I. Opéra XIX, p. 315. 2 mars
â. Voilà pour Saverne. Voici pour Vassy : « Le dessein du duc, avoué par Davila et confessé par luimême au lit de mort, est de fouler aux pieds l'édit de janvier et de disperser l'assemblée par la force. » (Jules Bonnet, Histoire des princes de Coude pendant les seizième et dix- septième siècles, par M. le duc d'Aumale, dans le Bulletin du protestantisme, 1869, XVIII, p. 442.) — Voir dans la Revue des Deux-Mondes, 1S51, XI, p. 785 et ss., l'étude d'Alexis de Saint-Priest sur VHisfoire des Guise par René de Bouillée. A. de Saint-Priest n'est point hostile aux Guise. « Ils étaient croyants, ils étaient pénétrés d'une conviction profonde ; ils avaient la foi, » dit-il. Et il dit encore du duc de Guise : « Il faut beaucoup pardonner à celui qui, sans se dépouiller entièrement de la férocité de son temps, vécut comme un chevalier et mourut comme un saint. » Et cependant c'est le même auteur qui écrit : « Dans des vues particulières, étrangères à la politique française, et même absolument opposées à celles de François I'='' et d'Henri II, ils se dévouèrent à cette alliance de la maison d'Autriche, qui, à toutes les époques, est demeurée inséparable des malheurs et de l'abaissement de la France. » — «La guerre civile fut allumée, il ne faut pas l'oublier, par l'ambition et surtout par la mauvaise politique des princes de la maison de Lorraine. > « Ayant rétrogradé dans le sang des 1200 victimes (répression de la conjuration d'Amboise), les Guise demandèrent à la trahison la sentence du prince de Condé. » — ♦ Enfin le moment d'ouvrir la guerre civile était arrivé. Guise y était décidé ; mais il lui fallait un prétexte. Le massacre de Vassy le lui offrit. Surprendre de malheureux Français dans une grange, les faire attaquer par des pages allemands, et venir ensuite prêter main forte à ces étrangers, voilà comment François de Lorraine engagea la partie. » -- « La guerre civile ressortait nécessairement de cette attaque, et c'est là que le Lorrain voulait en venir. On peut donc dire avec justice qu'il en fut le véritable auteur. »
.^. 6 mars 1562 à Bullinger. Opéra XIX, p. 316, 317. — 4. « Bèze aux Eglises du royaume. > Baum, II. App., p. 172.
doctrine calviniste, aux magistrats inférieurs, à Condé, au prince du sang, à une bien grande partie des grands seigneurs et de la noblesse de France ', pour rétablir la loi. — Bèze ne se contredit pas plus lui-même qu'il ne contredit Calvin.
2. En i566 eut lieu à Anvers le brisement des images par les Gueux. Allumé vers la mi-août (21 août) à Anvers, Fincendie s'était propagé rapidement. « En l'espace de trois ou quatre jours furent destruictes plus de 400 églises -. » — « Ce qui s'exécuta si soudainement en tous lieux, tant de Brabant, de Flandre, de Hollande, de Zéelande et d'autres provinces, comme si c'eut été un tonerre, un esclair ou le foudre, qui eut passé au mesme instant partout ^ »
Or le 14 août i566 (donc quelques jours avant le 21), Bèze, voyant l'orage approcher, avait écrit au pasteur Taffin : « Quant à la guerre, je n'y voy fondement quelconque... et n'en puis espérer qu'une très malheureuse issue.... Quand
\. Bulletin XXI. Dans le grand mémoire que nous avons cité, Th. de Bèze affirme que les protestants n'ont pas voulu la guerre (fait d'Amboise), ou bien ont été en cas de légitime et nécessaire défense (première prise des armes de l'an 1562). « Par quelle raison pourrait-on dire cela avoir esté fait pour extorquer du roy mineur et de la royne sa mère et régente quelque édict ou autre avancement de la religion par la force des armes ? Car au contraire, qui peut ignorer combien solennellement l'édict de janvier 1562 fut lors establi,... que les Eglises l'avoient accepté très volontiers, se préparant à l'observer?... comment *et par qui la trompette fut sonnée avec tant d'horribles massacres, sans espargner sexe ni aage, perpétrés premièrement à Vassy, puis après à Lens, contre tout droit divin et humain ? » D'une façon générale, et « après l'abominable massacre général de l'an 1572, > les protestants n'ont pas fait des émotions, des séditions, des entreprises pour advancer leur religion ou forcer la loy et la justice par les armes, mais ont cédé à •> de justes et très nécessaires défensives contre les violateurs de tout droit divin et humain. » — En conséquence, il faut se « contenter de conditions modérées. > Car si on veult avoir l'exercice de sa religion à son aise, et avoir recours à son espée, et si on obtient ce qu'on demande, et qui seroit à la vérité bien équitable, se gouverner ainsi ne sera-ce pas vérifier toutes les, calomnies des adversaires et monstrer qu'on ne cherche pas véritablement et simplement le royaume de Dieu ? > — « Le principal est de n'estre aucunement forcé à rien croire ne faire contre nostre droicte conscience. » Et enfin il y a « la désolation de nostre commune patrie » pour laquelle nous devons « souffrir toutes incommodités >. [Ibid.,
2. Hopper, dans l'édition des Mémoires de Vigliiis et d'Hoppcrius, 1858, p. 97. — Hopper était né en 1523.
.3. Le Petit, p. 118», auteur hollandais qui a publié en français son œuvre historique sur les Pays-Bas septentrionaux en l'an 1601. — Voir « Vraye narration et apologie des choses passées aux Pays-Bas, touchant le fait de la religion, en l'an M.D.LXVI, par ceus qui font profession de la religion reformée au dit pays. » Imprimé en l'an M.D.LXVII. Marnix prit la défense des Gueux dans une magnifique lettre écrite en français. Il n'y a pas de rébellion, dit-il, contre l'autorité civile. Aucune autorité ecclésiastique ne saurait en être rendue responsable. L'acte, provoqué par une horrible persécution, est le fait d'instruments particuliers de Dieu C'est la pure théorie des sauveurs providentiels : « Qui est l'homme, ou si aveugle ou si hébété, qui ne voit et n'entend point que c'a esté le doigt et la puissance de Dieu, qui a fait cecy. » Philips van Marnix van St. Aldegonde. Godsdienstige en Kerkelijke Geschriften, publiés par J.-J. van Toorenenbergen. I. 1871, p. 131, 98, 99, 109. — Peut-être trouvera-t-on plus significatifs encore deux autres témoignages: \° celui de Strada, historien contemporain des événements, ardent cathoHque et la plus haute autorité pour les auteurs ultramontains (voir Nuyens, Geschiedenis van den Oorsprong en het begin der Nederlandisclie Beroerten, 1865, I, p. xix). Il avoue que cette multitude sans frein respecta les religieux; 2° celui de l'ecclésiastique Morillon, prévost d'Aire et confident de Granvelle. Il écrit : « Il reste cependant remarquable que les briseurs d'images ne volèrent rien, mais apportèrent tout aux corps ecclésiastiques et aux magistrats, en leur faisant prendre par serment l'engagement de le transformer en argent et de le consacrer à secourir les pauvres. » — Voir Groen van Prinsterer, Correspondance inédite de la Maison d'Orange-Nassau, II, p. 217-218.
mesme la guerre seroit juste, ce que je ne puis veoir ny congnoistre. Il y a encores un aultre inconvénient tout évident. C'est que le mal ne fauldra de s'espandre jusques aux nations voysines, estans les princes par cet exemple confirmés de plus en plus en la fausse opinion, que leur ont imprimée nos adversaires, que leurs estats ne seront jamais paisibles, qu'ils ne nous ayent exterminés comme séditieux et rebelles K »
Les événements se sont précipités. Le 3 septembre, Bèze écrit à Rullinger : « Un tumulte, excité par de petits enfants contre un prétrillon, a grandi au point que toutes les idoles ont été renversées là ; la messe a été chassée ; cependant personne, sauf le prétrillon, n'a été blessé. La ville est occupée par les nôtres, si vraiment ce sont des nôtres. Voilà, à moins que je ne sois mauvais prophète, le commencement de malheurs tels que nous n'en avons encore vus de si grands. Dieu aie pitié des siens. »
Il écrivait encore le 21 mai iSôy : « Je n'ai encore rien pu me promettre de ces événements, et je dois soupirer.... Mais je commence à prendre un peu de courage pour les Eglises, maintenant que tout semble perdu, parce que j'ai cette confiance qu'elles vaincront sous la croix, et non par l'eflFort dévastateur de quelques-uns '^ i>
C'est dans cet état d'esprit que le trouva une délégation de l'Eglise réfugiée hollandaise de Londres. Les événements de Hollande avaient amené une sorte de scission dans son sein : les uns blâmaient, les autres approuvaient les Gueux. — Dans son embarras, le Consistoire de l'Eglise hollandaise envoya deux députés^ munis d'une lettre de recommandation et de vingt-sept thèses sur lesquelles ils devaient consulter les Eglises du continent. — Voici les dernières :
26. « Si quelqu'un, en dépit {repugnantibus) des lois et des privilèges de la patrie, se constitue {sese constituii) Seigneur et Magistrat ; ou bien, si celui qui est confirmé comme Magistrat dépouille injustement les sujets des privilèges et de la liberté qu'il leur a jurés, ou les opprime d'une tyrannie manifeste ; alors les Magistrats ordinaires (ordinarii magistratus) doivent faire de l'opposition {hue sese opponere), eux qui, selon Dieu et conformément "à leur devoir, sont tenus de défendre leurs sujets contre un tyran domestique aussi bien que contre un tyran étranger ^ »
27. « S'il y a quelque vice dans la personne de celui qui est seigneur selon les lois et les droits du pays (patria jura), ou bien en vertu d'un consentement tacite ou public, c'est-à-dire s'il est ou impie, ou avare, ou ambitieux, ou cruel, ou débauché, ou impudique, etc., il appartient seulement au pouvoir supérieur et aux Etats du pays {superioris potestatis et pairiœ ordiinuu) de corriger cela. Mais
1. Bulletin XXII, 1873, p. 116, 117. Deux lettres de Th. de Bèze au Ministre Taffin.
2. Le texte latin est cité comme inédit dans Voor drie honderd Jaren, 1869, von Toorenenbergen : Philips van Marnix van St. Aldegonde, p. 166, n. 3. — .1. D-^ A. Kuyper, De Hollandische Gemeeitte te Loitdon in 1570-1571, dans Voor drie honderd Jareii, 1870. — 4. Ces thèses nous ont été conservées par Th. de Bèze dans sa réponse Epistolarum Theologicariim Th. Bezse Vezelii, liber unus. Genève, 1573, p. 149-167. Epistola XXIV 3.à. peregrinarum in anglia ecclesiarum fratres.
tous les simples particuliers {qiioyumvis privatonim) et même les Magistrats inférieurs (inferiorum magistratuuni) doivent, obéissant à la doctrine et à Texemple du Christ, préférer souffrir l'injure plutôt que déserter leur vocation (dans laquelle ils doivent constamment se maintenir) et résister au méchant {improbo resistere) et ainsi agir injustement. »
Bèze consulta les frères de Berne, de Lausanne, de Zurich, d'Heidelberg et rédigea sa réponse du 25 juin i568 '.
Au début il déclare que, d'une façon générale, il approuve la doctrine contenue dans les 27 thèses. Cependant, sur certains points, il faudrait un peu plus de clarté (jerspicuitatem) ; certaines choses sont un peu trop dures (duriuscule)^ d'autres trop concises, etc. Il indique comment il les rédigerait. Mais quant aux thèses 25, 26, 27, voici ce qu'il se borne à en dire, sans les corriger :
« Vos conclusions sur l'autorité des magistrats, telles que vous nous les avez envoyées, nous n'hésitons pas {non diibitamur) à les approuver, en général {in génère)^ comme pieuses et orthodoxes.... Dans l'article 26, qui paraît armer les Magistrats inférieurs contre les supérieurs, nous sommes obligés de nous abste^ nir èto'xeiv, non seulement parce qu'il est très (adniodum) périlleux, surtout dans les temps où nous sommes, d'ouvrir ainsi la porte {fencstram aperire), mais aussi parce qu'il nous paraît qu'on ne peut pas du tout trancher pareille question {de liac re) tout simplement {sinipliciter), comme c'est le cas dans votre thèse ; mais qu'il faut tenir compte des circonstances nombreuses et très graves. C'est pourquoi, à propos de cet aphorisme, nous nous abstenons £to/o//.£v, pas du tout par crainte des hommes, mais pour ne pas dire quelque chose de téméraire dans une affaire de si grande importance. » — « Dans votre dernière thèse (27), au lieu de résister au méchant, nous aimerions mieux écBÏre opposer la force à la force -. »
Certainement cet avis est curieux. On sent plus que de la modération, de l'hésitation. Le moment est critique. Toute parole imprudente peut être dangereuse. Sans nécessité absolue, Bèze ne veut pas prendre une responsabilité grave. Il ne blâme pas, en théorie ; en pratique, il s'abstient •'.
Evidemment tout cela est singulièrement modéré, timide, pas exempt de con-
I. Voir dans les IVerken dcr Marnix-Vereinigiing (série III, vol. I). publiés par J. J. van Toorenenbergen : Gheschiedenissen ende Handelingen, die voornemelick aengaen de nederduytsche natie ende gemeynten, wonende in Engelant ende uit bysonder tôt Londen, 1873. (La lettre de Bèze est traduite p. 67-77.) Cette histoire a été composée par plusieurs auteurs, pasteurs de l'Eglise réformée de Londres de 1601 à 1703. — 2. On peut voir Toorenbergen, Philips v. Mantix vaii St. Aldegonde, I (1871), p. 553, et IVerken der Marnix- Vereinigiing, série III, I, p. 76, n. 2.
•'t. Marnix lui-même, fait plus curieux, lui qui pensait tout autrement que Th. de Bèze sur le brisement des images, lui qui l'avait défendu dans les termes par nous cités, est aussi réservé que Bèze. Consulté sur les 27 articles, il répond: « Mais les articles 26 et 27 s'expriment d'une manière trop générale. Car, pouvoir résister à un tyran on non, c'est ce qui dépend le plus souvent de la circonstance, des lois et des droits du pays.... » (Des Heeren van St. Aldegonde Philips van Marnix, advys âengaende den Twist in de Nederduytsche Kercke tôt London in Engellandt. A° 1568. Dans Toorenbergen Philips v. M. v. St. A. Godsdietistige en Kerkelijke Geschri/ten, p. 155, 156.)
tradiction. Nos grands publicistes ne cherchent pas à élargir le débat ; ils s'efforcent de le restreindre. Loin d'exciter, ils retiennent, au risque de se contredire. Ils concèdent le possible et même l'impossible. Ils demandent à leurs adhérents une patience qui, humainement parlant, ne peut être obtenue. — Voilà comment les calvinistes furent des révolutionnaires ' !
I. Le massacre de la Saint-Barthélémy fait couler des flots de sang. Th. de Bèze publie son traité Du droit des magistrats sur leurs sujets, le plus important de tous les traités calvinistes, après les pages de Calvin.
II y a lieu en effet, dans la matière délicate qui nous occupe, d'user de bon sens et de loyauté. Le protestantisme n'est pas responsable de toute la théologie de tous les protestants. Calvin, et son calvinisme, n'est pas responsable de toutes les théories politiques que des auteurs connus ou inconnus ont émises à une époque de trouble, d'anarchie, d'horrible souffrance.
Bèze et son traité sont calvinistes en un sens tout particulier. Bèze est l'ami, le collaborateur et le successeur de Calvin. L'intimité de ces deux hommes, le maître et le disciple, a été touchante. « Bèze ne publie rien d'important sans le soumettre à Calvin au préalable, le priant de revoir et de corriger à sa guise. Il est vrai qu'au besoin il lui rend la pareille : nous le surprenons envoyant à Calvin toute une série de corrections pour un des traités de ce dernier contre Castellion ; il y ajoute ces simples mots : « Je n'ai aucune crainte que la liberté » avec laquelle j'agis envers toi te soit désagréable ; aussi n'usé-je point d'ex- » cuse. » On sent combien l'union est grande, ils se comprennent à demi-mot-. » — Même ici nous ne rendons pas Calvin responsable de toutes les paroles de Bèze ; mais certainement Bèze a connu et exprimé la pensée générale de Calvin.
De plus son Traité n'a rien du pamphlet. « Bèze ne se montre ni agressif ni sectaire. Par le mouvement de la pensée, par l'aisance et l'ampleur de la forme, le traité Du droit des magistrats est une œuvre très distinguée. Rarement l'auteur, dont le style est généralement un peu terne lorsqu'il ne manie pas la satire, a été mieux inspiré. Mais s'il écrit encore sous le coup de l'émotion ressentie à la nouvelle des horreurs de la nuit tragique, s'il frémit à la pensée des angoisses de ceux qui ont souffert la mort et les pires outrages, il se garde de toute vio-
1. C'est en s'inspirant de ces principes que l'évêque de Londres termina le conflit au sein de l'Eglise hollandaise en fixant quatre points (18 déc. 1570). Le second déclarait que les sauveurs providentiels pouvaient être une exception, mais pas une règle. Le troisième affirmait que « les hommes pieux doivent tenir et reconnaître comme leur autorité les papistes et les impies constitués en autorité ; » et enfin le quatrième disait ; « Les hommes pieux n'ont pas le droit, s'ils s<mt mis à l'amende ou en prison pour cause de religion, de s'ouvrir eux-mêmes les prisons par la force ou par d'autres moyens illégaux » (ces articles sont cités dans les Werken der Marnix- Vereinigung, série III, I, p. 78). — En conséquence, on vit un prisonnier, accompagné par un sergent, traverser une rivière gelée. Le sergent tombe dans une crevasse. Le prisonnier le sauve, et puis le suit en prison pour aller de là au supplice.