour faire grand cost ; et leur alloient leurs compaignons tenir compaignie, voire souvent Perrin et Vandel, qui dévoient estre Juges, si que Pasquil envoya un quattrain en l'éveschée disant ainsy :

En ce logis qui devroit estre Purgatoire d'enfans gastés, Comme en leur Paradis terrestre Ils mangent tartres et pastez -. >

Cet épigramme fut affiché à la porte de l'évêché. Il ne gêna pas les Libertins. Le singulier train de prison continua. Un « fut mené en l'évesché, où estoient déjà Balthassar Ser avec autres de ses complices, pour quelque cas qui estoit léger selon le temps de alors, et demeura avec eux vingt-quatre heures, sain et en bon poinct. Mais le troisiesme jour, il desjuna trop bien avec Balthassar et les autres, car ils alloient tous en abandon parmi l'évesché. Mais après le desjuner, sortant de la chambre, il tumba mort tout froid et roide ^. »

Quel temps que celui où, en prison, on risquait de tomber mort d'une attaque d'apoplexie provoquée par une indigestion !

Hélas! voici qui est bien changé. Le prisonnier, c'est Michel Servet, qui, le i5 septembre i533, supplie, « se plennant des prisons et des poulz ^ » — Ici ont lieu les terribles entrevues entre Servet et Calvin. On vint dire au Conseil, 27 octobre i553, que « Servetus parlcroit volontier à M' Calvin.... Arresté qu'il y puysse aller avecques les seigneurs Corna et Bonna ■\ »

Et puis de nouveau nous rencontrons toute la meilleure société pour contravention à quelque ordonnance, en particulier à celle sur la danse. En i56o, c'est le notaire, G. Messiez, qui est condamné par le Conseil à 60 sols d'amende et à trois jours de prison « en pain et eau » pour avoir dansé. Il se trouve en compagnie des représentants des familles les plus importantes de la ville ^

l'it les amis de Calvin vont en prison, comme les autres, Jean Gérard, l'imprimeur, II mai i55i \ et Badius, condamné à trois jours de prison, 5 janvier i56o, pour avoir imprimé un livre avant d'avoir reçu une permission, qui, du reste, lui fut accordée *.

\. Honivard, De l'ancienne et nouvelle police de Genève, p. 74, 75. — 2. Ibid., p. 98. — ;t. Ibid., p. 110.

— 4. 15 septembre 1553. Opéra, VIII, p. 798, — ;>. 27 octobre 1553. Ibid., p. 826. — 6. M. D. G., IX, p. î2. — ". Cartier. Arrêts du Conseil de Genève, sur le fait de l'imprimerie et de la librairie de 1541 à 1550 (1893), p. 127. — 8. France protestante, 2' édit., I, p. 684, 685.

LA VILLE HAUTE 3o7

Je note enfin Julien Coster, Thonncte espion, aux aventures périlleuses, comme celles d'un Monte-Christo, qui avait joué un rôle utile dans le complot des fugitifs, en i563, et qui, au moment môme oia il était récompensé par la Seigneurie pour ses services, était mis en prison, le 27 décembre i563, pour immoralité, et de nouveau en 1574 pour dette'.

On referait l'histoire entière de Genève, l'histoire politique et l'histoire intime, rien qu'avec le registre d'écrou. — Je ne sais rien de plus seizième siècle.

i. M. D. G., XX, p. 412, et n. 3, et p. 413, n. i.

quatrip:me partie

La Maison de ville.

OMME nous venons de le voir, jusqu'à la Réformation, l'évèque étant le prince, l'autorité avait pour résidence révêché, inséparable de la cathédrale, à côté de lui, et de la prison, sous lui. — Mais un pouvoir rival avait grandi, qui avait pour résidence un autre monument, pas bien éloigné, la Maison de ville.

Revenons donc par la porte de la place de Saint-Pierre et par la rue du Puits-Saint-Pierre sur la place de la Maison de ville, à laquelle nous avait déjà amené la 7'iie de la Boulangerie. Et, tout de suite, profitons de ce que, devant nous, la porte est ouverte, la porte des remparts entre la tour de la maison Saint-Apre et la tour de la Maison de ville'. Un dessin nous a conservé la physionomie de cette porte, à l'époque où une galerie supérieure mettait en relation les deux maisons *. {Page 3og.)

En sortant, nous sommes sur la promenade actuelle de la Treille. [Page 3io.) La première mention ' qu'on trouve de cet emplacement est du 20 juin i5i6. Une

1. Pas plus par la jiortc Baudet que par les autres portes, on n'entrait quand on voulait: il fallait être au courant des heures d'ouverture et de fermeture. Le i6 janvier 1460, le Conseil décide: < que toutes les portes des remparts de la ville soient fermées au crépuscule de la nuit et ne soient pas ouvertes avant l'aurore; que deux portes, à savoir la porte Baudet et la porte de Palais, soient fermées incontinent après le coucher du soleil, et ne soient pas ouvertes avant le lever du soleil. » Registres du Conseil, I, p. 382. Il s'agissait de ne pas confondre, mCme les jours de brouillard, le coucher du soleil et le crépuscule, ni l'aurore et le lever du soleil. — 28 mars 1526. « Capitaines suisses ayant visité les murailles de la ville demandent 24 halecrets et autres armes (alios bactilos bellicosos) pour la défense de la ville. — Cries que tous ceu.x qui n'ont pas des affaires dans la ville aient à en sortir avant midi, à peine de prison et de trois traits de corde ! — Portes de la Tartasse, de S' Cristotle et de la Maison de ville cancellées. — Garde de si.x hommes mis en chaque porte. » Flournois, Extraits. — i. D'après H. Mallet (p. So), le vieil arsenal, qui avait remplacé la maison Saint-Apre, avait été remplacé lui-même en 1788 par une caserne, et la galerie avait été faite pour la communication entre la caserne et l'Hôtel de ville. Puis la galerie fut supprimée (peut-être en retrouverait-on l'amorce dans les murs de l'Hôtel de ville), et on conserva seulement la colonnade d'ordre ionique qui la portait. — Mais cette porte et cette galerie avaient été précédées par une porte et une galerie, dont nous donnons précisément le dessin. — 3. Toutefois le 19 juin 1457, le Conseil avait délibéré au sujet du jardin ou place (de orto seii platea) existant en dessous [subtus) de la tour de la porte neuve Baudet (nove porte Baudet). Registres du Conseil, I, p. 201.

LA VILLE HAUTE

pièce de terre, appartenant à Rodolphe de Novelle, et située aux crcts de la porte B:iudet, est achetée par la communauté genevoise pour 20 florins. Cette terre était sans doute située devant la tour de- la Maison de ville', dont on désirait

La llallu, (jt la taçac-lc intciicuru Uc la puitc liaudcjt {d'aprts un tableau du Musée archéologique), (p. 308.)

dégager les abords. Durant le seizième siècle, cet emplacement porta le nom de « plateforme dernier la Maison de ville. » Le nom de Treille ne date guère que du commencement du dix-septième siècle, et provient sans doute des espaliers qui couvraient les petites murailles des jardins particuliers après la tour*. La pente de la promenade fut modifiée. — Et voici ce qu'en dit H. Mallet en 1807 : « Le pied de la colline est soutenu par un mur-' d'environ quinze pieds de haut; le reste est un gazon en talus rapide. Le long de ce mur règne un chemin droit et large d'environ neuf cents pieds de long. C'est l'ancienne courtine qui joignoit les bastions de l'Oye et de S' Léger. Une ligne de tilleuls... font de ce chemin, ou cours, une promenade parfaitement à l'abri du nord. .Vussi lui donne-t-on assez communément le nom de Petit Languedoc''. »

i. Flournois, Ex/rai/s (Grenus). — i. L. Dufour, La promenade de la Treille à Genève, 1887, p. 13. — On trouvera dans cette brochure les détails les plus précis et les plus complets sur cette promenade et son histoire. — .■). Les dates de la construction de ce mur sont inscrites sur des pierres encastrées, sur lesquelles on lit les dates de 1698, 1704, 1705, 1711, 1712, 1713. — i. H. Mallet, Description de Genne, 1807, p. 216. — Voir . Plan de la ville de Genève, corrigé sur les lieux en 1828, » de Blot. Le N" 27 donne au Petit Languedoc la place indiquée par Mallet.

3io

LA VILLE

La Porte Baudet, la Tour Haudet et la Treille {Archives. Anciens plans.) (p. 308.)

Mais le crêt Baudet avait eu, dès longtemps, ses arbres. Ce genre d'ornementation de la ville fut en eflret, au seizième siècle, une des préoccupations de rédilité genevoise. En i558, le magistrat ordonna de faire planter des arbres comme sauges, noyers et autres, autour des murailles et boulevards et « généralement, est-il dit, que chacun s'ayde de sa part pour la décoration, profit et honneur de la ville ', »

La tour Baudet (Page io3) se dresse toujours épaisse, solide à sa place : un des plus vieux monuments de Genève. Est-ce bien, comme le veut la tradition, une tour de l'enceinte de Marcossey? Il faut observer que les comptes de iSyy (que nous avons plusieurs fois cités et qui décrivent toute l'enceinte alors construite) n'en parlent pas. La tour Baudet appartient à cette partie de l'enceinte épiscopale qui fut achevée après la mort de Tévêque dont l'enceinte porte le nom, d'après les plus anciennes pièces relatives à la Maison de ville, conservées aux Archives. Un mandat du 10 juin 1405 dit qu'on a employé quatre chênes dans « les fondations de la tour nouvellement construite, appelée Tour Baudet, » et le \3 juin on paie un salaire aux guets pour avoir creusé certaines parties « des fondations de la tour qu'on construit devant la porte Baudet -. » Environ quatrevingts ans après, une restauration ou réfection^, décidée le 18 juin 1488, est achevée en 1489 *. Le soubassement jusqu'à une hauteur de trois ou quatre mètres est en rudes pierres, inégales de grosseur, faisant saillie en bossage. Ces mêmes pierres montent le long de l'arête jusqu'au toit, et soutiennent un faîte de deux ou trois mètres de haut en briques, avec l'ornementation significative de l'époque ". Le reste des murailles est rempli de cailloux.

{. En 1561, il est dit qu'on peut « s'en servir en nécessité et avoir du bois pour faire gabions. > L. Dufour, p. 10. — H. Mallet (p. 216) note qu'en 1639, on ordonna de vendre les mûriers de la Treille. — C'est de 1721 que dateraient les plus vieux arbres de la promenade actuelle. Kontaine-Borgel. — 2. On trouvera ici, avec plaisir certainement, un court extrait de ces deux vénérables documents que M. le notaire Rivoire a bien voulu lire et copier à notre intention. — Dans le premier, du 10 juin 1405 (anno millesimo quatercentcsimo quinto), les sindici et prociiratores civitatis ordonnent de payer 7 fl. et 4 gros dus pour l'achat de « quatuor plantarum quercuum, implicatarum in fortifficacionem dicte civitatis, videlicet in fomianunto turris noviter cdi/ficate, vocale turris Baudet. > — Les syndics, dans le second document, du 13 juin 1405 (anno M" iiij" et quinto), ordonnent de payer 7 fl. « pro tachio... pro concavatura ccrte partis turris scu edifficii quod construitur anle portam Baudet. » (Archives de Genève.) — H. En i457, les s et 12 avril, il est question d'une pierre de la Tour Baudet sur laquelle il y a une inscription; on délibère pour savoir si on doit retourner ou ôter la pierre avec l'inscription, et on hésite. Registres du Conseil, I, p. 179, 182. — 4. 18 juin 1488 : « Tour de la maison de ville; ordonné qu'on la ferait rebâtir et qu'on ferait le portail selon le dessin tracé sur un papier qu'on a montré en Conseil. ■• Flournois, Extraits (Grenus). - La tour fut réparée en 1617. — En 1789, on plaça, où il se trouve encore, l'écusson aux armes genevoises, qui était jusque-là dans le mur oriental de l'ancien arsenal. Kontaine-Borgel. — Le haut

LA VILLE HAUTE 3n

En rentrant par la porte Baudet', au bout de la place de la Maison de ville, nous trouvons la fontaine devant laquelle s'arrêta, en i523, la sérénissime duchesse de Savoie, Béatrix de Portu<;al. La fontaine versait... du vin! Là, « devant la Maison de ville, » dit le texte du récit des fêtes, sera Genève, ayant à l'entour d'elle « Bonvoloir et Libérallité qui donront à boyre du vin de la fontaine à tous venantz, » et Genève dira à Madame :

J'ay Bonvoloir et Libérallité Qui, en signe de joye, à tasse plaine, A tous passans, par grant fraternité, Donnent boyre du vin de ma fontaine -.

Mais c'était pour un spectacle fort différent que d'habitude, au même endroit, se rassemblait la foule. A gauche de la porte principale de la Maison de ville, voici qu'on a élevé un grand échafaudage. C'est « comme un parquet, par barreaux qui y sont dressés, qui font un enclos. » Dedans sont des sièges pour les officiers de justice, et « un trosne judicial devant lequel sont publiquement leus les procès et sentences contre les condamnés criminels ^ » C'est Gruet, c'est Servet. Puis, remise est faite du condamné au procureur fiscal, au bourreau. — C'est encore ici que l'on procède à l'exécution... des livres réputés dangereux. Que dévore cette flamme? Le Contrat social et ï Emile de Rousseau! Le i()juin 1762 : « L'avis a été de condamner les livres susmentionnés à être lacérés et brûlés par l'exécuteur de la Haute Justice, devant la porte de l'hôtel de ville, comme téméraires, scandaleux, impies, tendant à détruire la religion chrétienne et tous les gouvernements. » — Il est vrai que, moins de trente ans après, le 3 janvier 1791, le même Conseil abolissait ce décret, et décidait d'élever à ce même Rousseau une statue, sur le pied de laquelle on devait inscrire qu'elle était destinée à eflFacer l'outrage « reçu de cet Etat'*. »

Juste en face de la porte de la Maison de ville est la halle (aujourd'hui la salle des armures •■;, dont il est question dès le 10 juillet 1415. « Les syndics et quelques conseillers se trouvèrent sous la halle de la Maison de ville pour donner ordre à l'arrivée de l'empereur Sigismond (qui vint du côté de Lancy) *. » — Cette halle fut agrandie en 1464. Le 10 mars de cette année, l'évêque Jean-Louis

de la tour a été restauré et transformé en 1893. — M. « 11 est à regretter, dit Rigaud, que l'ancienne mairie de Genève ait fait retailler une partie des pierres de la base, en face de la descente de la Treille. Cela a détruit l'harmonie de la construction. » M. D. G., IV, p. 62.

1. « L'ancienne porte Baudet n'était pas proprement la porte de la Treille d'aujourd'hui, mais une autre qui passait encore à six pas de là plus près de la tour où est la salle du Conseil. La rue qui allait depuis la place du Perron jusqu'à cette porte était en droite ligne; mais on fut obligé de la reculer pour agrandir la Maison de ville. . KIournois, Remarques, p. 1 15. — 2. M. D. G., I, p. 201. — 3. Jbid., XXII, p. 272. — 4. Voir Eug. Ritter, Le Conseil de Genève jugeant les œuvres de Rousseau, 1883. (Tirage à part d'un article paru dans Y Alliance libérale dw 14 juillet 1883.) — 3. Dépôt d'armes depuis 1720. — Mayor, « Restaurations de l'Hôtel de ville et de l'ancien arsenal.» Bulletin, I, p. 127. — «. Flournois, Extraits (Grenus).

3i2 LA VILLE

de Savoie céda à la communauté un terrain situé au Vieux-Mézel, en face de la Maison commune, pour y élever un nouveau dépôt public de blé [ad usumfori seii mercaii bladorum) ', vu l'insuffisance des halles du Molard. L'inventaire de 1475 mentionne la « halle nouvellement construite. »

Avant la halle, il y avait donc là un marché, le Méiel, qui, déjà en 1372-, donnait son nom au quartier. — En 141 2 (16 nov.), on cédait encore à un marchand deux places du marché {duo plathee macelli), devant la Maison de ville l

— Mais, en 1428, il est question du Vieux-Marché : c'est là que sera gardé un nouveau drapeau {/ieri iiovuin vexillum et teneri in domn ville in macello veieri)'\

— Entre ces deux dates, on a donc créé l'autre marché et l'autre boucherie. Et, en effet, en 1421, la rue de la Boulangerie est dite située entre les deux Mézels, Grand-Méiel, d'une part, Vieux-Mé{el, de l'autre \

Plusieurs fois restaurée ou refaite, la halle est encore à sa place \ Avec son acrimonie habituelle, Bernouilli écrit : « Vis-à-vis de l'hôtel de ville est une halle, sous laquelle les flâneurs se promènent en masse. Rien que des gradués et des docteurs en droit, et souvent ils ne savent pas un mot de latin. »

Il est temps de franchir le seuil de la Maison de ville.

I. Les Genevois désiraient depuis longtemps une Commune'. Mais ce ne fut que vers la fin de l'épiscopat de Robert de Genève qu'ils purent faire, grâce aux rivalités de l'évêque et du comte de Savoie, une première tentative pour réaliser leurs désirs •*. Le i"' octobre i285, le comte de Savoie, Amédée V, entra dans Genève en grande pompe, et les principaux habitants de la ville, faisant acte d'opposition à leur prince-évcque, se constituèrent, sous la protection du comte, en « commune jurée, » avec des procureurs ou syndics et un service de garde et de police. De plus, ils s'emparèrent des clefs de la ville, tendirent des chaînes pour barrer les rues et firent graver un sceau. C'était une complète organisation politique, voire représentative; c'était trop et trop tôt. Le successeur de Robert,

I. lîorel, Foires, p. 78. — 2. A ceUe époque c'était le Marché, le Mézel, tout court, c'est-à-dire le marché de la Boucherie {macellarionim). Galiffe, Maiériaux, I, p. 88. — 3. Registres du Conseil, I, p. 44- — '1. Ibid., p. 96. — .">. Galiffe, p. 248, n. 5. — 0. « Cette halle, reconstruite au dix-septième siècle, existe encore. » Borel, Foires, p. 78. — 7. Un acte de 1124 les appelle cives; un acte du 30 septembre 1285 parle d'une commujtilas seu uitiversilas, et omnes cives seu biirgenses civitatis gebeititeitsis. M. D. G., IX, p. 14'. n. 60 et 62. — 8. « Le Plait de Seyssel, cet exposé authentique de la constitution de Genève, telle qu'elle existait en 1124,... confirmée... jusqu'en 1219, ne contient ni mention ni trace quelconque d'aucune organisation, ni d'aucun pouvoir populaire, municipal ou communal. » (M. D. G., VIII, p. 157, Ed. Mallet .) — « Absence jusqu'au milieu du treizième siècle, et même un peu au delà, d'une commune dotée d'une organisation politique. > [Ibid., p. 159.) — « Le comte Pierre de Savoie, premier fauteur du mouvement communal à Genève, 1263. > {Ibid., p. 160.) — < Le comte de Savoie, Amédée V, favorise une véritable émancipation et une organisation communale, 1285-1286. > (Ibid., p. 163.) — «Le fait est attesté par l'évêque Guillaume de ConHans.... Voilà l'origine première de la commune politique de Genève au moyen âge : vers la fin de 1285, et dans le cours de 1286. » (Ibid., p. 164, 165.)

La Ville haute 3 1 3

Guillaume de Conflans, comprima, dès 1293, ce premier essor communal. Mais il y eut renaissance de la commune en i3o5. Réorganisée complètement en i3o6, elle fut, en fait, reconnue par l'évêquc. Aimon du Quart en 1309. Et comme rinllucnce des princes de Savoie ' paraissait la plus utile pour la protection des personnes et des propriétés, à titre de contrepoids au\ prétentions ecclésiastiques, ■ les citoyens l'acceptèrent, la favorisèrent, si bien que, par une amère ironie de l'histoire, ce furent d'abord les ambitions de la maison de Savoie et de la commune genevoise qui se fortifièrent les unes les autres *. Avant la fin du quatorzième siècle, en 1387, les Franchises étaient solennellement confirmées et réunies dans un même coJe par l'évèque Adhémar, avec leurs deux privilèges essentiels pour les citoyens : juridiction en matière criminelle, garde et police exclusives de la ville pendant la nuit.

Au début, les citoyens se réunissaient, comme nous l'avons dit, dans le cloître de Saint-Pierre, le premier dimanche de chaque mois. Cette règle est encore déclarée perpétuelle et immuable, le 3 juin 1459 {ex mine in antea perpetuis tempon'bus)^. » — Ce qui n'empêcha pas le Conseil général, quelques mois après, de mettre cette règle de coté, 17 février 1460, et de décider qu'il ne se réunirait plus que quatre fois l'an iquater in anno), à moins que ne surgissent des matières nouvelles et ardues ialie materie nove et ardue)'' .

Le Conseil général était convoqué « au son de la cloche, selon la coutume"'. » Bonivard dit : « A son de trompette [petite trompe] premièrement le soir devant, puis le lendemain à son de la grande cloche, oîi convenoient tous les chiefz d'hostel [c'est-à-dire de maison] ''. »

Xous ne noterons ici qu'une seule coutume du Conseil général : il fixait le prix du vin, chaque année, après avoir dit le Pater Noster, en mémoire d'un citoyen Dupont, qui avait « donné l'office de Crie à la ville '. »

Puis le Conseil général seul se tint au cloître, et le Conseil ordinaire se transporta à la Maison de ville.

Mais ce déplacement ne se fit pas en un jour, et les historiens ont commis à ce sujet plusieurs erreurs.

Le 9 avril 1409, le Conseil est tenu dans le cloître de Saint-Pierre, « à la crie et au son de la grosse cloche {ad cridam et soniim campane magné). »> Il est

t. < L'année 121 1 est la première où l'histoire nous ait conservé la trace de rapports politiques entre le comte de Savoie et l'évèque de Genève : encore ces rapports, presque purement négatifs, ne tirèrent point à conséquence et cessèrent avec les circonstances qui les avaient produits. » M. D. G., VII, p. 189, Ed. Mallet. — 2. M. D. G., IX, p. 142, 143, 147, 170. — « Une pensée fatale engage l'évCque Chabert (121 1) à réclamer contre un voisin hostile, le comte de Genevois, le secours d'un autre prince des environs, qui devait être plus dangereu.x que le premier,... du comte Thomas de Mauritniie, fondateur de la gloire de la maison de Savoie.... En 1285, les citoyens genevois adressent au grand Amédée V un appel plus funeste encore par ses résultats que ne l'avait été celui de l'évC-que Chabert à son aïeul. Cet appel procure à la maison de Savoie la possession d'un château dans Genève même et le dépôt entre ses mains de la charge de vidoiitite. dépôt qui dès lors servit de prétexte à trois cents ans de luttes et de chicanes. > Pictet de Scrgy, Introduction, etc., p. 45, 46. — .3. Registres du Conseil, I, p. 303. — i. Ibid., p. 395. — •l. 7 octobre «459- Il>id., p. 335. — 0. Chroniiities, liv. V, ch. iv. — ". Flournois, Extraits, lû novembre 1533. 15 novembre '534, 14 novembre 1535.

JEAN CALVIN III AO

parlé du don fait par le seigneur évèque, et « de la construction (edifficin) de la Maison de ville. » On décide une imposition gracieuse {leva gyaciosa)K — Voilà, semble-t-il, les origines de la Maison de ville.

La besogne va vite. En effet, le i6 septembre on « mandate » de ce qui lui est dû [qiiod expédiai), Jean Rosset, charpentier de Lancy (de Lancier), pour le travail [tacheria) à lui donné par les syndics, et consistant à faire la poutraison {trabaturam) dans la Maison de ville : soit 3 florins, 3 sols. On « mandate » également Lambert, charretier [charroioni), pour son travail [tacheria] : 4 sols. Il s'agissait de porter les poutres de la dite poutraison du port de Meyrins [de la Fusterie] à la Maison de ville *.

Nous trouvons toujours le Conseil au cloître, 16 avril, juillet, août 140g, janvier 1410. Mais, le 25 novembre 1410, nous lisons : /// dnmo j'illefiiit consilium teniititm, le Conseil a été tenu à la Maison de ville ^ — C'est la première mention.

Il est juste d'observer que cette première séance fut une sorte de séance d'essai, ou plutôt d'inspection [visid). En eflFet, le même jour, on s'occupe d'un mur fait à la Maison de ville, à la partie postérieure. Et le Conseil se réunit de nouveau au cloître.

Le 27 janvier 141 1, il s'occupe de la réparation de la Maison de ville'*; le 24 novembre, il s'occupe des ferrures (ferratiira) à placer à l'ouverture des fenêtres (hostiuin fenas/rariim)''. Et nous trouvons le Conseil réuni au cloître en 1412, 1413, 1428, en 1430, etc. — Nous avons vu qu'en 1428 il est décidé de faire un nouveau drapeau et de le placer à la Maison de ville *.

Mais si, le 27 novembre 1442 et même le 4 décembre, nous voyons le « Conseil ordinaire » se réunir au cloître, le 1 1 du même mois, il siège à la Maison de ville : in consilio ordiiiario, est-il dit, tento in domo ville, causante frigore régnante, à cause du froid qui règne'. — De même le 18 décembre. — De même le 8 février 1446 : in dnmo cominiini^, dont le nom est tantôt : /;; domo ville et tantôt in domo communi'\

Et, à partir de ce moment, le Conseil siège à la Maison de ville, sauf quel- (]ues retours rares au cloître, par exemple le 20 juillet 1457 *", le 4 mai 1459 ". Ainsi, le i5 mai 1459, le Conseil se réunit deux fois, la première : in domo communi, la seconde : in claustro *-.

L émancipation se faisait peu à peu, progressivement, mais sûrement.

2. Tout à fait au pied de la Tour Baudet est la chapelle de la Maison de ville, organisée en i5o4 pour les dévotions des conseillers, avec ses ogives réunies par des arêtes qui portent l'écusson de Genève. Mais ces écussons sont d'une date

I. hii^us/rca du Conseil, I, p. 2. — Il est vrai que l'expression : doinus ville est employée aussi pour désigner d'autres maisons appartenant à la ville. Ici, cependant, cette expression semble bien prise dans son sens spécial. — 2. Ibid., p. 10. — .'1. Ibid., p. 25. — Cette indication et les suivantes montrent que Galiffc avait né(»li(>é les Registres du Conseil, quand il avait écrit : « La première mention à nous connue de la maison de ville se trouve, en 1448, dans l'acte d'un prêt de la ville à deux particuliers,... fait • en la maison commune, au Vieux-Mézel. . Galiffe, Matériaux, I, p. 189. Galiffe, p. 248. — V. Registres du Conseil, I, p. 27. - ». Ibid., p. 33. - 6. Ibid., p. 96 — 7. Ibid., p. 153. — 8. Ibid., p. 156, 162. — 9. Ibid., p. 182. — 10. Ibid...x>. 212. — II. Ibid., p. 292. — 12. Ibid., p. 298.

LA VILLK HAUTK

plus récente que la chapelle. C'est aujourd'hui la grande Grotte*, où sont réunies les Archives-, les Registres du Conseil. On y descend de la salle même des Archives par un escalier. La vieille porte de la chapelle est là, épaisse, bardée de fer, avec sa clef. Et on a encore le compte du serrurier qui fît la clef^!

Un mot sur les Archives de la ville de Genève est ici à sa place. — Nous l'avons vu, à l'origine toutes ces Archives tenaient dans une « arche » (une caisse en bois : les archives sont les papiers qui sont dans une arche)^ déposée dans une chapelle de Saint-Pierre et attachée au mur par des chaînes '*. — C'est en 1371 que le Conseil avait payé à A. S. : 4 florins, 4 sols, pour une arche en noyer, à trois serrures, destinée à être posée dans réglise de Saint- Pierre, devant l'autel de saint Michel, « et où l'on mettra les lettres et autres secrets de la ville ^. » — Le 11 mai 1428, il fut ordonné d'ouvrir « l'arche des lettres » de la ville, et de faire un livre des extraits de ces lettres {de dictis litteris extractum in unum librum)^. Tel serait le commencement des classifications et des inventaires actuels'. — Mais on ne paraît pas s'être pressé. Car, le 11 mars 1457, le Conseil décide de faire faire « un registre ou répertoire » de tous les titres ^omnium iiistrumentorum existentiitm in archa dicte civitatis que est in S'° Petro), registre ou répertoire « qui resterait continuellement à la Maison de ville et

I. « La grande Grotte, assez spacieuse et très élevée, en forme de chapelle, occupe le rez-de-chaussée de la tour de l'hôtel de ville. Au premier étage de la tour, la petite Grotte, de la même étendue que la grande, mais peu élevée, et éclairée seulement par quatre lucarnes et deux meurtrières.... » L. Dufour- Vernes, Les archives d'Etat de Genève, p. i. — â. M. D. G., IV, p. 61. — Ces salles voûtées servirent d'atelier à la Monnaie de 1717 à 1785. En 1822, on y voyait un café, lequel fut supprimé pour l'installation des Archives. — .3. « Mémoyre de l'ouvrage que moy Sermet Bronge ay faict pour la ville, par le commandcmen de Messieurs de l'an 1561 et le seizième jour de novembre. — Premièrement une grosse cicfz pour la grand crotte [grotte] de la maison de la ville vaillant... i H. 3 s.. » Le compte a été payé le 2 janvier 1562. — Voir aux Archives la Collection des comptes, mandats et quittancer, et l'étude de M. L. Dufour, p. 22. — 4. € Pour qu'on ne puisse l'emporter. • Galiffe, Matériaux, I, p. 88. — 3. Pictet de Sergy, Genève, I, p. 427, n. 2. — 0. Registres du Conseil, l, p. 96. — 7. D'après une note que M. l'archiviste Louis Dufour a bien voulu nous communiquer, voici l'histoire exacte des Inventaires du Chapitre, des Eglises et enfin de la Seigneurie: « Dès 1334, commencèrent des inventaires des titres et droits </« Chapitre. Un nouvel inventaire en fut fait en 1497. — Suivirent au quinzième et seizième siècle des inventaires des actes des Eglises de Genève. A la fin du quatorzième et au commencement du quinzième siècle un inventaire des titres des Eglises avait déjà été fait. — C'est en 1487, 1507 et 1527 qu'un inventaire des titres de la Seigneurie, conservés aux archives, fut fait par Amédée Favier, secrétaire du Conseil. >

3i6 LA VILLE

auquel on pourrait avoir recours quand le temps viendrait*. » — Evidemment, à cette époque, les Archives manquaient d'archiviste. Rien ne se fait. Trois mois après (7 juin), nouvelle décision. On fera une investigation dans tous les titres (msiruiuenta) contenus dans « Tarche » de la ville et pouvant être utiles à la cité {facientia ad opus civitatis) -. — L'année suivante, nous voyons s'opérer la transmission de la clef de l'arche. Roletus Guillieti, autrefois consyndic, « restitue la clef à Amédée de Saxo, moderne syndic, à savoir la clef de l'arche de la ville qui se trouve dans l'église de Saint-Pierre de Genève ^ » — Mais il semble qu'on ait été plus préoccupé de fermer la fameuse « arche » que de l'ouvrir. Toujours pas d'inventaire. Le 28 décembre 1460 \ le Conseil, avec persévérance, renouvelle ses décisions antérieures: « Faire un seul registre de tous instruments et autres écrits, pouvant servir à la communauté et existant chez elle {pênes eandem),... pour la conservation des droits de la dite communauté ^ » A quelle époque les Archives émigrèrent-elles de la cathédrale dans la Maison de ville? Le 28 juin 1429, il est décidé qu'on placera la nouvelle arche (archam novam) de la ville, dans la maison de Jaques de Pesmes, si le lieu paraît propice **. Il dut paraître propice, car le 4 juillet 14^0 le Conseil confirma sa décision ^ Et en 1460 (2G mars) V arche est dans la Maison de Ville. «Ordonné pour de bonnes raisons que dorénavant les auditeurs des comptes s'en occupent ici dans la Maison de ville, et que tous les comptes de la ville et autres papiers les concernant, soient réduits dans l'arche existante à la Maison de ville [in archa in dicto domo exîstente), que les syndics en aient une clef et les auditeurs des comptes une autre*. » Toutefois le 24 avril i5oo, nous trouvons un document intitulé: « Le roellet de la coverture de l'autel de la chappelle des comptes* en l'esglise de Monsg' saint Pierre,... en la quelle l'on dit tous les mardis une messe pour la ville '". » — Quatre ans après, selon la résolution prise le 19 mars i5o4, une chapelle est construite dans la Maison de ville pour y célébrer la messe et l'on peut supposer que l'arche y fut déposée *'. En tout cas, le 16 janvier i538, nous trouvons cette mention : « Que es croctes des drois aye toujours quattre clefs. » — Et les « croctes » sont encore là.

3. En février 1473, les syndics nouvellement élus, considérant la petitesse de « la chambre où l'en tenoit le Conseil, laquelle estoit si estroite que à paine le

I. Registres du Conseil, I, p. 170. - Nous voyons se former l'idée des Archives telle qu'elle subsistera jusqu'au dix-neuvième siècle : une collection de titres, de documents utiles à l'Etat pour soutenir ses droits. M. L. Dufour-Vernes écrit : < L'utilité des Archives était comprise avant tout pour les besoins des Autorités, lorsqu'elles avaient à y rechercher quelque ancien titre ou droit, selon l'expression du temps. . — En 1708, une commission ou chambre des fiefs fut créée, dont le principal objet était de faire un inventaire exact de tous les titres et terriers, de les ranger en bon ordre et de s'instruire en général de tout ce qui pouvait servir au maintien des droits de la seigneurie.... Ce point de vue primait encore, en 1815, lorsque... on nomma une commission chargée de l'inspection et de la surveillance des Archives, «selon le renouvellement des anciens usages. . [Les Archives d'Etat de Genève, p. 2.) — 2. Rei,nstres du Conseil, I, p. 198. — :i. Ibid., p. 264. — 4. Nouveau style, 1459. — 5. Ibid., p. 364. — 6. Ibid., p. 113. — 7. Ibid., p. 133. — 8. Ibid., p. 404. — 9. La chapelle avait-elle gardé son nom, bien que les « comptes > eussent été enlevés? - 10. M. D. G., VII, p. 109, Blavignac. — H. Archives, Nouveau recucd de règlements.

LA VILLE HAUTE

Conseil ordinaire y povoit demeurer, qui estoit chose honteuse et vergoigneuse, misrcnt en délibération devant leur Conseil, » de « faire fère une belle et notable sale, large et spacieuse, tant par magnifficence, comodité et utilité, » de façon à a pouvoir tenir le Conseil ordinaire, et l'autre des 5o, et quant besoing et mestier seroit de fère congrégation de plusieurs aultres, qui puissent très tous dcmourer ■dedans. » — En même temps on fit « remuer et repareiller le four'. » I/annéc 1473 ne suffit pas pour ces travaux, et ce furent les syndics de 1474 qui firent 0 achever, parfaire et acomplir la dite sale, aussi mettre à bonne fin... eslevation et paincture de aulcunes verrières, et pareillement le commencement de loges.» Ils firent aussi « paindre et mettre à point les vingt carrés de la dite sale *. »

Ici seulement se pose une question embarrassante. Cette salle de 1473-1474' est-elle la salle actuelle du Conseil r Rigaud dit oui '\ Galiflfe doute ^. — Il faut en eflFet remarquer qu'une autre salle fut aménagée pour les séances du Conseil en 1488, et que la description de cette nouvelle salle, dans le procès-verbal du 23 septembre 1488, concorde absolument avec l'état de la salle où siège encore aujourd'hui le Conseil. Donc la salle de 1488 est la salle actuelle. Dans la délibération du 23 septembre 1488, toutes les fenêtres des trois faces extérieures sont désignées, d'une façon exacte, telles qu'elles sont encore : « Fenêtres de la tour de la Maison de ville. Ordonné que du côté du Levant, on face deux petites fenêtres (ollieti) ; du côté du vent deux fenêtres croisées et deux œillets ou petites fenêtres {ollieti) ; et du côté du Couchant deux fenêtres croisées. » C'est le 18 juin 1488, comme nous l'avons vu (p. 3 10, n. 4), qu'on avait ordonné de faire rebâtir la tour de la Maison de ville. Les décisions des 7 et 1 1 novembre 1488 nous montrent les travaux en pleine activité : « Tour de la Maison de ville. Ordonné de faire des fenêtres au-dessus de la salle {supra salam), et qu'à cause de l'hiver, qui approche, on ne hausse pas davantage pour le présent les murailles de la dite tour, mais qu'on fasse le toit de la hauteur qu'il faut, et qu'il soit appuyé, sans le soutenir, sur les murailles". » — C'est le 10 mars 148g que l'on consulte les maîtres au sujet de la charpente {trabahira) de la tour de la Maison de ville. Et, le 3i mars 1489, la « charpente de la tour nouvellement faite en la Maison de ville, près de la porte Baudet, est donnée à tâche à des charpentiers ' . »

i. En 1463, il y avait \m four coiitiiiun. Le bois était au-dessus, dans le dépôt des Archives secrètes de la chancellerie. 11 fut enlevé en 1534 (29 déc), le Conseil ayant eu avis que < les traîtres qui sont au château de Peney font dessein de brûler notre maison de ville par le moyen du bois du four de la dite maison. . Flournois, Extraits. — F. Borgel, p. 25, 28. — 2. < 1474, le 24 jour du moys de janvier. Kx libro franchesiarum, 60I' recto. . Cité par M. D. G., IV, p. 60, 61, et n. i. — :t. 9 et 23 mars 1473. Salle de la maison de ville. Ordonné de la réparer et rebâtir. Flournois. — 4. M. D. G., IV, p. 60. — Si les questions critiques pouvaient être tranchées par les « communiqués officiels > d'un gouvernement, celle qui nous occupe ne serait plus discutée, car il y a un < communiqué officiel de la chancellerie » déclarant que la salle du Conseil actuelle est la salle de 1473. (Voir ce communiqué dans le Joiintal de Genève, du 10 août 1901.) Malheureusement le communiqué se borne à citer un passage des Annales de Savyoïi, et ce passage ne dit rien de la question elle-même. — 5. Galiffe, p. 249. — 0- Flournois, Extraits et liemarqHes. p. 24. — 7. Flournois, Extraits (Grenus).

De deux choses Tune. Ou bien il faut admettre que cette salle de 1473-1474^ dont aucun renseignement ne spécifie remplacement se trouvait dans une autre partie de la Maison de ville; ou bien il faut admettre que quinze ans plus tard, en 1488, la tour ayant été reprise par sa base, la salle fut complètement refaite, ce qui n'est pas très vraisemblable.

La nouvelle installation était fort simple. « Qu'on construise un poêle, dit le Registre de i525, afin que, dans la saison d'hyver, le froid étant chassé, les affaires soient examinées avec plus de maturité". » Et, le 23 octobre i537 : M Icy est parlé que la porte par la quelle Ton entre en ceste sale souvanteffois se defferre, et n'a guère belle entrée, et que maintenant en ceste ville [il y] a ung galland ouvrier qui, pour peult [peu] de coste [coût] la porra mettre en bonne et belle sorte. Sur quoy est arresté que Ton la face adouber [réparer] et faire qu'elle soyt bien^. » Presque jusqu'à la fin du siècle, les conseillers s'assirent sur le bois dur. — 8 octobre i573 : « D'aultant que les bancs de céans, pour n'estre fourrés, ils apportent grande froidure aux jambes ; a esté arresté qu'on les face doubler de feuilles qu'on fera faire de couleur verte ^ » — Et enfin, 6 juin 1576 : « D'aultant que les S" se plaignent de la dureté de ces cièges de noyer, comment a esté cy devant dict; arresté qu'on face venir de la tapisserie propre .^ »

Toutefois, cette simplicité selon notre goût moderne (pas de feu et rien que des bancs de bois), n'excluait pas le luxe selon le goût ancien, comme l'a montré la sensationnelle découverte des fresques. Le 7 août 1901, les ouvriers chargés des travaux de réparation, ayant enlevé des vieilles boiseries, mirent tout à coup à nu des peintures murales étonnamment conservées.

De quoi s'agissait-il''? D'une découverte qui nous permet d'entrer dans la vraie salle du Conseil, telle qu'elle était au seizième siècle.

1. On en a peut-être exagéré la somptuosité. D'après M. Camille Martin, les verrières ont bien existé, et ont été l'œuvre d'un verrier bernois, M. Werder, mais les « carrés » peints et mis à point étaient sans doute des panneaux, non pas couverts de peintures proprement dites, mais simplement passés en couleur. Peut-être aussi étaient-ce non pas des panneaux de muraille, mais des caissons de plafond. — 2. A. Roget, Elrennes genevoises, 1877, p. 49. — :(. Registres du Conseil, Vol. 31, f. 76. — Au bas est un petit dessin de la porte que le secrétaire s'est amusé à dessiner, pendant la délibération. Nous le reproduisons comme curiosité, en cul-de-lampe, au Liv. III, ch 11. — 4. Jbid., Vol. 68, f. 198. — ."i. Ibid., Vol. 71, f. 80. — 6. Un journal se fit immédiatement l'organe de l'instinct public : « Ces fresques ont dû être dissimulées sous l'administration de Calvin, qui, on le sait, n'était guère artiste. » {La Tribune de Genève, 9 août 1901.) — Comme on va le voir, une bonne partie des fresques est de la fin du seizième siècle, peut-être du dixseptième ; et quant à leur « dissimulation », elle est postérieure au moins à 1637, puisque à cette date Davity les voit et les décrit : « Contre la muraille de la chambre où les sénateurs s'assemblent, il y a sept juges peints, dont celui qui est au milieu n'a qu'une main et les autres six tout à fait sans mains. » Voir Eug. Ritter, La République de Genève... par Davity, p. 19. — Sur la date et la valeur artistique de ces fresques, voici ce que dit M. Camille Favre (Journal de Genève, 13 août 1901) : ♦ Si le fond de la salle et les panneaux adjacents sont et doivent être de la fin du quinzième siècle, il est non moins évident qu'une grande partie de la paroi de gauche, c'est-à-dire les juges aux mains coupées, la presque totalité du personnage de Moïse et le cartouche aux inscriptions bibliques ne sont pas de la même main, que la facture en est très inférieure et la date postérieure. Ces peintures plus récentes... paraissent appartenir au seizième siècle, mais pourraient à la rigueur être attribuées à l'année 1604, date des réparations faites par un peintre italien, César Julio.... Les autres peintures, accompagnées de sentences, sont de beaucoup supérieures à celles des juges, et, si elles ne sont pas d'un grand maître, elles sont tout au moins d'un très bon style. Elles représentent sans doute, avec quelques retouches assez grossières, les auteurs

LA VILLE HAUTE

Au-dessus de la porte se trouve une figure tout particulièrement intéressante : elle représente un guet, ou même le chef des guets du Conseil des Vingt-Cinq; ce personnage, gardien allégorique de l'entrée de la salle, tient d'une main « son lialabard » et de l'autre i ^git,,--.^^^ i.,ui, ^ — ^ ,|^,. ,..„ —

s appuyé sur lecusson de l'évèché, sur lequel est posé « en abime»

celui de la communauté genevoise '.

A gauche, un arc et un jambage chanfrené ont conservé jusqu'à aujourd'hui la preuve que là se trouvait une niche renfermant le poêle.

Plus loin, des montants de porte et une couverte

iOL.

Salle du Conseil. Fragment des fresques'-.

attestent l'e.xistence d'un passage qui fut abandonné pendant des siècles.

Les fresques font le tour de la salle, juges au.x mains coupées, (ne pouvant recevoir de présents [?] ), images de la justice, cartouches aux inscriptions se rapportant à la justice. Les Vingt-Cinq remplissaient aussi des fonctions judiciaires^.

Contre le mur de l'escalier, un soubassement en peinture, d'une époque postérieure aux fresques primitives, montre des stalles semblables à celles qui se trouvent encore dans la salle des Pas-Perdus.

Au fond, au levant, une fenêtre divisée en deux par un meneau vertical ; une seconde fenêtre, ouverte du côté de la Treille, semblable à la première ; deux autres ouveVtures à l'autre extrémité de la salle, soit du côté de la rampe de la Treille, divisées en quatre parties par des meneaux. Les ouvertures bouchées ont été attestées jusqu'à nos jours par des gonds et des scellements de gonds.

des sentences, c'est-à-dire Galterius, Stace, Salluste, Lactance, Tulle, Virgile, Aristote et Cicéron. Inutile d'ajouter que ces peintures n'ont qu'une ressemblance très lointaine avec des originaux, dont le caprice de l'artiste s'est peu préoccupé. — Mais le cô'^é très intéressant de ces figures, sur lequel je suis tombé d'accord avec M. J. Mayor, c'est que ces fresques du quinzième siècle représentent, comme beaucoup de peintures de la Suisse romande, un art plus ou moins bourguignon.... Ces figures, très variées et ayant une physionomie bien individuelle, sont donc très intéressantes.... > M. E. Constantin, antiquaire-expert, indique ce détail {Journal de Genève, lo août 1901) : « Par bonheur, une boiserie Louis XIV, qui n'avait pas nécessité, pour être mise en place, un repiquage ou un recrépissage, comme il eût fallu pcut-Ctrc pour toute autre transformation de la salle, avait, au contraire, en la cachant ci on la recouvrant hermétiquement, conservé la beauté et la fraîcheur des tons de cette frise.... »

1. Rapport de MM. Brocher et Du liois-Melly au Conseil d'Etat. (Journal de Genève, 12 sept 1901.) — i. Panneau entre les deux fenêtres donnant sur la Treille. Voici la traduction de l'inscription latine sur la banderole: « Si le monde avait jadis respecté le droit, les lois et les contrats que j'ai établis, ou s'il observait encore les liens créés par l'amour, l'univers ne gémirait pas tant sous le poids des malheurs. Alam, dans le de Aniiclaudiano. > — A. E. Dunant, Les fresques de l' Hôtel de ville, 1902. — Cette brochure donne les inscriptions latines et françaises conservées sur les peintures murales de la salle du Conseil d'Etat et la restitution des textes disparus. Les textes latins sont traduits.

La Ville

La salle du Conseil.

(hiant au plafoinl, disparu, remplacé par une simple poutraison, puis recouvert, il avait laisse assez de restes, de traces, pour que les architectes aient pu en retrouver le dessin, la place, les grands sommiers, les caissons. Il avait été non seulement détruit : mais on Favait sensiblement abaissé.

Et voilà la salle belle, austère, où ont siégé les syndics, les conseillers, les Porral, les Perrin, les Berthelier, les Favre, les Roset, et combien d'autres ! tous les gouvernements de Genève ; la salle où tout a été décidé, où toutes les résolutions ont été prises, discutées, arrêtées avec calme, avec passion, où toutes les luttes politiques, religieuses, sociales se sont déroulées, la salle où Calvin, Bèze ont lutté et triomphé,... ont fait Genève. A Saint-Pierre, ils ont inspiré rame ; dans la salle du Conseil, ils ont pétri le corps. {Page 32i.)

Il ne faudrait pas toutefois se faire illusion : l'Hôtel de ville actuel ne nous donne aucune idée de la Maison de ville ancienne, pas même de celle du temps de Calvin. Il semble bien en effet que le Conseil s'installa peu à peu dans des maisons qu'il achetait et restaurait, et aménageait, mais qui ne constituaient pas un monument unique. Les premières délibérations que nous avons citées nous le prouvent. Kt il y en a d'autres nous montrant ces achats successifs*. Aussi, vers

I. Le 10 août 1428, la ville achète une yrange à côté des remparts, en la Juiverie, près de la nouvelle urantjc récemment élevée par la communauté. {Registres du Conseil, I, p. 97, 98.) — Le 16 août 1457, les

LA VILLE HAUTE

le milieu du seizième siècle, on sentit Fincommoditc de ces corps de logis divers, dont chacun avait son viret particulier, et on songea à un escalier central. Et dt toute la Maison de ville de Calvin, outre la tour Baudet et ses salles, en particulier la salle du Conseil où il vint si souvent, soit seul, soit avec ses collègues, il ne reste plus précisément que cette tour centrale, avec sa rampe pavée. Encore Calvin vit-il le commencement mais pas la fin de ces travaux.

Cette rampe d'escalier a toujours été considérée comme une des curiosités de la ville. « Dans l'hôtel de ville, dit Bernouilli, une curieuse œuvre d'art {Kimststiicl; : tour d'adresse) mérite d'être vue, un escalier en limaçon, sans marche. Il est composé en entier de toutes petites pierres, de telle sorte qu'on peut arriver en carrosse jusqu'en haut. » (^'est une façon de parler. Mais on pourrait y monter facilement à cheval. iPagc 322.)

Le célèbre escalier fut commencé en i55(), comme le dit cette date inscrite sur le porche au bas de la rampe, dans un fronton qui n'est point sans mérite architectural. {Page 323.) Il ne fut achevé que vingt-deu.\ ans plus tard, en iSyS. Du moins cette seconde date figure sur le quatrième pilier à partir du

syndics et quelques conseillers vont visiter ce qui a élC récemment construit en la Juiveric, dans la maison de la communauté. [Ibid., p. zi8.) — Le i'='' avril 1460, on pense à acheter une maison d'Antoine L'Hoste, située en face de la Maison de ville (exisiente anle doimtin liujusmodi coiiimunilalis) {Ibid., p. 406) ; le 8 avril, on hésite entre la maison d'Antoine L'Hoste et une maison Tavel Ibid., p. 409) ; le 15 avril 1460, on se décide pour la maison d'Antoine L'Hoste : on la paiera avec l'argent qu'on retirera de la vente des granges de la communauté, à la Juiverie. {Ibid., p. 4«o-) — Un siècle plus tard, ces achats continuent • 7 juin 1541 : «La moyson de Braset estant prest laz moyson de laz ville : laquelle est bien propice pour ftrc une sale pour tenyr le petit conseyl ; sur quoy resoluz qu'elle soyt taxée et poyée raysonnablement. • Registres du Conseil, Vol. 35, f. 228. — Il y a des discussions. L'année suivante, le Conseil offre de « relâcher . à « laz Brasette », sa maison, c en estant toutes réparations >, ou bien de lui louer cette « sale nove . au pri.x de 7 florins par an. Ibid., f. 452.

JEAN CALVIN III 4'

LA VILLE

sommet de l'édifice, avec les initiales entrelacées NB et IB, soit Nicolas Bogueret et Jean Bogueret, son frère, maçon comme lui, et qui travaillait sous ses ordres. {Page 324.) — Est-ce vraiment Nicolas Bogueret qui doit avoir tout l'honneur de la conception et de l'exécution de cet escalier? Ce n'est pas absolument sûr, bien les archéologues ne semblent pas avoir, jusqu'ici, élevé de doute à ce sujet '.

que

Sous Tescalier de la Maison de ville primitive, on avait placé le « croton », à

l'usage des délinquants arrêtés par la police du Conseil pendant la nuit^.

Lors de la construction de la rampe pavée, on rétablit ce violon, à son pied, angle gauche du rez-de-chaussée : ce local voûté sert aujourd'hui de dépôt à l'usage du concierge ^.

La montée de la Maison de ville, (p. 321.

Bientôt la Maison de ville du seizième siècle se montra « ruineuse, » selon l'expression de Spon. De 1614 à 1706 les délibérations se multiplient, plus ou moins confuses. Les travaux sont entrepris, modifiés,

I. Nicolas Bogueret, né vers 1537, se retira à Genève, probablement pour cause de religion, avan- 1568. Il réédifia et agrandit les halles du Molard de 1570 à 1574; il éleva, en 1583, un petit bastion autour de l'Ile du lac, plus tard Ile des barques ; il dirigea le transport de l'horloge de la maison du Villard, à l'entrée du Molard, vers les créneau.^ et l'arcade de cette place. En un mot, ce fut le grand architecte de la ville. Ses initiales se trouvent sur le mur extérieur du temple de Saint-Gervais, sur la fontaine de la Cité, et à la pointe de l'Ile du lac. Nous empruntons tous ces détails à la savante étude de M. Louis Dufour : Nicolas Bogueret, mie des victimes de l'Escalade, 1896. Ce « maçon > périt en effet dans la fameuse nuit. < Nicolas Bogueret, raconte M. L. Dufour, en 1571, avait [d'après une visite de dizaine] une arquebuse et un morion, sorte de casque léger, et il habitait dans la dizaine de la maison de ville, probablement en la place de Saint-Pierre, où était sa demeure en 1588 et 1596. Lorsque, dans la nuit du 12 décembre 1602, l'alarme fut répandue soudain par ceux du poste de Neuve, Nicolas fut des premiers à saisir son arquebuse pour se précipiter avec d'autres par la porte de la Treille. Au milieu de la descente, un combat s'engagea, peu après trois heures, avec les ennemis qui se tenaient en ce lieu pour empêcher l'arrivée des secours. Trois des nôtres succombèrent : Bogueret, Cambiague et de Bolo. Une copie du registre mortuaire s'exprime ainsi : « Honorable Nicolas Bogueret, maître > architecte, bourgeois, âgé de 65 ans, mort vers le milieu de la montée de la porte Neuve à la Treille. > Soixante-cinq ans! Combien de nous à cet âge se sentiraient les forces suffisantes pour aller batailler contre l'ennemi dans une froide nuit de décembre. ■■ P. 30, 31. ^ Une question ici se pose. On considère l'escalier de l'Hôtel de ville comme l'œuvre principale de Bogueret. « Sa grande oeuvre est la rampe... spécimen d'architecture unique en Suisse, et dont on ne retrouve pas au dehors un très grand nombre d'analogues; » ainsi s'exprime l'ouvrage le plus récent (en cours de publication), \c Schiveiserisclics Lexikon, 2'"' livraison, article Bogueret, p. 169 et 170. Parlant du portique par lequel la rampe s'ouvre, le mC-me ouvrage dit; «Une large arcade, d'un goût exquis, surmontée d'un fronton sculpté, donne

LA VILLE HAUTE

repris. L'une après l'autre les façades apparaissent. Au commencement du dix-huitième siècle aussi, le sculpteur ■Delor fit les bustes (dans les clefs de voûtes des arceaux, qui sont vers rentrée) de Marcel lus, Cicéron, Pompée, Henri IV, roi de France, « notre bon ami. » — Les autres bustes dataient d'un siècle plus tôt (vers 1 6 1 o), et représentaient Jules César, le premier qui parla de Genève, oîi il vint; Aurélien, l'empereur romain qui, selon la tradition, rebâtit Genève, détruite par un incendie, d'où le nom qu'elle prit quelque temps, Aurélia Allobrogum; enfin Frédéric Barberousse, l'empereur d'Allemagne (assertor liberlatis), qui, en 1 153, confirma les possessions du

•.ntrce de la montée de la Maison de ville, (p. 321-)

prmce-

accès dans la rampe; elle est datée de 1556, de sorte qu'elle ne fait pas partie de l'œuvre de Bogucrct Mais toute la rampe elle-même lui appartient. » 11 semble que la manière même dont l'affirmation est présentée soulève un doute. Est-il évident qu'un architecte soit complètement l'auteur d'un travail qu'il termine, mais qui a été commencé douze ans avant qu'il fût même dans le pays? Avait-on commencé sans aucun plan? ceUe arcade « d'un goût e.\quis •, avait-elle été mise là et faite ainsi au hasard ? Cela est singulièrement invraisemblable. Et il semble que M. Camille Martin, dans les notes qu'il a si obligeamment mises à notre disposition, ait quelque raison de penser que Bogueret acheva, décora la rampe, mais n'en conçut pas le projet. On verra dans son travail comment il arrive à émeUre l'hypothèse que l'architecte auquel il faudrait peut-être attribuer l'idée première serait le syndic de Fosses. En tout cas la date de 157S inscrite sur la pierre n'est pas la date définitive. Le 2, puis le 3 février 1580, le Conseil donne ♦ la tâche de parachever l'escalier tant pour la coiffe que piliers et arcs. > {Registres du Conseil, Vol. 75, f. 22v, 23V.) Et c'est seulement le 23 septembre 1584, que le Conseil s'avise qu'il « scroit beau de faire des balustres aux degrés de céans comme il y ea a en d'aultres palais. . Il décide donc «qu'on en face. « {Ibid, Vol. 79, f. 129".) — 2. Ce fut en vain que le vidomne de Savoie essaya de protester. 21 mars 1460: . Le lieutenant du seigneur vidomne, e.xpose que les seigneurs syndics doivent et sont tenus de remeUre au châtelain [de l'île] le lendemain, incontinent après le lever du soleil, les gens qu'eux ou leurs guets arrêtent la nuit et enferment à la maison commune. Et ils ne peuvent, ni ne doivent examiner ceux qui ont été arrêtés pendant la nuit. » Le Conseil répond qu'il agit selon les Fraiicliises Registres du Conseil, I, p. 403. - -'l. Galiffc, ]). 332, n. 4.

LA VILLE

cvèque de Genève et les prétentions du comte de Genevois, par la bulle dorée

de 1 162^

C'est de la reconstruction du dix-septième siècle que date la porte d'entrée

de l'hôtel de ville, «monument unique», dit Blavignac, dont la partie supérieure des battants montre encore Taigle au chef mi-parti-. — Et M. Mayor écrit : « Il existe, dans nos contrées, peu d'édifices aussi intéressants que notre Hôtel de ville ; ses portes, le spacieux promenoir et la rampe pavée qui conduit aux étages supérieurs, en font un véritable bijou ^ »

Mais ce qui fait une Maison de ville, ce ne sont pas des pierres, ce sont des magistrats. Quels magistrats vécurent ici, et comment y vécurent-ils? Nous n'entrerons pas dans de grands détails sur la constitution de Genève et l'organisation de ses divers Conseils. Le sujet est compliqué. La machine administrative n'avait pas la précision à laquelle nous sommes aujourd'hui habitués. Tantôt il y avait un rouage de plus et tantôt un de moins, et le rouage lui-même se modifiait plus ou moins d'une année à l'autre. Quelques renseignements sommaires nous suffiront.

Pierre de la Maison de ville, (p. 322.)

1. Le Petit Conseil ne paraît pas avoir été composé dès l'origine d'un nombre fixe de membres. D'après Grenus, le nombre a varié de trente-cinq, trente, à vingt et un et dix-huit \ C'est le 23 février i526 qu'il est appelé pour la première fois: Conseil des l'iiigt-cinq. En général, il a le nom de Conseil ordinaire. Mais on trouve quelquefois : Conseil étroit., Conseil des syndics, Conseil de la ville, Petit Conseil^. A l'époque de la Réformation, il a trente membres environ. En

I. .Notes inédites que M. L. Dufour a bien voulu nous communiquer avec une grande obligeance. — 2. M. D. G., VI, p. 187, et n. I, Blavignac, Aniwrial. — « Ameublemeitts de la salle des Conseils. Les anciens inventaires du sauticr de l'hôtel de ville [1630, 1649, 1653, 1662, 1664, 1678, 1690, 1691, 1698] mentionnent plusieurs objets intéressants, tels que de grands tapis de Turquie, avec les armes de la Seigneurie, servant pour la table de l'alliance {1584, conservée à l'arsenal de Genève) et pour celle du Conseil souverain, cette magnifique tranche de marbre, placée dans la cour du cloître et dont la merveilleuse grandeur e.xcitait l'admiration de nos aïeux ; des tableaux et des tapisseries armoriées ; des carreaux de velours figuré, rouges, bleus et violets, et plusieurs chaires ou stalles ornées de broderies. La plupart de ces objets ont disparu. Le tableau de l'Alliance çt celui de la Justice ont seuls été conservés, ainsi que l'escritoire du Conseil général, précieuse cassette, garnie de cuir doré, avec les armes de Genève peintes. Quatre lions accroupis, tenant les mûmes armes, la supportent, et le couvercle orné de têtes de lions à ses angles offre au centre la clef et l'aigle, admirablement ciselés sur une platine de vermeil. Ce meuble remarquable appartient aujourd'hui à M. Hornung. > M. D. G., VII, p. 169, 170. Il est déposé actuellement au Musée de l'Ariana. — .3. Bulletin, I, p. 127. — 4. On trouve dix-huit membres en 1429, vingt et un en 1458 (6 février), vingt-cinq en 1461 (i" mars). Flournois, Extraits. — 5. Flournois, Extraits. (Grenus.)

LA VILLE HAUTE 325

1546, le nombre fut fixé à vingt-quatre. — Quant à la nomination, voici ce quen dit Bonivarcl :

Les quatre nouveaux syndics, les quatre anciens, le trésorier et le secrétaire, sur les « seize conseilliers qui restent, » formaient une première liste de huit noms, puis une seconde de huit. Après quoi les Deux-Cents étaient appelés. aChascun lun après Fautre, selon son degré, alloit dire à l'aureille au secrétaire sa volenté (mais il failloit que le Thrésorier Touist), s'il voulloit confermer l'ancien conseiller et regecter le nouvellement esleu ou non. I.e secrétaire faisoit, sus un grandt papier, deux lignes, Tune de l'Ouy, l'autre du Non. Puis chascun, l'un après l'autre, faisoyent comme havoit le premier. Souhs une chascunc line, selon l'ouy et non, faisoit des petites rayettes, puis du costé qu'il y en havoit plus le disoit et monstroit, et, selon ce, l'on estoit confermé ou regecté. Et est encores ce ordre de présent, combien que l'on casse peu de conseilliers, s'ils ne se sont meffaicts, et, s'ils se mefFont, l'on n'attendt pas le terme des eslections pour les punir : mais de ce pas les faict on mener en prison, où l'on leur vait former leur procès, aussy bien comme au moindre facquin du monde, puis les punit-on, selon l'exigence du cas '. »

On élisait un peu trop les mêmes personnages. En 1549 (3 fév.), il fut décidé que les syndics élus, les anciens syndics et le trésorier en fonction, présenteraient seize nouveaux membres à côté des seize anciens. Puis l'on nommait « aut peuple les huyct qui hont heu la plus haulte voix esdt' Conseyl ordinayre et Deux Cens pour d'icyeulx en accepter quattre en l'office sindical -. » ■ — Mais on changea et rechangea, les uns voulant plus de changement, les autres voulant plus de conservation.

A côté du Petit Conseil, à l'origine, nous ne trouvons que le Conseil général, dont nous avons suffisamment parlé. Mais l'un était peu nombreux, l'autre l'était trop : un corps intermédiaire était nécessaire.

Le 24 février 1457, nous voyons le Conseil général, composé des syndics, de bourgeois et citoyens, « donner tout pouvoir {omnimodam potestatem) à Cinquante citoyens [dont les noms suivent], un pouvoir tel que celui que le Conseil général a, excepté qu'ils ne peuvent rien aliénera » — « Il y a de l'apparence, dit Flournois, que la communauté, se trouvant fatiguée de s'assembler si sou-

1. Bonivard, Advis et devis de l' ancienne et nouvelle police de Cenèi'e. p. 25, 26. — i. Regis/res du Conseil.Wol 44, f. 2. —Voici l'édit du 29 janvier 1568 : « Que le lundi prochain suivant, les quatre syndiques nouvellement esleus, avec ceu.x de l'année passée, et le thrésorier, assemblent les Deux Cens, et après avoir fait l'exhortation, la prière et le serment, qu'on recite le rôle de l'rin passé. Et après qu'un chacun dise ceux qu'il voudra laisser en l'office, et ceux qu'il voudra ôter. Toutefois que les quatre anciens syndics demeurent sans controverse, si ce n'est qu'ils ayent commis faute digne de rcprchcnsion, de laquelle on vueille s'enquérir. - S'il s'en trouve qui soient osiez par la plus grande voix, qu'on n'en mcUc point d'autres en leur lieu sur le champ, mais que le lendemain, le Petit Conseil, qui aura été éleu, en nomme d'autres en nombre double, c'est-à-dire deux pour un, par devant les Deux Cens, pour prendre lesquels bon leur semblera, ou bien pour en élire à leur jugement, comme il a été dit des syndiques. . {Edi/s de la Rél>Hbli,iuc de Genève. Genève, 1707, in-4, p. 6.) - •''• Registres du Conseil, I. p. 167.

326 LA VILLE

vent en Conseil général, trouva à propos, cette année ici ou peu auparavant (on n'a pas les Registres depuis l'an 1430 jusqu'à l'an 1457), d'élire ce Conseil des 5o comme un abrégé du Général '. » — Ce qui obscurcit un peu cette question, en apparence si simple, c'est que le Conseil général continue à se réunir tous les mois jusqu'au 17 février 1460, jour où il décide de ne plus se réunir que quatre fois par an -. — Le Conseil des Cinquante fonctionne régulièrement. Seulement, de temps en temps, on voit apparaître ce qui semble être des commissions. Ainsi, le 3 juin 1459, il est donné par le Conseil général tout pouvoir {nmnimodam) aux seigneurs syndics et à leur Conseil ordinaire de s'adjoindre douze notables bourgeois, auxquels, comme à eux, il est donné tout pouvoir de terminer, d'agir, de négocier, au nom de toute la communauté, sur les matières nécessaires qui intéressent la communauté et la chose publique, qui se présentent et se présenteront''. Le 22 juillet 1459, ce n'est plus douze, c'est vingt-quatre conseillers, qui sont choisis parmi les Cinquante ''. On a bien le sentiment d'une organisation qui tâtonne.

« Quelque temps après, le Conseil des Cinquante fut réduit à vingt-cinq, outre le Conseil ordinaire, et ensuite on proposa ce grand Conseil de Cinquante comme auparavant, ce qui fait voir qu'il y avait une grande confusion dans le gouvernement •'. » — Le 2 août 1484, le Conseil général ordonna qu'à l'avenir les particuliers de chaque dizaine éliraient deux des plus notables de la dizaine, qui, dans les affaires importantes de la ville, se joindraient au Conseil ordinaire toutes les fois qu'ils seraient demandés, et feraient toutes les affaires de la ville, comme si c'était le Conseil général, et avec la même autorité. Leur charge devait durer une année, après laquelle ils seraient confirmés par la dizaine ou on en nommerait d'autres. — Or, il y avait dans la ville vingt-cinq dizaines. Ainsi les élus étaient au nombre de cinquante. « Il est fort vraisemblable que c'est de cette manière que le Conseil des 5o... s'était premièrement formé*''. » — Rétabli en i5o2, le Conseil des Cinquante devint un peu plus tard le Conseil des Soixante.

l---t c'est des variations du Conseil des Cinquante que, d'après Grenus, sortit, en 1527, le Conseil des Deux-Cents, toujours pour répondre au besoin d'un intermédiaire entre le Petit Conseil et le Conseil général. Le 23 février i526, les Registres portent: «Conseil des Deux-Cents, etc.». Flournois donne les explications suivantes : « Le grand Conseil jusqu'ici n'était point appelé Conseil des Deux-Cents, mais le plus souvent il était appelé Conseil des Cinquante, et était composé de cinquante membres, ou soixante personnes, outre le Conseil ordinaire. Quelquefois on en joignait cinquante autres; quelquefois, dans des affaires de grande importance, on faisait appeler jusqu'à deux cents ou même trois cents personnes, et alors on l'appelait simplement Grand Conseil. Mais ceux que l'on appelait ainsi, n'étaient membres quad aclian, et il dépendait des syndics d'appeler qui bon leur semblait et tel nombre qu'ils trouvaient à

I. Flournois, Remarques, p. 4. — 3. Registres du Conseil, I, p. 395. .1. Ibid., p. 303, 304. — 4. Ibiei., p. 320. - .•;. l'Iournois, Remarques, p. 20. — C. Ibid., p. 4.

LA VILLE HALTE

propos '. » Cette création du Conseil des Deux-Cents tut, d'après Bonivard, une imitation de ce qui existait à Berne et à Fribourf,r-.

2. De ces Conseils le plus important était naturellement le Petit Conseil.

Ce Conseil eut à l'origine une seule séance régulière, le mardi ; à partir de 1482, il en eut deux, le mardi et le vendredi ; dès la Réformation il en eut trois, mardi, jeudi et vendredi. Mais en fait il se réunit quatre fois par semaine, au moins, et, à Toccasion, plusieurs fois par jour : ainsi, le i5 février i536, il y eut séance le matin, après dîner et après souper ^

C'est à sept heures ou sept heures et demie, depuis Pâques jusqu'à la Saint- Michel (d'après une ordonnance du 7 février 1492 \ plusieurs fois renouvelée^), et à huit heures ou huit heures et demie, depuis la Saint-Michel jusqu'à Pâques, que les conseillers devaient se trouver réunis.

Mais, avant d'entrer en délibération, ils avaient à remplir leurs devoirs religieux. « Que chacun des conseillers, » dit la décision du 6 février 1482, soit « obligé d'entendre la messe qui se célèbre pour la ville en l'église de Saint- Pierre, à l'autel de Saint-Michel, devant la tenue du Conseil, à moins qu'il n"v ait excuse légitime, sous peine de perdre le sol du Conseil ".

Après la Réformation, la messe fut remplacée par le sermon de six heures '. Et redit de i568 porte : « Que quatre jours de la semaine, assavoir lundi, mardi, mecredi et vendredi, le Conseil s'assemble, en la maison de ville, sans être appelle, sinon au son de la cloche qui se fera incontinent après le sermon. Le Conseil assemblé, qu'on commence par la prière à Dieu, luy demandant prudence, sagesse et jugement, pour sainement juger des choses qui seront présentées pour être traittées, et qu'au départir du Conseil, on rende grâces à Dieu **. »

C'est à partir du 27 avril 1428 que les conseillers eurent des jetons de présence : « un gros. » Et encore, à condition de ne pas arriver « après-que prime aura sonné, » ni de se retirer « avant que les syndics sortent du Conseil ^. » —

I. Flournois, Ex/rai/s (Grenus). — 2. i Toute cette année [1527] fut emploiée... sans que l'on peust donner guières d'ordre à la chose publique, combien que l'on la formast au mieul.x que l'on peust, se/on le patron de celle de Berne et de Fribourg, que les gouverneurs d'allors avoient veu. Si que l'on adjoignist au Conseil estroict celluy des Soi.xante et des Deux cens, à la façon des dictes deux villes. » Chroniques, liv. IV, ch. X. éd. Fick, II, p. 282. — 3. A. Roget : Elrennes genevoises, 1877, p. 9. — i. Flournois, Extrais (Grenus). — .">. Par exemple le 11 février 1553. Mais il est question, là, de sept et de huit heures. Flournois, Extraits (Grenus). — 6. Ibid. — Nous avons dit plus haut comment cet autel fut restauré en 1500, et comment, quatre ans plus tard (1504), le Conseil s'aménagea une chapelle particulière dans la Maison de ville. Flournois, Extraits. — M. D. G., VII, p. 109, Blavignac - 7. 8 septembre 1536. « i\ été arrêté que le matin il y ait un sermon d'abord après six heures (statiin fiost se.vtain horam) dans l'église de Saint-Germain, auquel les conseillers soient obligés de venir pour qu'ils puissent à sept heures entrer au Conseil. » Archives, Nouveau recueil de règlements. — 8. Archives, Les Edtts de Genève, N» 8, p. 344- — 9. Voici les termes bien curieux de cette délibération: 27 avril 1428. • Pour venir au Conseil. Pour avoir un gouvernement meilleur et plus diligent de la communauté, et afin que les paresseux ne reçoivent pas autant que les laborieux, et afin que chacun vienne plus volontiers au temps ordinaire et nécessaire, il a été ordonné comme suit, au sujet des émoluments concernant les conseillers de la ville, autant que cela

Mais si la présence méritait un jeton, l'absence méritait une amende. Le 3o novembre 1457: « Est décidé, que à la première heure après midi (hora primo post meridiem) les syndics et les élus... se trouvent dans la chapelle des de Rolle (/■;/ capella illoriim de Rntulo), et des syndics sus nommés; quiconque manquera paiera deu.x sols, les autres conseillers chacun un sol, à répartir entre eu.x [ad expendendiim inter ipsos) '. »

Mais, dès avant la Réformation, on trouva que un sol, c'était peu. Par décision du II février i533, le trésorier apporte toujours 25 sols; celui qui vient après que le Conseil est assis n'a qu'un sol ; les sols des absents sont partagés entre les autres, et ceux qui sortent avant la fin n'ont rien : leur sol appartient au sautier-. En i533 (7 mars), les syndics reçurent 3o florins et le sautier 5o ^. En 1537, les conseillers eurent un traitement fixe de 25 florins par an. Le secrétaire eut 100 florins, dès i53(), et il y eut deux secrétaires à partir de i55o''. — A partir de 1541, les quatre syndics eurent i25 fl. chacun; cela fit « en somme », comme le dit le procès-verbal, « 5oo florin poyé quartemps [trimestre] par quartemps •"'. »

Le règlement était sévère. En i53(), il est décidé que celui qui aurait « décelé » le Conseil aurait la langue percée"! Le 22 juin i533, il est décidé que tout membre coupable d'avoir injurié un de ses collègues, ou de lui avoir donné un démenti, serait mis au croton pour trois jours, au pain et à l'eau '.

Quant au costume, les conseillers n'en reçurent un qu'en 1572. « 21 mai : A esté parlé de la diversité des acoustremens, que les conseillers portent et quasi tous mécaniques [c'est-à-dire d'ouvriers], dont le magistrat est moins respecté, et qu'il seroyt bon de se vestir comme font les conselliers au pays des Ligues [en Suisse], qui par un habit ainsi modeste sont plus respectés; et, suyvant ce, avoir chascung une robbe, quand on vient au Conseil : lequel advis a esté trouvé bon et ordonné que chascung s'y accomode peu à peu •*. «

Le règlement du 7 février 1492 avait fixé l'ordre des délibérations, tel qu'il devait être observé « à perpétuité» : « Après que MM. les syndics auront proposé la matière, le premier conseiller séant à leur droite dise son avis (votum) sur la proposition, et, après lui, le premier conseiller séant à la gauche, et ensuite le second de la droite et le second de la gauche, et ainsi conséquemment "'. »

La Réformation vint mettre son sceau particulier sur tous ces règlements et ces coutumes. Le 10 décembre i557, elle institua le grabeau, l'examen de

pourra durer: à savoir à chaque venant au Conseil le mardi i gros (grossu»i)\ de telle sorte cependant que celui qui viendra après la sonnerie des cloches de prime, ne reçoive rien. De même le conseiller, le clerc [secrétaire] ou le receveur (trésorier] se retirant avant les syndics.» Registres du Conseil, I, p. 94, 95. — Uc même « chaque premier Jeudi du mois, ceux [des conseillers] qui se trouveront à heure de prime au cloître de S' Tierre pour faire le tour (alternative facieiido tiiriium) par la ville auront un gros. » Ibid., P- 95-

I. Registres du Coiisiil, I, p. 247. - 2. 1-lournois, £.v/ra(Vs (Grenus). — .i. Ibid. — 4. A. Roget, Etreitnes genevoises, p. 13, 17. - ri. 18 janvier 1541. Registres du Conseil, Vol. 35, f. 18. — 0. A. Roget, Etreums genevoises, p. 20. — 7. Flournois, Extraits (Grenus). — «. Registres du Conseil, Vol. 67, f. 79V. — 9. Flournois. Extraits (Grenus).

LA VILLE HAUTE

conscience en commun et en public. « A esté mis en avant qu"il seroit bon et expédient qu'on establysse et déterminasse ung jour certain de chascung moys, ou soit quartemps [trimestre], de se assembler ici en Conseil extraordinayre, sans ce que aulcuns y défallie, à payne de son serment, si ne hast cas de nécessité, pour se remonstrer et censurer Fung Taultre, — par bon ordre, zèle, moyans 1 ?' et charité fraternelle, toutes inimitiés, rancunes repuisés et cessantes, — ses faultes, et négligence de faire et rendre debvoir; ainsi qu'on face tour et tout ce qui sera advis, affin que la grâce de Dieu préside entre nous et qu'on prie notre créateur que ainsi soit-il. — A esté arresté : au nom de Dieu tout puissant que ce se face, et soit poursuyvist en bonne charité et amour fraternelle,... et qu'on doibge commencer mercredy prochain de mattin à 6 heures,... et le tout soit à l'honneur de Dieu et à sa gloyre. Amen '. >>

Ce grabeau est mentionné le 2 mars i558 : « On s'est, en bonne amour et charité, censuré ung chascung, commençant depuis le premier jusques au dernier, remonstrant à ung chascung ses imperfections et vices. Que nostre vSeigneur nous face à tous la grâce de bien en faire nostre proffit ^. » Dix ans plus tard (i568), les édits consacrent ces « censures ». « Afin que chaque conseiller se contiene en modestie, que tous les mecredi matin devant le jour de la célébration de la sainte cène [donc quatre fois par an] ils ayent à se trouver, sur le serment qu'ils ont à la seigneurie, en la maison de ville, avec le Lieutenant, pour là estre faite les censures et amonitions fraternelles des uns et des autres des défauts qu'on pourra sçavoir afin de s'en corriger, et que le scnfiblable se fasse le jour suivant en la cour du Lieutenant. — Que nul ne soit censuré d'aucune chose, qu'il n'ait esté accusé par la plus grand part du Conseil, et que de tout ce qui se dira il ne se fasse aucun escrit ni reproche, mais que le tout se remonstre modestement et soit tenu secret ^ » — Et, le 26 février i56i, je trouve ces lignes, où le secrétaire finit par prendre lui-même la parole, comme s'il était ému du spectacle auquel il vient d'assister : « Le nom de Dieu invoqué, l'on a procédé par ordre aux censures devers chascun des conseillers selon que l'on a congneu respectivement estre requis de remonstrer. Quoy estant fait l'on a rendu grâces à Dieu, lequel je prie augmenter ses bénédictions sur ceste assemblée*. »

Certainement, il s'est passé entre les murs de cette Maison de ville bien des scènes étranges, caractéristiques. Mais je ne sais s'il y en eut jamais de plus caractéristique et de plus étrange que la séance oii les membres du gouvernement avouaient leurs fautes et se critiquaient les uns les autres. Calvin prenait au sérieux son idéal d'Etat chrétien.

3. Dans le Conseil ordinaire, dans tous les Conseils et dans l'Etat, les syndics jouaient un rôle considérable.

Nous avons déjà vu l'origine du syndicat. « Le mot paraît pour la première fois

i. Registres du Conseil, Vol. 53, f. 458^ et 459. — 2. Mi., Vol. 54. f- loS- — '■^- Archives, Edits, N" 7, p. 162. — l. Registres du Conseil, Vol. 56, f. 152'.

JEAN CALVIN lij 42

33o LA VILLE

dans les monitions de Tévêque Guillaume de Conllans aux citoyens de Genève (i3 nov. 1289); il parle des citoyens qui se sont dits procurateurs, syndicos, ou agents de la cité '. »

D'après Pictet de Sergy, « le premier procès-verbal d'élection régulière - » de syndics et de conseillers serait l'acte notarié par lequel les citoyens, bourgeois, clercs et habitants de la cité de Genève, appelés et assemblés au cloître de l'Eglise de Saint-Pierre, tant par la voix de la trompette que au son de la grosse cloche, représentant la communauté et université de la dite cité, créèrent et ordonnèrent, le 14 janvier i364, quatre syndics ou procureurs, deux coadjuteurs et douze conseillers '.

Le 4 février 1474, nous avons plus de détails. « Ils sont élus au Conseil des 5o par billets, soit rôles [per brepetos seu rotiilos), pour être présentés en Conseil général le dimanche suivant, au nombre de huit, afin qu'on en retînt quatre, ou qu'on en élût d'autres si l'on voulait. » Les Cinquante procédaient ainsi : « i"On allait aux billets {per brepetos seii rotiilos), et les quatre qui avaient le plus de voix était appelés ceux de la première élection. Ensuite l'on retournait aux billets, et les quatre qui avaient le plus de voix étaient ceux de la seconde élection, lui chacune de ces deux élections, on faisait en sorte, quelquefois, qu'il y en avait deux qui demeuraient au haut de la ville et deux au bas, mais cela ne s'observait pas toujours '*. » Le Conseil général nomma pour syndics les quatre

1. M. D. G., It, p. 34. — R. G., N° 1302. — «Telle est l'installation historique des syndics de Genève; tel est le premier document officiel où se lise ce nom si intimement lié à l'histoire postérieure de Genève. » Pictet de Sergy, Genève, I, p. 357. — 2. Pictet de Sergy, Genève, I, p. 427. — 3. M. D. G., II, p. 359. — 4, Flournois, Extraits et Remarques. — La règle suivie, le 4 février 1474, était une règle déjà modifiée. Et voici ce qu'elle devint dans l'édit de 1568. Nous citons cet édit, parce qu'il donne beaucoup de détails, et parce qu'une loi n'apparaît jamais spontanément, tout à coup. Elle influe sur l'avenir, mais elle est le résultat des us, des coutumes, de l'éducation, des expériences qui la précèdent. — D'abord viennent la prière et l'exhortation religieuse : < Premièrement qu'avant l'élection des principaux offices comme de syndiques et lieutenant soit appelle au Conseil étroit, des Deux Cents et général, l'un des ministres de la parole de Dieu, pour exhorter par icelle à élire sainement, selon que tousjours il est nécessaire que nos infirmitez soyent prévenues par ce moyen, comme plus propre à corriger les affections et considérations humaines. » — Puisa lieu l'élection des syndics : « Que chacun an le mardi devant le premier dimanche de janvier, le Conseil étroit se tienne expressément pour les élire, et qu'en l'élection on tienne cest ordre : c'est que chacun conseiller en nomme quatre, deux du haut de la ville et deux du bas, comme d'ancienneté, citoyens de bonne réputation et conversation, qui n'auront été au même office de trois ans auparavant, desquels l'élection et nomination se fera par chacun conseiller à l'aureille du secrettaire recueillant les voix ; les huit qui auront eu le plus de voix seront nommez au Conseil qui avisera sur la capacité de chacun d'iccux pour les approuver ou rejetter selon que bon lui semblera et en mettre et nommer d'autres. au lieu de celui ou ceux qui seront rejettez, tant pour être treuvez incapables que pour avoir été éleus contre les édits. Et afin que cela se fasse plus librement que les d'* éleus se retirent avec leurs parents, l'un après l'autre, pendant qu'on avisera sur leur élection. Et si quelcun n'était treuvé capable, qu'on lui déclare les causes afin qu'il s'en puisse purger, et que cette procédure soit tenue en tous autres offices. — Les huit ainsi approuvez seront présentez le vendredi suivant au Conseil des Deux Cents comme pour avertissement, sans préjudice à leur liberté d'en nommer quatre de ceux-là ou d'autres qui leur sembleront plus idoines, ou de confirmer les huit plus hautes voix de l'élection, comme a été dit du petit Conseil. — Le dimanche suivant que le Conseil général soit assemblé, auquel, après l'exhortation et serment sus""', les huit nommez en petit Conseil et en Deux Cents seront présentez, afin que le peuple par la plus grand voix en retienne quatre d'iccux, sçavoir deux du haut de la ville et deux du bas, sinon qu'il advienne qu'il ne

LA VILLE HAUTE 33

qui avaient eu le plus de voix au Conseil des Cinquante. Le dernier seul accepta sa nomination et fut mis en possession de sa charge « par la tradition du bâton, » c'est-à-dire qu'on lui remet le bâton syndjcal. Les trois autres refusèrent et il y eut des difficultés.

En 1442, les, syndics se revêtirent d'ccarlatc pour aller au devant de l'empereur Frédéric Barberousse. Mais c'était un costume occasionnel.

Ce qui caractérisait le syndic, c'était son bâton, le bâton syndical '. Un inventaire de 1448 nous apprend que, dans les processions, les syndics portaient des bâtons rouges [baculi votoudi rubei)-. — Mais, en 1451, ils adoptèrent pour bâton syndical des masses garnies d'argent, et, par exemple, le 4 mars 1460, nous lisons dans les Registres cette note : « Mandat à... orfèvre, de deux écus de Savoie pour réparer et garnir {pro reparacione et ganiissone) les bâtons des seigneurs syndics ^ »

« On voit au livre des Franchises (Archives) le dessin des quatre bâtons syndicaux (Page i3i), avec les noms de du Carre, de Rolle, Servion et ces mots: « ceux quatres furent les premiers pourtant bastons en l'an M.CCCC.L.L » Les trois personnages ci-dessus nommés sont indiqués par Galiffe (Malériaiix, 1, p. 535) comme syndics en 1451, mais des titres authentiques prouvent qu'ils ne le furent qu'en 1452. Ce serait donc l'année à laquelle remonterait cet insigne'*. »

les eut pour agréables, auquel cas il sera en liberté de refuser tant le nombre total qu'une jiartie, auquel refus sera procédé à nouvelle élection pour le nombre refusé. Premièrement en petit Conseil, puis des Deux Cents, tellement que nul ne soit receu qu'il n'ait été approuvé du peuple. > — Enfin, quelques mots sur le protocole de préséance : « Et quant à leur assiette, celui qui aura été le premier et précède les autres en l'office, soit devant : que si quelcun n'y avoit jamais été, qu'on regarde celui qui aura été du Conseil devant l'autre, et que selon cette ancienneté le lieu soit donné. »

). Jean Sarrasin, dans son discours souvent cité, prononcé au Conseil général du 7 janvier 1627, a parlé ainsi du bâton syndical : « On n'a pas choisi pour les faire de l'or ou de l'argent massif, mais seulement de bois monté d'un peu d'argent, en signe que, dans ces charges, nous n'avons point à chercher ou à espérer biens, richesses, grands profits ou émoluments, mais plutôt à y rencontrer mille soucis et incommodités, et plus encore qu'il convient d'avoir à nos côtés les pauvres, les veuves et les orphelins, plutôt que les riches et nos amis. L'on a pris ce bois léger et caduc; léger, en signe que ces charges sont exercées en la crainte de Dieu et suivant les bonnes lois et ordonnances, de sorte qu'elles se rendront légères, non seulement à ceux qui les exercent, mais principalement à ceux sur lesquels elles sont exercées ; bois caduc, pour montrer qu'elles sont de petite durée, le cours d'un soleil en faisant la raison ; bois derechef frfile et caduc, pour donner à entendre aux magistrats, qui ont le bâton en mains, c'est-à-dire l'autorité et dignité, qu'ils doivent néanmoins posséder leur charge en tremblement et en grande humilité devant les yeux et les statuts du Haut-Souverain, auteur de toutes les puissances, pour ne pas tomber dans la répréhension du prophète Esaïe : < Le bâton s'élèvera-t-il en haut comme s'il n'était pas de bois? > (M. D. G., VI, p- 363, 364.) — 2. M. D. G., V, p. 167, n. I. — 3. Registres du Conseil, I, p. 400. — 4. M. D. G., V, p. 167, n. I. — Le 3 juin 1560, nous trouvons cette décision: « Battons du sindiquat. D'aultant qu'il y en ung qui est rompu et que les aultres sont vieux, arresté qu'on advise de faire le mieux qu'on pourra, ou de les faire racoustrer ou reffaire. » Registres du Coiisei/, Vol. 56, f. 46. — Ce n'était pas toujours de « vieillesse > que les bâtons syndicaux se rompaient. Quand le trésorier « mammeluc », Bernard Boulet, fit trop de façons pour rendre ses comptes, le syndic « cydgnot », Claude Richardct, s'irrita. « Le scindique estoit un beau, grand, puissant homme et fort cholère ; si haulsa son baston de scindicat, et luy en donna un tel coup sur la teste, que le baston en vola en deux pièces. > Bonivard, Chroniques , liv. IV, ch. iv, éd. l'ick, 11, p. 22S. — Ce mouvement de vivacité n'empOcha pas Richardet d'Être nommé chef de la justice, comme nous allons voir.

332 LA VILLE

En i536 (6 sept.), il fut question d'élire un résident, un magistrat qui resterait dans la Maison de ville, assemblerait les conseils, noterait les résolutions, les ferait exécuter, écouterait les « recourans », et vaquerait tout entier aux affaires de la ville en abandonnant les siennes propres : et Ton décida (lo sept.) de nommer résident un des quatre syndics. Le syndic Claude Savoye est élu ; il accepte et prête serment'. Le 14 février iSSy, c'est le syndic Curtet qui le remplace ^ Toutefois— et heureusement peut-être — l'institution ne dura pas.

Dès lors, en fait de résident à la Maison de ville, c'est-à-dire en fait de magistrat ou d'officier constituant comme l'embryon d'une administration permanen'te, nous trouvons le sautier (voir les Ldits ^) en ib^i. Et puis nous trouvons le secrétaire. Le 4 mars i55o, le secrétaire Roset demande « eslargissement pour sa résidence et demourance, pour tenir ses boys et aultres, affin de myeulx parfaire en son office.... » Il suffirait pour cela de « luy faire vascuer les chambres de la chambre des comptes. » On lui accorde sa requête. Il avait, comme le sautier, son étable dans laquelle il fut averti en i554 « de ne tenir ung cheval ny la pasture pour éviter le danger du feu '*. »

4. Avec les syndics apparaissent les guets : les guets (les gens du guet, vigil, vigiles), et l'histoire de ceux-ci est peut-être plus curieuse que l'histoire de ceux-là.

Les guets sont, leur nom l'indique, ceux qui sont chargés de guetter, d'épier pour surprendre,... quoi? le commencement du jour. Et, le 17 avril 1442, nous voyons les syndics confier à N. « la charge de corner l'aurore dans la ville (pfficiuni coruandi auroram) ~\ » — Mais cette première charge ne suffit bientôt plus à leur activité, et les corneurs d'aurore sont en même temps les balayeurs de rue. Il est fait mandat (10 juillet 1459) aux hommes du guet de 14 florins, qui, avec le fumier des places, doivent les payer du travail qu'ils ont pour frapper la grosse cloche {pro pulsacione cimballe grossi) au temps habituel. Ce double émolument est pour l'année courante, et, en conséquence, les guets doivent tenir les places propres ^.

Ce n'est pas tout : les guets deviennent en même temps des gendarmes. La même année (i5 oct.), nous apprenons qu'ils sont au nombre de douze, et qu'on les équipe de douze brigandincs (armure en forme de cotte de mailles) et de toutes les autres armes nécessaires. En même temps on leur donnera douze

I. l'Ioiirnois, Extraits. — i. Ibid. — 3. Archives, Nouveau recueil de règlements. — 4. Registres du Conseil, Vol. 44, f. 334". — •">. Jbid., I, p. 142. — 22 novembre 1457. « C'est parce que les syndics n'exerçaient leur juridiction que pendant la nuit que leurs officiers étaient appelés guets. » Fiournois, Remarques, p. 7. — « C'est le 15 novembre 1528 que les guets sont pour la première fois appelés, dans les Registres, officiers de la ville. > Fiournois, Extraits (Grenus). — « Ce ne fut qu'en 1526 qu'ils commencèrent à annoncer les heures de la nuit. » 29 octobre 1526. Fiournois, Extraits (Grenus). — Et ceci est confirmé par le syndic Balard, dans son journal, au mois d'octobre 1526 : « En ce temps Messes de la Ville firent commencer à crier les heures de la nuit i)ar les gay allant par la ville, faisans le guet. » M. D. G., -X, p. 74- — 0. Registres du Conseil, I, p. 3 1 3.

LA VILLE HAUTE 333

vouges (sorte de lance dont le fer, long et large, était aigu et tranchant d'un cote), une à chacun, et désormais chacun d'eux sera tenu de porter la sienne d'une façon apparente {gererc et porlare) jour, et nuit'. — Enfin, le mois suivant (il déc), il est décidé qu'on leur donnera un habillement {pestes), le dimanche après la prochaine fête de la purification de la Vierge Marie. « Que cela soit désormais toujours fait ainsi et observé -. » Toutefois, au lieu de l'habillement, on leur donne de l'argent pour l'acheter : 3o florins représentent le total « de l'habillement et du salaire de l'année courante ^. »

Seulement, les syndics ne s'étaient pas pressés sans doute d'acheter les douze brigandines. Le Conseil renouvelle sa décision (i6 janv. 1460) ''. Mais alors les syndics achètent des mauvaises brigandines, que le Conseil refuse (25 janv.r"', et, finalement, il ordonne qu'on achète douze bonnes brigandines (bonas brigantitias) au prix de 8 florins 4 sols au moins ".

Et les charges des guets continuent à se multiplier. Ils sont aussi les huissiers du Conseil {custodes). Prudemment, on leur explique qu'ils doivent se tenir à la porte, au pied de l'escalier, pour que le secret du Conseil ne soit violé par personne, ni... par eux ^

Et puis ils deviennent comme la garde personnelle des syndics. A partir du 4 juin 1460, chaque syndic doit avoir « derrière lui, ou à côté de lui, deux guets pour obvier aux scandales **. »

Naturellement, quand leurs occupations se furent ainsi multipliées, il fallut augmenter leur nombre : les douze devinrent les dix-huit (9 mars 1460), dont six pour les faubourgs, aux frais des habitants des faubourgs *. — Bonivard parle de « seize serviteurs » ou guets du Conseil '". Ils furent vingt-deux à la fin du seizième siècle. Alors, une partie de leurs attributions leur fut enlevée, pour être confiée aux milices.

En temps de danger, les citoyens étaient tenus de se joindre au guet : c'était ce que l'on appelait le sur guet ou Vexcharguet ".

Dès l'origine, ou presque dès l'origine, les guets eurent une livrée. De quelle couleur était-elle r

Nous trouvons, au i5 décembre iSay, la décision suivante du Conseil : « Habits des guets. Ordonné qu'on les fasse comme d'ancienneté, savoir à deux couleurs, grise et noire '-. » De ce texte, il semble résulter : i° qu'en 1327, il y eut un changement ; car, si le Conseil n'avait rien voulu changer, il n aurait pas

1. Registres du Conseil, I, p. 342, 343. — i. Ibid., p. 360, 361. — 3. Ibid.. p. 363. — Blavignac dit à tort 30 sols. M. D. G., VI, p. 373, n. i. — 4. Registres du Conseil, l, p. 381. — ri. Ibid., p. 386. — 0. Ibid., p. 396. — 7. 12 février 1460. Ibid., p. 393. — 8. Ibid., p. 423. — Bonivard mentionne cette coutume : « Ces guets sont entenus de bailler touttcs les sepmaines à un chascun syndique, qui sont quattre, pour le suivre et le servir en ce qu'il luy commandera. » De l'ancienne et nouvelle police, p. 27. — 9. Registres du Conseil, I, p. 401. — 10. De l'ancienne et nouvelle police, p. 26. — 11. M. D. G., VI, p. 372. 373. Blavignac. — 14. Klournois, Extraits (Grenus). — « La livrée des guets était un galon cousu sur leurs habits; outre cela, cet habit devait être de deux couleurs, grise et noire. > Flournois, Remarques p. 00.

LA VILLE

eu besoin de prendre une décision spéciale ; 2° que le Conseil prétendait revenir à une coutume ancienne. Dans « l'ancienneté », les couleurs du guet étaient celles de la ville, noir et gris ; les couleurs de Tévèque, noir et violet, avaient remplacé celles de la ville. Celle-ci revenait à l'ancienneté, c'était une manifestation d'indépendance. Et c'est bien ce que comprit l'évêque, Pierre de la Baume, lorsque, l'année suivante, i528, il reçut à la Tour de May, en Bourgogne, le guet Martin des Combes : a D'où es-tu ? » lui demanda l'évêque en fureur. — « De Genève.... » — « Tu en as menti, et vous avez changé la couleur des robes. Viens ça ! Dis à ceu.x de Genève qu'ils sont tous traîtres, hommes, femmes, enfants, petits et grands ; et que, avant que soit peu de temps, je ferai faire justice dont en sera parlé ; et dis-leur qu'ils ne m'écrivent plus jamais ; car tant que j'en rencontrerai de Genève, je les ferai mettre à mort. Et toi, ote-toi dici '. »

Et puis, en iG55, c'est le noir et le violet qui de nouveau et définitivement furent adoptés-.

Les guets avaient un chef"', dès la fin du quinzième siècle. Il est question (28 janv. 1483) d'un guet, Jean de Passy, « établi en la maison de ville, en laquelle il aura sa demeure pour obéir à MM. les syndics, » et c'est ici apparemment le commencement de l'établissement du sautier, dit Flournois '*. Mais ce commencement remonte, semble-t-il, au moins au 9 février 1459, oij les syndics reçoivent, avec onze autres, au nombre des guets, en faisant prêter le serment habituel, Jean Volanil, qui vient habiter à la Maison de ville {ijui vcuit luûiisiiin in Dnmo Ville)'^. — Ce chef du guet est appelé sautier {salteriiis), pour la première fois, le 27 novembre i528''. Il est d'abord nommé à vie ^ : mais, depuis i556, la durée de ses fonctions est restreinte à trois ans ^.

Lui aussi porte la « livrée » de la seigneurie : drap gris et noir. Sa robe se distingue de celle des autres guets seulement par sa longueur. Mais, en i568, il est décidé que cet officier ne portera plus la livrée, « affin de donner occasion à gens honorables de servir à cest office plus allègrement, et que, pour être remarqué, il portera une petite gaule noyre ^. »

On conserve un siège en bois sculpté, représentant un lion, qui, placé à l'entrée de la salle du Conseil, servait de siège au sautier '". (Page 333.)

I. GalifTc, Besaitsun Hugues, U. D. G., XI, p. 347. — 2. M. D. G., VI, p. 374, n. 3, Blavignac. — Dans De La Corbière (copie Bourrit), il y a une note «^ concernant la robe de livrée des guets et officiers de la ville. • — :i. « ... Leur maistre et hussier du Conseil, que l'on appelle Monsieur le souttier, » dit Bonivard, De fancieniie et nouvelle police, p. 27. — 4. Flournois, Extraits (Grenus). — o. Registres du Conseil, I, p. 266. — t>. Flournois, Remarques. — 7. Ordonnance sur l'élection des offices et officiers, 1543. Archives, Nouveau recueil de règlements. — s. i" juillet 1556. Ibid. — Cette année-là, le sautier se fit faire un manteau au lieu d'une robe.... On lui fit des remontrances, et on lui commanda de faire une robe de la façon de jadis . et la faire seulement ourlée de velours, et que celle qu'il a il la garde pour aller à cheval. » De r,a Corbière. — '.). 20 février 1568. Registres du Conseil, Vo\. 63, f. 9. — Cette gaule noire est l'origine des masses garnies d'argent, dont le sautier a fait usage jusqu'en 1842. Deu.x de ces masses, l'une de 1687 et l'autre de 1720, e.xistent encore. M. D. G., VI, p. 378, et pi. xxil, Blavignac. — 10. La charge de sautier

LA VILLK HALTE

Nous nous trouvons ici en face de faits singulièrement importants, et qu'il faut bien connaître pour être capable trapprécier et juger Tintluence de Calvin sur Genève et ce que l'on peut appeler l'essence politique du calvinisme.

On regarde généralement comme étant l'essence politique du calvinisme la tendance à l'aristocratie, à l'oligarchie ultraconservatrice, à la théocratie dans le gouvernement. Or nous sommes heureux de pouvoir citer ici, en nous l'appropriant complètement, le résultat des très sérieuses et très exactes recherches faites par l'historien américain, que nous avons déjà cité, M. Poster. Il les a résumées dans sa petite et fort remarquable brochure. Ces recherches (bien indépendantes des nôtres, puisque nous n'avons eu connaissance de son jbu..w

, . . Le siège du sautier.

travail qu au moment ou nous corrigions ,au Musée archéologique, M. D. G., Vil, p. 379, les épreuves du nôtre) l'ont conduit absolu- et pi. 22). (p. 334.)

ment aux mêmes conclusions que nous-mêmes, on l'a déjà vu, et on le verra un peu plus loin. Nous préférons donc lui laisser la parole : cela fera deux témoignages au lieu d'un.

« Dans ces Conseils, il y a un fort esprit d'indépendance vis-à-vis du duc agressif de Savoie et même des évoques. Mais les procès-verbaux révèlent aussi une tendance intéressante à concentrer le pouvoir entre les mains d'un petit nombre de citoyens, une espèce d'aristocratie expérimentée {aristocracy of expérience)^ administrative et ouverte. Cette tendance était reconnue alors, et occasionnellement contrecarrée par l'assemblée générale, qui revendiquait ses droits'. Le Conseil des Soixante (ou Cinquante), et plus tard celui des Deux-Cents, remplace l'assemblée générale dans les matières délicates. Dans le choix des Conseils, il y a la môme tendance à une élection moins directe et à une cooptation plus complexe. Par exemple, l'élection du Conseil, des Cinquante est transférée de l'assemblée générale au Petit Conseil en 1459"; le Petit Conseil, originairement choisi par les syndics élus par le peuple ■', à partir de i53o, est élu par les Deu.x-Cents, et les Deux-Cents sont élus par le Petit Conseil*.... Les tendances

du Conseil d'Etat existe encore; le fonctionnaire qui la remplit habite à l'HiMcl-de-Ville dont il a la surveillance générale. Voir l'article du Journal de Genève (lo mars 1904) sur Jcan-Pierre-lsaac RuIT, le sautier précédent, à l'occasion de sa mort.

1. Voir, par exemple, 20 janvier 1458. Registres du Conseil, I, p. 258-259. — i. 10 avril. Ibid., I. p. 288. — ■•t. Juin 1429. Ibid., p. 108. — 4. 8 février 1530. «Conseil ordinaire. On ordonne en 200 qu'il sera élu par le Conseil des 200.... On ordonne aussi que le Conseil ordinaire fera celui des 200. . l'Iournois. Extraits (Grenus). — Grenus fait observer que « les conseillers sortirent de la dépendance des syndics qui les choisissaient auparavant. >

336 LA VILLE

aristocratiques n'apparaissent pas à Genève avec Calvin ; elles apparaissent trois générations avant son arrivée *. »

Or, de même que les tendances aristocratiques, les tendances théocratiques ont précédé l'arrivée de Calvin : de telle sorte que, contrairement à l'opinion commune, loin de créer ces tendances, Calvin les combattra, et ce sera même un des buts principaux de sa lutte. Pour le moment ne nous occupons que des hommes siégeant à la Maison de ville au commencement du seizième siècle.

Comme le point est capital, qu'on nous permette d'insister, et que le lecteur veuille bien lire attentivement les textes que nous allons mettre sous ses yeux.

On peut distinguer trois périodes : i° la période de la Réformation qui précède l'arrivée de Calvin ; 2° la période de son exil, alors que ceux qui l'ont banni sont au pouvoir. Calvin n'est responsable ni des idées ni des actes d'aucune de ces deux périodes, puisqu'il s'agit soit de ses devanciers soit de ses adversaires ; 3° la période qui précède la Réformation elle-même, et qui peut être appelée la période épiscopalc.

Eh bien! soit après i536, soit avant i536, le gouvernement de Genève, en dehors d'une influence quelconque de Calvin, ne cesse d'affirmer son caractère théocratique. 11 contrôle, il régit la morale et la religion, tout comme la politique. C'est la conception permanente, universelle, depuis les origines jusqu'à Calvin. Encore une fois comment Calvin pourrait-il être rendu responsable de cette conception ?

Correspondant aux trois périodes, voici trois textes, dont nous nous bornons à citer les passages utiles à notre démonstration.

,0 Premier document. — Il a été rédigé en février i536, donc avant l'arrivée de Calvin, et porte ce titre : « Ce que les hostes ou hostesses observeront et feront observer chez eulx, sur la peyne contenue en la Crie faicte le dernier jour de febvricr l'an i536 : »

« Que nul ne blasphème, ne jure le nom de Dieu ny de ses sainctz. — Que l'on face baiser terre à celluy ou celle qui jurera ligièrement. Et s'il ne s'en chastie, que l'on le révelle à la justice....

» Que l'on n'y retire point gens de meschante vie, comme paillardz, paillardes, larrons, larroncins, vacabondz, decipans le leur par les tavernes.

» Que l'on n'y boive point d'aultant, mais que l'on y use du vin et des viandes sobrement, comme Dieu l'ha ordonné.

» Que l'on ne taverne point ce pendant que l'on preschera, ne aussi de nuict, passé IX heures-.... »

2° Second document. — On dira: soit; seulement si le premier document est antérieur à Calvin, il a été cependant rédigé sous l'inspiration de ses futurs amis et collègues, Farel, etc.

Voici un autre document, de i53() — par conséquent de l'époque où Calvin n'est pas à Genève, où le gouvernement est entre les mains de ses ennemis

I. l'ostcr, (). 220, 221. - 2, Turrcttini et Grivcl, Les Archives de Genève, 1877, P- M'-

LA VILLE HAUTE

acharnés — : « les cryées du mandement de Jussie, faictes de par Messeigneurs. » 22 septembre i53q :

« Que personne... ne soit osez ne hardys de jurer le nom de Dieu, sur la peyne de baiser la terre....

1) Tous subgectz soient tcnuz et doibgcnt oyr la parolle de Dieu toutes les dimenches, e.xcepté une personne pour soy garder la mayson....

» Que Ton ne joue point à jeu.x de deptz et de cartes ne aultres jeu.x de sorte.... »

Ici le Règlement de i539 reproduit te.xtuellement plusieurs articles du Règlement de i536, et il continue :

« Que personne... ne face baptiser enffans, synon au prédicant....

» Que tous subgectz dudict mandement soient tenuz travailler six jours la sepmaine et le septiesme leur repos selon la parolle de Dieu '.... »

On le voit, c'est identique : amis et adversaires de notre Réformateur, avant lui ou en son absence, parlent le même langage.

3° Troisième document. — Et celui-ci va nous montrer que ce langage est tout simplement le langage genevois national, celui que le gouvernement avait toujours parlé à Genève avant la Réformation. Il est intitulé : « Publications faites de la part de lEvèque et des Prud'hommes de la ville concernant la vente de la chair, les pâtissiers, les revendeurs, les mendiants, etc. » 7 septembre i532 :

« Que nulz bochiers de la ville ou estrangiers ne doibjent point refuser de chair à personne, jusques à demy livre....

» Que nulz, de quelque estât qu'il soit, soit sil hosé ne sil ardis de jurer ou blasphémer le nom de Dieu, ny de jouer publicquement durant le divyn office ; sus la peine de cinq solds pour chesque fois, et le blasphémateur d'estre mys au colard [carcan] pour la tierce fois.

» Item, que tous vacabunds, coquins, coquines et toutes aultres semblables manières de gentz estrangiers, qu'ilz n'hont mestier ou practique pour vivre, debjent vuyder et sortir hors de ceste cité et limites dans XXIIII heures après la crie faicte ; et ce sus la peine d'estre mys en prison et de trois traictz de corde.

» Item, que nul habitant ou habitante en ceste cité, ou es limites d'icelle, ayant puissance de travailler et gaigner sa vie, soit sil hosé de demander publicquement l'ausmone ; sus la peine d'estre mys au colard.

» Item, que toutes femmes lubricques vivans deshonnestement se debgent retirer au lieu à ce député dans trois jours ; sus la peine d'estre menées publicquement et d'estre bannies perpétuellement....

)' Item, que chesque borgeois soit tenu de réveller à la justice ceulx ou celles qui scaura ou haura trouvé délinquant es choses dessus dictes, et tout ou en partie; et ce sus la peine d'estre repris sus le serment qu'il ha à la ville-.... »

I. TurrcUini et Grivel, Les Archives de Genève, 1877, p. 235. — 2. Ibid., p. 68-70.

JEAN CALVIN III 'f 5

338 LA VILLE

Et maintenant, si Ton compare l'un quelconque de ces documents avec celui de répoque vraiment calviniste (les Ordonnances de 1546'), que nous avons publié, Ton verra si nous avons eu tort de dire que les détails de la législation genevoise qu'on a le plus reprochés à Calvin et dont on a prétendu qu'ils caractérisaient tout spécialement son esprit despotique, théocratique, inquisitorial, etc., etc., sont des règles et des coutumes faisant intimement partie de la tradition genevoise la plus constante et la plus nationale. Que Ton reproche à Calvin de ne pas avoir innové, soit. Mais lui reprocher d'avoir innové, c'est faire preuve de la plus parfaite ignorance. Comme le dit M. Poster, « les Blue-laivs, c'est-àdire les règlements concernant la religion et la morale, n'ont pas été une invention de Calvin ou de l'Etat puritain. Ils étaient plutôt des restes (sequelœ) du moyen âge -. »

Nous avons vu que modestes guets et « magnifiques « seigneurs du Conseil avaient cumulé fonctions sur fonctions. Un nouveau « cumul » vint montrer que pour les conseillers le moment était venu de séparer ce qu'on avait assemblé.

Flntre 1344 et 1364, les syndics avaient obtenu la juridiction criminelle et la garde de la ville pendant la nuit ■'. Mais de jour la garde et la justice étaient aux mains de l'évcque ou du vidomne. Cet officier (voir nos explications page Sy) était chargé de rendre la justice aux sujets laïques de l'évêque, par une lieiitenance qui, longtemps en possession d'une famille noble du diocèse, avait été inféodée d'abord aux comtes de Genevois (1288), puis prise de force par le comte de Savoie (1290)'*. Et comme ces comtes faisaient exercer leur lieutenance par un délégué, celui-ci était le lieutenant du vidomne, qui était le lieutenant de l'évêque.

Le nom même de ce vidomnat apparaît pour la première fois dans un acte entre 1 124 et 1 134, et la chose fut bien, comme l'a dit Pictet de Sergy, « la pomme de discorde entre trois ou quatre prétendants; le vidomne s'est maintenu jusqu'à nos jours dans ses remplaçants et successeurs directs : les Lieutenants et les Auditeurs '". » En effet, si le rôle politique du vidomne, de plus en plus serviteur des comtes et des ducs de Savoie, irritait les citoyens, son rôle judiciaire ne leur déplaisait pas. Au contraire, ils aimaient sa judicature spéciale, telle du moins qu'il devait l'exercer, et qui s'appelait le style du vidomnat. Ainsi, le 3 janvier 1288, «une grande partie des citoyens» se réunit à Saint-Pierre, pour se plaindre au bailli de l'évoque et au seigneur « tenant le vidomnat de Genève, » de ce que « le style, soit l'ancien mode de procédure du vidomnat genevois (observé de temps si anciens, qu'il n'était mémoire du contraire), n'était plus observé. Sur cette réclamation, il est ordonné... que l'ancien mode de procédure

1. Voir plus haut, p. 70. — 2. Foster, p. 231. — ;i. On sait que, d'après les théories ecclésiastiques du moyen âge, le soleil représentait le pape et son autorité primordiale, tandis que la lune, avec sa lumière réfléchie, était le symbole des rois de la terre. — 'i. M. D. G., XVIII, p. xix. VIII, p. 124 et ss. P. Lullin et Ch. Le l'ort, — o, Pictet de Sergy, Genève, I, p. 370.

LA VILLE HAUTE 33c

sera fidèlement observé, comme par le passé '. » — Ce style, nous dit Pictet de Sergy, était « une justice gratuite, rendue selon l'esprit qui vivifie et non la lettre qui tue, par un jury composé des divers pouvoirs ou habitants de Genève, dans une proportion honorable pour les citoyens -. » — On peut penser jusqu'à quel point ces réclamations devaient devenir impuissantes devant la tyrannie croissante des princes de Savoie. t>t, finalement, le vidomne, de moins en moins organe de la justice, de plus en plus agent du despotisme, fut l'ennemi !

En 027, les bourgeois se mirent d'accord pour ne plus aller plaider devant le vidomne (ou son lieutenant, qui le représentait), et ils s'adressèrent au Conseil ordinaire. 14 juillet: «On résolut qu'on en tiendrait un [Conseil] pour accorder les procès, toutes les semaines le jeudi à midi, auquel les conseillers du Conseil ordinaire se trouveraient ■'. » Ce Conseil de paix siégea bientôt aussi le lundi. —

ï. M. D. G., VIII, p. 140 et Ib, p. 25, Mallet. — Pictet de Sergy,' Genève, I, p. 354. — i. Ibid., p. 372. — Ed. Mallet : « La lutte se trouvait engagée entre le droit romain et le droit coutumier. — Celui-ci. défectueu-x peut-être à plusieurs égards, au point de vue de la logique, et même de la stricte justice, mais connu, enraciné dans les habitudes, à la portée de tous, fonctionnant dans la pratique d'une manière simple, prompte et économique : droit populaire, qui avait pour lui le passé et le présent. — Celui-là, plus conforme aux éternels principes du juste, plus rationnel, plus harmonique dans ses développements, mais nouveau comme l'est une chose longtemps oubliée, difficile, et compromis par l'onéreux cortège d'hommes de loi dont il se montrait accompagné ; droit scientifique, qui luttait pour conquérir l'avenir. » (M. D. G., VIII, p. 139.) — Le style de la cour du vidomne avait été défini comme suit dans le premier article des Franchises : « Car comme il est de coustume ancienne et ça devant observée par les vidomnes, citoyens et aultres en la dicte cité de Genève habitans, que les causes ne se doivent nullement commencer de traiter devant le vidomne ou son lieutenant par escript, ne par clercz en latin, mais par cueur et en langage maternel, c'est assavoir en rommant, selon la coustume de la dite cité de Genève ; et non pas pour rigeur de droit, mais sommèrement et de plan, sans figure de plait, et non aultrement. Et aussi que en la dite court du vidomne... ne se doyve faire quelconque escripture que ce soit,... sinon en causes pesantes et ardues de grant pris.... Aussi que le vidomne ne son lieutenant ne doivent, ne soient tenus de demander à nully rien pour le sceau des lettres qui se cellent en la dite court, ne les sentences ne se doivent point donner en la dite court par clercz, ne de leur conseil, mais du conseil des citoyens,... en telle manière que s'il est de nécessité de les donner, que on les doive donner moyennant le conseil de troys ou quatre des citoyens, deux chanoynes et deux aultres nobles gens de la dite églis'e, se le fait le requiert. Et que nul clerc ne soit tenu d'avoquer devant le dit vidomne, ou aultre officier séculier en latin, sinon en langage maternel comme dessus est dit.... » (M. D. G., II, p. 315, 3I7-)- Et Pictet de Sergy: « Cette espèce de juridiction d'équité et de famille, allant au fond des choses sans être arrêtée par les entraves de la forme, rappelle le mode de saint Louis de rendre la justice sous le chêne deVincennes, et ne peut être assez appréciée. Jusqu'à nos jours il a fait la base du système de conciliation des Auditeurs de Genève. I| faut remonter jusqu'à l'époque si lointaine où nous sommes et jusqu'à l'acte si lointain de 1288, pour bien comprendre la position intime et familière, paternelle et quelquefois extra-légale, qu'avaient ces Auditeurs. magistrats, dont l'existence était peut-être devenue un anachronisme en face des codes de procédure civile et de commerce et de légions d'avocats et de procureurs, dans une ville de négoces compliqués et d'esprits formalistes. Les bienfaits qu'ont néanmoins pu répandre parmi leurs concitoyens des Auditeurs dévoués et judicieux, en prévenant un grand nombre de procès devant les tribunaux de droit strict et écrit, ainsi que beaucoup d'animosité et de dissensions prolongées, en épargnant à chacun beaucoup de temps et d'argent, et en arrivant, surtout, à pouvoir rendre justice et accorder protection à ceux dont les droits au fond auraient risqué d'être compromis par la forme, ces bienfaits, disons-nous, doivent assurer aux successeurs et représentants directs du vidomne et de son style (soit aux Auditeurs de la justice) un reconnaissant souvenir dans les annales genevoises. » Genève, II, p. 131, 132- — ••• M juillet 1527. Mournois, Extraits (Grenus). Ce Conseil de paix fut reconnu par l'évêque Pierre de la Baume, le 15 juillet. {Ibid.) Il essaya vainement de révoquer ses concessions le 3 avril 1528. (Ibid.)

340 La vlLLË

Quand le vidomnat fut supprimé, toute Tadministration de la justice revint au Conseil ordinaire. En conséquence, le 28 février i528, il fut décidé que, « pour entendre les différens et administrer la justice, il y aura un syndic assisté de deux du Conseil ordinaire, de deux des Cinquante et de deux du Deux-Cents, qui s'assembleront deux fois la semaine, savoir le lundi et le jeudi. Ceux qui seront condamnés payeront trois sous, qui seront mis dans une boîte pour le paiement des administrateurs de la dite justice'. » — Ainsi le Petit Conseil était presque tout : pouvoir délibératif, pouvoir exécutif et pouvoir judiciaire.

Mais il arriva naturellement que les syndics se trouvèrent surchargés de besogne. Ils déclarèrent ne pouvoir suffire à tout : « à la politicque de la cité, » et « à tenir le Conseil de paix et causes civiles. » On décida donc (12 et 14 nov. i52g) * de séparer un peu les attributions administratives et les attributions judiciaires, et d'élire « ung lieutenant et quatre citoiens \ pour tenir la justice comme le vidomne la tenoit aultreffoys et à la forme de leurs Franchises \ » Le lieutenant fut donc l'héritier direct du vidomne. Seulement, comme ce nom était déteste, on prit le nom de celui qui siégeait à la place du vidomne, « afin que ce nom de vidomne se perde, attendu que les temps passés, sous ombre de cet office de vidomnat, nous avons souffert bien des maux ''. »

Le Lieutenant (donc le chef de la nouvelle justice genevoise) précédait en honneur tous les autres conseillers et officiers, « horsmis les syndiques. » Le premier fut Claude Richardet. Il eut, pour gage, dix coupes de froment, 20 florins, et « sa part de boîte". » Naturellement, ayant des juges, le Conseil eut un bourreau : carnassier'. — Faussons-lui vite compagnie, d'autant plus que nous serons obligés de le rencontrer tout à l'heure et, quittant la Maison de ville, continuons notre promenade.

I. Flournois, Extraits (Grenus). — Voir aussi la décision du i<^' mai 1528. Il est arrêté que ce tribunal commencera à fonctionner « lundi prochain. » — 2. Plournois, Extraits (Grenus). — -t. « Auditeurs du droit, soit assesseurs du dit lieutenant. > Ils étaient pris dans le Conseil ordinaire. 14 novembre 1529. Grenus. — Toutefois, le 8 février 1530, il est décidé que le lieutenant et ses assistants « ne se trouveront point en Conseil ordinaire. • Flournois, Extraits (Grenus). Le Conseil ordinaire devenait la cour d'appel du lieutenant. Le 21 mai 1532, on constitua enfin une cour d'appel spéciale, siégeant le lundi et le jeudi, composée des quatre syndics, de deu.x conseillers du Conseil ordinaire et de deux conseillers des Deux-Cents. (Ibid.) Le nouveau système judiciaire était organisé. — 4. M. D. G., X, p. 266, Balard. — 5. 14 novembre 1529. Flournois, Extraits (Grenus). — 6. 14 novembre 1529 et i" février 1530. Ibid. — 7. Parlant de Cartelier, Jeanne de Jussie dit : « Et de faict fut mis entre les mains du Carnacier.... » Le levain du calviiiis)nc, p. 3-

CINQUIKMK PARTIE De la Maison de ville au Bourg-de-Four.

E la porte Baudet partait une rue, qui, d'après l'inventaire de 1475, allait jusqu'à la porte Saint-Léger*. Cette rue unique comprenait une partie de la place de l'Hôtel de ville, la rue de l'Hôtel de ville, une partie du Bourg-de-Four et la rue de Saint-Léger actuelles.

En face de la Taconnerie se trouvait l'Officialat ou maison du sceau. {Page 342.) L'official est le vicaire de l'évêque pour l'exercice de la juridiction contentieuse (comme le vidomne est son vicaire pour l'exercice de la juridiction criminelle). L'officialat constitue un tribunal, une curie, et tous les notaires sont ses officiers ; ils prêtent serment devant lui -.

C'est vers l'an 1226 que l'officialat est mentionné. Un acte de 1227 environ dit que deux ans avant il n'y avait pas d'official dans l'évèché ''.

La maison de l'officialat était probablement la petite maison Turrettini '* (en face de la Taconnerie) et la maison avait par moment prêté son nom à la rue. Un acte de 1404 est dit « donné... à Genève, dans le cimetière de l'église de la bienheureuse Marie-la-Neuve, devant la rue de l'officialat ''. »

Celui-ci fut supprimé et son sceau brisé par ordre du Conseil, le 8 janvier

1. « Carreria incipiens a Porta Baudet prope Domum Ville usque ad portam Recluse. > — i. M. D. G., l"", p. 29, n. 9, 10, II. — 3. « Non erat officialis in cpiscopatu. » M. D. G., VII, p. 350, Mallct. — C'est donc à tort que Pictet de Sergy {Genève, I, p. 287) fait remonter l'officialat vers 1200. — 4. < Petite maison Turrettini d'où partait encore, bien longtemps après, une servitude de passage, qui nous paraît s'être confondue plus tard avec la rampe actuelle. Cette maison,... dont la vieille façade vient de disparaître par suite d'une transaction du propriétaire actuel avec la municipalité, avait une porte dans les murs de la ville. » Galiffe, p. 134 et n. I. — Pictet de Sergy, Genève, II, p. 224. — A propos d'une délibcration du 21 novembre 1526, où il est parlé de < la porte de derrière du sceaux > , Klournois dit dans ses Remarques , p. 64 : < La maison du sceau appartenait à l'évêque, qui y logeait bien souvent, comme on l'a pu remarquer ci-dessus. Elle était près des murailles de la ville, dans lesquelles il y avait une fausse porte, qui sortait à la campagne, dont il est parlé ici. Je ne sais point en quel quartier elle était. • — Nous venons de déterminer cet emplacement, que du reste une foule de documents authentiques mettent dans la rue actuelle de l'Hôtel de ville, au bout, tout près du château du Bourg-de-Kour. Peut-être au moyen âge n'y avait-il rien entre ces deux possessions de l'évêque. — .S. M. D. G., III, p. 196, 197 et n. 2. < Antc quarreriam otlicialatus. »

i538. — Le 12 mars 044, la « maison et curtil du sceau » sont mis à prix « au plus offrant' » ; ils sont « abbergés » le 4 aûùt"-', et, le 16 septembre 046, il est parlé de « la maison jadis appelle du sceau ^ »

On a dit que la place de la Taconnerie '' était le quartier des cordonniers (tacon, cuir), et même que là aurait habité le cordonnier qui fit crédit d'une paire de souliers au jeune de Brogny, le futur cardinal. Mais la rue des Cordonniers était la rue actuelle de la Cité, et la place de la Taconnerie s'appelait place de Notrc-Dame-la-Neuve. La Taconnerie était le marché, non des cuirs, mais des fromages, qui ne pouvaient se vendre ailleurs "'.

Au bout de la place se trouvait l'église de Notre- ^^__ Dame-la-Neuve, à propos de laquelle on a beaucoup {7j'^''-'£Zr/:',i discute'^. Elle fut construite vers I2i3, uno cnnienlii, La porte du château, ^^^^s chapelle, sans doute par Bernard Chabert, évêque

ou du Bourg-de-Four. de Genève, en 1201, et archevêque d'Embrun, en Lofficialat. i2i3. Les chapelles ont été ajoutées après coup. —

La cure était la maison voisine, où logèrent ensuite les pasteurs". {Page 3 43.) Comme les autres églises (sauf les trois principales : Saint-Pierre, la Madeleine et Saint-Gervais), au début de la Réformation, Notre-Dame-la-Neuve fut désaffectée. Le 26 novembre i545, il est ordonné d'y faire « une forge... pour accoustrer les freppes [rebuts ?] de l'artillerie qu'est là réduycte '^. » — Mais bientôt on eut, de nouveau, besoin des anciens édifices religieux. Le 14 novembre i555, les Anglais ayant demandé « d'estre proveuz d'ung temple et église, » on leur concède, ainsi qu'aux Italiens, « le temple de Marie-la-Nove, et qu'ilz y facent leurs commoditez requises '^ » — Enfin, le 7 août iSSq, « à cause de la multitude du peuple, » Calvin requiert « de trover moyen qu'on ayt encore ung temple,...

(Maison Turrettini.) Archive Anciens plans, (p. 341.)

I. Registres du Coiiseï/, Vol. 38, f. 122^. ^ i. Ihid., f. sio^. — :!. Ihid., f. 200. — Le 12 avril 1628, on lit dans les Registres du Conseil, Vol. 127, f. 80 : < Maison du greffe. Arresté de l'aberger au plus offrant avec le jardin derrière de la largeur d'icelle, veu qu'elle est fort ruineuse et cousteroit beaucoup de la rebastir. > Il n'est pas facile de savoir ce qu'était cette maison du greffe. — 4. D'après Galiffe, Taconnerie vient de Tacon, riche et vieille famille, qui, dès le commencement du quinzième siècle, donna son nom à une des halles de la ville, à l:i Taconnerie. Galiffe, Notices, \, p. 27, et Galiffe, p. 176. — .'3. 6 juin 1531. « Fromage, défense d'en vendre, sinon au lieu accoutume : savoir devant S«: Marie-la-Neuve. » Flournois, Extraits (Grenus). — 6. « On a parlé d'un nom qu'aurait porté cette église : Notre-Dame-la-Nonnc, et de ce nom on a tiré plusieurs conclusions. Mais ce nom serait dû tout simplement, d'après Galiffe, à une lecture erronée, dans le manuscrit de Savyon, des mots : N.-D. la N'ouve ou la Nove. » Galiffe, p. 215, n. i. — L'église fut probablement incendiée et reconstruite au quatorzième siècle. — 7. De La Corbière (copie Bourrit). - m. Registres du Conseil, Vol. 40, f. 303V. — «i. Ibid., Vol. 50,!. 35V. Annales, p. 619.

LA VILLE HAUTE

veu que une grande partie du peuple qui entre à S' Pierre ne peult entendre. » On arrête que « pour le présent on preschc à Notre-Dame la Nefve'. » [Page 344.1

Très simple d'apparence, avec sa net unique, peu à peu bordée de chapelles peu profondes, Notre-Dame était un local très commode pour la parole et pour la discussion. On s'en servit de plus en plus.

Ici, dès le début, se tint, le vendredi, à sept heures du matin, la co)igvégation^ cette réunion originale, où les pasteurs expliquaient les points obscurs de la théologie, et où les auditeurs avaient droit d'objection et de réplique. — Le 16 octobre i55i, le pasteur de Jussy ouvrit la congrégation en lisant Jean VIII, 47. Farel en tira la doctrine de la prédestination. Bolsec la réfuta avec vivacité. Pendant ce temps Calvin était entré. A peine Bolsec a-t-il achevé son discours, que le Réformateur se lève et se Le temple de 1 AuUuuux, avam u

livre à une de ces improvisations aussi savantes restauration (d'après un dessin à la plume

que véhémentes, dont il avait le' secret. Il de C. Bastard). (p. 342.)

réfuta, il frappa, il écrasa iconfiitavit^ percutit, obruit), dit Bèze. Et à l'issue de la congrégation, l'un des Auditeurs du Lieutenant de police, Jean de la Maison

Neuve, « voyant le scandale, » arrêta Jérôme Bolsec et le conduisit à l'évéché. Après le dîner, les pasteurs conférèrent, et, encore le même jour, Bolsec fut interrogé par la Justice dans sa prison.

A partir de i562, le cmple de Notre-Dameia-Neuve prit son nom définitif : ce fut V Auditoire. — Les cours publics s'étaient donnés abord à Saint-Pierre *

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