‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son temps (volume 3)Chapitre 101 sur 176 · opéra \AV, p · texte numérisé non relu

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->. « Ce .n'est point une formalité ou une cérémonie d'eslire des juges, et magistrats ; mais c'est une chose saincte, en laquelle on doit procéder avec toute révérence. » Opéra XXVII, p. 413. ■< Qu'on demande à Dieu qu'il préside, qu'il donne prudence et discrétion » Ibid., p. 411. — «Mesmes si quelqu'un veut prendre un bouvier pour son bestail, encores voudra-il qu'il soit diligent, et qu'il y ait de la preud'hommie.... S'il est question de choisir gens, qui président sur la justice, et qui gouvernent au nom de Dieu, non pas seulement les petis enfans, mais les grands, comment y procède-on?... On regarde seulement à la cérémonie et à l'apparence, comme si on vouloit jouer une farce. » (Opéra LUI, p. 451, Sermon XXXVII sur i Timothée.) — « Quand on doit faire des élections, comme aujourd'huy se doyvent élire les gouverneurs.... combien y en ?.-il qui pensent à Dieu?.... J'en ay rencontré de mes rustres, que je pourroye bien marquer au doigt, mais il n'est jâ besoin, car on les cognoist assez : les uns s'en alloyent devers le Bourg-de-Four, les autres tiroyent ici bas. Il leur semble aussi qu'ils n'eussent point eu loisir de desjuner, sinon de choisir l'heure du sermon. J'ay veu cela de mes yeux en venant au temple. Et n'est-ce pas une honte par trop notoire? » (Ibid., p. 475, 476.)

3. Sermon CIV sur le Deutéronome. Opéra XXVII, p. 45S. — 1. Jbid. — o. Ibid., p. 459.

« Quant à la police, Testât meilleur et le plus désirable c'estoit d'avoir des Juges, c'est à dire d'estre en liberté, et que les loix cependant dominassent. Or de là nous sommes admonnestez, combien que toute police terrienne mérite d'estre prisée comme chose saincte et utile pour maintenir Testât humain : si est-ce que quand il plaist à Dieu de nous donner un gouvernement ainsi moyen, et qu'il n"y ait point de tyrannie, et qu'il y ait des Magistrats, qui gouvernent en telle sorte que les loix ont leurs cours, que c'est un privilège spécial.... Car c'est une chose bien plus supportable, que nous ayons des gouverneurs, qui soyent choisis et éleus, et qui exercent l'office, et qui se cognoissent estre sujets aux loix, que d'avoir un prince qui dira le mot sans raison; et puis quelque enfant qu'il ait, il sera héritier ; et s'il est un fol estourdi, s'il est le plus cruel du monde, si faut-il luy obéir. C'est bien donc une chose plus supportable, que nous ayons des Juges et gouverneurs '. »

Ainsi deux sentiments aussi vifs Tun que l'autre : besoin de gouvernement, besoin de liberté. A l'homme libre quel est le gouvernement le plus « supportable ? » Pas la monarchie héréditaire, pas même la monarchie élective, mais une république avec des magistrats électifs. « Que le peuple élise. Or c'est un don singulier qu'une telle liberté. Et de faict nous voyons qu'elle n'est point permise à tous. Là où les princes dominent, ils ordonnent les juges à leur phantasie et appétit, et l'ambition fait là tout. Qu'un courtisan qui aura crédit, non seulement obtiendra les offices, mais il les fera distribuer à sa porte. La corruption est encores plus grande et plus villaine : car les offices s'exposent aujourd'huy en vente, tout ainsi qu'autre marchandise. Quand donc nous voyons de tels exemples, cognoissons que c'est un don inestimable, si Dieu permet qu'un peuple ait liberté d'élire juges et magistrats. Et de faict, quand Dieu a donné un tel privilège aux Juifs, il a ratifié par ce moyen son adoption, et qu'il les avoit choisis pour son héritage ; et qu'il vouloit que leur condition fust meilleure et plus excellente que celle de tous leurs voisins, où il y avoit des rois, et des princes, et nulle liberté. Or comme cela mérite d'estre en grande estime, aussi ceux qui ont obtenu un tel bien en doivent user en bonne conscience et pure -. » — « Si nous avons la liberté d'eslire juges, et magistrats, d'autant que c'est un don excellent, qu'il soit conservé, et qu'on en use en bonne conscience ■*. »

C'est en i556, dans ses Leçons sur les dou{e petits prophètes, que Calvin prononce son dernier mot. Son idéal est un gouvernement de magistrats électifs, élus par le peuple, « par les voix communes du peuple » (ce qui, pour l'époque, était bien le suflFrage universel). Michée V, 5 : « Et il sera la paix ; quand TAssyrien sera venu en nostre terre, et qu'il aura marché en nos palais, lors nous constituerons sur luy sept pasteurs, et huict hommes des principaux. »

Calvin reprend : « Nous constituerons donc, c'est à dire, nous nous élirons des pasteurs. Si quelqu'un allègue au contraire que c'estoit à Dieu d'ordonner et establir des pasteurs à son peuple, je confesse bien que cela est vray : mais je di

1. opéra XXVII, p. 459, 460. — "i. Ibid., p. 410, 411. — •'!. Ibkt., p. 411-

que ceci n'a point este mis sans propos par le prophète. Car il magnifie ici le bénéfice singulier de Dieu, asçavoir, que le peuple sera remis encore en sa liberté. Et de fait, c'est un estât le plus désirable qui snit, quand les pasteurs sont éleiis et créei par les voix communes du peuple'^. Car là où quelqu'un usurpe empire et domination par violence, c'est une tyrannie trop barbare. Là où aussi les rois dominent par succession et droit d'héritage, cela ne semble point bien convenir à la liberté -. Nous nous constituerons donc des princes, dit le prophète ; c'est à dire, nostre Seigneur ne nous fera pas seulement ce bien, que TEglise respire, et qu'elle ait quelque relasche, mais aussi qu'elle dresse et establisse un gouvernement certain, et une police bien ordonnée, et que cela se face par la voix commune de tous '\ »

Enfin, en i563, après V Institution, Calvin répète ce qu'il a dit avant : « Elire ses magistrats n'est pas donné à tous : c'est une prérogative {prerogativa) dont Dieu a trouvé bon de gratifier le peuple élu {electum populum dignatus est) \ »

Ces déclarations sont d'une netteté, d'une fermeté qui ne laisse rien à désirer. A la royauté Calvin oppose un gouvernement représentatif, reposant sur l'élection des magistrats par le peuple, par les a voix communes de tous. »

C'est évidemment le moment de signaler la thèse, que nous aurons à discuter plus loin, et qui consiste à dire que la démocratie peut bien avoir été le résultat du Calvinisme; mais que la démocratie moderne n'est pas due à Calvin.

M. Borgeaud: « La démocratie moderne est l'enfant de la Réformation, non pas des Réformateurs •'. » — Beyerhaus : « Que le Calvinisme, dans ses tendances politiques, ait agi en faveur d'une aristocratie mitigée (gemàssigten) et d'un système représentatif, et n'ait pas été étranger « à la création d'une prédisposition à l'esprit démocratique, cela ne nous regarde pas en ce moment. Dans la description des idées politiques personnelles à Calvin, ces points de vue postérieurs doivent être éliminés". » — M. Lang félicite Beyerhaus d'avoir fait pour la sociologie ce que Rieker avait fait pour l'ecclésiologie, et d'avoir montré v la différence qu'il y a entre l'esprit politique de Calvin et celui du Calvinisme postérieur. » Il ajoute : « Le Calvinisme, mais non Calvin, a une prédisposition pour la démocratie ^ » — Et enfin W. Kœhler, parlant des idées de Kuyper, écrit : Dire que « le Calvinisme a transformé la structure de la société, c'est moderniser le Calvinisme. Sans doute il a été un précurseur des droits de l'homme, mais s'il l'a été, c'est qu'il l'est devenu **. »

Nos lecteurs ont sous les yeux les jugements des historiens et les textes de Calvin: ils sont à même de se former leur propre opinion.

1. Hic enim maxime est optabilis status populi, creare communibus suffragiis pastores (et le mot pasteur, — le contexte l'indique, — est synonyme de tout magistrat ayant autorité).

"2. Ul)i etiam reges nascuntur haereditario jure, hoc non videtur consentaneum esse libertati.

.3. Idque fiât communibus omnium suffragiis. Opéra XLIII, p. 374.

l. Opéra XXIV, p. 610. — S. Borgeaud, Rise 0/ Democracy in Old and New England, 1894, p. 2. — ti. Beyerhaus, p. 108. — 7. Gotiingesche gekhrte Anzeigen, 1912, p. 268. — s. W. Kœhler, Theol. Jahresbericbt, 1904, p. 580.

3. Voilà comment Calvin expliquait TEcriture ! Voilà comment il faisait de l'exégèse à ses cours et de l'édification en chaire ! — Certes jamais parole ne fut plus biblique : mais jamais parole ne fut plus actuelle. Il voyait tout à travers la Bible ; mais à travers la Bible il voyait tout. Moïse, Samuel, David, Josias, Jérémie, Ezéchiel, Amos, Daniel, Nahum, Michée, saint Paul, saint Pierre, et avant tout Jésus-Christ lui-même, le Fils de Dieu, et tous ses prophètes et ses apôtres qui le glorifient dans le ciel, vivaient ainsi en plein seizième siècle, s'adressaient au seizième siècle, parlaient sa langue et lui disaient ce qui l'intéressait, à cette heure-là, à ce moment-là. La Bible inspirée, précisément parce qu'elle était inspirée, c'était l'histoire contemporaine ; c'était la foi contemporaine ; c'était la politique contemporaine ; c'étaient les faits et les idées non seulement de l'époque, mais du jour.

On comprend que les foules avides, frémissantes aient suivi ces leçons, ces sermons, si étrangers les uns et les autres au genre ennuyeux, si pleins les uns et les autres, si tissés, si pétris, si animés de toutes les préoccupations, de toutes les espérances, de toutes les joies, de toutes les douleurs, de toutes les passions de l'orateur et des auditeurs.

C'était solennel, grand, sacré comme le temple de Saint-Pierre, et à chaque instant c'était intéressant comme un article de journal.

Et cette parole, fixée par les mains amies et rapides des secrétaires, bientôt imprimée et traduite, cette parole qui faisait l'éducation religieuse et civique des habitants de Genève, allait faire l'éducation religieuse et civique de tout le peuple calviniste, dans les pays de langue française, de langue anglaise, de langue allemande, et une génération naissait, s'élevait, grandissait, portant le calvinisme (non pas seulement théologique, mais aussi politique et social) dans la moelle de ses os, dans les tissus de son cerveau, dans toutes les fibres de son cœur.

Ce n'est donc pas sans un très grand étonnement que l'on rencontre des protestations contre ce qui apparaît comme une vérité si incontestable contre un fait si évident. Il y a des protestations et des objections.

I. La première objection est une personne, si j'ose dire, à savoir Jean Morelli et son système. — Castellion, Servet et... Morelli.

Sur Morelli il n'existe qu'un article de la France protestante (i'^ édition, vu) et un article de O. Douen (dans V Encyclopédie des sciences religieuses^ de Lichtenberger, ix), le premier plus modéré, le second plus passionné. iMorelli aurait voulu ramener la discipline ecclésiastique à ses origines « démocratiques », avant la (( hiérarchie », et remettre toutes les décisions à « l'assemblée » même des fidèles. Il fut victime des passions « cléricales » de Calvin, de Bèze, des Synodes. Il marche en tête du groupe qui protesta contre « la suppression de la liberté religieuse des minorités et des individus. » — Est-ce vrai ?

L'ouvrage de Morelli lui-même est intitulé Traicté de la discipline et police chvestieuue à Lyon, i562, et, comme cet ouvrage est devenu très rare, on en parle en général sans l'avoir lu '.

D'après Morelli, la discipline des Eglises, « assez bonne » pour le moment, n'offre « aucune assurance pour une diuturnité ; » elle est « aristocratique » parce qu'elle « consiste es meilleurs personnes -. » Il faut la renverser de fond en comble, et au gouvernement par le Consistoire il faut substituer le gouvernement par « l'assemblée. » — Et toutefois Morelli se défend de vouloir établir un « gouvernement démocratique. » « Je nieray, dit-il, un tel gouvernement que nostre Seigneur a institué, estre une démocralie et estât populaire. Car un tel estât a deux marques, qui démonstrent sa corruption : l'une que le peuple se met par dessus les loix et fait à sa fantasie force décrets les uns sur les autres ; l'autre qu'il n'y a conseil public qui le conduise, ains seulement certains flateurs populaires, qui tiennent la main les uns aux autres et complottent entre eux, ce qu'ils veulent estre passé et approuvé par le peuple. Or en l'Eglise de nostre Seigneur la discipline et ordonnance d'iceluy estant receues, aucune chose semblable n'est à craindre ^ » Ce qui est difficile à comprendre. « E'assemblée » du peuple sera-t-elle souveraine ? la « discipline et l'ordonnance seront-elles votées par l'assemblée populaire ? » Morelli semble donner et retenir. Voyons.

Il y a un Consistoire qui doit être « réparé et refaict par élection continuelle de l'Eglise, qui doit estre éleu, repurgé et corrigé par elle de fois à autre'*. » Mais ce Consistoire ne décide rien, il donne des avis, des préavis à l'assemblée. — Puis il y a un second Conseil « modérateur », composé des « plus sages, plus craignans Dieu, et même versés en l'Ecriture, » ce qui sans doute ne le distingue en rien du Consistoire, et ramène à la tête de l'Eglise ces « meilleurs », ces aristocrates, dont Morelli ne voulait pas tout à l'heure. — Ce second Conseil délibère sans avoir « aucune communication avec l'autre, » de peur de « complot » ". Et à son tour il donne des avis, des préavis.

Alors l'Eglise se réunit. Morelli se fait fort de prouver « que trente mille se peuvent presque aussi facilement assembler, et dire leur advis aussi distinctement, et en aussi bref temps que pourroyent faire cinq mille °, » « réunis toutefois en un mesme lieu et assemblée '. » A cette foule immense les deux Conseils communiquent leurs préavis, — lesquels ont des chances pour ne pas s'accorder, les deux Conseils ayant délibéré séparément, — et la foule des milliers et des milliers décide souverainement de tout, doctrine et discipline, hommes et choses. On le voit : le moins qu'on puisse dire, c'est que nous sommes en pleine utopie. Les Consistoires ordinaires siégeaient des jours et des jours. Combien de jours et de semaines la foule des milliers aurait-elle dû rester réunie sur la place pubHque ? Chandieu défiait le système de durer « trois mois » ^.

1. Nous nous sommes servi de l'exemplaire de la Bibliothèque de la Société de l'Histoire du Protestantisme français. — 2. Morelli, p. 26, 34, 35. — :î. Ibid., p. 32, 33. — 4. Ibid., p. 248, 249- — ^- Ibid., p. 113. — 6. Ibid., p. 34. — 7. Ibid., p. 112. — 8. Chandieu, La confiniialioti de la discipline rcclésiastique, etc., p. 239.

Lii gouverni;mp:nt 449

Mais cette impossibilité pratique n'était pas son moindre défaut. Après avoir reproché à la discipline calviniste de ne pas accepter tout le monde, Morelli excluait du nombre des membres de l'Eglise les enfants au-dessous de quinze ans, les femmes... et les marchands de « bled, et vins, et autres choses nécessaires à la vie de l'homme, qui attendent la mauvaise saison pour mieu.x faire leur main, ou lesquels vendent à bien haut prix marchandises. » Si quelques-uns consentaient à « ouvrir leurs caves, greniers et magazins » pour laisser faire une inspection par le Consistoire, et s'ils promettaient de vendre à des prix fixés, on pourrait les admettre '. Chandieu s'étonnait que Morelli voulût faire des pasteurs et des Anciens « les conducteurs d'un hôtel de ville, » et mêler « le gouvernement civil et l'Eglise". »

Et puis ce grand égalitaire instituait la plus criante inégalité entre les Eglises. Les grandes Eglises seules, les Eglises des « bailliages », les Eglises matrices, jouissaient des bienfaits de cette étrange liberté. Les petites Eglises étaient régies par « certains jurés et gouverneurs éleus des lieux mêmes ^ ; » ce qui n'était pas seulement de l'aristocratie, mais un despotisme royal.

Et enfin voici le pire. Sous prétexte d'exclure r« aristocratie », les « meilleurs », Morelli admettait qui que ce soit, y compris les « personnes vicieuses. » Peu importait. — Peu importe, disait-il, que dans l'Etat le nombre des « personnes vicieuses » l'emporte sur celui des « gens de vertu. » Elles n'abolissent pas les lois civiles les plus rigoureuses. Il en sera de même pour l'Eglise. Elle sera « heureusement maintenue en bonne discipline, encores que sans grande anxiété on reçoive un chacun '. » — « Ou il y a plus eu de paillardises, volerie, yvrongnerie, meurtres, blasphèmes, brief où toute iniquité a plus abondé, la miséricorde y a superabondé, et y a maintenant en tels endrois plus de modestie, crainte de Dieu, douceur et humilités »

Cependant Morelli consent à prendre quelques petites précautions contre les « porceaux, loups, léopards et autres monstres ''. » On réservera les honneurs, les charges comme « prix et loyers de la vertu, » et il n'y en aura aucun, « si meschant seroit, qui ne /m/ semblant de se ranger à l'obéissance de Dieu '. » — Les billets de confession et l'hypocrisie!

11 y a aussi un autre moyen, lequel est tout simplement la force, la force d'un gouvernement césaropapiste. « Les magistrats inférieurs seront contraints bon gré, malgré, faire profession de la vraye religion **. » Le prince idéal est le grand césaropape Constantin, qui sans doute dépassa « les limites de sa charge, » mais qui était bien excusable, car il cédait à « l'ardeur » d'un « saint désir®. » — Le prince « punit, voire de mort, les hérétiques et les dissidents. « Si l'Eglise est establie publiquement et par authorité des princes, tous conventicules et assemblées sont défendus sur peine de mort '". » — Et notre utopiste passe de l'idylle au drame.

1. Morelli, p. 120. — 2. Chandieu, p. 237, 238. — 3. Morelli, p. 249. — 4. Ibtd., p. 46, 47, 48. —

"i. Ibid., p. 48. — t). Ihid., p. 43. — 7. Ibid-, p. 9. — «. Ihid- Lettre dédicace. — '.t. Ibid-, p. 5, 6. — lu. Ibid., p. loi.

jE.\N CALVIN V 57

Voilà la grande objection que Ton oppose à Calvin ! Morelli fut un utopiste qui tempérait Tanarchie d'en bas. par le despotisme d'en haut, et dont l'eflFort principal consistait à supprimer le régime représentatif pour lui substituer le gouvernement direct. C'était un prédécesseur de Jean-Jacques Rousseau. N'est-ce pas Rousseau qui parle, quand Morelli écrit: « A l'Eglise est la souveraineté '. » « Pour alléguer aucun droit de représentation, il faut prouver que l'Eglise l'ayi pu céder et monstrer qu'elle l'a faict". » Avec ces idées, les Eglises protestantes et le protestantisme n'auraient pas duré « trois mois », selon l'expression de Chandieu ^.

2. Si nous laissons l'utopiste Morelli et le fanatique anticalviniste que fut O. Douen, nous serons peut-être plus étonnés de voir des auteurs, méritant tout respect pour le calme de leur science, parler à leur tour du caractère antidémocratique de la pensée et de l'œuvre de Calvin. M. de Crue : « Rien de démocratique chez le réformateur picard '*. « — M. Lang : « Le calvinisme, mais pas Calvin, a une prédisposition pour la démocratie ■'. » — Trœltsch : « La conception personnelle de Calvin était aussi antidémocratique [undemokratisch) et autoritaire que possible ^. » — Comment s'expliquer ce mystère ?

Tout d'abord, et surtout, parce que ces auteurs, ni les autres, n'ont fait une étude suffisamment complète de la pensée vraie de Calvin. Ils ne connaissent pas tous les textes que nous venons de citer ; ils ne se réfèrent qu'à quelques-uns d'entre eux, isolés, et ne pouvant produire une impression d'ensemble, la seule vraie.

De plus, certains de ces auteurs, et en particulier Trœltsch, se sont laissés

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