I. Opem\X\\\\,p
i. Ibid., p. 236. — Voir G. Tarde-, La traiis/onnaliuu du droit, 1893, p. 14b. « L'équité », un synonyme Je droit naturel. . Droit naturel » ou « équité . , dit G. Tarde. — « Chez les Anglais, le droit naturel, ou ce qu'on peut appeler ainsi, a eu pour expression la jurisprudence de la Chancellerie, qui, d'après Summermann, porta le nom d'équité, p. 147- — ' Le droit naturel, si l'on entend par là l'équité, la justice égale, indulgente et douce, est.... eic. >
•i. Opéra XXVII, p. 347, 349- — ''• /*«/., XXVIII, p. 29. - ;;. Jbid., p. 31. — n. Ibid., \\ 31. — 7. Ibid., y- 34, 35 — ^' Ibid., XXVIII, p. 36. — «. Ibid. - 10. Ibid., p. 37. - H. Ibid., p. 138. — \i. Ibid.. XXIV, p. 669. — i:i. Ibid., p. 187. - l'i. Ibid., p. 321. - I.S. //;/,/., XXVII, p. 566. — lii. Ibid.. p. 567. - IT. Ibid., P- 543- — !«• Ibid., p. 683.
Mais cependant le divorce est permis : voire quant à Tordre commun, qui n'est que pour tenir une bride entre les hommes ici-bas '. »
L'impureté des mœurs : « Jamais n'a pu être complètement détruite l'opinion que l'adultère est une honte -. » — » Et il faut condamner tous les vices qui combattent la pudeur même de ta nature {naturœ j>erecundia) '. » — Ici Dieu considère non seulement le crime, mais « l'impétuosité brutale de la passion, qui entraîne les hommes, de telle sorte qu'ils dégénèrent de la nature même ''. « — <i Si la femme déboute l'homme de son degré, et qu'elle vueille qu'il luy soit sujet, il n'y a plus d'honnesteté en nature ^. » — « Il est certain que Dieu n'a point voulu donner liberté à celuy qui avoit espousé femme de la répudier, car cela est contre l'ordre de nature '"'. « — « Que l'homme ait sa femme et la femme son mari. Et si cela est violé et aboli tout ordre de nature est corrompu ''. » — « C'est changer l'ordre de nature^ c'est despitter Dieu, quand l'homme va
prendre deux femmes**. « — « Les payens l'ont bien cogneu Les payens nous
monstrent nostre leçon ". » — « Cela dérogue à tout ordre de nature '". » — « Si les mariages ne sont observés loyalement il faudra que tout ordre de nature soit perverti ". » — « Un homme qui viole l'ordre de nature, comme si un père habite avec sa fille '■. » — « L'homme "adultère I, en tant qu'en luy estoit, a rompu tout ordre de nature '•*. »
« L'homme ne peut se séparer de sa femme, non plus que de se coupper en deux parties. Et cela est contre nature '''. » — « La femme ne doit point estre comme une diablesse pour empescher son mari : autrement ce seroit pervertir Vordre de nature '■'. y — « La femme [adultère^ s'est destournée de l'ordre de Dieu et de nature "'. » — « Quand les femmes n'ont point de modestie, » quand elles sont « semblables à des lancequenets, » tirent « la haquebute aussi hardiment qu'un homme, et porteront l'enseigne déployée au Mollard » [la place publique, à Genève], « quand on voit cela, voilà des monstres si villains que non seulement on doit cracher à l'encontre, mais on doit lever la boue pour jetter sur telles villaines quand elles sont si audacieuses de pervertir ainsi l'ordre de nature '". » — « N'ayons point en nos maintiens, ni en nos propos, choses qui soyent contre V honnesteté de nature "*. "
Nous ne concluons pas : donc (>alvin dans ses ouvrages expose un système juridique de Droit naturel. Nous concluons : Calvin affirme l'existence d'un ordre et d'un droit de nature ; et sur cet ordre et ce droit, il appuie l'édifice des relations légales et morales entre les hommes.
2. Cette loi de nature est perpétuelle, inviolable et indestructible [perpetuum. inviolabile, insolubile).
Peu importe que souvent elle ne soit pas observée. ^ Les \ices des hommes
I. Opcra XXVin. Sermons sur le Deutér., p. 142. — i. Ibid., XXIV, p. 641. — ■!. Ihiii.. p. 045. — '1. Ibid., p. 659. — .-i. Ibid., XXVII, p. 629. — ij. Ibid., XXVI, p. 664. - 7. Ibid., XXVIII, p. 49- — «■ Ibki.. X.WII, p. 474- — '■' Ibid., XXVIII, p. 49. — 10. Ibid., p. 52.— U. Ibid., p. 54. — 13. Ibid., p. 62. — l:!. Ibid., V- 153- — '''■ Ibid., p. 144. — l"i. Ibid., p. 148. — ni. Ibid.. p. 150. — 17. Ibid., p. 234. — 18. Ibid., p. 234.
n'abrogent pas la loi perpétuelle de la nature '. » — Peu importe aussi qu'il y ait lutte, chez certains peuples, entre la loi écrite et la loi de nature. « Ce qui est naturel ne peut être aboli par aucun consentement, par aucune coutume. La prohibition de rinceste n'est pas du tout une de ces lois qui peuvent être abrogées, selon les circonstances de temps et de lieu. Car elle découle de la nature^ comme de sa source {finit ab ipso natunv fonte) \ elle est fondée dans le principe général de toutes les lois (/// geuerali omnium legiim principio)^ lequel est perpétuel et inviolable ( peipetiiuni et inviolabile).... Bien qu'approuvée par les suflrrages des hommes, cette honte est répudiée, repoussée par la nature même. Paul, à propos d'un détail [la coiffure des femmes], nous met devant les yeux la hi même de la nature (i Cor. XI, 14) : « La nature, dit-il, ne le souffre pas. Je ne vois donc pas pourquoi, sous prétexte de loi politique, il faudrait abolir Yiutégrité de la nature, par laquelle les ordonnances de Dieu se distinguent des corruptions [corruptelas) des nations -. » — « Tout ce qui est contraire à nature, nous le devons avoir en détestation et horreur, et il n'y a nul doute que la malédiction et la vengeance de Dieu ne fust allumée contre nous, quand on souffriroit une chose qui seroit contraire à nature '. »
Ainsi, « naturellement, est gravée chez les hommes une connaissance du bien et du mal, par laquelle ils sont rendus inexcusables ; et jamais aucune barbarie n'a éteint cette lumière, puisque partout il y a eu en vigueur quelque forme de loi '*. » — Chez les païens, « ce droit (jus) a été indestructible [insolubile), comme s'il était fixé et gravé dans les cœurs des hommes. » « Aucun législateur ne fera que ne soit pas vicieux ce que la nature déclare être vicieux. Si quelque orgueilleuse tyrannie ose le tenter, cependant la lumière, un moment obscurcie, réaparaîtra et prévaudra [si quis tyrannica superbia id audeat tentare, emerget tamen oppressum naturœ lumen ac prœvalebit)-'. »
C'est à cette fière parole en faveur du Droit naturel et de la nature qu'en arrive le défenseur de la corruption totale de l'homme ! — (Nous avons vu, dans la partie dogmatique de notre étude, ce qu'il fallait exactement penser à ce sujet.)
3. On a cru pouvoir contester l'importance pour Calvin de cette loi naturelle, de ce Droit naturel, en faisant observer que, selon Calvin, Dieu reste maître de cette loi, de ce droit, de cette nature.
11 reste maître : c'est parfaitement exact. Calvin note, il est vrai, que le rôle de Dieu est de faire observer cette loi naturelle. « J'avoue que cela lui appartient en propre de protéger le droit de chacun, d'interdire lés vols, de condamner les fraudes et les rapines ''. » — Et même, Calvin se donne beaucoup de peine pour montrer qu'à la sortie d'Egypte Dieu, — en donnant l'ordre que l'on sait aux femmes d'Israël, — a observé le droit naturel '.
Mais Dieu n'en reste pas moins le maître souverain de cet ordre et de ce droit (imperium majus\. Il peut changer la nature des choses et V ordre \naturam rerum
I. Opem XXIV, p. 603. — i. Ibid., XXIV, p. 662. — :!. Ibul, X.VVII, p. 686. - '1. ////,/., XXIV, p. 725. — S. Ibid., XXIV, p. 662. — ti. îbid., XXIV, p. 49. — 7. Ibid., p. 49.
et ordineni miitare). « Car l'ordre de la nature n'est rien autre chose que l'obéissance qui lui est rendue par toutes les parties du monde, pour que son empire souverain brille partout*. » — « Combien que Dieu ait donné quelque propriété aux estoilles, il se reserve toujours la bride par dessus, et il nous déclare que c'est lui qui en a le gouvernement souverain... Les estoilles obéissent à cest empire souverain qu'il a par-dessus toutes créatures". » — Et finalement Calvin, avec toute sa logique véhémente et passionnée et vivante, s'écrie : n Si Dieu a institué Tordre de la nature, pourquoi le renverse-t-il, si ce n'est par ce qu'il est pour cela délecté •' ? »
De plus, il ne faudrait pas contester que pour Calvin la nature, chez l'homme, est aflfaiblie, obscurcie, viciée. « Par la loi naturelle, dit-il, l'homme, avec peine, arrive à une faible notion (J'/.y temiiter dégustât) de ce qu'est le culte agréable à Dieu'*. » — « Du reste, pour ce que nous sommes charnels, vendus au péché, il s'en faut de beaucoup que nous ayons la faculté de remplir la loi, qui est spirituelle ; toutes nos pensées répugnent à sa justice '. »
Mais nous faisons d'abord observer que nous touchons ici au fond même de la théologie de Calvin. Nous avons essayé d'expliquer cette théologie dans notre volume précédent. — Quoi qu'il en soit de nos explications, nos contradicteurs posent, ce nous semble, tout à fait mal la question. Ici comme ailleurs certains textes ne doivent pas permettre de tenir pour nuls et non avenus d'autres textes nombreux et précis, et c'est toujours l'affaire des contradictions apparentes, des « contrariétés », au milieu desquelles se meut la pensée de Calvin. Nous savons en tout cas que Dieu n'est jamais le caprice ; qu'il a une nature, que cette nature, c'est le bien. Il ne faut d'ailleurs pas confondre le point de vue ihéologique et le point de vue social, quelque relation étroite qu'il y ait entre eux.
4. En définitive, il n'y a pas opposition réelle, pour Calvin, entre la loi naturelle et la loi révélée, pas plus qu'il n'y a opposition réelle entre la religion naturelle et la religion révélée ; pas plus qu'il y a opposition réelle entre la grâce générale et la grâce particulière ; c'est dans ces contrariétés mêmes que réside l'originalité de la pensée de Calvin, ce qu'elle a de plus calviniste. La loi naturelle n'est, pour Calvin, qu'un aspect général de la grâce générale : c'est la grâce générale elle-même. Quelquefois en l'entendant parler de l'une, on se demande s'il ne parle pas de l'autre. « Ce qu'entre les payens mesmes il y a eu quelque ordre, cela est advenu par une providence admirable de Dieu, lequel a voulu réserver quelque honnesteté au genre humain.... Combien que toutes les œuvres des payens ne fussent point réputées pures devant Dieu, encores Dieu y a besongne, afin que les choses ne se meslassent point du tout.... En cela Dieu veille sur le genre humain.... S'il ne tenoit la main pour réprimer les hommes, on verroit des choses si villaines et si détestables que les bestes sauvages se gouverneroyent en
1. opéra XXXVI, p. 29. - i. Ibid., XXXV, p. 400. - 3. Ibid., XXX, p. 168. <• Quandoquidem Deus naturœ ordinem instituit, quare eundem evertit, an non eo delectatur ? - — i. Opéra I, p. 37'- — •'• ibtd., XXIV, p. 725.
4y2 LA PENSÉE POLITIQUE
plus grande honnesteté que ne font point les hommes '. » — « Toutesfois si estce que les payens ont eu quelque estincelle ; que Dieu n"a point \-oulu que le genre humain fust abruti, qu'il y eust tousjours je ne say quoy pour rendre les hommes inexcusables -. » — « Nostre Seigneur a eu une bride secrette sur les hommes, pour dire : Je veux qu'il y demeure quelque honnesteté en nature^ en despit de ceux qui dominent au monde ■'. » — « Puisque Dieu a voulu que ceste clarté demeurast entre les incrédules, c'est qu'ils cogneussent qu'il gouverne ici bas la vie des hommes, et que tout est en sa main ''. » — « Le Seigneur n'a point voulu que les hommes fussent si brutaux, qu'ils n'eussent ces principes d'équité, comme ils sont contenus en la loy de Moyse. Voyant donc une telle conformité, notons que Dieu n'a jamais délaissé le genre humain, que tousjours il n'y ait demeuré quelque semence de droicture"'*. » — « Tant y a encores que voulant monstrer sa providence sur tout le genre humain, il a inspiré équité et droiture sur ceux qui devoyent faire loix et statuts ''. »
5. Tout cela aboutit à la conception du Décalogue. qui a été dicté à Moyse, et qui est cependant le résumé de la loi naturelle.
« Tout ce qu'il nous faut apprendre des deux Tables nous est aucunement {quodammodo) enseigné par la loy intérieure^ laquelle nous avons cy-dessus dit estre escrite et quasi imprimée au cœur d'un chacun. Car nostre conscience ne nous laisse point dormir un somme perpétuel sans aucun sentiment, qu'elle ne nous rende tesmoignage au dedans, et admoneste de ce que nous devons à Dieu ; qu'elle ne nous monstre la différence du bien et du mal ; ainsi, qu'elle ne nous accuse quand nous ne faisons nostre devoir. Toutesfois l'homme est tellement embrouillé en obscureté d'ignorance, qu'à grand peine peut-il par ceste loy naturelle un bien petit gouster quel service est plaisant à Dieu ; pour le moins il est bien loin de la droicte cognoissance d'iceluy.... Pourtant selon qu'il estoit nécessaire à la grosseur de nostre esprit et à nostre arrogance, le Seigneur nous a baillé sa loy escrite, pour nous rendre plus certain tesmoignage de ce qui estoit trop obscur en sa loy naturelle [in lege naiurali) '. » Et la Confession helvétique précisera : « Cette loi est dite tantôt écrite par le doigt de Dieu dans le cœur des hommes, et s'appelle loi de la nature ; tantôt elle est dite gravée par le doigt de Dieu sur les tables de Mo'ise ^ » — « La loi des dix commandemens, c'est la perfection de tout, et c'est la reigle de nostre vie. » — Il faut y rapporter toutes les lois, même celles « qui sont contenues en Moyse ''. » — « Dieu a comprins aux deux tables une perfection et une reigle certaine et infaillible, à laquelle il nous faut conformer ^''. »
6. Terminons toutes ces citations par celles-ci, non moins étonnantes, et qui sont comme une sorte de chant de triomphe en l'honneur de la nature et de Dieu,
I. 0/fr« XXVIII, p. iio. — 2. Ibid., p. 6i. — .1. Ibid., p 63. — '.. Ibid.. p. 77. — o. Ibid., XXVII, p. 568. — 6. Ibid., XXVII, p. 582. — 7. II. VIII, I. — s. Helv. post. XII, n. 4S7. Edition Mùller, p. 493, — 0. 0/erfl XXVIII, p. 115. — 10. Ibid., p. 140.
dans la conscience des hommes et dans les constitutions des peuples : « Combien que le monde ait esté plongé en horribles ténèbres d'ignorance, si est-ce que tousjours ceste petite estincelle est demeurée de reste, qu'il y avoit une jurisdiction à part pour la conscience, qui estoit par-dessus les hommes ^ » — Citons surtout l'admirable page de VInstitiitiou : « Ce que jay dit s'entendra clairement, si, en toutes loix, nous contemplons les deux choses qui s'ensuyvent : c'est assavoir l'ordonnance de la loi {legis constitutioiiem), et l'équité, sur la raison de laquelle est fondée l'ordonnance elle-même [constiiutio ipsa) -. L'équité, d'autant qu'elle est naturelle {naturalis), est tousjours une mesme à tous peuples, et pourtant pour cela^ toutes les loix du monde, de quelque affaire que ce soit, doyvent revenir à une mesme équité. Touchant des Constitutions'', ou Ordonnances, d'autant qu'elles sont conjointes avec circonstances, dont elles dépendent en partie, il n'y a nul inconvénient, qu'elles soyent diverses, mais qu'elles tendent toutes pareillement à un mesme but d'équité. Or comme ainsi soit que la loy de Dieu, que nous appelons morale, ne soit autre chose, sinon qu'un tesmoignage de la loy naturelle et de la conscience {naturalis legis testimonium et ejus cnnscienliœ), laquelle nostre Seigneur a imprimée (insculpta a Deo) au cœur des hommes, il n'y a nulle doute que ceste équité, dont nous parlons maintenant, ne soit en icelle du tout déclairée ''. »
Il y a donc un Droit naturel, parce qu'il y a un ordre naturel. Et il y a un ordre naturel parce que Dieu en est l'auteur, — l'auteur de la nature, — et le garant. L'auteur et le garant : ceci n'est pas moins essentiel que cela, parce qu'il n'y a pas plus de Droit naturel, s'il est détruit, s'il n'existe plus, qu'il n'y en aurait, s'il n'avait pas existé.
Il y a un Droit naturel, et ce droit a le fondement le plus solide qui puisse exister, le devoir naturel de l'homme ^
En effet le devoir et le droit forment toujours une médaille, dont ils sont la face et le revers. Dès qu'il y a un devoir, il y a un droit : précisément, le droit d'accomplir ce devoir. Le devoir d'adorer Dieu suppose et crée le droit de l'adorer. — Le devoir du repos hebdomadaire suppose et crée le droit du repos.
— Le devoir du respect des parents suppose et crée le droit des parents à être respectés. — Le devoir de conserver la vie humaine, la propriété, la famille suppose et crée le droit de la vie, le droit de la propriété, le droit de la famille, et voilà pourquoi le devoir d'adorer Dieu, étant le premier devoir de l'homme, a enfanté le premier droit, a été la source de tous les droits. F.t ici nous retrouvons Jellinek et sa célèbre dissertation ''.