‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son temps (volume 3)Chapitre 130 sur 176 · Lettres pastorales, 3'"« année, édition de Rotterdam · texte numérisé non relu

Lettres pastorales, 3'"« année, édition de Rotterdam

3. Fr. Puaux, La politique de Jurieu et la politique de Bossuet, dans la Revue chrétienne, 1900, p. 297.

LE DROIT NATUREL SELON CALVIN, DE CALVIN A I789 Syi

Les chapitres, qui nous intéressent ici, sont les xv'"^, xvi™% xvii"^ et xviii™^; ils se rapportent à la Révolution d'Angleterre. Le catholique Jacques II avait dû fuir ; il avait été remplacé par le protestant Guillaume d'Orange. Les catholiques criaient au crime, à la rébellion. C'est à ces accusations que Jurieu répond en i68g, juste cent ans avant 178g.

Considérons rapidement les trois grands principes du droit naturel calviniste.

Le premier, c'est qu'il y a des droits naturels, imprescriptibles et inaliénables *. Ces droits sont : le droit à la loi, le droit à la liberté, le droit à la religion, le droit à la vie. « Jamais peuple ne peut avoir intention de donner à un souverain le pouvoir d'opprimer ses loix, sa liberté, sa religion, sa vie ^. »

Ces droits doivent être reconnus par un pacte, un contrat stipulé ou traité, qui, en aucun cas, ne peut les supprimer, même si le peuple le voulait. Car « il est contre la raison de concevoir qu'un peuple se livre absolument sans traité et sans condition à un seul homme, sans mettre sa vie, ses biens et le public en sûreté par des loix. Cela ne s'est jamais fait et même cela ne se peut faire, et s'il étoit possible qu'un peuple vint à ce degré d'aveuglement que de se livrer ainsi sans réserve et sans pact à un souverain, je soutien qu'un tel traité seroit nul, parce qu'il seroit contre les droits de la nature ^. d Aussi bien nul ne peut donner ce qu'il n'a pas : « Par conséquent un peuple ne peut donner à son souverain un pouvoir sans bornes, sur les biens, sur la vie et sur la liberté de ses enfants ^. » Ces droits sont naturels, imprescriptibles.

Et ce qu'un peuple ne peut pas donner de son plein gré, personne n'a le droit de le lui prendre par la force. « On tient ordinairement que le droit de conqueste donne le pouvoir absolu par nécessité.... Je ne conçois pas pourquoi la conquête, qui est une pure violence, ôte à des peuples le droit de recouvrer leur liberté, quand ils en rencontrent l'occasion, quelque longue que soit la possession d'un

conquérant, qui en use avec tyrannie Les droits des peuples ne se prescrivent

pas "*. » Cette dernière phrase est une phrase de Th. de Bèze.

1. « Je voudrois bien savoir si le droit de conservation est un droit fondé dans la nature de l'homme ou non.... La nature, les loix divines et humaines répugnent à cela.... La nature ne sauroit prescrire contre les droits fondez sur la nature... » {KVll^'^ Pastorale, p. 386, 388, 392). — A propos de l'esclavage, il dit : < Ce droit était faux, tyrannique, purement usurpé et contraire à tous les droits de la nature. • (XVI"'« Pastorale, m, p. 371.)

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