‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son temps (volume 3)Chapitre 28 sur 176 · Jôid., p. 62. — 3. Jbid-, p · texte numérisé non relu

Jôid., p. 62. — 3. Jbid-, p

LES ANCIENS

rieurement envoyé par Dieu, parce qu'il veut la seule qloire de Dieu et le salut des âmes '. » — lit nous voyons que l'enthousiasme religieux dépasse la limite.

Mais il faut ajouter qu'au-dessus de ces assemblées locales, et pour les relier entre elles, il y a des synodes, synodes provinciaux et grands synodes (provinciales et majores) -, et que le grand synode, ou national, est composé de tous les pasteu'rs et d'un délégué de chaque Eglise. Hit voilà la représentation, le système représentatif: au lieu des commissi principis, les cornmissi ecclesiœ^. — C'est le système synodal, mais pas presbytérien, avec, cependant, le fondement essentiel du régime presbytérien-synodal, la communauté.

A titre de transition le projet de Lambert ajoutait : « Que chaque Eglise élise ou dépose son pasteur.... Mais pour cette année, et jusqu'à ce que les Eglises soient instruites dans la Parole de Dieu [ce délai était dangereux], que les pasteurs soient appelés, installés ou déposés par le très illustre Prince et l'avis des Visitateurs '*. »

Le prince consulta Luther. Celui-ci exposa ses sentiments, le 7 janvier 027, dans une lettre à Spalatin : « Jusqu'ici je nourrissais la folle espérance que les hommes pouvaient être dirigés par l'Evangile. Mais les faits mêmes (res ipsa) nous montrent qu'ils détruisent l'Evangile, et qu'ils veulent être forcés par la loi et le glaive [volunt legibus et gladio cogi) l » Et sur le conseil de Luther qui écrivit au landgrave lui-même, le 7 janvier 1527 ^ la constitution de Lambert ne fut jamais mise en vigueur '.

2. Avec Œcolampade, le Réformateur de Bàle, de nouveaux éléments apparaissent, et l'on peut dire que la réfutation consciente et directe des erreurs luthériennes et zwingliennes commence. — En i53o, à propos de l'excommunication (et le droit d'excommunication est le droit le plus vital de l'Eglise), il expose au Conseil de Bàle ses vues, qui sont tout à fait opposées à celles de Zwingle. Du reste, la même année, Œcolampade écrivait au Réformateur de Zurich, lui-même, 2 septembre i53o: « Le pouvoir civil est plus insupportable que l'antechrist quand il enlève à l'Eglise sa dignité.... Si les coupables doivent être cités devant le pouvoir civil, ou bien celui-ci émoussera son glaive, ou bien il rendra l'Evangile haïssable par sa sévérité. Et de plus, nous n'améliorerons pas ceux qui sont tombés ; en les citant devant le pouvoir civil, nous les trahissons. Christ n'a pas dit : dis-le au pouvoir civil, mais dis-le à l'Église **. »

En conséquence Œcolampade désire que les pasteurs partagent avec la com-

I. L. Richter, Kirclieuordiiungeii, p. 66. — i. IbUt., p. 64. — .t. « Ouœlibet ecclesia congregetur, et eligat ex se ipsa unum plénum fide et spiritus Dei, cui commiltal vices suas in omnibus, qua; ad synodum pertinent. . — 4. Ibid., p. 66. — 5. De Wette, III, p. 151. — 6. Voir de Wette, VI, p. 80.

7. Lechler, p. 19-26. — Drews s'est efforcé d'expliquer l'opposition de Luther. Celui-ci ne se serait pas prononcé sur le fond de la constitution ; il aurait seulement désapprouvé l'idée d'octroyer une constitution à l'Eglise. Les lois doivent reposer sur les mœurs. Les lois sont non pas au début, mais à la tîn. « Car je sais bien, et je l'ai éprouvé, que, si des lois sont trop tôt appliquées, il est rare qu'elles réussissent. » Drews, p. 62. — 8. Lechler, p. 27, n. i.

munauté le droit d'excommunication (sacerdoles cum ccclcsia) *. Par Eglise il n'entend pas la foule, mais des Anciens [seniores), dont la pensée est celle de toute l'Eglise (tolhis ecclesicv mens esse constet)'. Il voudrait donc, pour les mesures importantes à prendre, une réunion composée des pasteurs, de quelques membres du gouvernement {aliquot a senatorio ordine) et de quelques-uns de la communauté [aliquot ex plèbe) ^ pour que celle-ci ne se croie pas méprisée, et qu'on ne se passe pas de son opinion (pnvier senleiiiiam ecclesiœ) '\ Quatre pasteurs, quatre conseillers et quatre membres de la communauté formaient le censorum consensus. Ceci est bien le futur consistoire de Calvin ''.

Mais le projet d'Œcolampade ne trouva pas grande faveur auprès du gouvernement, qui, le 14 décembre i53o, réduisit à un, — un seul, — les représentants de l'Eglise. Dans chaque paroisse, le Conseil de l'Eglise fut composé du pasteur et de ses suffragants, de deux membres du gouvernement et d'un Ancien •'. Cela même ne dura pas et ce furent les idées de Zwingle qui l'emportèrent à Bàle, comme dans les autres cantons. C'est ce dont se plaint vivement Myconius (10 février 1542) à Calvin. Il lui dénonce, « cette chose, bien plus ce dogme si séditieux et pestiféré, dans lequel se plaisent admirablement quelques laïques, influents.... Le sénat [le Conseil delà ville], disent-ils, c'est l'Eglise.... La raison de ce dogme est évidente : ils veulent opprimer notre liberté soit de prêcher, soit de corriger; car maintenant ils tirent à eux toute l'autorité d'excommunication^. »

3. Les idées qui sont en marche trouvent une nouvelle expression chez les Réformateurs de Strasbourg, Bucer et Capiton.

En i53i, Bucer rédige une constitution ecclésiastique pour la ville d'LUm '. « Pour restaurer l'excommunication ordonnée par Christ, sont ordonnés, comme serviteurs de la discipline chrétienne, quatre parmi les conseillers de la ville, deux parmi les pasteurs et deux choisis dans la communauté**. » — « Si le pécheur ne s'améliore pas, l'affaire est rapportée à la fin au Magistrat (au Rath) pour que un pareil obstiné soit, selon le cas, puni d'une peine temporaire, banni de la ville, ou, sur l'ordre du Magistrat, dénoncé par le pasteur, publiquement, du haut de la chaire, comme quelqu'un qui a renié la vertu de la vie chrétienne, qui a abandonné Christ, est tombé entre les mains du diable, est e.xclu de la communauté chrétienne et chassé, — et cela avec tant de sérieux et de zèle que toute la communauté en soit effrayée''. » — Il y a donc organisation d'un conseil discipli-

1. Lechler, p. 25, n. 2. — 2. Ibid., p. 26, n. i. — 'A. Ibid., n..2.

i. Il n'est pas facile de comprendre la pensée de Sohm quand il dit: « Il n'est ici aucunement question d'une représentation de l'Eglise dans le plein sens du mot, c'est-à-dire de toute la communauté (y compris ceux qui enseignent, mit Einschluss des Lehraints), et en conséquence d'Anciens ecclésiastiques (?) (gcisilichen <• Aeltesten »). Sohm, p. 650, 651.

5. Richter, Geschichte, p. 157. — Lechler, p. 28. — ti. Opcra XI, p. 367.

7. Ordmiiig, die ain ersamer Rath der Statt Ulm, etc. 'Voir Richter, I, p. 157 et ss. La Réformation à Ulm était l'œuvre commune d'Œcolampade, Blaurer, Bucer. L'ordonnance est rédigée par Bucer et prend pour modèle l'organisation de Bâle. — (S, Ihid., p. 158. — !•. Ibid., p. 159.

LES ANCIENS I49

naire ; mais le droit crcxcomnuinication appartient à l'iùat. Sur ce point Piucer est tout à fait de l'opinion de Zwingle.

Il est naturel que. au môme moment, nous retrouvions les mêmes idées à Strasbourg même.

Le 3o octobre i53i, le Conseil décida d'organiser à Strasbourg un Couvent ecclésiastique [Kircheiicnni'eni), qui pourrait décider des petites questions de r Eglise ; les grosses questions étaient réservées à la décision ou tout au moins à l'approbation du Conseil. C'est ce qui fut réalisé en i534 ', après le synode de i533. Voici les indications que donne l'ordonnance elle-même sur le rôle du Magistrat. C'est lui qui fait tout : « Nos seigneurs (suit Ténumération) en leur qualité d'autorité constituée par Dieu, en vertu du droit de leur charge {ans schitldigcn ainpt), dans une réunion du ii juin i533, afin que la chose fut plus officielle {desto statliclies gescheheii muchte), nos seigneurs... » ont convoqué quatre d'entre eux et les vingt-et-un Anciens. Afin qu'il y eût cependant quelqu'un de la communauté, chaque corporation (Zunft) doit élire quatre des échevins pour être entendus s'ils le veulent ( jede Zunft 4 von den Schôffeln). — « Nos seigneurs ont ordonné à leurs quatre délégués de tout écrire», et cela a pris du temps. Ce Couvent était composé des pasteurs de sept paroisses de la ville. Aux pasteurs étaient ajoutés vingt-et-un curateurs de districts (Kirchspielpflegev)^ de dizaines^, dira-t-on plus tard à Genève. Ceci était une charge nouvelle, car il ne faut pas confondre ces curateurs (Kirchspielpjleger) et les membres de la Fabrique {FabrikpJIeger) qui avaient à administrer les biens de chaque Eglise. Plus tard les deux charges se confondirent. Chacune des sept Eglises fournissait trois surveillants, de vie irréprochable, le premier était un conseiller de la ville, le second un échevin (.SW/o^t^), le troisième un membre de la communauté. La charge était à vie. Ceux qui la revêtaient avaient à surveiller la vie et l'activité des pasteurs-'. Réunis à l'asscm-

Page 1