‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son temps (volume 3)Chapitre 112 sur 176 · LE CONTRAT DE GOUVERNEMENT OU LA CONSTITUTION · texte numérisé non relu

LE CONTRAT DE GOUVERNEMENT OU LA CONSTITUTION

Et de la société ecclésiastique la théorie passa dans la société civile. Il était logique, il était inévitable que les pays calvinistes fussent, dès l'origine, les pays où le droit naturel ferait apparaître les formes diverses du contrat politique.

Ici encore, du reste, Calvin avait donné l'impulsion première et positive.

A propos du choix de Saùl comme premier roi d'Israël, Calvin dit : « Il est élu non par le conseil des hommes, mais par la volonté de Dieu seul {eleciioiiem soliiis Dei voluiitale), » et encore : « par une manifeste déclaration de la volonté et vocation divine, sans aucun conseil humain '. » — Mais immédiatement après, Calvin parle du jits regm\ du statut de la royauté : « Et Samuel développa au peuple le statut de la royauté, et l'inscrivit dans un volume, qu'il déposa devant l'Eternel » (i Sam. X, 25). Statut de la royauté, ^2/.? regiii^ jus regium, qu'estce ? un contrat, « pour obligation mutuelle (miitiia) entre le roi et le peuple, et réciproquement (l'icissitn) ». Samuel expose au roi, puis au peuple leurs devoirs, pour nous apprendre « que toute administration légitime de la chose publique s'appuie sur des loix (///'// legibiis) ; » qu'il est très nécessaire « de poser ces lois, par lesquelles, comme par des freins, chacun soit maintenu dans son devoir ». Ceux qui gouvernent ne doivent pas penser qu'il leur est permis de « sortir de leurs limites ; » et, en retour (j'/cm;w),les peuples doivent être retenus dans leur devoir. Il faut des « lois et des statuts « [legibits et statiitis), des lois et des conventions (legibus et institiitis), — que ce soit un roi qui domine ou d'autres magistrats, « afin que chacun apprenne des lois ce qui est de son devoir et s'y soumette et y obéisse, et que ces lois soient comme l'armure des peuples {sint veltiti pnpiiloriim armatura). » — Et le mot est bien curieux : avinatura, armement, équipement, l'ensemble des armes propres à un corps. Donc la charte, la constitution, est l'ensemble des armes défensives et offensives de ceux qui font contrat.

Ce n'est pas tout. Il faut encore que ces lois, ces statuts soient mis par écrit, car tout serait incertain, si ce n'était fixé (enfoncé) et gravé sur des tables [lûlnilis Jigautiir et iusculpantiir). Nous apprenons la nécessité qu'il y a à fixer (enfoncer) les lois sur des tables {tabulis leges iiijîgi). Et ce n'est pas sans cause qu'il est dit ici, nommément, que Samuel, après avoir déclaré ce qu'était le droit royal [jus regiiiin), et quelle était l'obligation de la tète et des membres [iniitua capitis et membrnrum obligatio), a constitué ainsi « un droit écrit » (jus scriptuiu}^ d'après lequel toute difficulté suscitée serait résolue '■*.

Ce solennel document est déposé devant Dieu, qui est « témoin ». — Voilà bien la constitution, la charte, la charte constitutive et constitutionnelle, acceptée, jurée et que les deux parties doivent observer.

Sans doute, ici, pour le roi, la difficulté est la même que pour le pasteur. Dieu fait tout, et cependant les hommes font quelque chose. Dieu crée le roi, comme le pasteur, et cependant le roi n'est pas roi, et le pasteur n'est pas pasteur, sans le peuple. — Cette conception capitale, et si essentiellement calviniste,

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