‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son temps (volume 2)Chapitre 5 sur 116 · DKVANT LA PORTE DE CORN AVI N · texte numérisé non relu

DKVANT LA PORTE DE CORN AVI N

porte Neuve ' est pour ceux qui arrivent de la Savoie, du baillage de Ternier et ont franchi le pont d'Arve -.

Nous sommes arrivé à cheval, avec quelque « compagnie »., car le plus commode, si l'on est seul, est de se joindre à des marchands se rendant à la foire.

C'est seulement au milieu du XVI"-' siècle que les voitures dites roulantes {Rolhpageii) firent leur apparition. Elles ont deux bancs à l'intérieur et sont surmontées de cerceaux sur lesquels on peut étendre une tente. Les hôteliers transportent ainsi volontiers leurs voyageurs : tel l'hôtelier de la Lanterne, à Genève, Bon-Jehan, transporta des Anglais à Bàle, comme nous allons voir. 11 fallait cinq jours. Un peu plus tard, à la fin du XVI^ siècle, ou au commencement du XVII", s'établit le coche régulier, qui, deux fois par semaine, allait de Lyon à Genève : il ne mettait que trois jours et demi. Celui de Berne était moins rapide^.

Jamais Calvin n'usa de ces voitures, qui n'existaient pas encore : nous le trou- \ons toujours à cheval.

Sera-t-on très surpris d'apprendre que nos Bœdeker et nos Joanne avaient déjà des prédécesseurs? En i555, l'Alsacien Jôrg Wikram publia son Indicateur des voitures roulantes (Rolbvagen-Biïchlein) '\ Deux ans avant, avait paru à Paris, chez Charles Etienne, la troisième édition de : La guide des chemins de France'. Et, en i56i, un ami de Cahin, le philosophe et médecin (iuillaume Gratarolus, fit imprimer son Indicateur général « très utile pour tous les voyageurs" ». Il se partage en deux livres, dont le premier contient des conseils hygiéniques, médicaux, et dont le second indique les routes, et nomme les principales localités par oij elles passent.

'lout cela est bien rudimentaire et n'a pu nous servir. Abandonnant notre

nom nouveau de Geheima. Nous en trouvons les premiers exemples dans deux bulles du pape Pascal II, des 15 novembre iioo et 12 février iio6.... Galiffe [MaUriaiix, I, p. 3) conjecture avec vraisemblance que ce changement de nom fut introduit par la cour de Rome pour nous distinguer de Gênes, d,ont le nom latin était trop semblable au nôtre. En effet, un auteur du moyen âge, pour s'expliquer clairement, avait cru nécessaire de désigner Gênes par les mots Geitava marittima.... Quoi qu'il en soit, l'ancienne dénomination Geiieva prévalut jusqu'à la fin de l'épiscopat de Guy. Sous son successeur, Humbert de Grammont, on emploie indifféremment, dans le même acte, l'ancien nom et le nouveau. Dès lors, on n'employa plus que le nom de Gebenna jusqu'à la Réformat.on, époque à laquelle on revint au nom primitif. - M. D. G., Ed. Mallet, li', p. 140, n. 5.

1. On verra plus loin que c'est seulement en 1564 que la porte Neuve fut ouverte, en même temps que l'on fermait les deux portes de la Corraterie et de Saint- Léger. — i. Du Bois-Melly et .Mfred Cartier, Escalade, 1602-1902 : Récit de la délivrance de Genève, le douziesme jour du mois de décembre 1602, par S. G. S. [Simond Goulart SenlisienJ , p. 16. — .3. Voici quelques renseignements sur cette question de temps. Pour arriver à Zurich, les lettres mettaient, de Genève, de 3 à 48 jours; d'Augsbourg, de 4 à 35 jours; de Bàle, de 2 à 25 jours; d'Heidelberg, de 7 à 130 jours; de Nuremberg, de S à 42 jours; de Francfort, de 10 à 44 jours; de Strasbourg, de 11 à 55 jours. Et ces variations indiquent très justement l'incertitude des routes et des voyages. Zi\.'ingliana, 1901, N° 2, p. 229-235, < Briefpost im 16. Jahrhundert. » — 4. Theodor von Liebenau, Das Gaslhof- iind Wirlhsliaiisioeseu der Sclnceiz in iiltertr Zeil, 1891, p. 57. — 5. La guide des chemins de France, reveuc et augmentée pour la troisième fois. Les flcves du royaume de France, aussi augmentez, à Paris, chez Charles Estienne imprimeur du Roy, MDLIII. (Exemplaire de la liibliothèque nationale de Paris.) — 0. De Regiminc itcr agentium vel equitum, vel pcditum, vel navi, vel curru scu rheda, etc., viatoribus et peregrinationibus quibusquc utilissimi, libri duo. (Exemplaire de M. I Icrminjard.)

LA VILLE

compagnie, faisons halte un moment devant la porte : ce ne sera pas inutile pour nous reposer et préparer convenablement notre imagination.

Le XVP et le XVII' siècle nous ont laissé leurs vues cavalières. Elles sont pittoresques. Toutefois, pour embrasser vraiment une ville d'un regard, il faut se placer à un point de vue fictif. Tous les signaux, belvédères et points de vue réels sont ou trop bas ou trop loin, et il y a toujours quelques arbres qui cachent la forêt, ou quelques édifices qui cachent la ville. C'est ce qu'a compris le professeur von Ziegler, qui naguère a dessiné avec une précision mathématique et une clarté complète la Genève de la fin du XVP siècle, la Genève de 1602, au milieu de son vrai paysage, si absent ou si inexact dans les autres gravures. C'est Genève, entourée de la campagne genevoise, au bord de son lac, avec les chemins qui y entrent et qui en sortent, telle qu'un spectateur l'aurait aperçue s'il avait été placé à trois cents mètres au-dessus d'elle, c'est-à-dire juste assez haut pour tout voir, et juste assez près pour voir tout bien.

Or, il en est de l'histoire comme de la géographie. Même en vivant dans les années les plus décisives et qui font le plus époque, on ne peut toujours distinguer tous les événements et leur importance relative et leurs véritables rapports. Il faut s'élever à quelques centaines de mètres, je veux dire d'années, au-dessus des faits et des personnages pour apercevoir, avec une précision suffisante, le vrai relief des uns et le vrai mouvement des autres.

De cette hauteur de l'histoire, comment nous apparaît cette Genève du XVI' siècle, à la porte de laquelle nous appelons le guet ? Comme un petit point, bien petit, mais vers lequel, de tous les côtés de l'horizon, convergent d'interminables processions de voyageurs, de tout rang* et de toute langue.

Oui, la porte de Cornavin est bien le plus modeste et le plus prodigieux arc de triomphe que l'on puisse imaginer: je ne sais quelle nation, quelle science, quelle vertu n'a point passé ici, hommes, femmes, enfants, isolés, en foule, lamentables, augustes !

Voici d'abord, en tête, allant et venant dans leurs robes noires, les pasteurs, Calvin, Farel, Froment, Viret, Th. de Bèze, Antoine de Chandieu, Nicolas des Gallars, Jean Macard, Michel Cop et d'autres par dizaines, par centaines.

Puis, après les théologiens, des jurisconsultes, Louis Budé, son frère Jean, « Jean, seigneur de Vérace, disciple de Duaren, fils du grand Guillaume de Budé (nous dit le Citadin de 1606), duquel Guillaume l'on voit encore pour le jourd'huy la propre fille à (ienève, matrone très honorable de 80 ans; » François Du Jon, dit Junius, les Colladon, Laurent de Normandie, Hotman, l'auteur du Tigre et de la Fraiico-Gallia, Gentillet, président du parlement de Grenoble....

I. Ne mentionnons, que pour mémoire, l'épin, le roi des Francs, allant en Italie pour combattre les Lombards (755); (;harlema(;nc, appcM par le pape Adrien contre Didier, roi des Lombards, qui vint de 'I hionvillc A (Icntve (773) et tint dans cette ville un champ de mai avec ses guerriers francs (Voir Kcgeste f,'fnn'm\i. — ouvraKC que nous d(;signerons par les lettres R. G., — N'^ 80 et Si), et Machiavel, qui, de (ienève, écrivit une lettre aux magistrats de Florence, le 25 décembre 1507. — E. Ritter, Genève ci l'Italie (iK'»8).p. 3, 30.

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