JEAN CAI.VIX V
7. La charte des devoirs est donc la charte des droits, la vraie, celle qui porte, en elle-même non seulement sa légitimation, mais son absoluité perpétuelle inviolable et indestructible.
Nous reconnaissons ici les caractères que la Déclaration des droits de l'homme a toujours accolés aux droits naturels, qu'elle proclamait. — Et si nous sommes étonnés, cependant nous comprenons que Mirabeau ait eu l'idée de prendre le Décalogue ' comme Déclaration des droits de l'homme 1 C'était une vue de génie, du génie psychologique et moral, chez ce grand homme en qui Tintelligence devait, hélas ! trop souvent suppléer à la moralité.
8. Et si nous nous rendons compte que l'Eglise calviniste a été l'Eglise du Décalogue, en un sens particulier, particulièrement pratique, l'Eglise où l'on a lu le Décalogue à tous les cultes principaux du dimanche, lecture qui était un fait et un symbole, — si nous nous rendons compte que l'éducation calviniste a tout particulièrement élevé les générations dans cette atmosphère de devoirs et de droits, qui devait nécessairement créer une mentalité où le devoir est inséparable du droit et le droit du devoir; — si nous nous rendons compte que les Eglises calvinistes ont doublé, en Hongrie par exemple, leurs Facultés de théologie d'une Faculté de droit, de telle sorte que les peuples calvinistes ont été les peuples de la moralité et les peuples du droit, nous comprendrons facilement que les théories du Droit naturel devaient spontanément se développer dans les milieux calvinistes.
Quant à Calvin, il reste 1° qu'il a proclamé le Droit naturel; — 2" que son Droit naturel est non pas théocratiqiie, mais théologico-religieux ; — 3° que son Droit naturel est composé d'une série de droits naturels, éternels, inviolables et indestructibles, comme Dieu lui-même.
et que le législateur doit reconnaître, j. — « L'idée de fixer des droits inaltérables, naturels et sacrés de l'individu est d'origine non pas politique, mais religieuse. > A Jellinek, Die Erklàrung der Mcnschen- und Bûrgerrechfe, p. 45, 46. Par contre : « La liberté naturelle des hommes est encore considérée dans le cours du dix-huitième siècle, par beaucoup d'auteurs, comme compatible avec la privation légale de la liberté (rechttichen Uitfreiheit). » Ibid., p. 34.
1. Edgard AUix, dans son étude sur « La philosophie du droit de Y. ]. Stahl, 1802-1861, et la philosophie de la Révolution française » écrit : « Le Décalogue est pour Stahl le code souverain de la morale, qui résume toutes les obligations humaines. » Et en note : « Le marquis de Mirabeau pensait de même sur ce sujet ; il avait proposé à la Constituante d'inscrire simplement, en guise de Déclaration des Droits, les dix commandements en tête de la Constitution. » Annales de l'école libre des sciences politiques, 12"^ année, 1897, p. 17 et n. I.