Opéra XXVIII, p
2. Ibid., p. 235 236, 237. — Une ordonnance relative aux Halles, porte: « Item de reprendre les marchandises non loyales. » Opéra X^, p. 129. — Le Synode de Vertueil 1567 prit un règlement contre ceux <! qui sophistiquent et déguisent les marchandises, et usent de telles autres tromperies, avec dénonciations expresses que s'ils ne s'en veulent désister, ils seront sujets aux censures. » Les Synodes avaient ainsi pris soin de remJdier à tout ce qui peut apporter quelque préjudice aux intérêts du prochain, bien que d'ailleurs il ne soit pas sujet aux peines civiles. La Discipline ecclésiastique.... avec les observations des Synodes nationaux sur tou.» les articles.... A La Haye, 1760, ch. XIV, art. 22, p. 564.
.1. L'usage de la chemise n'était pas encore bien ancien. — 4. Opéra XXVIII. Sermon CXXVII, p. 32-35-
ÉCONOMIE POLlTlQLlK 679
5. Devons-nous aller plus loin encore et voir en Calvin l'initiateur direct et pratique de certaines industries à Genève ? Oui, à condition de ne pas tomber dans de fâcheuses exagérations.
A la suite des troubles, il y avait à Genève de l'oisiveté et de la misère. Calvin se présente devant le Conseil, le 29 décembre 1544, et « prie mestre ordre sur les povres et trover le moyen pour avoyer un mestier pour fère travaillé les povres gens '. »
I.a question revient le 3i décembre : « Causant la chierté du temps, la multitude des povres est habundante en Genève. » Or « affin que nul ne soyt oiseux, a esté ordonné de regardé de mestre ung mestier en Genève, comment la drapperie, ou de fère les fustenes, les ostades [sorte d'étoffe de serge] et demy ostades. » Pour « trouver un bon moyen, » le Conseil nomme une commission de quatre membres (dont Michel Varro), qui appellera dans son sein Calvin et le maître de la monnaie. La commission fera son rapport « demen » -. 11 y a réunion du Conseil le 2 janvier 1545 ; puis le 27 janvier, on ne semble avoir rien fait. Calvin réapparaît le 27 janvier. « Aussi y a prié mestre ordre sur les povres, qui vont mendier par la ville. Et que, par cy devant, il fut commencé et mys en avant quelque moyen, requérant il mestre fin \ » — Le Conseil ordonne à sa commission de suivre l'affaire '*. — 11 n'y a plus rien jusqu'au 19 mars i545. Ce jour-là, Michel Varro offre de « dresser le mestier pour faire travaillé les oysseux, » et un des syndics demande « qu'on luy preste trois centz escus à interest pour eslever ung mestier... et sera pour l'avancement de la ville. » Il est décidé : « Si est possible de trouver moyens d'argent ^ » — Et les Registres ne disent plus rien les semaines suivantes. Le jeudi 8 avril, M. Varro parle d'autre chose''.
6. Pour cultiver son champ, pour être ouvrier, on n'a pas besoin de ressources, ni d'avances. Il en faut pour se livrer au commerce, à l'industrie. Comment se les procurer, sinon en les empruntant ? Et nous arrivons ainsi à la grosse révolution opérée par le Calvinisme dans l'Economie politique. Calvin a formulé la théorie du prêt à intérêt.
a) Le Moyen Age avait interdit le prêt à intérêt. II l'avait interdit d'abord aux
I. /?. f/. C, Vol. 39, f- 89. - i. Ibid., f. 84^'. — :H. Ibid., Vol. 39, f. 115. — i. Ibhl. — -■;. Ibid., Vol. 40, p. 57.
II. Voilà ce qui a donné lieu au roman brodé par l'imagination de Gaberel : « Calvin se présente au Conseil, le 29 déc. 1544 : Messieurs, dit-il, il est nécessaire de mettre ordre sur les pauvres et de trouver un moyen de faire travailler les indigents. Je propose qu'on leur enseigne un métier, et qu'on leur apprenne à tisser des draps de laine et de velours. > Le Conseil adopta cette mesure avec empressement, et Calvin fut chargé d'aviser aux moyens d'exécution. Deux mois plus tard, il revint avec un plan bien mûr. « La ville prêtera au syndic, Jean-Ami Curtet, 300 livres (17000 fr.) dont il paiera bon intérêt et donnera caution : au moyen de cette somme, il élèvera une maison avec des métiers, où viendront travailler les pauvres et tous les oisifs que l'hôpital est obligé de nourrir. > Ce projet fut mis à exécution; la nouvelle fabrique prospéra, etc., R. d. C-, 29 et 31 déc. 1544; 19 mars 1545. » (Gaberel, I, p. 524.) Ce roman a fait le tour du monde et se trouve dans presque toutes les histoires : Ph. Volmer, Johann Calvin, 1909, p. 137 — qui l'emprunte à Ph. Schaff; D'' D. Arnold, Calvin, 1909, p. 30, etc., etc.
68o CONCLUSION
clercs (concile de Nicée, 325) \ puis aux laïques (capitulaires de Charlemagne, concile de 8i3 à Châlons-sur-Marne, concile de Meaux en 845). Il y a usure quand on redemande plus qu'on n'a prêté. Enfin en i3i i, au concile de Vienne, la doctrine fut officiellement proclamée. L'usure {par où il faut entendre le prêt à intérêt), est contraire à tout droit divin et humain. L'usurier doit être puni comme hérétique"-. — Thomas d'Aquin formule la théorie officielle sur la stérilité de l'argent. Le seul usage légitime de l'argent consiste à Téchanger, c'est-àdire à le consommer •'.
Mais cette interdiction était trop absolue et, à côté de la règle, s'établissent peu à peu des exceptions de plus en plus nombreuses, des atténuations, des accommodations. L'orthodoxie se maintient par la casuistique '*. — On finit par admettre, dans certaines circonstances, le droit à une indemnité, à des dommages-intérêts (interesse, id quod interest)'\ Benoit XIV, en 1745, fixe à trois les titres d'intéressé. Et c'est ainsi que la doctrine du Moyen Age trouva moyen de subsister jusqu'à ce qu'on peut appeler l'Edit de tolérance, 18 août i83o. Pie VIII déclare que le prêteur à intérêt ne doit pas être inquiété {non est inquietaudus) ^.
b) Luther partage les idées du Moyen Age. Tout homme qui prête à la condition de recevoir plus qu'il n'a prêté, est un usurier. Luther ne permet que l'hypothèque, et encore il ajoute : « Le plus grand malheur de la nation allemande, c'est certainement le prêt sur hypothèc]ue ; c'est le diable qui l'a inventé '. » Ce qui choque Luther, 'c'est que le prêteur gagne ses intérêts tranquillement, tandis que l'emprunteur doit travailler*.
Luther développa ses idées dans sa célèbre Instruction aux pasteurs contre l'usure^, « pamphlet vigoureux, éloquent et véhément"*, » qui se terminait par une admirable péroraison : « Je connais un Seigneur qui est prêt à accepter votre argent à usure,... qui donnera non pas 10 ou 20 "/ni mais cent pour un, et mille
1. Et sans doute avant. P. -A. Diepenhorst, Calviyn en de Economie, 1904, p. 37. — Voir Ibid., p. 35, 46.
2. Marcel Le Goff, Du Moulin et le prêt d'intérêt, 1906, (thèse pour le doctorat en droit, p. 72-81. — Le principe premier est que : pecunia pecuniam parère non potest; nummuin nunmnim parère non potesi. L'argent, la monnaie, ne çeut créer, enfanter de l'argent, de la monnaie. Elster, o. c. p. 197.
3. Somme théologique, II, 11, 9, 78, art. i, ad. 5. Cité par M. de Boeck, L'économie politique moderne et le protestantisme à^ns Foi et vie, 1900, p. 227.) — « Cette condamnation du prêt d'intérêt a pu aider le chétif peuple d'alors à traverser moins douloureusement une crise financière de plusieurs siècles. >
1. Vqir Rachfahl, p. 1299; Le Goff, p. 124T. — 5. Le Goff, p. 122; De Boeek, p. 230.
ti. La vieille idée de la prohibition de l'usure a été reprise tant en France qu'à l'étranger par des écrivains catholiques, plus intransigeants que l'Eglise catholique elle-même : Vogelsang, Zins und Wucher, 1884; G. Platon, La démocratie et le régime fiscal. — Voir De Boeck, Foi et vie, p. 260, 261.