‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son temps (volume 3)Chapitre 49 sur 176 · Ulhorn, III, p · texte numérisé non relu

Ulhorn, III, p

2. On fausse trop la pensée de Luther, quand on se borne à citer deu.x ou trois phrases. Donnons-la exactement : « L'administration des biens ecclésiastiques, ou des aumônes ne doit pas être une mauvaise administration (Verumltung). Sans doute la charge de la prédication est beaucoup plus haute, plus grande (iveit hôher und mehr). Mais après la charge de la prédication, dans l'Eglise, il n'y a pas de charge plus haute que cette administration (Verwaltung), pour que l'on procède en juste et loyale forme avec les biens ecclésiastiques, pour que les pauvres chrétiens, qui ne'peuvent eux-mêmes se procurer et gagner leur vie [ihre Nahrung), soient aidés et ne souffrent pas du besoin.... C'est pour cela que le diable est si ennemi d'une pareille charge, et s'efforce de pousser presque toutes les classes {Stimde) à manier infidèlement les biens ecclésiastiques et les aumônes communes. De grands personnages usent des biens ecclésiastiques, de telle sorte qu'il vaudrait mieux qu'ils agissent autrement.... Aussi il serait bien nécessaire que, dans les grandes principautés, et dans les villes, et dans chaque village, il y eût beaucoup d'Etienne qui se chargeraient de ce service, sérieusement, et manieraient les biens ecclésiastiques avec justice, et d'une façon désintéressée, sans avarice; au contraire, ils se préoccuperaient de ceux au.xquels ces biens, en toute justice, appartiennent », c'est-à-dire les pasteurs, < et ensuite des pauvres chrétiens, qui pour cause de maladie, ou toute autre nécessité, ne peuvent se procurer leur nourriture», et en troisième lieu « des jeunes garçons fins, intelligents, capables d'étudier et sans ressource.» «Ainsi la faute est en ceci que nous n'avons pas des gens comme il faudrait pour cette administration [Verivallung), des gens honnêtes, craignant Dieu et capables ; sans quoi il en irait autrement. » (Sermon sur saint Etienne, Act. 6 et 7. — M. Luther s Sàmtliche Schriften (éd. Walch), XIII, p. 2465-2467.)

:i. Ulhorn, III, p. 145, qui cite Iiislitiiliou, VIII, 43 et ss. Opéra I, p. 567.

242 LA PENSÉE ECCI-ÉSIASTIQUE

seulement un document relatif à une situation historique, un document, dont ils tiennent compte, qui, en certaines circonstances, peut fournir un modèle, mais qui n'est pas normatif. « — 3" « Si l'on ajoute que Calvin, et les milieux sous son influence, réclament, par principe, l'indépendance de l'Etat vis-à-vis de l'Eglise, il en résulte que pour les réformés le but à atteindre est un diaconat, indépendant de l'Etat, et divinement ordonné. Pour les luthériens, le soin des pauvres est une confirmation nécessaire de la vie chrétienne. Quant à savoir qui l'exerce, si le diaconat est un organe de l'Eglise ou de l'autorité civile, c'est une pure question d'opportunité. Même, dès le début, les luthériens inclinent à abandonner ce soin à l'autorité civile, ou du moins à lui en laisser la direction-, pour que l'Eglise puisse se consacrer, sans être troublée, à sa vraie mission, qui est de prêcher la Parole et d'administrer les sacrements'. «

Nous retrouvons ici le caractère général du luthéranisme opposé au caractère général du calvinisme. Le calvinisme organise la communauté, le luthéranisme n'organise pas la communauté. — En ce moment il y a en Allemagne une grande réaction, une grande agitation : les meilleurs amis de l'Eglise voient dans cette

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