DEVANT LA PORTE DE CORNAVIN
plus de I20i). et plus de iboo dans les quatre derniers mois de Tan nyi, après la Saint-Barthclemy '.
Mais il est temps de préciser nos impressions : approchons-nous et mèlonsnous aux groupes qui stationnent et se succèdent devant la porte de Cornavin.
Voici un futur bourgeois et marchand drapier de Bàle, aussi distingue comme diplomate que comme négociant, et qui devait même cultiver avec succès les sciences naturelles, André Ryff. Pour le moment il a dix ans, car il est né en i55o et nous sommes en i56o. Quelques lignes de son autobiographie vont nous dire comment il arrive à Genève : « Le jour de la Saint-Jean-Baptiste de l'an i56o, il advint que, lorsque les exilés anglais retournaient de tous côtés dans leur pays, François Clert, surnommé Bon-Jehan, l'aubergiste du logis de la Lanterne^ à Genève, arriva à Bàle, conduisant une voiture pleine d'Anglais venant de Genève. Il amenait aussi avec lui son jeune beau-frère, Claude Perret..., qu"il désirait laisser ici contre échange, afin qu'il apprît notre langue. Quand mon père fut informé de cela, il se mit bientôt d'accord avec lui, prit le jeune homme dans sa maison, et m'expédia dès le lendemain pour Genève dans la même voiture. »
Il avait un compagnon de son âge, qui portait « un beau chapeau recouvert en taffetas, sur lequel était une petite couronne et un ruban doré, » tandis que lui devait se « contenter d'un chapeau en paille tressée, surmonté d'un simple bouquet et de fort modeste apparence. » De là un petit chagrin.
Les deux camarades étaient cependant assis, à côté l'un de l'autre, « sur les bennes devant la voiture, » quand, près de Payerne, la roue passa sur une grosse pierre et le choc, produit par la secousse, fit tomber par terre notre jeune voyageur. « La roue me passa sur la cuisse droite ; mais, comme il n'y avait sur le char absolument que nos effets de voyage, par la grâce de Dieu ma cuisse ne fut pas brisée, mais seulement contusionnée et un peu tordue. » Ce n'était rien.
A Genève, André Ryff perdit son temps, n'apprit rien, et son père, le changeant de patron, le plaça chez M. Jean Du Molard le jeune, épicier. Un autre extrait du même journal va nous introduire non seulement dans une maison de Genève, mais, — ce que nous cherchons, — au milieu des mœurs mêmes de ses habitants.
« Ce patron m'a été plus utile que le premier, car il m'a certainement donné pendant mon apprentissage des habitudes d'obéissance et de complaisance.... Mais, à côté de ces vertus, il était d'une extrême sévérité, et pendant une année que je passai chez lui, il m'a battu plus de trente fois, avec tant de violence que
I. Galiffi;, Le Refuse italien, p. 70. Kn 155.;, il y cul 170S étrangers de différentes nationalités officiellement reçus, li. Mallet, Du recruleinenl de la population, 1851, p. 39.
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L'île et les lit^
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chaque fois le sang a coulé sous la verge, bien que ce fût d'ordinaire pour des motifs très futiles. Ainsi, rien que pour n'avoir pas bien balayé la boutique, ou pour d'autres causes semblables, il me fustigeait (je dois pourtant avouer que je l'avais quelquefois bien mérité). Tous les matins, à cinq heures, il envoyait tout son monde à l'église, et quand il avait l'intention de me fustiger, il me faisait rester à la maison ; dès que j'avais reçu cet ordre, je savais bien ce que cela voulait dire! Dans la chambre où nous couchions, il y avait un petit cabinet ou chambrette dans lequel maître Du Molard serrait ses confitures ; car il était épicier-contiturier et avait toujours beaucoup de ces conserves douces à la maison. C'est là qu'il me menait toujours, peut-être à cette fin qu'on ne m'entendît pas crier, et c'est là qu'il me fustigeait avec de puissantes verges, auxquelles il avait fait des nœuds, ensorte qu'après ces corrections je me faisais vraiment pitié à moi-même. Malgré cela, je ne me suis jamais plaint, parce que je me trouvais bien chez mon maître, et que je sentais que je tirerais bon profit de cet apprentissage. D'ailleurs, autant maître Jean se montrait sévère, autant sa femme me témoignait d'attachement, et je remercie Dieu particulièrement de m'avoir conduit dans leur maison, parce qu'il y régnait une discipline parfaite et une police bien ordonnée. Chaque matin et aussi chaque soir, maître Jean, sa femme, son beau-frère et toute la maisonnée s'agenouillaient dans la salle du poêle, et là la Dame faisait la prière à très haute voix, remerciant Dieu avec recueillement pour ses grâces et ses bienfaits, et le priant avec ferveur, pour qu'il répandît sur nous son esprit, sa protection, sa bénédiction et sa miséricorde. Plus tard, ce fut moi que mon patron chargea de cette fonction de faire la prière, lorsqu'il me l'eut un peu enseignée ; je crois avoir acquis par ce moyen une ferveur sincère pour la religion. A ce propos, je dirai que c'est la coutume des ministres à Genève d'aller tous les trois mois dans toutes les maisons. Ils réunissent ensemble les habitants, jeunes et vieux, de six, de huit maisons, plus ou moins, pour les interroger, les examiner, leur faire rendre compte de leur foi et les catéchiser avant qu'ils prennent la cène, laquelle n'est distribuée que tous les trois mois. Pour cela mon patron m'avait instruit lui-même, de manière que je pus répondre de façon satisfaisante aux questions de Messieurs les ministres; et cela fut pour moi un moyen d'édification, dont je puis me réjouir, en priant Dieu tout-puissant qu'il daigne par sa grâce me maintenir dans cette foi comme j'en ai fait profession, et telle qu'elle est contenue dans notre confession bàloise, qu'il m'accorde en outre une Im bienheureuse en Jésus-Christ notre seul Sauveur et Rédempteur. Amen'. » Certes, voilà un petit tableau, et même une série de petits tableaux, l'apprentissage, la fustigation de l'apprenti, le culte domestique, la visite avant la sainte cène, que ne renierait aucun peintre de l'école hollandaise, tableaux d'intérieur qui nous montrent non seulement ce qu'il y avait dans l'intimité de ces foyers, mais ce qu'il y avait au f..nd de l'âme de toute une partie de cette population genevoise, (^uel document instructif, suggestif, et quelle tranche de vie,
I. M. D; (i.. XVII: . irn jeune Uilois .'i Genève au XVI-^ si£:cle (1560-1563), . p. 4,2-416.
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comme on dit! Il va nous être singulièrement plus facile de comprendre comment et pourquoi des enfants, des hommes élevés dans cette discipline austère, pieuse, allaient faire de (Jenève ce qu'elle devait être à ce moment pour subsister et sauver le protestantisme, la Sparte (.-aiviniste.
C'est un autre voyageur, presque un enfant lui aussi (il a environ quinze ans), qui fortifie encore nos impressions sur cette rude époque, en nous disant ce qu'étaient l'insécurité des routes et les dangers des voyages. Il porte un nom bien connu, Félix Flatter, le fils du célèbre Thomas Flatter, imprimeur de \' Institution de Calvin à Bàle. Il se rend à Montpellier pour étudier la médecine.
Monté sur son petit cheval, ayant, pour tout bagage, « deux chemises, quelques mouchoirs dans une toile cirée » et quatre ou cinq couronnes cousues dans son pourpoint, le i5 octobre i552 il arrive à la porte de Genève, avec deux compagnons. Il est parti le i3 de Fribourg, où se trouvait, paraît-il, la limite qui séparait les mœurs allemandes et les mœurs françaises. «C'est là, dit-il, que l'on commença à nous traiter et à nous coucher à la française. » Bientôt, la pluie les prit; ils furent trempés et obligés de s'arrêter pour sécher leurs vêtements. Fuis, un de leurs compagnons s'égara ; il fallut l'attendre longtemps, et « survint la nuit, avec un épais brouillard, qui nous fit perdre notre chemin. Nous arrivâmes dans une forêt du Jorat, où il n'était pas sûr de voyager à cette époque. Nous ne désirions qu'une grange, un abri quelconque pour nous garantir de la pluie. Après avoir longtemps erré, nous découvrîmes un petit village, mais on refusa de nous donner l'hospitalité. Alors nous louâmes un jeune homme pour nous montrer le chemin à travers les bois, et nous arrivâmes à un endroit nommé Mézières. C'était une méchante auberge, avec quelques maisons disséminées au loin. L'auberge était tenue par une femme, et elle n'avait à nous donner qu'une pièce au rez-de-chaussée, ouverte à tous les vents. Dans cette pièce se trouvait une longue table où étaient assis des paysans savoyards et des mendiants, en train de manger des châtaignes nkies avec du pain noir, et de boire de la piquette.
« Nous aurions volontiers continué notre chemin, mais nous étions trans|)crcés par la pluie, et la nuit était noire. Nous fûmes donc obligés de rester, bien que la femme de l'auberge nous déclarât qu'elle n'avait ni lit ni écurie. Nous remisâmes nos chevaux, tant bien que mal, dans une étable étroite et basse, où ils restèrent toute la nuit sellés et bridés. Quant à ncius, il fallut nous asseoir à côté de ces vagabonds, et nous contenter du même ordinaire. Nous eûmes bientôt compris à quelles gens nous avions affaire : car ils examinaient nos armes et nous rudoyaient, malgré notre soin à ne pas leur en fournir l'occasion. Ils s'enivrèrent, et allèrent en chancelant se coucher hors de la salle devant le feu qui
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brûlait encore dans Tàtre. Ils ne tardèrent pas à s'endormir. C'est ce qui nous sauva, car ils avaient projeté de nous assassiner, comme nous 1 apprit le lendemain matin notre guide, qui le leur avait entendu dire, pendant qu'il était couche
sur le foin. » • j - .
Après être restés un certain temps seuls, silencieusement barricades dans la pièce, leurs rapières nues, et notre jeune Flatter (c'est lui qui l'avoue) « en proie à toutes sortes de terreurs, » nos trois voyageurs résolurent de s'esquiver sans bruit et de s'enfuir. Grâce à leur guide, par des chemins de traverse, ils arrivèrent vers midi à Lausanne, et le lendemain ils étaient enfin à Genève, où ils logèrent au Lion. Félix Flatter put bientôt remettre à Calvin lui-même la recommandation de son père'.
Nous voilà suffisamment renseignés pour considérer, avec l'étonnement qu'il mérite, un autre groupe d'arrivants. Il semble n'être composé que de femmes.
A leur costume on reconnaît des Françaises, et du Midi. Nous ne nous trompons pas. Bravant tous les dangers et toutes les fatigues d'un aussi long voyage, elles viennent de Nîmes, voulant à tout prix voir Calvin et son Eglise, la mère et le modèle des Eglises de France ! Du reste, la lettre de recommandation qu'elles ont reçu de Baduel, le célèbre et pieux humaniste, l'organisateur du Collège des arts, de l'Université nîmoise, celui que l'on a appelé « la gloire et l'ornement de Nîmes *, » va nous dire tous leurs sentiments. Il écrit à Calvin :
« Les femmes qui se proposent de te remettre cette lettre sont non seulement mes concitoyennes, mais encore mes voisines et elles me sont unies par les liens d'une familiarité telle qu'aucune ne peut être plus étroite ou plus sainte — Tu peux juger par là que, dans le temps où elles se rendent vers toi pour visiter toi et ton Eglise, et recevoir quelque consolation, j'ai un juste motif de t'écrire et de te les recommander.... Je leur aurais associé, comme compagne d'un aussi saint voyage, ma femme, si la proximité de ses couches n'y eut mis obstacle. Très volontiers surtout je les aurais accompagnées moi-même si d'un côté ma profession et mes leçons journalières ne m'eussent retenu, et si d'un autre côté je ne me préparais non seulement à vous voir, mais à émigrer et à habiter chez vous, pour y vivre et y mourir. Je te prie, je te conjure donc au nom de Jésus-Christ, notre commun Maître et Seigneur, de recevoir nos sœurs avec cette bienveillance et cette affection avec lesquelles tu as coutume de recevoir, d'entourer, de consoler toutes les saintes femmes, et les hommes craignant Dieu, et, avec tout soin pieux, de faire cnsorte qu'elles rapportent dans leur pays, auprès des leurs, ce fruit de consolation qu'on doit attendre d'un si saint pèlerinage. Et c'est ici le fruit le plus précieux, le plus excellent, que, de retour chez nous, elles confessent
I. l'dlix- et Thomas IMatlcr à Montpellier. Noies de voyage de deux étudiants bâ/ois, 1892, p. 3-12. Voir aiis»r Thomas .7 Félix Platicr, édition Au^. Bernus, p. 257. — 2. France protestante, i"^ édition.
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avec fermeté le Seigneur Jésus-Christ, qu'elles détestent Tantechrist et toute sa synagogue impie et scélérate au point de désirer retourner vers vous, pour y vivre perpétuellement, et se reposer dans le sein, dans la communion de votre Eglise, seule digne d'être aimée {a)}uibilissiiiia) '. »
Et enfin, après ceux qui viennent pour leur instruction ou leurs affaires, après ceux qui viennent pour satisfaire les désirs de leur piété, voici la foule des réchappes de la grande tribulation : ceux-là arrivent par centaines, par milliers. La touchante scène, que nous allons un moment contempler, est postérieure au XVI"-" siècle, et quelques petits traits, quelques touches particulières trahissent son époque. Mais ce sont détails insignifiants, et nous ne trouverions pas facilement ailleurs un pareil tableau d'une arrivée de réfugiés'^.
Trente-six galériens, sur rintervention de l'Angleterre, ont été enfin relâchés à Marseille. On les a forcés à se faire porter en bateau en Italie. Ils ont passé par Turin et ils arrivent à Genève, les uns jeunes, les autres vieux, plusieurs « décrépits, » ayant beaucoup de peine à se maintenir sur leurs montures. Malgré tout, ils ont marché, marché... et l'un d'eux, Jean Marteilhe, de Bergerac (qui a ramé treize ans sur les horribles galères, 1700 à lyiS), raconte :
(( Le lendemain, jour de dimanche, nous arrivâmes à un petit village, sur une montagne, à environ une lieue de Genève, d'oii nous voyions cette ville avec une joie qui ne peut être comparée qu'à celle des Israélites à la vue de la terre de Canaan. Il était environ midi, lorsque nous arrivâmes à ce village, et nous voulions poursuivre sans nous y arrêter pour dîner : tant notre ardeur était grande d'être au plus tôt dans une ville que nous regardions comme notre Jérusalem! Mais notre postillon nous dit que les portes de Genève ne s'ouvraient^ le dimanche, qu'après le service divin, c'est-à-dire à quatre heures de l'après-midi. Il nous fallut donc rester dans ce village jusqu'à ce temps-là, lequel venu nous montâmes tous à cheval. A mesure que nous approchions de la ville, nous apercevions une grande affluence de peuple qui sortait. Notre postillon en parut surpris, mais bien plus, lorsque arrivant dans la plaine de Plain-Palais, à un quart de lieue de la ville L^i troupe avait évidemment franchi le pont d'Arve et se dirigeait vers la porte Neuve] nous aperçûmes venir à notre rencontre trois carosses entourés d'hallebardiers, et une foule innombrable de peuple de tout sexe et de tout âge, qui suivait les trois carrosses. D'aussi loin qu'on nous vit, un serviteur du magistrat s'avança vers nous, et nous pria de mettre pied-à-terre pour saluer avec respect et bienséance Leurs Excellences de (ienève, qui venaient à notre rencontre
I. 31 octobre 1550. Opéra, .XIll, p. 647, 648. — i. Nous ne voulons pas dire (îvidcmment que toutes les arrivées ressemldaient à celle-ci. Elle fut exceptionnelle. I..1 demande d'une lettre d'habitation ou le rapport d'un dizainier était en (général la forme des premiers rapports entre le réfuylé et le Conseil.
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pour nous souhaiter la bienvenue. Nous obéîmes. Les trois carrosses s'étant approchés, il sortit de chacun un magistrat et un ministre [pasteur] qui nous vinrent tous embrasser avec des larmes de joie et avec des expressions si pathétiques de félicitations et de louange sur notre constance et notre résignation, qu'elles surpassaient de beaucoup ce que nous méritions.... Après ces embrassements, Leurs Excellences donnèrent permission au peuple d'approcher. On vit alors le spectacle le plus touchant qui se puisse imaginer; car plusieurs habitants de Genève avaient divers de leurs parents aux galères; et ces bons citoyens, ignorant si ceux pour qui ils soupiraient depuis tant d'années, étaient parmi nous, dès que Leurs Excellences eurent permis à ce peuple de nous approcher, on n'entendit qu'un bruit confus : « Mon fils un tel, mon mari, mon frère, êtes-vous » là? » Jugez des embrassements, dont furent accueillis ceux de notre troupe, qui se trouvèrent dans le cas. En général, tout ce peuple se jeta à nos cous avec des transports de joie inexprimables, louant et magnifiant le Seigneur de la manifestation de sa grâce en notre faveur; et lorsque Leurs Excellences nous ordonnèrent de remonter à cheval pour faire notre entrée dans la ville, nous ne pûmes y parvenir qu'avec peine, ne pouvant nous arracher des bras de ces pieux et zélés frères, qui semblaient avoir encore peur de nous reperdre de vue. Enfin nous remontâmes à cheval, et suivîmes Leurs Excellences, qui nous conduisirent comme en triomphe dans la ville. On avait fait à Genève un magnifique bâtiment pour y alimenter les bourgeois qui tombaient en nécessité. Cette maison venait d'être achevée et meublée, et on n'y avait encore logé personne. Leurs Excellences trouvèrent à propos d'en faire la dédicace en nous y logeant. Ils nous y conduisirent donc, et nous mîmes pied-à-terre dans une spacieuse cour. Tout le peuple s'y élança en foule. Ceux qui avaient leurs parents dans la troupe, supplièrent Leurs Excellences de leur permettre de les amener chez eux; ce qui leur fut trèsvolontiers accordé. M. Bousquet, l'un de nous, avait à Genève sa mère et deux soeurs, qui l'étaient venu réclamer. Comme il était mon intime ami, il pria Leurs Excellences de lui permettre de m'amener avec lui, ce qu'elles lui permirent sans aucune difficulté. A cet exemple, tous les bourgeois, hommes et femmes s'écrièrent, demandant à Leurs Excellences d'avoir la même consolation de loger ces chers frères dans leurs maisons. Leurs Excellences ayant d'abord permis à quelques-uns d'en prendre, une sainte jalousie s'éleva entre les autres, qui murmuraient et se plaignaient, disant qu'on ne les regardait pas comme de bons et fidèles citoyens, si on leur refusait la même grâce; si bien qu'il fallut que Leurs Excellences nous abandonnassent tous à leur empressement, et il n'en resta aucun dans la maison française (c'est ainsi que se nomme ce magnifique bâtiment) '. u
1 . Mémoires ifiii, proleslanl comlnmm aux galères de France pour cause de religion, écrits par lui-mCme, 1757 (r«;(;dition ilc 1865), p. 404-407.