Citons sans commentaires quelques appréciations
M. Dareste : « La Gaule franque a été la première tentative sérieuse faite par le parti protestant pour fixer ses idées et déterminer nettement ce qu'il voulait, ce qu'il ferait s'il arrivait au pouvoir ^. »
Augustin Thierry : « Ce curieux livre où se rencontre, pour la première fois, une invocation des lois fondamentales de l'ancienne monarchie.... C'est du livre de Fr. Hotman que les idées de monarchie élective et de souveraineté nationale passèrent dans le parti de la Ligue... Quelque éloigné que soit de la vérité historique le système du jurisconsulte protestant, on doit lui reconnaître le mérite de n'avoir point eu de modèle, et d'avoir été construit tout entier sur des textes originaux, sans le secours d'aucun ouvrage de seconde main.... Ainsi Fr. Hotman ne dut rien qu'à lui-même, et la témérité de ses conjectures, ses illusions, ses mépris, lui appartiennent en propre, aussi bien que la hardiesse de ses sentiments presque républicains. Du reste son érudition était saine en grande partie, et la plus forte qu'il fut possible alors d'avoir sur le fonds de l'histoire de France. Dans cet opuscule... il y a, chose singulière, un air de vie et un mouvement d'inspiration. L'amour enthousiaste du gouvernement par assemblées, espèce de révélation d'un temps à venir, s'y montre à toutes les pages Le livre eut un succès
immense, et son action fut grande sur les hommes de son siècle... Le bizarre et fabuleux exposé de l'ancien droit du royaume devint, durant le calme du règne de Louis XIV, la pâture secrète des libres-penseurs, des consciences délicates, et des imaginations chagrines plus frappées, dans le présent, du mal que du bien. Au commencement du dix-huitième siècle sa réputation durait encore'. »
Henri Martin : « L'imprescriptible souveraineté des nations elles-mêmes n'avait point encore été prêchée parmi nous avec tant de vigueur et d'autorité, et Ton peut dire qu'après la Gaule franque, il faut aller jusqu'au Contrat social pour rencontrer dans notre littérature une œuvre politique républicaine supérieure en influence à l'œuvre d'Hotman ''. »
Ariste Viguié, pasteur, professeur de théologie : « De Genève, en i573, partit ce livre étrange, profond, qui donna une âme à toutes les aspirations généreuses
1. Méaly, Ibtd., p. ii5, 112. — 2. Rod. Dareste, Essai, p. 75. — 3. Aug. Thierry, Considérations sur l'Histoire de France, p. 30-37, en tête du volume I" des Récits des temps mérovingiens. 1846. — Voir aussi Aug. Thierry, Dix ans d'études historiques, 1846, p. 336-338. — 4. H. Martin, Histoire de France, IX, P- 370, 371-
de lepoque, et qui, en plein seizième siècle, le premier, établit avec passion, avec science, les bases de toutes nos libertés. Tout notre droit moderne est déjà dans la Franco-Gallia ^ »
Et enfin l'historien au verbe prophétique, Michelet : « Cette âme éclate en 1573, par un livre de génie... Gaule et France, Franco-Gallia. c'est le titre de ce livre qui, de Genève, envahit toute l'Europe, est traduit en toutes les langues. Nul succès n'a été si grand jusqu'au Contrat social... Qu'il se trompe sur tels détails, comme le dit M. Thierry, qu'il exagère la part de l'élection, de la délibération publique dans ces époques obscures, il n'en a pas moins raison au total... Livre profond, vrai, lumineux, qui donna l'identité de la liberté barbare avec la liberté moderne, relia les races et les temps, restitua l'unité et l'âme, la conscience historique de la France et du monde ^. »
I. Il est vrai que, tout en rendant hommage à l'érudition énorme d'Hotman, des critiques comme Aug. Thierry et Fustel de Coulanges ont signalé ses « abus de méthode. » — Mais nous pouvons très bien nous contenter des concessions qu'ils font. Hotman a parfois trop précisé la lettre des textes qu'il maniait. Mais il ne s'est pas trompé sur leur esprit. Thierry parle des traditions en vertu desquelles, alors même que les formules eurent disparu, les gentilshommes, « tout en professant pour le roi un dévouement sans bornes, se plaisaient à rappeler en principe le droit d'élection et la souveraineté nationale ^ » — Et Fustel de Coulanges^: (' Il est clair que les acclamations de cette foule, composée d'hommes libres, impliquaient une adhésion volontaire des sujets à l«ur nouveau souverain. S'il n'y a rien de semblable à une élection, la royauté n'est pas non plus précisément héréditaire^. » — Encore une fois, cela suffit. Mettons qu'Hotman ait tracé l'idéal, plus ou moins formulé dans les textes, plus ou moins réalisé dans les faits, de la tradition nationale. Il reste que cet idéal a, de tout temps, été invoqué par les meilleurs Français de France, l'idéal de la politique nationale à l'intérieur.
Ici je cite un auteur qui n'est pas protestant, et dont les sympathies pour Hotman ne l'empêchent pas de parler de « ses passions sectaires », de déclarer, selon la formule, « que le protestantisme, par son austérité maussade, répugnait aux gens de ce pays \ etc. — Chap. V : « Ce chapitre est plein d'un véritable
i. Voir dans la Critique religieuse de Renouvier (Supplément trimestriel de la Critique philosophique), i"= année, 1879: . La Gaule franque de François Hotman. ■• Etude sur les théories politiques libérales au seizième siècle, par A. Viguié. Quatre articles, p. 58 et ss., p. 149 et ss., 275 et ss. et p. 347 et ss.
2. Michelet, Histoire de France au seizième siècle. La Ligue et Henri IV (1856), p. 33-36.
3. A. Thierry, Récits des temps mérovingiens, I, p. 32, 21, 22.— Voir Paul Moussiegt, Hotman et Duplessis-Mornay, théories politiques des Réformés au seizième siècle, 1S89.
4. Fustel de Coulanges, Histoire des institutions politiques de l'ancienne France, « La monarchie franque ., p. 33, 42, 49. 59- — S. Ibid., p. 277. - 6. Ed. Cougny, François Hotman, la France-Gaule, 1874. (Extrait du X« vol. des Mémoires de la Société des sciences morales, lettres et arts de Seinc-ef-Oise), p 41, 54.
LE DROIT NATUREL SELON CALVIN, DE CALVIN A 178g 555
enthousiasme patriotique. Que les témoignages y soient un peu accommodés aux besoins de la cause, je le veux bien ; mais il n'en reste pas moins de cette lecture une bonne impression de fierté nationale '. » — Chap. IX: « Ce livre est moins un exposé purement historique des droits imprescriptibles de la nation qu'un plan de monarchie constitutionnelle, conçu et tracé d'après un passé plus ou moins authentique". » Chap. XXV : « Tel est ce plan de constitution qui, selon l'auteur, résume avec fidélité les principales dispositions de notre ancien droit national.... Hotman a la prétention de codifier des usages séculaires, des coutumes traditionnelles, et, sans rien innover, de conserver ce qui a toujours existé, le roi et une représentation nationale sérieuse, en déterminant avec plus de précision les attributions de l'un et de l'autre ^. » — Et enfin : « La nation est-elle perdue sans ressource ? Non, dit Hotman. Si elle se trouve en ce déplorable état, c'est parce qu'elle a cessé d'être elle-même, la Gaule et la France, ou mieux en un seul mot la Gaule-France, dont la nature propre est d'être libre.... Des usurpations, des empiétements favorisés par les circonstances, et légitimés en apparence par un consentement tacite, ont produit une mauvaise administration. Le peuple reste toujours maître de changer des gérants incapables ou infidèles. Rien du reste à innover ; une restauration toute simple, très légitime ; un retour à la forme et à la force primitive de l'Etat. Que la nation rentre en possession d'elle-même ; qu'elle se dérobe à toute influence étrangère ; qu'elle aflfirme sa souveraineté et l'exerce par les Etats généraux, Concilium publicum, véritable émanation d'elle-même, représentation réelle de son génie, de ses besoins et de ses droits.... Hotman ne prêche jamais l'insurrection.... Mais pour être modéré, le livre n'en était que plus fort : aussi l'eflPet en fut prodigieux.... Il fut un événement, un grand événement politique. Ceux qui avaient cru tuer la liberté française virent avec terreur qu'elle n'était pas morte et que, pour l'étouffer, il faudrait détruire la nation elle-même '*. »
C'est cet idéal qu'invoquaient avant Hotman les bourgeois du douzième siècle s'appuyant sur « l'ancienneté immémoriale d'un droit urbain de liberté civile et de liberté politique », qu'invoquait, au quinzième siècle, Philippe Pot, député de la noblesse de Bourgogne, aux Etats généraux (1484) : « Comme l'histoire le raconte, et comme je l'ai appris de nos pères, dans l'origine, le peuple souverain créa des rois par son sufi^rage.... N'avez-vous pas lu souvent que l'Etat {res publica) est la chose du peuple ?... Je veux que vous conveniez que l'Etat est la chose du peuple {rempubliam rem populi esse), qu'il la confie aux rois, et que ceux qui l'ont eue par force ou autrement, sans aucun consentement du peuple (nullo populi consensu), sont censés tyrans et usurpateurs des biens d'autrui ^. »
C'est cet idéal qu'au seizième siècle, et après Hotman, invoquent tous les
1. Ibid., p. 21. — 2. Ibid., p. 28. — 3. Ibid., p. 45. — 4. Ibid, p. 56, 57, 59, 61.
o. Journal des Etats généraux de France, tenus à Tours en 1484, rédigé en latin par Jehan Masselin publié et traduit par A. Bernier, 1835, p. 146-149. — Voir : Ch. Jourdain, Mémoire sur la royauté française. (Mémoires de l'Institut national de France, XXVIII, p. 151, 152.)
adversaires du despotisme. En i652, un chanoine de Notre-Dame, Claude Joly', essaie de tirer un système « des anciens politiques historiens ou jurisconsultes de la France : Commines,... Gerson,... de Thou,... L'Hospital -.... » Il écrit une nouvelle Franco-Gallia. — Et que fera Fénelon dans son Plan de gouvernement en 171 1 ? Je laisse parler un adversaire de Calvin et du calvinisme, M. Faguet : « Le gouvernement de Fénelon... dynastique et libéral, aristocratique et parlementaire... n'est rien autre que la restauration de l'ancienne constitution française.... Le système parlementaire, très sensiblement ébauché dans l'ancienne France, dont il y a des traces partout, et dont il suffit, pour ainsi parler, de coordonner les membres épars, ou de vivifier les membres languissants, voilà le remède ^. »
Et quand M. Faguet demande : « Ne faut-il pas conclure que ceux-là étaient dans le vrai, et je dis dans la vérité historique et traditionnelle, dans le vrai sens de l'histoire de France, qui essayaient, moitié invention, moitié reconstitution, de ressaisir et de ranimer l'ancienne constitution française ? * » nous répondons : Certainement oui, ils étaient dans le vrai. Et ceux-là, c'étaient les publicistes calvinistes conduits par Th. de Bèze et Hotman.
2. Il faut faire un pas de plus. Calvin ne s'est pas borné à aimer le beau pays de France, il se sentait obligé, comme il l'a dit, de le servir, et il fut un bon Français. C'est le jugement que les historiens ont porté sur lui à l'époque du Centenaire. « Il était Français de corps et d'âme, et il est toujours resté Français à Strasbourg, même à Genève, et il a été le fauteur de la politique nationale à l'extérieur". » — En face de certaines calomnies sans cesse répétées, la question vaut d'être traitée en quelques mots précis, si possible. ♦
Au seizième siècle, l'ennemie de la France c'était la maison d'Autriche et d'Espagne, la maison que soutenaient les Guise, et que combattait Coligny. Charles IX, perplexe, demanda un Mémoire à l'amiral. Le Mémoire rédigé par Duplessis-Mornay et corrigé par Coligny fut présenté au roi ; c'était le programme de la politique protestante. Or voici ce qu'un catholique aussi injuste, aussi passionné contre les protestants que le vicomte de Meaux, dit de ce Mémoire : « A la prépondérance de son parti ce grand capitaine (Coligny) associait un patriotique dessein. Il se proposait d'en faire sortir l'abaissement de l'Espagne et la grandeur française. L'entreprise semblait conforme aux intérêts et aux
1. Recueil de maximes véritables et importantes pour rinstitntion du roi, 1562. Voir Jean Brissaud, Un Libéral au dix-septième siècle, Claude Joly, i6o-]-ijoo, 1898. — 2. Ibid., p. 13. — ■'!. Faguet, Les grands maîtres du dix-septième siècle, 4' éd., 1887, p. 359, 361, 363. —Voir Fénelon, Plans de gouvernement, 171 1, éd. Didot, p. 431, 432. — 4. Faguet, p. 365.
5. Wcrnle, Monatsblatter fur den evangelischen Religionunterricht, Juli 1909, p. 207. — Le 16 janvier 1561, Calvin écrit à Coligny; « ... Pour le moins, vous jugeres, selon vostre prudence, que je ne procure que le repos et prospérité du royaume. Je ne dissimule pas le désir que j'ay qu'il fust proveu à ceste povre ville [Genève], afin qu'elle ne soit en pillage, mais pour ce que j'estime que la sécurité dicelle vous est pour recommandée, vous ne condamneres pas le soin que j'en ay, auquel Dieu m'oblige, sur tout (\w&x\A il ne tend qu'au bien public de France, et en dépend. > (Opéra XVIII, p. 317.)
destinées de la France. Depuis François I", notre rang en Europe dépendait de la maison d'Autriche ; depuis Henri II, Teffort de nos armes avait été judicieusement porté sur nos frontières du nord. Enfin notre honneur et notre profit politique consistaient à soutenir la liberté des peuples opprimés par une monarchie cosmopolite, et, précisément en arrachant à la tyrannie de Philippe II les Pays- Bas prêts à se donner à nous, en les réunissant à la France, dont ils formaient, disait-on alors, un membre naturel, notre nation les affranchissait ; elle devenait du même coup libératrice et conquérante *. »
Et en effet, dans leur mâle langage, ces deux calvinistes les plus illustres, Coligny et Duplessis-Mornay, prouvaient que la guerre contre l'Espagne était juste, facile et utile.
Où était donc l'obstacle ? Le vicomte de Meaux le dit en phrases pompeuses et admirablement naïves. S'il y avait d'un côté la grandeur de la France, il y avait de l'autre la grandeur du catholicisme. Ces deux grandeurs se trouvaient inversement proportionnelles. Celle-ci fut sacrifiée à celle-là. « Ce qui était en question dans les Pays-Bas, dit en propres termes l'historien catholique, ce n'était pas la prépondérance espagnole, c'était avant tout, aux yeux des contemporains, le sort du protestantisme. Si la patriotique révolte des Pays-Bas avait été motivée, et se justifiait, par la violation des antiques franchises, néanmoins la foi protestante en était l'âme. [Voilà le crime.] Soutenir cette révolte, c'était donner gain de cause à Vhérésie devant l'Europe, et plus l'entreprise était conseillée ou conduite par des protestants, plus il devenait difficile de rassurer les appréhensions et d'apaiser les répugnances des catholiques français [les intérêts du catholicisme et non les intérêts de la France]. Les plus patriotes pouvaient hésiter en cette conjoncture entre l'intérêt politique et l'intérêt religieux -. » — Paroles vraiment dignes d'être retenues ; telle était la situation de la France et telle était l'attitude des partis catholiques et protestants, d'après l'apologiste du parti catholique.
Donc laissons la question de mérite et de démérite. Ne faisons pas un tort aux catholiques d'avoir voulu être catholiques plus que Français, et disons seulement : malheureux catholiques, qui, par la force des choses, devaient choisir entre leur religion et leur patriotisme. Ne faisons pas davantage un éloge aux protestants parce qu'ils ont voulu être Français autant que protestants, et disons seulement : heureux calvinistes qui, par le seul fait qu'ils étaient calvinistes, trouvaient leur patriotisme d'accord avec leur religion. — On nous permettra seulement de nous étonner que les historiens catholiques s'oublient au point de vouloir transformer les catholiques en défenseurs et les protestants en adversaires de la politique nationale française ^.
I. Les luttes religieitses en France au seisième siècle, 1879, p. 139. — 2. Ibid., p. 140.
:i. Coligny organisa une expédition pour secourir Louis de Nassau assiégé dans Mons. La honteuse trahison des chefs du parti cathohque fit tout échouer. 'L'Histoire générale de Lavisse et Rambaud, dans un de ses livres particulièrement catholiques, dit : « Catherine était entourée d'étrangers, pensionnés par le roi d'Espagne, et qui formaient à la cour une sorte de bureau d'espionnage, chargé de renseigner le cabinet
Or, avant Coligny, la politique nationale avait été inaugurée par Calvin. Dans une étude intéressante, un Genevois, M. Francis de Crue, a résumé « Taction politique de Calvin hors de Genève, d'après sa correspondance. » Cette étude est d'une documentation impartiale, mais d'un esprit qui nous paraît influencé par maint préjugé ancien contre Calvin; d'autant plus significatif est le jugement que nous avons à relever. « Calvin est bon Français, et il le reste pendant toute sa vie. C'est un loyal sujet du roi'. » « Le roi de France devient persécuteur. Calvin lui garde sa fidélité, malgré tout, et il va jusqu'à favoriser la politique d'un Henri II, tout au moins à l'étranger. Calvin est si bon Français qu'il est obligé, à maintes reprises, de se défendre du soupçon de vouloir livrer Genève à son roi'. » — Quand le parti « libéral » et national à la cour préconise l'alliance avec les Allemands, les Suisses et les Anglais contre l'Autriche "\ Calvin le soutient de tous ses efforts. L'empereur, c'est l'ennemi \ — Et de même que la politique nationale de la France, avant Coligny, avait été inaugurée par Calvin, elle fut reprise après Coligny par Henri IV, le fils de la calviniste Jeanne d'Albret, l'ami du pape des calvinistes, Duplessis-Mornay, dont le principal ministre était le protestant Sully et la principale alliée la protestante Elisabeth. L'historien catholicisant, Th. Lavallée, écrit : « La France pouvait reprendre sa politique naturelle, sa politique protestante ^. » Contre l'Europe catholique, dominée par la maison d'Autriche, Sully voulait former une « alliance » de la France, de l'Angleterre, des Provinces unies, des trois royaumes du nord, des petits Etats de l'Allemagne ^. — Mais le catholicisme fit contre Henri IV ce qu'il avait fait contre Coligny. Henri IV fut assassiné.
Et alors qui reprit la politique protestante et nationale ? un cardinal, Richelieu. C'est son historien, le très nationaliste et très antipr^testant M. Hanoteaux, qui s'exprime en ces termes : « Dans la passe redoutable où la France est engagée, elle a besoin de toutes ses forces et de toute sa prudence pour parer à un double danger. Avant tout la crise extérieure, la frontière, la Valteline, l'Allemagne. La France ne peut laisser les Espagnols achever à ses dépens l'entreprise de la domination universelle. Elle a donc besoin des protestants ^ » Pourquoi ? « Ce parti, composé de Français énergiques, vigoureux, intelligents, était
de Madrid sur tout ce qui se tramait dans le Conseil. De son côté, le duc d'Albe était averti par le cardinal de Lorraine et par les catholiques. » (Tome V, p. 142.) — « Des traîtres siégeaient dans le Conseil du roi de France et, vendus à l'Espagne, avertirent aussitôt le duc d'Albe du départ de Genlis, et le mirent ultérieurement au courant de la marche de ce chef. Voilà à quel degré d'infamie s'abaissèrent des hommes qui ne pouvaient pardonner à Coligny ni le légitime ascendant qu'il exerçait sur l'esprit de Charles IX, ni sa ferme résolution de soutenir contre Philippe II, dans les Pays-Bas, la cause de la liberté civile et de la liberté religieuse, ni l'ardeur avec laquelle il travaillait en même temps à la pacification ultérieure du royaume, à l'agrandissement de son territoire et à la consoUdation de son indépendance. « (Delaborde, III, p- 405.)
I. De Crue, L'action politique de Genève, 1909, p. 1 1. — 2. Ibid., p, 12. — :î. Ibid., p. 16, 17, 19. — 4. Ibid., p. 29. — 5. Th. Lavallée, Histoire des Français, 1853, III, p. 65. — 6. Ibid., p. 67.
T. G. Hanoteaux, Histoire du cardinal de Richelieu, p. 488.
LE DROIT NATUREL SELON CALVIN, DE CALVIN A 1 789 SSg
un précieux appoint pour la royauté, si elle entrait en lutte contre la Maison d'Kspagne. Toutes les relations du parti au dehors étaient avec les ennemis de cette monarchie. Par eux on s'assurait le concours des puissances protestantes, l'Angleterre, la Hollande, les princes allemands et même Venise et la Savoie. » Et c'est là ce que M. Hanoteaux appelle « le groupe naturel des alliances françaises, les alliances de Henri IV ^ » — Et nous voilà à la guerre de Trente ans, avec ses héros le duc de Rohan, le maréchal de Chatillon, le duc de Laforce, le maréchal de Rantsau, le maréchal de Gassion, tous des protestants, et avec son héros, Gustave-Adolphe, le grand protestant. — La politique de Calvin, de Coligny, d'Henri IV, française et protestante, triomphait. Elle sauvait la France et l'Europe.