‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son temps (volume 3)Chapitre 164 sur 176 · Osée, IV · texte numérisé non relu

Osée, IV

7. Sermon sur Daniel. Opéra XLI, p. 323, 324. — Les ordonnances de 1547 portent « qu'on ne ynvite poient l'un et l'aultre à boire d'autant, sur poienne de troys sols. Si quelcun est trouvé yvre, il poiera pour la première fois trois solz, et sera remis au consistoire; pour la seconde fois, sera tenu de poier la somme de cincq solz, et pour la tierce de dix solz et estre mys en prison. » (Opéra X», p. 56.)

8. 13 déc. 1539. Opéra Xb, p. 441- — 9. 3 juin 1536. Opéra XII, p. 34S. - Voir K. Doumergue, Iconographie calvinienne, p. 122, 123, ^i. Jean Calvin, III, p. 581-586.

jeux, sy on en sçavoit user licitement. Mais où se trouve telle sobriété ? » L'usage est bon, labus est mauvais : rien de plus'.

Un diacre de Montbéliard, Matth. Vattel, consulta Calvin en i562 sur ce sujet. « On ne peut, lui écrit-il, interdire tous les jeux au peuple. En conséquence, on lui permet de s'amuser [delectare] avec les bombardes, les arbalètes. Mais peut-on permettre les quilles {pyremidulœ), les cartes, les cornets à dés ? C'est douteux. Il est plus facile de se faire une opinion sur le jet des pierres plates vers un but, sur le jeu de la paume [pila pahnaria), puisqu'il y a de l'adresse. Mais peut-on permettre tel jeu, tel jour "- ? »

On voit la minutie des questions. Calvin, qui, nous le savons, jouait lui-même aux clefs, aux palets, écarte toute casuistique, selon son habitude, et se contente dans sa réponse de poser les principes. « Pour les jeux, ce que je désire, c'est la modération. Que les jeux ne dépassent pas la mesure, ni en dépense ni en fréquence ''. » Et surtout Calvin interdit les jeux d'argent l « D'abord qu'il n'y ait pas de profit, que l'appât du gain ne séduise pas les fous.... Combien de mesnages en voit-on dissipés ? Car nul ne tient mesure qu'il ne destruise ou se mine petit à petit.... Sur tout il est quasi impossible de jouer pour l'argent, que Dieu n'y soit offensé en quelque sorte '. »

Ce qui est terrible, c'est tout ce qui accompagne presque inévitablement les jeux : les blasphèmes, les fraudes, les excitations °. On le nie, et là est le danger. « On n'appercevra point que les jeux soyent une chose dangereuse, voire pernicieuse du tout ; que ce soyent pour destruire les mesnages, et pour gaster tout ; que ce soit une semence et une racine de laquelle procède toute impiété pour despitter Dieu ; que ce soyent occasions de noises, de débats, de querelles, de blasphèmes, et de toutes villenies ; que ce soit pour appovrir ceux qui autrement

I. 1559. Calvin aux fidèles de France. Opéra XVU, p. 714- — -• Opéra XIX, p. 533- — :i- 25 sept. 1562. Opéra XIX, p. 549.

4. La condamnation et l'interdiction du jeu à l'argent caractérisent la pensée et la législation calvinistes. Les Cries du 16 fév. 1557, portent : •: Oue nul n'aye à jouer à point de jeux à or, ny argent, ny monnoye.... » Et, dans sa Remontrance sur les jeux-, 1579, Lambert-Daneau donne une explication claire et intéressante : •■ En général, il n'est permis jouer à l'argent, pour gagner et embourser, c'est-à-dire, ou perdre le sien, ou gagner celui d'autrui. » Pourquoi? « Le jeu n'est ni institué ni permis à quel qu'il soit, pour estre moyen de gagner argent ou l'acquérir, ains seulement pour exercice du corps ou récréation de l'esprit, tellement que quiconque en use à autre fin, cestui là n'use pas du jeu, ains en abuse, change et altère la nature de la récréation en une espèce de gain vilain et non permis, et partant deshonneste. » Voilà qui est singulièrement calviniste de pensée et de style : respecter la nature. Mais ce Calvinisme, si authentiqué, n'est pas ennemi des plaisirs honnêtes, et il se hâte de faire une exception à l'usage de ceux qui jouent ensemble leur « consommation » (selon l'argot moderne) : « Ce qui se fait par courtoisie et amitié, et pour entretenir la société humaine et compagnie des hommes les uns avec les autres, et non pour autre fin. » Le calviniste est sociable. Il s'agit d' « un petit escot et collation. » « Il n'y a ni gain ni acquit, rien qui n'est despendu [dépensé] sur le champ, et revient mesme en partie au profit du perdant, qui en boit sa part. » C'est bien permis, mais beaucoup de prudence! « Et pourtant telle somme qu'on joue pour boire, doit estre fort petite et modeste. > (p. 138, 145.)

0. Opéra XVII, p. 714. — Cette lettre est imprimée en latin, dans les Consilia, Opéra X», p. 261.

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