Opéra V, p
2. Ibid., p. 31. — Beyerhaus dit : « Il reste certainement dans le cercle des idées de Sénèque;mais la confession personnelle d'un véritable humaniste, de son amour pour la liberté, perce au travers. » (Beyerhaus, p. 19.) — Dans son Commentaire sur i Sam. VIII [Opéra XXIX, p. 553), Calvin dira : « Les tyrans usent de ce vieux proverbe : que la volonté tienne lieu de raison, et estiment qu'ils ne sont soumis à aucune loi. Mais ceux qui ont parlé un peu plus honnêtement, ont dit qu'ils vivaient selon les lois. Et sans doute cette parole est trop arrogante : ils ne sont soumis à aucune loi ; néanmoins elle a été introduite par l'usage dans les Instituts des empereurs romains. »
."!. Beyerhaus, p. 25. — Entre notre opinion, y^rtw Calvin I, p. 213-216, et celle de Beyerhaus, il n'y a donc guère que la différence d'une nuance. Beyerhaus se croit obligé de « critiquer d'une manière générale, » notre opinion, mais il ne veut pas « complètement la repousser. » (Beyerhaus, p. 25.)
l. Beyerhaus, p. 109, qui cite Kampschulte, I, p. 273.
pas facile à discerner laquelle seroit la plus utile, tellement elles sont quasi égales, chascune en son pris ^ On compte trois espèces du régime civil : c'est à sçavoir monarchie (qui est la domination d'un seul : soit qu'on le nomme Roy ou Duc ou aultrement). Aristocratie, qui est une domination gouvernée par les principaux et gens d'apparence, et Démocratie, qui est une domination populaire, en laquelle chascun du peuple ha puissance. Il est bien vray qu'un roy ou autre, à qui appartient la domination, aysément décline à estre tyrand. Mais il est autant facile, quand les gens d'apparence ont la supériorité, qu'ilz conspirent à élever une domination inique. Et encores il est beaucoup plus facile, où le populaire ha auctorité, qu'il esmeuve séditions. Oultreplus, si nous ne fichons pas seulement noz yeux sur une ville, mais que nous regardions et considérions ensembléement tout le monde, ou bien que nous jettions la veue sur divers pais, certainement nous trouverons que cela ne s'est pas faict sans la Providence de Dieu, que diverses régions feussent gouvernées par diverses manières de polices. Car comme les élémens ne se peuvent entretenir, sinon par une proportion et température inégale, aussi les polices ne se peuvent pas bien entretenir sinon par certaine inéqualité ^. »
On le voit, loin de fuir toute spéculation, Calvin spécule et explique bel et bien ses idées sur la meilleure forme de gouvernement. La royauté n'est pas la meilleure, c'est la plus mauvaise, « la moins plaisante, qui n'a jamais été du goût de toutes gens d'excellent et haut esprit. » Ce qu'il déclare « vaine occupation », ce n'est pas cette discussion à laquelle il se livre, c'est la préoccupation du simple particulier, qui « n'a pas autorité d'ordonner les choses publiques. » Donc, tout autre chose.
Et la preuve, c'est qu'en i543, au moment où l'on prétend qu'il sort de u sa réserve », il ne supprime pas ce qu'il a dit de la « vaine occupation » des simples particuliers. Il reproduit mot à mot tout le texte de i536 et se borne à intercaler dans ce texte deux additions, qui ne constituent pas du tout une théorie nouvelle, mais qui complètent ou expliquent sur deux points la théorie déjà donnée.
La première addition explique précisément en quoi consiste la « vaine occupation » des simples particuliers. C'est quand ils disputent du meilleur état « pour l'avenir, dans le lieu où ils vivent (futuriis, in eo quo vivunt loco) ^ Cette addition, maintenue en i55g, n'a pas pénétré dans le texte français de i56o.
La seconde addition est plus considérable. « Vray est que si on fait comparaison des trois espèces de gouvernemens, que distinguent les philosophes, je ne contesterai pas du tout que soit l'aristocratie, soit un état mélangé d'aristocratie et de démocratie (politia) ne soit de beaucoup le plus préférable '\ Car cela a tous-
i. Ici, à partir de; On compte... » jusqu'à " ...qu'il esiiieiive scdilion ■•, le texte français est une parapfirase du texte latin plus court ; '■ Proclivis est a regno in tyrannidem lapsus ; scd non multo difticilior, ab optimatum potestate in paucorum factionem ; multo vero facillimus a populari doniinatione in seditionem. » — 2. Opéra I, p. 232, 233 (1536); Bf, p. 759, 760 (1539). — .'i. Opéra I, p. 1105.
4. Je traduis cette première plirase directement du latin de 1543 : « Minime negaverim vel aristocratiam, vel temperatum ex ipsa et politia [démocratie, selon l'usage grec du mot nùnuu] statum aliis omni-
jours esté approuvé par expérience : et Dieu aussi l'a confermé par son authorité, quand il a ordonné qu elle eust lieu au peuple d'Israël, du temps qu'il l'a voulu tenir en la meilleure condition qu'il estoit possible, jusques à ce qu'il produisist l'image de nostre Seigneur Jésus en David. Et de faict, comme le meilleur estât de gouvernement (inillum giiberimtionis gemis beatins) est cestuy là, où il y a une liberté bien tempérée et pour durer longuement, aussi je confesse que ceux qui peuvent estre en telle condition sont bien heureux, et dy qu'ils ne font que leur devoir, s'ils s'employent constamment à s'y maintenir. Mesmes les gouverneurs d'un peuple libre doyvent appliquer toute leur estude à cela, que la franchise du peuple, de laquelle ils sont protecteurs, ne s'amoindrisse aucunement entre leurs mains. Que s'ils sont nonchalans à la conserver, ou souffrent qu'elle s'en aille en décadence, ils sont traistres et déloyaux. Mais si ceux qui, par la volonté de Dieu, vivent sous des princes, et sont leurs sujets naturels, transfèrent cela à eux, pour estre tentez de faire quelque révolte ou changement, ce sera non seulement une folle spéculation et inutile, mais aussi meschante et pernicieuse ouhreplus'.... » Et cela tire certaines conséquences de la théorie donnée, mais ne constitue pas une théorie nouvelle. Le texte de iS^i développe, un peu, très peu, celui de i536-i539, mais le développement est naturel, logique. En i559, le texte de 1 536-1 543 est maintenu, toutefois avec une nouvelle addition : « Et cela non point de soi, mais pour ce qu'il n'advient pas souvent (rarissime) et est quasi miracle, que les rois se modèrent si bien, que leur volonté ne se fourvoyé jamais d'équité et droicture. D'autre part, c'est chose fort rare qu'ils soyent munis de telle prudence et vivacité d'esprit, que chacun voye ce qui est bon et utile. Parquoy le vice, au défaut des hommes, est cause que l'espèce de supériorité la plus passable et la plus seure, est que plusieurs gouvernent, aidant les uns aux autres, et s'advertissant de leur office, et si quelqu'un s'eslève trop haut, que les autres luy soyent comme censeurs et maistres ". » Ainsi, de i536 à 1559, l'opposition de Calvin à la monarchie est évidente, constante et va en augmentant.
3. Précisons un peu. — Calvin s'est montré très opposé à la monarchie universelle. « Ils aimeinent l'exemple des grues et des mouches à miel, lesquelles eslisent tousjours un roy ou gouverneur, et non pas plusieurs. Je reçoy volontiers ces exemples. Mais je demande si toutes les mouches à miel, qui sont au monde, s'amassent en un lieu pour eslire un roy. Chacun roy est content de sa ruche; pareillement chacune bande de grues a son conducteur propre.... Mais encores le cas posé qu'il soit bon et utile, comme ils veulent, que tout le monde soit réduit en monarchie, ce qui est néantmoins très faux » (le latin, plus énergique, dit : quod est absurdissimwn) ^, etc. »
bus longe excellere. » — La traduction française de 1545 remplace cette déclaration précise en faveur de la démocratie par une déclaration beaucoup plus vague : « Que la prééminence de ceux qui gouverneront, tenant le peuple en liberté, sera plus à priser. »
1. Opéra I, p. 1105, 1106. — 2. IV, XX. 8. — 3. 1543, p. 601. IV, vi, 8, 9.
Beaucoup plus tard, en i56i, dans ses livres sur Daniel, Calvin dira : « Tant plus une rivière courra vite, et puis tant plus elle sera creuse et large, tant plus elle apportera de dommage à tous les voisins, si elle se desborde une fois. Ceux là donques sont du tout hors du sens qui désirent les souveraines monarchies, pour ce qu'il ne se peut faire, que l'ordre et police légitime ne diminue d'autant, là oii un seul homme occupe si grande estendue de païs '. »
Evidemment Calvin n'est ici pas un novateur : il a eu des devanciers. Mais enfin il repousse nettement la théorie romaine du Moyen Age sur l'empire universel et unique, et i! se met du côté des premiers défenseurs des royaumes nationaux et des nationalités.
4. Pas de monarchie universelle, et, dans chaque nation, pas de monarchie exerçant l'autorité civile et l'autorité religieuse.
La papauté a tort de pousser à la Césaro-papie « afin que par ce moyen il n'y ait aucune dispute de la religion ; mais que le roy seul ait toute puissance d'ordonner à son appétit tout ce qu'il voudra, et que cela soit un arrest irrévocable sans contredit.... Et cela m'a tousjours navré grièvement le cœur. »
Mais on a tort également en Allemagne de pousser à la Césaro-papie : « Il y a des gens inconsidérez qui les font par trop spirituels. Et c'est un vice qui règne par toute l'Alemagne, et en ces païs il n'a que par trop la vogue. Et maintenant nous sentons par expérience quels sont les fruicts qui viennent de ceste racine-là, c'est asçavoir, que les princes, et tous ceux qui ont souveraine puissance, s'estiment estre tant spirituels, qu'il n'y doit plus avoir de régime ni de gouvernement ecclésiastique. Et ce sacrilège-ci règne entre nous, d'autant qu'ils ne se peuvent contenir en leur office, sans outrepasser les bornes de raison : mais ils pensent qu'ils ne peuvent régner, sinon qu'ils abolissent toute l'authorité de l'église et qu'ils soyent souverains et derniers juges, tant en la doctrine qu'en toute la police et gouvernement spirituel -. »
Pour apprécier la réalité et l'importance de la révolution accomplie par Calvin, il suffirait de voir l'étonnement que cette révolution produisit sur des protestants mêmes, ayant du reste toutes ses autres idées. C'est ainsi que Jean Haller écrit, le 9 février i562, à BuUinger : « Cela me choque que beaucoup de welsches (c'est-à-dire Calvin et ses amis) ont dans la tête une étrange conception de la puissance et juridiction ecclésiastiques. Ils semblent en exclure complètement le magistrat et ne lui laisser que la garde de l'Eglise : c'est ce qu'ils appellent la liberté ecclésiastique ^. » Parfaitement. Voilà jusqu'à quel point la chrétienté protestante luthérienne et zwinglienne était césaro-papiste, et jusqu'à quel point Calvin était opposé à la césaro-papie '\
1. 1561. Praelectiones in Danielem, ch. II, v. 39. — Opéra XL, p. 597-598. trad. de 1562. Exemplaire de la Bibliothèque de la Faculté de théologie de Montauban. Il n'e.xiste, parait-il, que trois exemplaires de cette traduction. Opéra XL. Prolégomènes.
2. Leçons sur les douze petits prophètes, Ames, chap. VII, 13. — :!. Opéra XIX, p. 281.
4. C'est ce que la plupart des Luthériens ne veulent pas arriver à reconnaitre. Ainsi K. Sell (Der
5. Pasune monarchie héréditaire. C'est ce que Dieu a vouki montrer en instituant un Juge « souverain » : « Non pas que cela fust héréditaire, mais selon que Dieu par son S. Esprit suscistoit un homme, celuy-là devoit gouverner tout le peuple'. » Et il n'y avait « point héritage, » et il n'y avait « point une licence infinie pour dire : je veux cela: il me plaist ainsi. »
Mais il ne suffirait pas de dire que, en théorie, Calvin a mis au troisième rang, sur trois, le gouvernement monarchique. Calvin s'est livré à une critique extrêmement vive des rois.
En i55i, dans son Commentaire sur Esaïe : « Ce sont les conseilz des rois et des princes, de faire leurs besongnes par fraudes et finesses ^ » — Ils ne cessent d'inventer de nouveaux impôts, et « ravissent la plus grande partie des choses, dont le povre populaire ne se peut passer. » Ils envoient des exacteurs « qui sont comme des chiens de chasse au service des tyrans, pour flairer et suyvre l'argent à la trace, afin de faire quelque exaction extraordinaire.... et qui ne cessent jamais jusques à ce qu'ils ayent sucé le sang et la mouelle des oz \ » Bien souvent parmi les monarques u celuy qui est le plus puissant peut bien estre dit et nommé riche fils d'un grand brigand \ » Les plus grands rois sont les pires : « D'autant que les roys sont plus puissans, ils pressent davantage leur peuple ^ »
En i553, furent prêches les Sermons sur les huit derniers chapitres du livre de DanielK « Voilà la façon de dominer, qui est aujourd'huy au monde; et les brigands domineront bien ainsi, quand ils seront en un bois; ils ne veulent pas estre subjects à loy, ni à équité aucune. Quand donc les princes voudront ainsi dominer, qu'ils s'en aillent parmi les brigands.... Il vaudroit donc mieux qu'ils fussent brigands, quand ils veulent dominer sans propos, et que Dieu n'ait nulle autorité par dessus eux ; et toutefois on en fait si peu de cas aujourd'hui que cela vient en coustume '. » « Quand les princes voudront desroguer à la majesté de Dieu... fi ! ce n'est qu'ordure d'eux.... Quand ils s'eslèveront contre Dieu, il faut qu'ils soient mis en bas, et qu'on ne tienne plus compte d'eux, non plus que de savattes •*. »
En i557, dans son Commentaire sur les Psaumes, Calvin dit: « Nous sçavonset le voyons par expérience, que presque tous les roys sont enyvrés de leur grandeur,
Ziisammenhang von Reformation und potitisclier Freilieit, 1910, p. 54 ss.), écrit que partout [iiberall) la Réformation fortifia le pouvoir des princes, et que l'émancipation ne commença que dans les pays où le calvinisme était persécuté. C'est inexact pour Calvin et pour Genève.
1. Sermons CIV, CVsur le Dcutéronome. Opéra XXVII, p, 448, 459- — i- Ibui-, XXXVI, p. 665. Chap. XXXIX, I. (Trad. 1552). - 3. Ibici., XXXVI, p. 573. Chap. XXXIII, 18. — l. Ibid., XXXVI, p. 624. Chap. XXXVII, 10. — 3. Ibid., XXXVI, p. 168, 332. Chap. VIII, 7, et XIX, 4.
6. D'après Opéra XXV, p. 592 (Notice littéraire), ils furent publiés en 1565, après avoir esté comme en prison par l'espace de douze ans. — ". Opéra XLI, p. 418. — S. Ibid., p. 415.
et n'est point sans raison que ce proverbe-ci a autrefois esté en usage : il faloit qu'il nasquist ou roy, ou fol. Il est vray qu'on l'interprétoit mal, à sçavoir, d'autant que souvent il advient que ceux qui ont le gouvernement des royaumes et principautés sont fols et sots. Et certes c'est une vengence de Dieu bien notable, que des bêtes (bestiae), et gens du tout indignes d'estre nombrez entre les hommes, tiennent le plus souvent les souverains empires*. — « Quand les rois profanes veulent magnifier, maintenir et eslever haut leur puissance, pour ce faire, ambition, fierté, outrecuidance, présomption, cruauté, exactions, rapines, violence sont leurs chevaux et chariots. Et pourtant n'est-ce pas de merveille si bien souvent du haut de leurs sièges, enflez d'orgueil et de pourriture. Dieu les jette en bas ^. »
V Institution de \55q paraît, et tandis qu'on publie la traduction de i56o, voici les Leçons sur les dou^e petits prophètes, en i56o aussi. Amos V, lo : « Les rois veulent estre privilégiez et exempts de toute répréhension {sacro sancti). Incontinent la majesté de Dieu est blessée en leurs personnes... d'autant qu'ils ne pensent pas estre du rang, commun des autres. » — Et d'une façon générale sur les grands seigneurs : Ibid., IV, i : « Escoutez ceste parolle, vaches de Bazan, les quelles demeurez en la montagne de Samarie, les quelles opprimez les povres, foulez les indigens. » — « Quelles est donques vostre opulence et richesse ? C'est de la graisse, et pour ce je ne vous estime de rien de plus que des vaches. Il est vray que vous estes gros et gras ; mais vostre grandeur et puissance ne m'estonnera pas.... Si les principaux et gouverneurs du royaume mettent en avant leurs richesses et authorité, tout cela, dit-il, n'est que graisse. Cependant vous n'estes que des vaches pour tout potage, et vous tiendray pour vaches, c'est-à-dire je n'useray pas de moindre liberté envers vous que je feroye avec mes vaches et mes bœufs.... Il ne daigne pas s'adresser à eux comme à des hommes, ne leur faire cest honneur. Et néanmoins ils se vouloyent exempter du rang commun des autres, comme s'ils eussent esté quelques grans personnages, ou quelques demy-dieux. Le prophète les appelle ici par mespris des vaches, et puis il leur oste le nom d'hommes. »
Ibid., verset 2. « Ici le prophète Amos prononce quelle punition et vengeance doit advenir sur ces gros bœufs et gras, qui mesprisent Dieu quand ils sont soûls, et s'endorment en leur graisse. »
Nahum II, 1 1 , 12 : « Ou est la retraite des lions, et le lieu de la pasture des lions ? où se retiroyent le lion, voire le lion, le faon du lion, et n'y a nul qui luy face peur ? Le lion emportoit tout ce qui luy fallait pour ses petis, et estrangloit pour ses lionnes, et remplissoit ses cavernes de proye, et ses forts de p,-oye. » — « Le prophète nous représente ici comme en un miroir, ce que nous voyons encore aujourd'huy, et ce qui s'est toujours et de tout temps observé en tous grans empires. [Pensons à la France.] Car où il y a grande puissance, là aussi il y a grand desbordement ; et depuis que les rois et leur conseil sont une
1. Psaume CI, 2. Opéra XXXII, p. 56. — "i. Psaume XLV, 46. Opéra XXXI, p. 451-
fois accoustumez à piller, il n y a plus nulle fin ni mesure. Et mesmes ils sont enflambez d'une telle cupidité et rage, que tous leurs appétis ne tendent sinon qu'à dévorer, qu'à mettre en pièces, dissiper et estrangler tout. [Pensons à Henri II et aux Guises] ... Cela est une chose toute notoire, que le prophète ne parle point sans cause si souvent des lions et Honnesses. II dit donques, le lioii renoit là, la lionnesse et puis le petit lionceau, par lesquelles paroUes il signifie, qu'en ceste ville-là, où le roy habitoit, et qui estoit la ville capitale [pensons à Paris], en laquelle on devoit avoir droit et justice, au lieu de cela c'estoit une caverne de bestes sauvages et cruelles, pour ce que le roy et semblablement tout son conseil avoyent despouillé toute humanité. Leurs femmes aussi [pensons à Diane de Poitiers] estoyent comme Honnesses, et leurs enfants et domestiques, comme petits lionceaux.... C'est donques ce que nous descrit ici le prophète par ces propos, et ce que nous voyons de nos yeux.... Quant à ce qu'il dit que le lion estrangloit pour ses Honnesses, à la mienne volonté que nous n'eussions point aujourd'hui de Honnesses qui sçavent bien d'elles-mesmes tout dévorer ! xMais nous en voyons aucunes qui surmontent tous les hommes du monde en cruauté et audace. » [Marie la Sanglante, Diane de Poitiers, Catherine de Médicis.]
Osée 11:9. « Les grands rois et princes du monde pensent que les yeux de tous les autres sont esblouys par leur grandeur et magnificence ; et c'est pourquoy ils se jettent si hardiment hors des gons, et ils se donnent une telle licence qu'on la voit : ils cuident que leur fiente et ordure n'est que musc et parfum. »
En i56i * parurent les leçons sur Daniel.
VI, 5. « Ils tiennent pour leurs grans mignons gens stupides et qui sont semblables à eux, gens adonnez à avarice et rapines, très cruels et desbordez en toute licence.... Maintenant les roys n'ont autre égard sinon d'eslever en honneur leurs le?tones, vel sciirras, ou ceux qui les flattent. Cependant ils n'avancent sinon gens qui ne valent rien, et lesquels Dieu a comme flétri et marquez d'ignominie, et combien qu'ils soient indignes d'être tenuz au nombre des hommes, toutefois ils sont les roys des roys '^. »
XI, 6. « Le nom de mariage de soy est honorable ; il est ici mis comme par opprobre, à fin que nous sçachions que tant le roy Ptolémée, qui a vilainement prostitué sa fille, comme aussi Antiochus qui quitta sa femme pour en prendre une autre qui n'estoit pas sa femme, mais sa paillarde, sont ici condamnez par la bouche de l'ange. Et possible que par ce mesme moyen. Dieu a voulu faire cognoistre quelles sont toutes les alliances des princes. Car ils ont toujours les plus belles couleurs du monde, à sçavoir le repos des peuples, la paix publique, et tout ce qu'ils sçavent bien faire trouver bon. » C'est pour « gaigner la faveur et la louange du sot populaire. » Mais toutes « ces droitures servent finalement à trahir les uns les autres, et espiant les moiens et les occasions de ce faire ^.
1. Une traduction française parut en 1562; on en connaît trois exemplaires, dont un à la Faculté de Montauban. — 2. Opéra XLI, p. 4. — :!. Ibid., p. 227.
La même année, ou Tannée suivante (en tous cas avant i562) furent publiées les Homélies sur \q premier livre de Samuel '.
« Par exemple, si le prince trouve son plaisir [si vcliiptati habeat) à se créer des délices {facere sibi delitias) en montant à cheval, il ne respecte les chevaux d'aucun particulier.... » Et que dire « de Tavarice, de la cupidité avec laquelle les supérieurs dévorent les biens des inférieurs ? » « Car souvent ils sont comme des lions, ayant la gueule ouverte, et dévorent le malheureux peuple, et de leurs ongles tenaces, ils deschirent les malheureux '^. » « De là apparaît quelle bonne foi il y a le plus souvent {plerumque) dans les princes, qui promettent beaucoup de choses libéralement ; mais qui jamais [minquam) ne sont fidèles à leurs promesses, si ce n'est qu'ils y aient intérêt ^ » « Les princes ont l'habitude (soient) de violer tout droit, toute équité, sous prétexte de puissance et d'autorité ''. » « Ainsi Saùl montre qu'il a toujours transformé sa royauté en simple tyrannie ; qu'au lieu d'être berger, il est boucher. Il est le chef; les autres sont des brigands, ne respirant que rapine '. »
De i562 sont les Sermons sur le Deutérouome : « Sur tout ceste dignité royale est pour esblouir les yeux, voire pour aveugler du tout un homme ; et les princes ne pensent point quasi estre créatures mortelles ; quand ils sont parvenus ainsi haut, il leur semble qu'ils soyent des demi dieux. — Ils ne veulent plus estre sujets ni à raison ni à droicture ''. »
De l'année i563 datent les Sermons sur Job, les Commentaires sur Jérémie et sur Eiéchiel.
Sermon XL sur Job, chap. IX : Les princes « sont agitez de passions enragées... pleins d'ambition, ou avarice... espandant le sang... pillent... ravissent, tellement qu'il y a une confusion infernale'. » — Sermon CXXII, chap. XIX : « Nous voyons les princes, qui, pour leur ambition, iront saccager les pays, brus- 1er les maisons, destruire les villes, voler, ravir, piller et ruiner tout, tellement que c'est une horreur.... Il n'y a que leur ambition qui les enflamme à cela, et il faut que tant de maux soyent produits de ceste rage, de laquelle ils sont esmeus **. »
Jérémie XIX : « Ils veulent être exemptés de toute loi, et déliés de tout joug '•'. »
— XXII, i3 : « Ils croient que tout le monde est créé pour eux '". » — XXXII, 4 : « Ils veulent être débarrassés de toutes lois et tandis qu'ils permettent que le peuple soit injustement querellé, ils veulent être « sacro-saints ". »
Evidemment ce n'est pas trop s'avancer que de dire : Calvin, du commencement à la fin, avant i56o comme après, s'est montré aussi peu favorable que possible à la forme monarchique du gouvernement.
). Celles sur le second livre furent compos(îes en 1562. — ■>. Opéra XXIX, p. 6S4, 685. — .3. 1 Sam. Opéra XXX p. 281. (Nisi fuerit e re sua). — 4. Ibid., p. 294. — 5. Ibid., p. 426. — 6. Ibid., XXVII, p. 479.
— 7. Ibid., XXXIII, p. 503. — H. Ibid., XXXIV, p. 138. — '.». Ibid., XXXVIII, p. 322. — 10. Ibid., p. 3S3.
— 11. /i/rt'., XXXIX, p. 4.
La PENSEE POLITIQUE
Mais si le souverain n'est pas un monarque, que doit-il être ? Un magistrat élu par le peuple. Autant Calvin était opposé à la forme monarchique, autant il était favorable à la forme démocratique ^
I. Il ne pouvait pas en être autrement, étant données toute sa théologie et toute son ecclésiologie. Il faut nous borner à quelques indications sommaires et comme sans lien. Elles seront cependant plus que suffisantes.
On a souvent opposé l'usage que Calvin a fait du mot plebs, auquel on attribue un sens de dédain, de mépris-. Nous avons déjà montré qu'il y avait là une erreur de fait, et que par plèbe Calvin entend ce que nous appelons non pas populace, mais peuple : le peuple, c'est tous '\
Lisons : « Regardons un peu quels sont les riches : des gouflfres qui jamais ne peuvent estre rassasiez, et qui sont beaucoup plus difficiles à contenter qu'un povre homme. Si on fait comparaison entre les riches, et les povres, comme on trouvera des povres qui se tormentent, et qui se chagrignent, et qui sont induits à piUotter, à faire beaucoup de mauvais tours, aussi on en trouvera la pluspart qui se contentent d'avoir ce que Dieu leur a donné, et vont leur train. Mais quand on viendra aux riches jusques aux Rois, et aux princes, on trouvera qu'ils sont tellement enflammez et embrasez après les biens de ce monde, qu'on ne les
1. Sur les prétendues tendances aristocratiques de Calvin, nous avons eu l'occasion de nous expliquer. Sur ce point, comme sur tant d'autres, les vieilles accusations sont peu à peu abandonnées. Voici comment s'exprime, par exemple, Foster : « En résumé l'influence de Calvin tendit à prévenir le développement dangereux de l'oligarchie politique, et aida le développement graduel d'un gouvernement représentatif. Cette influence continua à s'exercer sous son successeur, de telle sorte que les éléments aristocratiques ne réussirent à se développer sans entrave que lorsque le ministère fut affaibli, dans la période après Bèze. » (Foster, Calvin's Programme for a Puritan State in Geneva, p. 424.)
â. Bornons-nous à citer Elster, qui est bien loin de vouloir être injuste envers Calvin. Il écrit : « Calvin avait prononcé ce mot si grave, et d'autre part si nécessaire pour la réalisation de ses idées: il faut toujours tenir le peuple dans la pauvreté. » — (Elster, Johan Calvin als Staatsmann, p. 210, 211.) Et c'est évidemment grâce à cette calomnie que notre auteur peut se croire autorisé à se représenter Calvin comme le type de l'aristocrate. « Il y avait quelque chose d'aristocratique dans toute sa personnalité. Il lui était difficile d'avoir des rapports avec le bas peuple et de s' entretenir avec lui dans sa langue. > {Ibid , p. 178.) — Si quelqu'un a su parler la langue comprise par le peuple, c'est Calvin. Il suffit pour s'en convaincre de lire un quelconque de ses sermons.
■3. Commentaires. Actes des apôtres, VI, 3. — On ne cesse de répéter que les idées modernes viennent de la philosophie du iS"* siècle et non de Calvin. Précisément l'attitude de Calvin et celle des Philosophes, vis-à-vis du peuple, est curieuse à noter. Si quelqu'un a méprisé le peuple, ce n'est pas Calvin, ce sont les Philosophes. Mably parle de « ce ramas d'hommes sots, stupides, ridicules et furieux qui entrent nécessairement dans la composition de la société ■•. Il écrit: « Admirez avec moi l'auteur de la nature, qui semble avoir destiné, ou plutôt qui a réellement destiné cette lie de l'humanité (la classe la plus nombreuse, selon lui) à ne servir, si je puis ainsi parler, que de lest au vaisseau de la société ». — Ne parlons pas de Voltaire, ne parlons pas même de Condorcet. Mais La Fayette, dans sa correspondance, n'a que haine et mépris pour l'insolence moqueuse de la populace des villes ». Et Rousseau ? Il flétrit « la populace abrutie et stupide, échauffée d'abord par d'insupportables vexations, puis ameutée en secret par des brouillons adroits.., ». Voir Aulard, Histoire politique de la Révolution française, 2'"« édit., 1913, p. 24-28, 28 n. 1.
peut contenter ; mesmes ils sont quasi marris que le soleil luit sur les povres.... Bref on voit que la pluspart des riches, quand Dieu leur auroit donné toute la terre en possession, encores ne leur seroit-ce point assez. Car, comme j'ay dit, encores sont-ils marris qu'il y ait une clarté du soleil commune aux povres, et que les povres boivent de l'eau ; et mesmes encores que les povres travaillent, et facent du mieux qu'ils pourront, encores un riche homme leur portera envie ; combien qu'il en tire la sueur et le sang, il luy semble qu'on luy arrache les trippes, et les boyaux du ventre, quand on mangera à ses despens *. »
On pourrait grouper sous la triple rubrique de la devise démocratique moderne : liberté, égalité, fraternité, autant de passages de Calvin qu'on le voudrait. Notons au hasard.
Liberté : cette liberté que Calvin se plait à appeler « un bien inestimable-. » « Christ est le seul chef de l'Eglise, et aucune contrainte ne peut être exercée sur les consciences que Christ a faites libres '^b On croirait entendre Knox répondant à'Marie Stuart, ou Melville répondant à Jacques Stuart ''.
« Les pasteurs de la Parole du Seigneur peuvent contraindre toute gloire et rang à obéir à sa majesté, et par celle Parole peuvent gouverner tous du plus haut jusqu'au plus bas ^ »
Et cette liberté doit être sauvegardée dans le domaine central, essentiel de l'Eglise, dans l'excommunication. « Que ceste discipline soit exercée par le Conseil commun des Anciens et par le consentement du peuple ; en cela gist le remède pour obvier à la tyrannie. Car il n'y a rien plus contraire, à la discipline chrestienne que tyrannie, si on permet toute la puissance à un homme seul «. »
Issachar est le type du peuple qui méprise la liberté. « Il a veu que le repos estoit bon ; il a plié les épaules, et a mieux aimé estre serf, et payer tributs et tailles, que d'esprouver sa force pour résister à ses ennemis. » Et Calvin le flétrit : (c 11 a eu un cœur failli ; il a esté lasche, tellement qu'il s'est fait comme un mulet de charge,... qu'il a esté un gros sommier, qui ne s'est point soucié de liberté. » — « Comme on verra des gens grossiers, moyennant qu'ils ayent tousjours à boire et à manger, ils ne tiennent conte du reste, et ne savent que c'est de liberté ; ils sont là comme des bœufs et des asnes, qu'il ne leur chaut de rien. » — « Vous n'estes pas dignes de jouir de la liberté commune, que j'ay donnée à mes enfans : car vous estes de nature servile ; vous estes de gros villains '. «
1. Sermon XXXIX sur le Deutérononie, chap. V. Opéra XXVI, p. 352, 353.
-2. Il se sert de la même expression XXIX, p. 544, et XXX, p. 185, tiberfas, imsthuabile boniiiii.
3. Opérai, p. 204. Unicum regem agnoscant, suum liberatorem Christum, et una libertatis lege, nempc sacro evangelii verbo, regantur oportet.
4. . Halte-la! Sire. I! y a deux rois en Ecosse, et deux royaumes. Il y a le roi Jacques, le chef de la nation, et il y a le Christ Jésus, le roi de l'Eglise, dont Jacques VI est le sujet, et dans le royaume duquel il n'est ni roi, ni seigneur, mais membre. » André Melville.
i). Opéra I, p. 208-209. — ">• Commentaires, i Cor. V, 4
7. Sermon CXCVI sur le Deutéronome, chap. XXXIII. Opéra XXIX, p. 172, 173. — Ici, comme en maint autre endroit, nous pouvons nous contenter des aveux arrachés par les faits aux auteurs que noi:s critiquons. Ainsi Bezold écrit : . Malgré cela, il a été d'une importance capitale que Calvin lui aussi ait
JEAN CALVIN V ,g
Egalité. Nous savons suffisamment que la société ecclésiastique, patron de la société civile et politique, est strictement démocratique. Les laïques sont égaux entre eux, les pasteurs sont égaux entre eux ; les laïques et les pasteurs sont égaux entre eux '.
Voici un passage topique : « Il y en a beaucoup qui ne valent rien quant à Dieu, toutefois si ont-ils grande apparence, et aussi il y a les occasions. On verra des gens d'estat et qualité, qui auront grand maniement, ils auront la vogue, ils seront en honneur et en dignité, et mesmes il n'y aura point d'avarice trop extrême : bref il y aura telle honnesteté qu'il semble que ce soient des anges ; on les magnifiera partout. » Ils ne valent rien, quant à Dieu. « Cependant il y aura des povres gens mécaniques, gens de labeur, povres idiots, qui n'auront point d'occasion de se monstrer beaucoup ; car ils seront empeschez en leur boutique et en leur petit mesnage ; ils travailleront pour nourrir leurs enfans. On n'orra pas grand bruit d'eux ; ils ne seront pas éloquens, pour monstrer qu'ils aient grande prudence ; et aussi quand on les orroit parler, on n'y verroit que sottise, voire selon l'oppinion commune ; et toutefois Dieu les a éleus et choisis. Il approuve ce qui est comme de nulle valeur ; car combien qu'il semble que ce soient choses sordides, qu'un homme soit là à coudre, ou à faire quelque autre chose, et qu'il travaille, tant y a que c'est un service que Dieu estime plus que nous ne pouvons pas imaginer ". »
Et dans le Sermon CXIII sur Job : « Si un homme s'eslève quand il doit recognoistre son pareil pour s'accompagner avec lui, qu'il viene faire du taureau (je vous prie), ne faudra-il point qu'un tel orgueil soit donté ? Et quand un homme n'ayant rien qu'une témérité volage voudra usurper une telle autorité sur ses prochains, qu'il ne daignera les regarder que de travers, qu'il luy semble que tout le monde doive trembler à son regard, ne faudra-il point que Dieu mette la main sur telles bravades •* ? » — « Nous avons un Créateur, duquel nous sommes tous descendus et nous avons une nature semblable ^ » « N'est-il pas digne d'estre renvoyé aux chiens, quand il ne recognoist point ceste nature que Dieu a mise en tous.... Puis qu'ainsi est donc que Dieu a mis une telle conjonction entre nous (je vous prie) celui qui taschera de la rompre, ne se retranche-il point du genre humain ^ ? »
vivement repoussé les tendances absolutistes du siècle; que, comme plus tard Rousseau, il ait désapprouvé les grands Etats, et qu'il ait proclamé la liberté comme le bien suprême des peuples. » « Chez Calvin on peut tout au plus parler d'un républicanisme latent ». (von Bezold, Evangelischer Radikalismus, Toleranz, Widerstandsrecht und Republikamsiiuts, dans Die Kultur der Gegemvart, éditée par P. Henneberg, II, v. i,
1. Bien que Calvin ne confonde pas l'égalité et l'égalitarisme. C'est en prenant le mot d'égalité dans le sens d'égalitarisme, d'identité, que Calvin dit :« L'égalité répugne la conservation de Testât du corps; car elle engendre confusion, qui est cause de ruine soudaine. >• — « L'unité du corps est de telle sorte qu'elle ne se peut entretenir qu'il n'y ait diversité de membres. . i Cor. XII, 17, 20. C'est du reste la pure doctrine de saint Paul. — Ce que Calvin affirme ce n'est pas l'identité des individus, c'est l'égalité des classes, des états. •> L'apôtre n'entend point un chacun homme, mais il signifie plutost tous ordres, ou divers estais de la vie présente > Commentaire, Tite II, 11.
i. Opéra LVIII-LIX. Trèze sermons de Jacob et Esaû, p. 65. — 3. Ibid., XXXIV, p. 657. — 4. Jbul., p. 658. — ">. Ibid., p. 660.
Fraternité. « Dieu ne dit pas seulement qu'il est créateur du genre humain, des povres comme des riches, des serviteurs comme des maistres, mais il se nomme Père : il faut donc que nous ayons fraternité entre nous, si nous ne voulons renoncer à la grâce de nostre Dieu '. » — « Les rois et princes cuident estre comme retranchez de la compagnie des hommes, et leur semble desja qu'ils ne doivent plus estre réputez de ce rang commun. Or nostre Seigneur se mocquant d'une telle piété dit : Si sont-ils vos frères.... Qu'on choisisse les rois où on voudra, ne sont-ils point hommes ? et ceu.x sur lesquels ils dominent, ne sont-ils point leurs frères?.... Qu'il regarde: je ne suis pas séparé d'avec le reste du corps, je n'en suis qu'un membre, et ceux qui sont inférieurs à moy, ne laissent point d'estre mes frères.... Comment ? là où il y a fraternité, faut-il que nous soyons comme un lion et un agneau ? car un lion et un agneau ne sont point frères "-. »
2. Mais il n'y a pas seulement un esprit, qui se trahit partout, il y a des déclarations formelles et spéciales en faveur du gouvernement démocratique.
Observons seulement que l'Institution était le code général, la théorie générale. Le commentaire théorique et pratique ne pouvait guère se trouver que dans les Sermons. — Entre VInstitution et les Sermons, une assez grande différence de ton était nécessitée par la nature des choses. Nous allons la constater. Mais cette différence ne nous autorisera pas à conclure à une contradiction. — Nous citons de nouveau nos documents par ordre de dates.
En 1548, dans les Sermons sur la seconde épître à Timothée, Calvin parle de l'élection des pasteurs et des magistrats. C'est chose identique. « Il est vray qu'une élection sera perverse et confuse si on ne discerne, et qu'on ne préne ceux qui sont propres, selon qu'on en peut juger. Mais il faut bien que Dieu besongne, quand ils sont éleus, et qu'il leur donne grâce de nouveau : autrement ils se trouveroyent trop faibles ; car ce n'est pas peu de chose de représenter la personne