‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son temps (volume 3)Chapitre 100 sur 176 · opéra, p · texte numérisé non relu

opéra, p

2. Sermon CVI sur le Deutéronome, chap. XVII. Opéra XXVII, p. 479> 480. — Sur ce chapitre de la fraternité des hommes (certainement pas le moins important), Calvin est intarissable : •< L'humanité est une famille, créée d'un seul sang . {Commentaire, Actes des Apôtres XVII, 26). « Comme ainsi soit que la doctrine de charité porte que nous ne méprisions point nostre chair, et que nous honorions limage de Dieu, la quelle est engravée en nostre nature, certes elle comprend tout le genre humain » (.Philémon 4)- — " Je suis toujours loayer (locataire) de mon Dieu. ...Que le riche cognoisse qu'il est detteur (débiteur de) à ceux qui sont en disette . {Opéra XXVII, p. 608). - « Vray est qu'il n'y aura point de parantage charnel entre tous hommes, pour estre si prochains, qu'ils puissent dire cousins, et qu'ils se puissent nommer de quelque lignée de la quelle ils soyent descendus ; mais si est ce qu'il a encores quelque communauté en général, que tous hommes doivent penser qu'ils sont formez à l'image de Dieu, qu'ils ont une nature commune entre eux... Les loups ne se font pas tant la guerre que se font les hommes. Et ainsi apprenons, encores qu'il n'y ait point de lignage prochains entre nous, toutes fois estans hommes, nous devons avoir quelque lien de communauté, nous devons avoir quelque amour fraternelle. . Et outre la nature, il y a l'évangile. Dieu nous déclare ses enfants : « En parlant comme d'une bouche, nous disons nostre Père ; et cependant, que nous soyons comme chiens et chats, cela se peut-il nullement comporter ? . Enfants de Dieu et membres de Christ: . Quiconques n'ha nulle humanité ne pitié ...celuy là, en tant qu'en luy est, deschire Jésus Christ par pièces » {Opéra XXVI, p. 9)- — « Nous sommes une mesme chair: je di tout le genre humain » (Opéra LU, p. 474). (Voir encore 2 Thessaloniciens III, 5 ; 0/>era XXVII, p. 622, etc,. etc.)

de Dieu en ce monde et tenir son siège, afin de rendre droit à chacun. Il y a aussi de telles choses requises qu"il n'y aura créature mortelle qui y puisse fournir. Il faut donc que Dieu y besongne de sa main propre. Et pourtant apprenons de nous exercer à cest usage que S. Paul note ici. c'est asçavoir quand on élit des pasteurs qui soyent spécialement députez pour anoncer l'Evangile, qu'on face prières pour l'édification commune de tous. Quand on élit des iMagistrats, qu'on demande aussi à Dieu qu'il luy plaise de les remplir tellement de sa grâce, qu'ils puissent fidèlement exercer leur charge pour en rendre conte quand ils viendront devant le grand Juge '. » — La base du gouvernement ecclésiastique et politique, c'est l'élection. L'élection est un acte sacré, saint auquel il faut se préparer par la prière ^.

En 1 555-1 556, dans sa longue série de Sermons sur le Deiitéronome^ Calvin développe et précise sa théorie. Dieu a manifestement déclaré que la meilleure forme de gouvernement, la plus libérale, c'est-à-dire celle où l'Etat est le plus libre, c'est le gouvernement dirigé par des magistrats élus. « Si on disputoit des gouvernements humains, on pourroit dire, que d'estre en un Estât libre, c'est une condition beaucoup meilleure que d'estre sous un prince '. » — « Ceux ausquels Dieu a donné liberté et franchise, qu'ils en usent avec action de grâce, comme d'un bénéfice singulier, et d'un thrésor qui ne se peut assez priser '\ » — « Dieu, quand il a ordonné des juges, du commencement a monstre que c'est une chose désirable, qu'un peuple soit gouverné en public, et que les loix dominent, et qu'il n'y ait point héritage, et que ceux qui sont éleus mesmes soyent tenus à rendre compte, et qu'ils n'ayent point une licence infinie, pour dire : « Je veux » cela ; il me plaist ainsi "'. »

Aux juges succède la royauté. Dieu accorde un roi aux Israélites, mais c'est pour les punir, « pour les tourmenter, pour les piller en leurs maisons,... brief ils seront là comme povres esclaves. Voila ce qu'ils ont gagné à demander un roy. » Calvin souligne fortement la pensée de l'écrivain sacré. « En ce passage, dit-il, nostre Seigneur monstre que, quant à la police terrienne, il avoit choisi le meilleur estât qui fust au monde. » Quel est cet état ? pas la monarchie.

Page 1