QUATRIÈME PARTIE Théodore de Bèze
L est essentiel de connaître d'abord les idées de Tiiéodore de Bèze avant la Saint-Barthélémy.
11 est pour la soumission. Il l'a prêchée en iSSq : « On nous a souvent demandé s'il est permis de s'insurger contre ces ennemis [les Guise] non seulement de la religion, mais même du royaume.... Jusqu'ici {hactenus) nous avons répondu qu'il fallait surmonter cette tempête par la prière et la patience '. » — Il l'a prêchée, avec Calvin, en i56o, en face du « loup » ou plutôt du « lion famélique », qui va sans doute mordre : « Nous persévérons tous dans notre devoir, autant que nous le pouvons, et ne cessons de supplier nos frères de s'armer de la seule patience; » avec cette réserve: « jusqu'à ce que Dieu leur vienne en aide, ou d'une autre manière, ou en leur suscitant un prince-. « — Et environ trente ans plus tard, 1594, il répétera -: « Je n'ay point encore appris par la Parole de Dieu, ni par les exemples de la vraye Eglise chrestienne, depuis le commencement du monde, qu'il soit loisible aux subjects, en bonne conscience, d'extorquer de leur souverain magistrat l'exercice de la vraye religion par la voye des armes ; mais qu'en tel cas il faut, en ne laissant de servir à Dieu, et le plus prudemment que le temps le pourra porter, combattre et vaincre par chrestienne patience, invincible sous la croix ^ »
Et cependant, en 062, Bèze a été pour la prise d'armes, la première des guerres de religion •, et il a été au camp de Condé, et il a rédigé ses manifestes. Y a-t-il eu contradiction ou hypocrisie ?
Conformément à ses principes, Bèze fit tout ce qu'il put pour obtenir un Edit accordant aux Réformés une suffisante liberté de culte, ce que Calvin appelait tolerabilis libertas''. Ce fut l'Edit de janvier (18 janvier i562), édit rédigé en
1. opéra XVII, p. 638. — 2. Ibid., XVIII, p. i, 2. i" janvier 1560. — Voir A. Picard, Théodore de Bèze, ses idées sur le droit d'insurrection et son rôle pendant la première guerre de religion (thèse de théologie), 1900. — 3. Bulletin XXI (1872), p. 30. « Mémoire de Théodore de Bèze sur les guerres de religion, 1594. » — 4. Opéra XIX, p. 68. 21 oct. 1561.
termes «■ assez durs » {salis diiris), dit Bèze, et qui reçut plusieurs additions « peu justes » [parum œquœ). — Les adversaires des Réformés espéraient précisément que ceux-ci ne « l'accepteroient jamais », et « offriroient un juste prétexte de la guerre *. » Bèze Tavait fait accepter.
Alors les Guise se décidèrent à le violer. Les i6, 17, 18 février i562, eut lieu Tentrevue de Saverne, dans laquelle le duc de Guise s'abaissa jusqu'à induire en erreur par une « comédie sacrilège » le duc de Wurtemberg. Dix jours après, i" mars, le duc opérait le carnage de Vassy -.
Le 6 mars, Bèze espère encore la paix, et déjà craint la guerre : il prie Dieu de l'écarter. « Quoi qu'il en soit notre espoir est en Dieu, et si, par hasard, la rage de nos ennemis nous forçait à en venir aux mains, je pense que nous ne serions pas trop inférieurs à leurs forces. Mais que Dieu nous en préserve, lui qui miraculeusement a maintenu jusqu'ici les nôtres dans le devoir '\ » — Hélas ! c'en était fait. La violence l'emportait, et Bèze fait sa déclaration du 25 mars : « Cependant, puisque Dieu nous a amenés au point que nul ne peult troubler nostre repos qu'il ne viole la protection et soulagement, en laquelle il a pieu à nostre roy nous recevoir, et par conséquent qu'il ne se déclaire ennemy de sa majesté et du repos de ce royaume, il n'y a de droict divin et humain, qui ne nous permette de nous contregarder, en demandant secours à ceulx ausquels Dieu a donné authorité et vouloir de remédier à ces troubles, selon que la conséquence des affaires le requiert '\ »
Ainsi les Guise ayant violé les édits du roi, ayant massacré les fidèles, et voulant achever leur œuvre de destruction et de mort, Bèze, dans ce cas de légitime et légale défense, fait appel, non pas contrairement, mais conformément à la