opéra LIV, p
TROISlÈiME PARTIE La discipline calviniste et Ritschl.
N examinant certaines objections faites aux idées de Calvin, nous allons reviser, préciser et compléter notre étude.
Les objections les plus énormes ont été présentées par le fameux théologien Ritschl. — Aujourd'hui son système s'est décomposé en ses divers éléments ; quelques-uns sont restés ; beaucoup ont été éliminés de la circulation scientifique. Parmi ceux qui ont ^1 exercé l'influence la plus durable se trouve son appréciation ecclésiastique de Calvin et du calvinisme '.
I. Ritschl résume ainsi la théorie calviniste. L'Eglise doit avoir son organe propre, le Consistoire, indépendant de l'Etat, qui ne juge pas les décisions du Consistoire, mais les exécute. Le droit de discipline en effet vient de Dieu et c'est pour l'Eglise un attribut inamissible ". — Quant à la théorie luthérienne, il la résume ainsi : L'Eglise n'a que des moyens de grâce et, par conséquent, le maintien de la vie chrétienne par des moyens légaux, par la discipline, est un attribut exclusif de l'autorité civile, de l'Etat ^ Si la discipline a été établie dans l'ancienne Eglise, conformément aux prescriptions de saint Paul, c'est que l'Etat n'était pas chrétien. Aujourd'hui, il l'est, etc. — Et de ces deux résumés l'un reconnaît pleinement les mérites de la théorie calviniste, l'autre exagère plutôt les défauts de la théorie luthérienne. Qu'est-ce à dire ? que nous sommes d'accord ? Pas le moins du monde. Nous sommes tout simplement en face d'un
I. Nous avons parlé dans notre volume précédent de ses appréciations dogmatiques.
'2. Albrecht Ritschl, Geschichte des Pieiismiis, 1880. I, § 5. « Lutherthum und Calvinismus, » p. 61-79.
.3. « L'Eglise... n'a aucune compétence en matière de punition juridique sur ses fidèles (gnindscitzlicl! keine strafrechtliche Competenz ûber ihre Aiigehôrigen). {Ibid., I, p. 66.) Droit, juridique : on aperçoit l'idée et les mots de Sohm. Ce qui 'est curieux, c'est que pour être ultra-luthériens ces deux savants se sont montrés d'accord dans leur principe et absolument opposés dans leurs conclusions. Ni l'un ni l'autre n'a pu nier la part de césaropapie qui se trouve dans le luthéranisme même original. Sohm, qui blâme ce césaropapisme, s'est efforcé de l'éliminer des idées de Luther. Ritschl, qui approuve le césaropapisme, l'a exagéré dans les idées de Luther. De telle sorte que Luther, anticésaropapiste pour Sohm, césaropapiste pour Ritschl, reste également pour l'un et pour l'autre le Réformateur qui a formulé la théorie ecclésiastique parfaite !
LE CONSISTOIRE
nouveau paradoxe du subtil théologien. Pour lui, l'autonomie calviniste, voilà le défaut ! et la césaropapie luthérienne, voilà le mérite !
Lisons : « Pour que la discipline ecclésiastique puisse être exercée, il faut que l'éducation morale du peuple ait été faite préalablement par l'Etat et par la religion '. » Cet apophtegme est-il compréhensible? Ritschl le cite, en est fort satisfait, et admire l'idéalisme pratique et la patience qu'une telle maxime suppose; car, conclut-il, « cette tâche, malgré toutes les difficultés, a été remplie par l'Allemagne évangélique -. »
Mais sur quels textes Ritschl appuie-t-il son paradoxal apophtegme? i" Sur des textes de Brenz, qui, il le reconnaît, est un Réformateur de second rang. Ritschl reconnaît de plus que les idées de Brenz n'ont pas été reprises dans d'autres constitutions ecclésiastiques luthériennes ; 2° Sur des textes de Sarcenius, Réformateur de second rang encore plus, à propos duquel il faut surtout remarquer que Ritschl lui fait dire ce qu'il n'a pas pensé''. — Voilà certes un procédé
1. Comme nous allons souvent toucher à l'incroyable, à l'invraisemblable, nous donnerons les textes importants dans leur langue originale : « Wenn kirchliche Strafgewalt stattfinden soll, so ist sie nur môglich unter Voraussetzung der staatlicheit und der religiôsen Erziehung des Volkes zur Moralitàt. » (I, p. 69.)
2. « Dièse Aufgabe ist nicht ungelôst geblieben. » (I, p. 69.)
;!. D'après Ritschl, Sarcenius aurait considéré non pas l'Eglise, mais le peuple comme •> sujet » de la discipline. {Ibid., p. 67.) C'est l'Etat, l'autorité civile qui doit exercer la discipline ; l'Eglise doit aider : « Cela paraît étonnant ; mais cela ne l'est pas, parce que Sarcenius ne prend pas le mot discipline au sens catholique ou calviniste. Pour lui la discipline a la mission « bien plus vaste de veiller aux bonnes mœurs. > (Ibid.) Et voilà pourquoi, par exemple, il dit qu'un des meilleurs moyens dont puisse se servir la discipline, ce sont les écoles. La discipline qu'il veut introduire, • c'est l'éducation de tout le peuple. (Ibid., p. 69.) — Ritschl appuie ses explications sur l'ouvrage de Sarcenius intitulé : Von einer Disciplin dadurch Ziiclit, Tiigend, und Ehrbarkeit môgen gepjlanzt und erhalten werden. — Par malheur il est obligé d'accuser le très savant et très exact biographe de Sarcenius, Engelhardt (Erasmus Sarcenius in seineni Verhaltniss zur Geschichte lutherisclier Kirchenorganisation, dans la Zeitschrift /tir historische Théologie, XX, 1S50, p. 70-142) de ne pas avoir tenu compte (beriicksichtigen) de cet ouvrage, alors qu'Engelhardt le cite cependant parmi ses sources, et alors que Ritschl avoue qu'Engelhardt en a indiqué la pensée fondamentale. Si l'on consulte Engelhardt, voici ce que l'on constate. Analysant la pensée de Sarcenius, Engelhardt intitule un paragraphe: « Que la discipline ecclésiastique n'est pas le seul remède (Die Kirchenzucht als nicht das einzige Heihnittel). Sarcenius explique avec insistance que les pénalités de la discipline ecclésiastique ne seront capables de produire de bons fruits dans le pays, que si on se préoccupe de l'amélioration des communautés par la doctrine et la cure d'âme, que si, pour cela, on établit de bons prédicateurs et pasteurs. > (Engelhardt, p. 89.) Jamais réformé n'a dit, et encore moins pensé le contraire, et il est difficile de comprendre comment cette vérité de la Palisse pourrait constituer une différence quelconque entre la discipline luthérienne et la discipline calviniste ou même catholique. — Mais ce n'est pas tout. Engelhardt fait suivre son paragraphe : « Que la discipline ecclésiastique n'est pas le seul remède, » par un autre paragraphe intitulé : « Que la discipline ecclésiastique est cependant le principal remède » (Kirchenzucht als denuoch ein Hauptiitittel). De telle sorte que Ritschl n'a indiqué que la moitié (et encore pas exactement) de la pensée de Sarcenius. — Mais laissons parler Sarcenius lui-même. L'année même, 1555, où il publiait l'ouvrage dont parle Ritschl, il en éditait un autre intitulé: Petit livre sur l' excommunication (Ein Biichlein von dent Banne). Il s'agit donc tout spécialement de la question que nous discutons. Sarcenius signale « ceux qui pèchent gravement et font mal en empêchant une discipline qui exerce l'excommunication et les autres peines ecclésiastiques (die den Bann und andere Kirchenstraffen zu erhalten eine Disciplin verhindern). » Et il continue : « Ceux qui empêchent cela, que font-ils ? ils veulent que l'on prêche seulement un demi-évangile, celui du pardon des péchés, et ils laissent de côté l'autre moitié de l'Evangile, celle de la pénitence. Ils brisent les clefs de l'Eglise. Si un pareil empêchement de la discipline et
LA PENSEK ECCLESIASTIQUE
critique assez singulier. En fait de luthéranisme, ne serait-il pas bon de consulter un peu Luther ?
Ritschl ne peut pas, il est vrai, le passer complètement sous silence. Seulement il ne peut davantage citer de lui un seul texte à Tappui de sa thèse. En lieu et place de textes, il présente donc des explications, des raisonnements, des inférences. Telle « réflexion » de Luther « conduit nécessairement [?] à cette conclusion que.... » — « De là suit [?].... » Ritschl est obligé d'avouer que ce qu'il fait dire ainsi à Luther, Luther ne l'a pas dit : c Si Luther ne s'est pas formellement exprimé ainsi {ausgesprochen), il nous suggère cependant ces réflexions fso legt er doch dièse Beobachtuiigeii nahej '.... On saisit sur le fait la sollicitation des textes, c'est-à-dire la violence faite aux textes pour les forcer à appuyer l'hypothèse conçue par l'imagination du théologien.
La vérité historique vraie, c'est que rien dans les déclarations de Luther n'autorise, ni directement, ni indirectement, la prétendue doctrine que Ritschl attribue au luthéranisme et que, bien au contraire, Luther Fa formellement combattue, niée pendant toute sa vie.
Nous savons suffisamment que loin de refuser, en principe, à l'Eglise le droit d'exercer la discipline, Luther le lui a reconnu. C'était, d'après lui, l'idéal. Et cet idéal, s'il ne l'a pas réalisé, s'il n'a pas essayé de le réaliser, c'est qu'il ne Ta pas pu. Il n'a cessé de le répéter : « Je n'ai pas encore les gens et les personnes pour cela. » Est-il permis de se débarrasser de textes pareils en les traitant de « vœu pieux » (frommen Witnsch)^ cest-à-dire sans importance ?
D'autant plus qu'il y a d'autres textes, en particulier celui que Ritschl « sollicite ». Dans ses explications sur le prophète Joël, données sans doute entre i532^ et i534, et qui ont été éditées en 1547, Luther parle longuement de lexcommunication. « L'ordre, dit-il, d'exhorter et d'avertir le frère qui pèche est
aussi nécessaire que celui-ci : tu ne dois pas tuer Voici la vraie, la principale
cause de la désuétude dans laquelle est partout tombée l'excommunication, c'est
que partout il y a peu de vrais chrétiens, un petit' troupeau bien peu nombreux
L'autorité qui empêche la censure et la punition de l'Eglise, et qui ne veut pas permettre et respecter l'excommunication, telle que Christ l'a instituée et ordonnée, provoque, entretient, nourrit les scandales. Au lieu d'être une servante de Dieu, elle est la propre esclave du diable dans l'enfer ■*. » Ces déclarations sont. claires, solennelles, certes; et il serait difficile de les soupçonner d'après les
des peines ecclésiastiques était le fait des Turcs, des païens et des ruchloseii papistes, on n'aurait pas lieu de s'étonner beaucoup. Mais que cela soit le fait d'évangéliques, c'est ce qui est horrible et épouvantable à entendre (das ist greulich itnd schrecktich su /lôrenj. — En conséquence, nous, serviteurs de l'Eglise (wir Kircliendiener), nous ne devons pas nous laisser arrêter ; mais nous devons continuer à établir une discipline ()itit Anstelliing eiuer Discipliii), à exercer l'excommunication et les autres peines ecclésiastiques (mit Uebungen des Bannes und anderer Kirchenstraffen) contre les pécheurs publiquement résistants et impénitents. » (Préface « an den freundlichen und giitigen Léser. ») On voit avec quelle énergie Sarcenius expose les idées contraires à celles que Ritschl lui prête. .Sarcenius est parfaitement d'accord avec Calvin.
I. Ibid., I. p. 70. — i. Kôstlin, Martin Luther, II, p. 268.— :i. D^ Martin Luthers Sanimtliche Scliriften (éd. Walch), VI, p. 2403-2409.
LE CONSISTOIRE
2ig
commentaires, déductions et inférences de Ritschl. Or il y en a d'autres, et nulle part un mot ne les contredit, ni ne les affaiblit '.
Les idées que Ritschl prête à Luther, Luther ne les a point eues. — Or c'est sur ces idées, et sur l'éloge paradoxal qu'il croit pouvoir en faire, que Ritschl élève sa violente critique contre Calvin.
Calvin a été guidé par sa conception de l'autorité du Nouveau Testament. Calvin, homme de la seconde génération, a une attitude beaucoup moins libre que Luther vis-à-vis des Saintes Ecritures. Calvin considère non seulement les idées religieuses du Nouveau Testament, mais aussi certaines institutions sociales
I. Du reste, pour permettre au lecteur de juger par lui-même, nous mettons sous ses yeux une analyse détaillée de tout le passage capital. — Ce n'est pas, dit Luther, « une chose mauvaise, ou de peu d'importance, » que l'excommunication. Christ veut que le pécheur soit « exhorté et averti par ceux qui ont la charge publique de la prédication. » Aujourd'hui on accuse les serviteurs de l'Eglise, les pasteurs, les prédicateurs d'avoir laissé tomber l'excommunication par leur négligence. On se plaint de l'autorité, comme si elle interposait son veto. « La parole et l'ordre du Christ sont clairs. » Si le pécheur méprise les exhortations, les réprimandes du docteur de l'Eglise, •> il faut l'excommunier publiquement. » Qu'estce qui empêche aujourd'hui cette excommunication ? Rien, si ce n'est que personne ne fait ici ce qui revient et convient à un chrétien. » Le pasteur ne peut pas connaître la vie intime de chacun. Chaque fidèle devrait admonester son frère. Mais on craint de dire la vérité. On ne veut pas se brouiller avec qui que ce soit. Et puis, on ne se soucie pas de recevoir des réprimandes analogues, non moins méritées. < Voilà la vraie, la principale cause de la désuétude dans laquelle est partout tombée l'excommunication, c'est que partout il y a peu de vrais chrétiens, un petit troupeau bien peu nombreux. » — Mais « l'ordre d'e.xhorter et d'avertir le frère qui pèche est aussi nécessaire que celui-ci : tu ne dois pas tuer. » — Le pasteur, connaissant une faute notoire, « a le devoir de ne pas admettre de telles gens au sacrement du vrai corps et sang de Jésus-Christ.... Et l'autorité qui empêche la censure et la punition de l'Eglise, et qui ne veut pas permettre et respecter l'excommunication telle que Christ l'a instituée et ordonnée, provoque, entretient, nourrit les scandales ; au lieu d'être une servante de Dieu, elle est la propre esclave du diable dans l'enfer. C'est pourquoi prends garde, pour la vie ! de mépriser une telle excommunication, prononcée par l'Eglise régulièrement et légitimement. >• On le voit, Luther parle absolument comme Calvin, et il n'élève contre l'excommunication aucune des objections que Ritschl a imaginées. Si le principe n'est pas appliqué, c'est toujours pour la même raison : Luther n'a pas les gens pour cela. — Il est vrai qu'à côté de cette excommunication publique par l'Eglise, Luther rappelle qu'il y en a une autre secrète, par Dieu. Car Dieu peut ce que ne peut pas l'Eglise, il voit et sonde les cœurs. Les hypocrites trompent l'Eglise et restent dans l'Eglise. Mais ils ne trompent pas Dieu et ils n'échapperont pas à son jugement secret. — Ritschl avance alors la série d'explications et d'inférences que voici : « D'un autre côté, Luther attire l'attention sur ce point que l'excommunication n'a qu'une valeur relative (?!) pour l'Eglise. [Nous avons vu avec quelle énergie, au contraire, Luther proclame le devoir absolu et contraignant de l'Eglise.] Car cette excommunication n'est dirigée que contre les scandales publics. Les pécheurs secrets qui prennent part aux sacrements n'en sont pas moins excommuniés de facto. Si par leur hypocrisie ils trompent les hommes, ils n'en sont pas moins atteints par le jugement de Dieu. Il suit de là que l'exercice de la discipline ecclésiastique contre les pécheurs notoires n'atteint pas son but de purifier l'Eglise des pécheurs (?!), bien plutôt (?!) l'exercice de cette fonction disciplinaire est de nature à faire naître (nahe legt) la crainte que les hypocrites se maintiennent dans l'Eglise comme les ayant-droit. ■• — Non seulement il n y a pas un mot, un seul, dans Luther, qui autorise de près ou de loin une aussi étrange conclusion, mais il y a un passage qui déclare absolument le contraire et le voici : « Quoique l'excommunication extérieure [celle de l'Eglise], quant à sa fin et à son effet, quant à son action, soit égale à l'excommunication secrète et cachée [celle de Dieu], car Dieu veille sur elle dans le ciel et la confirme, cependant cette excommunication extérieure et publique doit nous être d'autant plus précieuse qu'elle est comme un remède, par lequel nous sommes appelés à la repentance. Tandis que l'excommunication secrète, et cachée, parce que, pendant un certain temps, elle n'est pas sentie, fortifie et grandit la sécurité. » — De telle sorte que ce que Luther dit en faveur de l'excommunication est purement et simplement tourné par Ritschl contre : (Di- Martin Luthers Sàmmtliche Schriften (éd. Walch), VI, p. 2403-2409.)
LA PENSKE KCCLESIASTIQLE
[gervisse sociale Einrichtiingen) des premières communautés chrétiennes [peuton, sans définition et sans explications préalables appeler la discipline, le diaconat, le Consistoire des institutions sociales ?] comme perpétuellement normatives, tandis que Luther, et les luthériens proprement dits, renoncent à ces institutions '.
Arrive l'attaque proprement dite, l'attaque violente et réglée. Ritschl s'efforce de démontrer que tout ce que le calvinisme a de bon, il Ta pris au luthéranisme et que tout ce qu'il n"a pas pris au luthéranisme, ce sont des erreurs anabaptistes ou catholiques. Le calvinisme est un protestantisme inférieur, c'est-à-dire latin, et, à proprement parler, français. Le luthéranisme, c'est le protestantisme supérieur, vrai, allemand. — La théologie fait place au chauvinisme.
« Dans la mesure où Calvin s'éloigne du luthéranisme, il se rapproche de l'anabaptisme -. » Tous les deux, le calvinisme et l'anabaptisme, concordent en ceci que l'autorité du Nouveau Testament est de mise, non seulement dans le monde religieux, mais, pour certaines règles de la vie {Lebensordniiiigen)^ qui étaient pratiquées dans les premières générations de l'Eglise. Et cet accord n'est pas supprimé par le fait qu'ici et là il s'exerce dans un domaine très différent (? !). Ainsi les anabaptistes tiraient du Nouveau Testament l'interdiction, pour le chrétien, de se mêler au gouvernement, ce que ne faisaient pas les calvinistes. Il n'en reste pas moins que Calvin tirait du Nouveau Testament le droit de discipline dans l'Eglise et la négation de toute hiérarchie parmi les docteurs et les pasteurs de l'Eglise. — L'idéal de la vie d'après Calvin et l'idéal d'après les anabaptistes étaient donc complètement différents. Et en conséquence la discipline avait pour les uns et pour les autres une valeur très différente. — Néanmoins, la façon dont Calvin déduit du Nouveau Testament le droit de la discipline fait comme résonner de nouveau le principe fondamental de la Réformation de saint François [après l'anabaptisme, voici le catholicisme' qui veut ramener « l'ordre social de la chrétienté (die sociale Ordniing der Christetiheit) aux conditions qui faisaient norme pour la première génération. » Ritschl conclut qu'évidemment il ne s'agit là que d'un accord de pure forme (formelle Uebereiustiuimiing) que, vraisemblablement, le calvinisme ne contient pas, en soi,- une disposition particulière à créer de nouveau une forme de vie selon le type anabaptiste ou franciscain. Cependant, — « cependant Calvin, pour le maintien de la discipline, a donné (beigebracht) à sa communauté une empreinte morale qui modifie sensiblement l'idéal protestant commun ^. »
2. Ritschl veut démontrer que la discipline calviniste est un produit du caractère français, du caractère français dans ce qu'il a de mauvais, naturellement ;
1. Nous reconnaissons que Ritschl a exprimé une idée courante, quand il a dit ; « le luthérien pouvait considérer le Nouveau Testament, en ce qui concerne les institutions sociales [sociale Ordnungen, encore une fois sociales à la place à' ecclésiastiques] des premières communautés chrétiennes comme un document (Urkunde) d'une époque passée, qui au milieu de conditions historiques transformées n'est plus normatif (verbindlich). » Ibid., I, p. 171. — i. . Er tritt in deraselben Masse auf die Seite der Wiedertâufer, als er sich von dem Lutherthum entfernt . (I, p. 71). — 3. « Welches das gemeinsame protestantische Lebensideal erheblich modificiert. » I, p. 73.
LE CONSISTOIRE
qu'elle est un « trait de sévérité légaliste {gesei:{lich) et de prétention à discipliner les masses '. « — Notre auteur remonte donc à l'ancienne Egypte et à la Gaule. « Je rappelle que l'ancien monachisme, développé en Egypte, a été d'abord accepté en Gaule. » — Puis viennent les grandes réformes du monachisme, pendant la première moitié du moyen âge, celles de Cluny, de la Chartreuse, de Citeaux, des Prémontrés. Elles « apportent, nous est-il dit, en faveur du caractère du christianisme français un témoignage cT autant plus clair que deux fondateurs de ces ordres étaient des Allemands'^. » Cette logique n'est pas facile à suivre.
Puis, la France a été « la patrie des croisades. » — Puis, l'université de Paris, avec ses efforts pour la réforme de l'Eglise, est aussi « une grandiose preuve du goût pour la discipline [Disciplinirung) de beaucoup de personnes ^ »
— Et depuis le seizième siècle le caractère ascétique des Français perce dans la fondation de la Trappe, dans le Jansénisme et a pas moins dans la mystique quiétiste, qui n'est pas née, il est vrai, chez les Français, mais qui a trouvé chez eux la plus importante représentation ''. » — Ne parlons ni de Rabelais, ni de Montaigne, ni de rien : à quoi bon ? — Ritschl conclut cette série de généralisations abracadabrantes : « Les réformateurs français du seizième siècle, malgré leurs différences doctrinales, font partie de la série des chrétiens français et ils remplissent une lacune, puisque les catholiques romains du seizième siècle n'ont rien à présenter dans ce domaine ^ » — Il est vraiment heureux que les calvinistes viennent ainsi à point pour combler une lacune dans la série catholique des chrétiens français qui, par la Gaule, remontent à l'Egypte. Et c'est ainsi qu'il est démontré que le Français a l'instinct de la discipline ; que le Français est catholique ; ergo^ que le calvinisme, avec sa discipline ecclésiastique, est une forme du catholicisme français. — Q. E. D.
3. Douterait-on que Calvin avait un tempérament de moine catholique ? « Calvin a, par sa discipline, imprimé à la tendance du christianisme évangélique, qu'il a inaugurée, certains traits qui dénotent un rapprochement, qu'on ne peut méconnaître, avec la fuite monacale du monde. » — De cet aphorisme, qui a été, pendant longtemps, aveuglément accepté par la plupart des historiens allemands et autres, suivent les preuves. Calvin, pour sa personne, n'avait pas besoin de repos, de distraction [Erholung) ; « Calvin ne voyait dans les formes régulières de la distraction {Erholung) en société et dans les manifestations (qui en sont la conséquence) du luxe, que les tentations menaçantes du péché ; » « Calvin en partant de ce principe a combattu tout ce qui appartient à la vie libre, gaie, aux jouissances de l'art. » « Calvin a interdit, comme les Franciscains, les réjouissances sociales, en particulier les spectacles ". » — Quatre affirmations, quatre
). - Anspruch auf Disciplinirung der Massen • Ritschl, I, p. 75- — -• - Welche um so deutlicheres Zeugniss fur das franzôsische Christenthum ablegen, als die Stiftervon zwei dieser Orden Deutsche waren (sic). . Ibid., I, p. 75. — Si ces deux Allemands avaient été deux Français, cela aurait moins prouvé le sens monacal des Français!? — 3. Ibid., I, p. 75- — '*• "In der quietistischen Mystik hervor, die zwar nicht unter den Franzosen entstanden ist, doch unter Ihnen die erheblichste Vertretung gefunden hat. > I, p. 75-
— o- I, p. 75, 76. — li. Ibid., I, p. 76.
erreurs parfaites, quatre contre-vérités. Du reste, aujourd'hui, cette caricature de Calvin n'est plus guère de mise que chez les vulgaires pamphlétaires du catholicisme'.
Et après l'ombre sombre, la lumière claire. Si les défauts du calvinisme proviennent des défauts du tempérament latin et spécialement français, les qualités du luthéranisme proviennent des qualités du tempérament allemand.
Il est bien vrai que ce n'était pas du tout l'opinion de Luther, qui était Allemand cependant, et connaissait bien les Allemands. D'après ses déclarations répétées, s'il n'instituait pas la discipline, ce n'était pas à cause des qualités du peuple, mais à cause de ses défauts. 11 n'avait sous la main que des hommes « sauvages, rudes, violents, avec lesquels il n'est pas facile d'entreprendre quelque chose, si le besoin le plus pressant ne les pousse -. » — Ritschl connaît ces déclarations ; il ne les conteste pas ; mais ce serait bien mal connaître son habile et intrépide ingéniosité que de s'imaginer qu'elles peuvent l'arrêter ou même le gêner. C'est un véritable jeu pour lui que de transformer ces deux accusations en éloges admirables. Luther voulait dire qu'aux Allemands manque... quelques défauts, comme l'instinct de l'égalité et de la légalité forcée ■'.
Les Français ? Discipliuinmg, c'est-à-dire instinct de servilité ; — les Allemands ? Répulsion pour Viinfveie Gesel^lickkeii, c'est-à-dire instinct de la liberté et de la libre personnalité. « Au milieu de la rudesse notée par Luther et de l'indépendance {V nbândigkeit) des Allemands, c'est leur sens pour la liberté individuelle et aussi pour la liberté dans la morale qui est, en dernière analyse, la vraie raison pour laquelle ils se raidissent contre la loi générale d'une discipline ecclésiastique. Tandis qu'au contraire le Français, qui considérait comme naturel de mettre immédiatement en pratique les règles de discipline que le Nouveau Testament lui offre, comptait sur linstinct d'égalité et sur le penchant à se laisser discipliner de toutes les façons. C'est en cela que les concitoyens de ce Français se distinguent des Allemands '' ! »
Et c'est ainsi que Luther a eu beau passer sa vie à proclamer le principe de la discipline ecclésiastique ; — on soutient que ce principe est antiluthérien. — Et Luther a eu beau dire que, s'il n'appliquait pas cette discipline, c'est à cause de la triste grossièreté du peuple ; — on soutient que la discipline n"a pas été appliquée par les luthériens à cause de la glorieuse indépendance de leur caractère. Il n'y a, dans tout cela, de la vérité et de l'honneur que pour les Allemands et de l'erreur et de la honte que pour le Français (Calvin) et les Français.
Conclusion des conclusions : « Dans la mesure oià l'idéal du calvinisme est anticatholique, il est dû à l'instigation de Luther : dans la mesure où il s'éloigne
1. Voir ce que nous disons de l'ascétisme de Calvin dans notre précédent volume. — 2. Richter, I, p. 36. — 3. Ibid., p. 74.
4. R.cschI, I, p. 75. Indem der Kranzose es als selbstverstândlich ansieht, die Vorschriften ùber die Disciplin, vifelche ihm das Neue Testament zu bieten schien, unmittelbar in Uebung zu setzen, rechnete er auf den Trieb nach Gleichheit und auf die Geneigtheit, sich in allen Beziehungen discipliniren zu lassen, vvovon seine Volksgenossen gerade sich von den Deutschen unterscheiden.
LE CONSISTOIRE 223
de la conception de Luther, il est revenu à l'idéal des Franciscains, » — « à l'idéal des Franciscains et des Anabaptistes '. »
Au surplus, si l'on tient absolument, à propos du calvinisme, à parler des Franciscains et de saint François d'Assise, — toute exagération étant réservée, — ce n'est pas nous qui nous y opposerons. 11 ne nous déplairait pas d'avoir ce Saint pour ancêtre, cet imitateur de Christ, qui finit par mériter, dans la personne de ses disciples fidèles, l'excommunication et les anathèmes de la papauté corrompue, ce '( jongleur de Dieu », qui eut un cœur pour tous les petits, et qui fut en somme la joie évangélique de la chrétienté au moyen âge.
De même pour l'anabaptisme. Nous n'avons pas peur des mots. Dans Tanabaptisme il y a eu une âme de vérité, comme dans toutes les erreurs, surtout dans celles qui, à un moment, soulèvent le monde. Aux scandales de la hiérarchie ecclésiastique, légitimant la hiérarchie politique, l'anabaptisme a opposé l'instinct naturel de l'égalité humaine, cette égalité enseignée dans l'Ancien et le Nouveau Testament. C'est dans l'évangile que les paysans avaient puisé plus d'un des douze articles de leur programme primitif. Et sur ce point nous renvoyons à l'opinion que Luther lui-même a émise. — Ensuite la révolution l'emporta : les anabaptistes commirent des fautes graves et des crimes atroces. Et certes nous repoussons avec horreur de la liste de nos ancêtres les antinomistes cyniques ou furieux comme les Thomas Mùnzer.... Mais, — toute exagération étant réservée, — nous ne refuserions pas d'inscrire dans nos vieilles généalogies, — si nous le connaissions, — ■ le nom même de tel humble paysan, qui, navré, torturé, écrasé, poussa au seizième siècle un soupir d'affranchissement. C'est le calvinisme qui a répondu à ce soupir,- en attendant que la Révolution française y répondît à sa manière. Si le Calvinisme avait été mieux écouté, la Révolution française n'aurait pas été amenée à commettre ses excès. On nous force à le constater. Nous le constatons sans honte, ni regret.
5. Après cet essai d'analyse vient un essai géographique et ethnographique. — Il importe en effet beaucoup à Ritschl d'arriver à sa question des races, et de montrer dans quel pays l'idéal protestant calviniste s'est implanté. « Le calvinisme a pu occuper avec sa doctrine, avec ses symboles officiels le territoire propre de Zwingle (Bâle excepté), mais pas avec sa discipline -. Le calvinisme n'a pas pu faire prédominer sa discipline dans les territoires allemands rattachés à sa doctrine, le Palatinat, Brème, la Hesse, Anhalt, etc. Il ne s'est établi, quant
I. « So weit aiso das christliche Lebensideal des Calvinisraus antikatholisch ist, ist es aus Luther's Anregung entsprungen ; so fern es von Luther's Auffassung abweicht, ist es auf die Linie des franciscanischen Lebensideals zurûckgebogen. » I, p. 76. — « Dièse Zustande sind jedocli nur in Kolge von Grundsatsen môglich geworden, welciie den Calvinisn-,us ûberliaupt von dem Lutherthum und dem staatskirchlichen Zwinglianismus unterscheiden, und im ganzen mit dem Lebensideal der franciscanischen, und der wiedertàuferischen Reformation ûbereinstimmen. > I, p. 79- — Ritschl ajoute que Calvin avait essayé d'ajouter certains correctifs à ses principes. Mais ces correctifs ont été impuissants.
i. Ritschl, quant à la discipline, met d'un côté le luthéranisme et le zwinglianisme et de l'autre le calvinisme. Il annexe ainsi d'un coup, en bloc, le zwinglianisme au luthéranisme.
à sa discipline, que dans les pays hors de TAllemagne, et, en Allemagne, il ne s'est étendu que (nur) des Pays-Bas à la Frise orientale et dans le Juliers, Clèves et Berg ^ Si donc la question disciplinaire sépare les Eglises de la Réforme, il y a lieu de mettre en face lun de l'autre, d'un côté le calvinisme non allemand et de l'autre côté le territoire ecclésiastique allemand {deitische Kirchengebiet) qui embrasse le luthéranisme et le zwinglianisme. »
Cette géographie et cette ethnographie pangermanistes d'un théologien luthérien, dont le chauvinisme a de beaucoup dépassé l'orthodoxie, provoque deux réflexions.
L'une est courte. A ce compte, les Pays-Bas, l'Ecosse, une partie de l'Angleterre et les Etats-Unis seraient-ils des peuples latins :
L'autre doit être plus longue et plus utile, car elle va mettre sous nos yeux une des plus grandes œuvres du calvinisme, précisément son influence sur terre allemande. Ritschl essaie de tout dissimuler sous un bien petit mot, nur, seulement. « En Allemagne, dit-il, la discipline calviniste s'est implantée seulement [nw) des Pays-Bas à la Frise orientale et dans les principautés de Juliers. Clèves et Berg. »
Tout d'abord le petit mot niii\ seulement, est peu propre à donner une idée de la grandeur et de l'importance du pays que Ritschl est obligé de concéder à l'influence, à la culture calvinistes. — Sa courte énumération ne signale pas l'archevêché de Cologne - ; or les historiens nous apprennent que « les magnifiques communautés de Cologne » étaient au nombre de quatre : l'une française, l'autre hollandaise et deux allemandes. La communauté hollandaise joua un rôle, pas seulement « local », mais important pour toute l'Eglise. Elle exerça son influence sur les synodes, en particulier sur celui de Julich. Elle rayonna, essaya de fonder une Eglise à Deutz ; elle envoya des émissaires à Dusseldorf, à Essen, etc. -^ — De plus la courte énumération de Ritschl ne signale pas la principauté de la Marck.
En réalité la terre allemande dont il est question, c'est le pays qui comprend les villes comme Cologne, Aix-la-Chapelle, Dusseldorf, Bonn et le comté de Reuss, c'est-à-dire ce sont tous les bords du Rhin, jusqu'aux Pays-Bas, soit à peu près deux provinces sur sept de l'ancienne Prusse.
1. « ...hat er seine Geltung mir in den Lândern ausserhalb Deutschlands durchzusetzen vermôcht, und hat in Deutschland imr von den Niederlanden aus hinûber gegriffen nach Ostfriesland, so wie nach Jiilich, Cleve und Berg, » I, p. 63.
2. . Cologne tenait la première place parmi les villes rhénanes, était la première des villes libres de l'empire. « (E. Simons, Niederrheinisches, etc., p. 44.) Il est pour la première fois question de la communauté évangélique de Cologne dans une lettre de Bucer, 1544. Cette communauté avait été fondée par Jacques de Bourgogne, seigneur de Palais, ami d'enfance de Charles V, ami d'études du Réformateur Laski et ami et correspondant de Calvin. {Ibid., p. 45.) — En 1570, la communauté comptait 1000 protestants. [Ibid., p. 46.) — « La classe de Cologne (une des quatre classes dans lesquelles le Synode d'Emden avait divisé la province allemande, voir plus haut) s'étendait sur un grand pays En 1589 elle comptait 60 communautés. > {Ibid., p. 7.)
•■!. Lie. Ed. Simons, Eine altkôlnische Seelsorgegemeiiidc als Vorbild fur die Gegenwart. Antrittsvorlesung, gehalten am 28. Oktober 1893. — 1894, p. 6.
LE CONSISTOIRE 225
11 y a plus et mieux. Derrière le petit adverbe dédaigneux ?iur (seulement), se cachent d'abord des populations nombreuses, et de plus des populations qui, au double point de vue industriel et religieux, sont les plus avancées de toute l'Allemagne. On a dit : c'est dans ces deux provinces que la vie allemande s'est concentrée '.
Les Eglises rhénanes, créées non par l'autorité politique, mais par le peuple, furent pendant cent ans des Eglises sous la croix.
Il nous faut ici parler du réformateur Laski, dont les conceptions disciplinaires se placent entre les Ordonnances de 1541 à Genève et la Discipline de 1559, en France.
Jean Las/d (ou Johannes a Lasco), était né en 1499 dans le château de la petite ville de Lask, en Pologne. Il étudia à Krakau, dont son oncle était archevêque. Celui-ci le prit avec lui à Rome, en i5i3 ; déjà pourvu de beaucoup de prébendes et de charges, il visita Paris en i523. Râle, où il vécut dans la maison et à la table d'Erasme, tandis que son frère, homme d'Etat des plus distingués, était activement mêlé aux affaires de Pologne. Au bout de dix ans, Laski, humaniste, évangélique, rompt avec sa situation, sa carrière, sa patrie et se trouve bientôt appelé à Emden, par la comtesse Anna, qui lui confie la direction de toutes les Eglises du pays, 1542. « Laski a mis sur l'organisation de l'Eglise dans la Frise orientale et de ses communautés, particulièrement en matière de discipline, une empreinte si forte, — et si distincte de ce qui existait dans le reste de l'Allemagne, — que longtemps la Frise a été célébrée comme la Genève du Nord, que même jusqu'à nos jours les dernières traces de cette empreinte évangélique n'ont pas complètement disparu. » — « En réalité, c'est une organisation ecclésiastique évidemment {unverkennbar) imitée [ans der Nachfolge) de celle de Calvin, toutefois avec des traits originaux et excellemment appropriés aux circonstances régionales "-. »
Durant l'Intérim (1548) il dut fuir, et en i55o il se réfugia à Londres. II y avait déjà été en i 547, invité par le lord-protecteur, duc de Somerset, et par l'archevêque Cranmer, chez qui il avait logé, dans le château de Lambeth. Son influence s'était vite fait sentir. Il fut rappelé en i55o par le roi, qui le chargea d'organiser en Eglise les protestants réfugiés à Londres et le nomma superintendant. — Il fait deux choses principales : une Confessio Londonensis, que doit signer tout membre de l'Eglise, — et une Discipline ecclésiastique, la Forma et Ratio ^
1. « Ce pays transformé, comme aucun autre pays allemand, par les progrès économiques et sociaux. > Lie. Ch.-A. Lang, Die geschichtlichen Wiirzeln der Bliitlie des religiôsen Lebens in den Rlieiiilaiiden, p. S7. — < Il se développe ici une richesse de coutumes religieuses, de zèle convaincu, en comparaison de laquelle la pauvreté des autres provinces paraît un refroidissement, une mort. ♦ Ibid.
â. R. Encyclopédie (article de Dalton), III, p. 294. — « Les ordonnances genevoises servirent de niiodèle aux Eglises qui se constituèrent surtout par l'intervention du Polonais Laski, et au milieu des réfugiés dans le Bas-Rhin, la Hollande, l'Ecosse et chez les puritains anglais. » Lang, Die Reformation, 13 oct. 1902, p. 442. — Voir Max Goebel, Geschichte des christliclien Lebens in der rlieinisch-ivestphiilischen evangelischen Kirche, I, 1849, P- 33' > 332-
3. Forma ac ralio tota ecclesiastici ministerii in peregrinorum, i.otissimum vero germanorum ecclesiae
« un des écrits les plus importants de Tépoque de la Réformation. » — Marie la Sanglante détruisit tout, i553. Laski se réfugia sur le continent. Après avoir erré de Copenhague à Rostock, à Weimar, à Lubeck, à Hambourg, à Emden, à Francfort, il rentra enfin en Pologne, i556, où il mourut le 8 janvier i56o'.
La Forma et ratio parut neuf ans après les Ordonnances de Genève (1541) et neuf ans avant la Discipline de France (iSSg).
Le génie organisateur de Laski était reconnu déjà au seizième siècle. Micronius, son collègue -, écrit à Bullinger : « A Lasco, homme, pour le dire en un mot, presque divin ^. » — De nos jours, un spécialiste, le professeur Ed. Simons, écrit dans un style à peu près aussi dithyrambique : « Le Polonais Laski organisa sur terre allemande, dans la Frise orientale, les institutions presbytérales, selon le modèle calviniste, mais en se les appropriant librement * ; et ensuite, en Angleterre, au milieu des étrangers évangéliques, il exerça brillamment ses talents d'organisateur, égal [?] sur ce point à un Calvin, sinon supérieur [??]^. » On peut trouver qu'il a été, parmi les réformés, ce que Bugenhagen a été parmi les luthériens^. Enfin, entre les deux auteurs, Gœbel a écrit: « Zwingle, Calvin, Laski sont les fondateurs de l'Eglise réformée et de ce qu'il y a d'original dans sa piété, sa constitution et sa discipline. L'Electeur Frédéric III, Olévian et Ursin en sont les premiers représentants et propagateurs dans l'empire allemand ". »
La Forma et ratio débute par une phrase qui est empruntée à peu près textuellement à Calvin : « De même qu'aucune maison ne peut être bien gouvernée ou subsister longtemps sans ordre (œconomia), aucun vaisseau sans armateur (naviculario) et aucune cité ni république sans gouvernement légitime, de même il est certain que l'Eglise de Christ, au milieu de tant d'ennemis et de dangers, ne peut être bien gouvernée ni subsister longtemps sans un ministère légitime, comme il a été institué par Christ notre Seigneur ''. »
Le ministère comprend deux ordres, celui des Anciens (seuiores) ou presby-
instituta Londini in Anglia, per potentissimum principem Angliœ Regem Eduardum, etc., auctore Joanne a Lasco, Polonia; Barone, anno 1550. — « Toute la forme et manière du ministère ecclésiastique en l'esglise des estrangers, dressée à Londres en Angleterre, l'an après l'incarnation du Christ, >• 1550. — Traduit du latin en français et imprimé par Giles Clematius, 1556.