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1. Calvin parle continuellement de la nature : nous Tavons déjà montré par des exemples, qu'on pourrait multiplier à l'infini et emprunter à tous ses ouvrages. Dans notre étude actuelle nous nous bornons à citer les Commentaires sur la Genèse et les Sermons sur le Deutéronome.
Si l'on essaie de se faire une idée de la conception qui se dégage de ces locutions si nombreuses, voici, ce semble, à quoi l'on arrive.
Il y a un ordre de la nature, ordo natiirœ. Le mot «ordre» a deux sens: ce qui est commandé, et ce qui est organisé. Le monde est le produit du commandement de Dieu, de sa volonté, et de l'organisation par Dieu, de sa sagesse. Tel est Vordo natiirœ.
Cet ordre de la nature donne naissance au droit de nature. Le droit de nature est ce qui est conforme à Vordre de nature, et les deux mots, droit et ordre, peuvent être pris l'un pour l'autre. Ainsi Calvin dit : « C'est se tromper que de lier la grâce de Dieu à Vordre habituel de la nature (consueto naturœ ordini), comme si Dieu souvent ne changeait pas volontairement le droit de nature ( jus naturœ) ' . » (i La loi morale n'est pas autre chose que le témoignage de la loi naturelle {naturalis legis) et de la conscience que nous en avons [ejus conscientiœ), laquelle a été gravée {insculpta} par Dieu dans les âmes des hommes-. « — De telle sorte que l'ordre de nature est le fondement de la société et de l'humanité (c'est tout un) ; sans cet ordre rien ne peut subsister, ni l'homme, ni la société (c'est tout un). Car « l'homme est, par nature, un animal social et par un instinct naturel aussi il est porté à favoriser, à conserver cette société ^ »
Citons d'abord toute une série d'expressions générales et fréquentes : « N'estce pas suivre l'incertain, et rejetter ce qui estoit certain ? Et cela est contre nature.... Nous avons tout le contraire en nous de nature''. 0 — « Où est-ce aller ? Nature n'enseigne elle point ici ce qui est de faire ? Il semble qu'ils vueillent despitter tout ordre de nature •'. » — « Et la raison ? Cela est contre nature (de prendre dans un nid le père ou la mère sur les oiseaux) ^ » — » Quand les hommes s'adonnent à des appettits vilains et énormes, c'est comme s'ils vouloyent pervertir Vordre de nature '. » — 0 Quand nous cognaistrons le faict de soy, de nature nous sommes enseignez de ce qui est de faire.... De nature nous saurons bien dire : cela est bon ^ » — « De nature tous les peuples ont esté enseignez d'ainsi faire.... Ce qui de nature a esté suyvi en tout le monde, est approuvé par la bouche de Dieu ". » — « Ce n'est pas à dire qu'un seul homme doive présider sur tout le monde ; cela est du tout contraire à la nature... il est du tout contraire à la nature '". »
). Opcrrr XXIII, p. sgô. — i. Institution chrétienne, 1536. Opéra I, p. 238. — :!. I/iid., I, p. 325. — i. Jùid., XXVII, p. 143. - .-i. Jbùï., p. 246. - (1. Ibid., p. 290. - :. m/., p. 293. - X. Ibid., p. 414. 415. — '.I. Ibid., p. 445. — III. Ibid., p. 451, 450.
Mais Calvin entre dans le détail et montre successivement et incessamment que les préceptes du Décalogue s'appuient sur la loi de nature, sur la nature.
Connaissance et crainte de Dieu : « Il y a une nature commune entre tous hommes ; tous ont raison et intelligence, et encore qu'ils ne soyent point privéement enseignez à la Parole de Dieu, si est-ce qu'ils ont quelque essence de religion '. » — « Il n'y a celui qui n'ait quelque tesmoignage engravé en soy, qu'il y a un Dieu, que nous devons servir... Ceux qui cognoissent cela de nature sont desjà assez coulpables '^. )i — ■ « Vray est qu'il y reste bien en nous quelques traces encore, que nous ne serons point semblables aux bestes brutes, je di de nature^."»
— <i Nous portons donc tousjours quelque marque de ceste image de Dieu, qui avoit esté imprimée au premier homme '*. » — « Nature n'a elle point laissé ceste marque imprimée en nos cœurs, que nous sommes créez à ceste fin-là d'aimer Dieu '^ ? »
Au milieu de toutes les superstitions des hommes, « le désir du bien est toujours resté (semper manavif) », car Dieu l'a placé au fond de toutes les âmes, « lorsqu'il voulut que notre espèce fut distincte des animaux brutes ''. >' — Il reste toujours des « semences de la nature (naturœ semina) \ »
Toute espèce de devinement doit être rejetée. « Cela est plus à punir que quand on auroit escorché un homme. Et pourquoy ? Car c'est renverser le service de Dieu et pervertir /'orcy/'f de la nature. Quand tout l'ordre de nature seroit perverti entre les hommes et les bestes brutes, cela n'est il point plus que punissable ** ? »
Obéissance aux princes : « Le sens même de la nature (sensus ipsœ naturœ) dit qu'il faut obéir aux princes '\ » sans quoi la société serait renversée.
Respect des parents : Les enfants, qui les maudissent, doivent être mis à mort : « Ainsi Dieu a voulu que fût en horreur cest orgueil impie, qui renverserait les principes de la nature "'. «
Respect des enfants: « Que sera-ce d'un homme qui n'est rien, quand il voudra marier son fils ou sa fille à son appétit, ; contre leur grél ? C'est contre tout ordre de nature ". »
Respect des vieillards : « Il suffit que ce que Dieu dit ici soit dicté par la nature. Dans les cœurs de tous il y a une loi innée., que les vieillards soient respectés '-. »
Faire à autrui ce que l'on veut que l'on nous fasse : « L'instinct (sensus) de la nature exige plus que l'abstention de nuire ''. » — « Maudit sera celuy qui aura fait errer l'aveugle au chemin : voici encores une cruauté contre nature ". « — " L'outrage fait aux povres gens i est contre nature '■'. » — De même la con-
I. opéra XXVIII. p. 659. — 2. Ibiii., p. 2S2. — •!. Ibid., p. 488. — i. Ibitt., p. 489. — •">. Ibid., p. 5S6.
— 11. Ibid., XXIV, p. 266. — 7. Ibid. — 8. Ibid., XXVII, p. 513. Le mot iialtii-e est répété quatre fois. — il. Ibid., XXIV, p. 605. — m. Ibid., p. 607. « Quand les enfans sont incorrigibles à père et à mère, il faut qu'ils soyent exterminez, d'autant que cela est contre nature. ' Ibid., XXVII, p. 676. — H. Ibid., XXVIII, p. 230. — 12. Ibid., p. 610 — 1:1. Ibid., XXIV, p. 612. — l'i. Ibid.. XXVIII, p. 322. — L'I. Ibid.. p. 326.
damnation d"un innocent : « chacun dira du premier coup, c'est contre nature '. » — Apprenons à « garder ceste équité de nature, de ne faire à autruy sinon ce que nous voulons qu'on nous face^. « — « Regardons à ceste équité naturelle de ne faire à autruy que ce que nous voulons nous estre fait — Nostre Seigneur veut qu'outre ceste équité de nature chacun soit enclin à la miséricorde \ »
Simplicité du vêtement, de la nourriture : « Dieu a interdit aux Juifs de desguiser la droite simplicité que nous devons tenir, et que nature aussi nous enseigne * ; » « qu'on ne desguisast rien, et qu'on observa l'ordre de nature-'. » — « Ainsi qu'on regarde à l'intention de Dieu, et qu'on se contienne en simplicité et qu'en somme ïordre de nature soit observé''. » — « Il semble qu'on ait conspiré de changer tout ce qui est en nature'. » — « Je vous prie, ne voilà point une souillure, quand on desguise ainsi l'ordre de Dieu ? n'est-ce point comme le despiter ?» — « Toutes les variétés qu'on appettera sont autant de tesmoignages que nous ne pouvons nous retenir en vrai contentement de nature^. » — a 11 est certain que nature ne l'enseigne pas**. » — « Les hommes ne se peuvent tenir en cest ordre de nature.^ qui est la vraye règle "*. » — « Le fard est pour pervertir la simplicité que Dieu a mise en nature ". » — (i Tous en ont horreur naturellement., comme de quelque chose de honteux *-. »
Le vol : « Si nous avions une goutte d'humanité en nous, il ne faudrait point que nous soyons enseignez de cela : de ne retenir point à un povre homme le salaire qu'il à gagné. Car nature nous montre ce qui est équitable '•'. n
La fausse monnaie : « Toutes les loix seront abolies. Et il \'audroit mieux que nous fussions bestes sauvages que de vivre sans tels moyens que Dieu a ordonné, et que nature aussi enseigne '''. «
Les bornes : « Nature a tousjours enseigné que si les bornes n'estoyent tenues, il y aurait une horrible confusion... Quand quelcun demande de s'eslargir, c'est autant comme s'il violoit l'ordre de nature '"'. »
Les guerres « sont comme un despittement de Dieu, pour pervertir l'ordre de nature ^^. » — « Par le péché des hommes l'ordre de nature est ainsi troublé.... Ceste énormité là n'advient point que d'une grande malice des hommes '". »
L'ivrognerie : « L'yvrongnerie, quoy r C'est une espèce de brutalité, que les hommes se despouillent de la grâce, que Dieu leur avoit faite de nature '- . »
Le mariage : « Le mariage tiendra indissoluble, quant à la toy de nature et quant à la volonté de Dieu, qui Ta institué, et a montré qu'il doit estre inviolable.