‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son temps (volume 3)Chapitre 31 sur 176 · IV, XI, \. — i. 1543. IV, XI, 6. ~ :!. IV, III, s · texte numérisé non relu

IV, XI, \. — i. 1543. IV, XI, 6. ~ :!. IV, III, s

4. L'idée de Luther et de Zwingli se retrouve à Berne, la ville où se concentra une opposition si vive à Calvin, la ville qui condamna Viret, l'ami de Calvin, à l'exil. Le pasteur bernois, Musculus, écrit à Bullinger, encore en 1553 (le 29 mai): «11 faut une discipline... Quant au mode, je ne suis pas d'accord avec ceux qui veulent restaurer le mode ancien alors que le magistrat étant étranger à la profession du nom de Christ.... Il y a lieu de faire exercer la discipline en partie par des consistoires, où siègent des anciens (senatores) et des pasteurs délégués par le magistrat à ces fonctions, et en partie par le magistrat luimême pour les vices graves et les crimes incorrigibles. » {Opéra XIV, p. 53g.)

•S. 1543, IV, XI, 3. — 6. Ibid., 4-

7. Tout cela est fort nettement expliqué au peuple par Calvin dans ses sermons. -- Dans le Sermon XLII sur la Première à Timothéc, V, i6-i8, Opéra LUI, p. 505 et ss.), Calvin s'exprime ainsi: « Saint Paul met deux espèces de gouverneurs d'Eghse. Il met ceux qui travaillent en la Parole, et ceux qui sont pour penser des mœurs, et pour veiller sur les dissolutions qui se peuvent faire, afin qu'il y ait quelque police, et que les gens ne soient point dissolus. Voilà doncques deux espèces d'Anciens que met ici Sainct Paul : il les appelle tous prestres ou Anciens > (p. 505). « Il y avait des Anciens qui n'estoyent point prescheurs, qui n'avoyent point l'office d'enseigner, ni d'anoncer la Parole de Dieu. Et de quoy servoyent-ils ^ Ils avoyent regard sur les mœurs, afin d'admonester ceux qui failloyent, et de ne point souffrir les scandales publiques, afin d'avoir authorité, comme estans establis de la part de toute l'Eglise... l'Eglise leur donnoist superintendance. Or puisqu'ainsi est, qui est celuy de nous maintenant qui osera attenter contre l'ordre du Sainct Esprit ? » (p. 505). « Si on croyoit qu'il y eust un Dieu au ciel, il est certain qu'on seroit touché autrement, et qu'il y auroit quelque crainte : mais tous ceux qui vienent à l'encontre de ceste ordonnance, n'ont de religion non plus que des chiens. S'ils estoyent Turcs ou Juifs, on ne s'en esbahiroit point tant: mais ils sont pires que bestes brutes » (p. 506). - Doncques retenons ce qui nous est ici dit par sainct Paul, qu'il y a deux espèces d'.Vnciens, que Dieu pour bien gouverner son Eglise a voulu qu'il y eust des ministres qui annonçassent sa Parole, et qui fussent pasteurs ; après cela, qu'il y eust aussi gens quant et quant qui fussent pour gouverner; et qu'on eleust et choisist ceux qui estoyent de vie bonne et saincte... Or pourra-on changer ce que Dieu a commandé comme une chose inviolable ?... Tenons donc ceci comme chose inviolable • i^p. 506). ^ Ou'cst-cc de l'ordre que nous tenons entre nous ? C'est comme un petit oui

Ici nous sommes obligé, — non sans quelque surprise, — de poser une question qui va nous forcer à préciser toute une série d'idées : les Anciens étaientils les représentants de F Eglise ? — Sohm dit : oui ; Rieker dit : non.

I. Sohm dit oui. Pour Calvin les Anciens représentent FEglise, tandis que pour Luther ils ne la représentent pas. Et voilà une des raisons pour lesquelles Luther est supérieur à Calvin. D'une façon plus générale, Luther n'a pas organisé les Eglises ; Calvin les a organisées. Ce fut son tort.

Nous lisons, à propos de Bucer et de Capiton : « A une époque où il n'était pas encore {noch) question de gouvernement ecclésiastique par le prince, l'Eglise réformée, au nom de ses principes (gruudsâi{lich) a réclamé le gouvernement des choses extérieures de l'Eglise par l'Etat '. » — Sohm oublie de bien spécifier que par « réformée » il entend et ne peut entendre que Zwingli ! 11 oublie ensuite que les idées de Bucer et de Capiton ont été e.xprimées en i53i, i534, i535, tandis que rappel de Luther au prince électeur est de i526, et même son appel à la Noblesse allemande de i520 ! — Sohm oublie enfin que les projets de constitution de François Lambert et d'Œcolampade, d'où le magistrat est e.xclu, sont de i527, i53o. Voilà beaucoup d'oublis. Mais passons. Sohm reconnaît que Calvin, ici, intervient et réclame et obtient pour l'Eglise le droit d'excommunication -.

C'est clair et vrai. N'est-ce pas l'idéal ? Pas du tout.

L'Eglise ne doit pas avoir de représentants, d'organes représentatifs. Zwingli les avait repoussés ^ « La réforme de Zwingli correspond à l'essence de l'Eglise et au sens des Ecritures. Une assemblée peut être une Eglise, mais ne peut jamais représenter l'Eglise : l'idée de la représentation de l'Eglise est une idée rationaliste, païenne, mais pas chrétienne ^ »

Cette idée rationaliste, païenne, pas chrétienne, est par surcroit l'idée " catholique ; elle vient du moyen âge, du droit naturel. i) La gloire du luthéranisme est que de pareilles idées étaient chez lui impossibles. « Il est certain que toute

brage tant seulement de ce qui est ici déclaré. Si on vouloit examiner que c'est un Consistoire qui est entre nous, hélas ! combien s'en faut-il que nous n'ayons ceste perfection si grande, comme on l'a observée du temps des apostres ? Et toutesfois encore y en a-il (comme on le voit) à qui cela fasche... Or tant s'en faut qu'il nous faille reculer, que nous devons tascher plus tost de nous avancer, cognoissans qu'il y a encores longue distance entre nous et l'ordre qui a été prattiqué du temps des apostres. Et ainsi prions Dieu qu'il nous conferme tellement qu'il réside au milieu de nous, et que plus tost il amène les choses en meilleur estât, pour approcher tant mieux de la règle de sa Parole, que de reculer un seul pas, veu que nous sommes encore, non point au milieu du chemin, mais qu'à grand'peine avons-nous commencé, pour en bien dire » (p. 507).

Page 1