‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son temps (volume 3)Chapitre 50 sur 176 · Ulhorn, III, p. I44- — -• Ibid-, p. I · texte numérisé non relu

Ulhorn, III, p. I44- — -• Ibid-, p. I

3. « Dans les règlements ecclésiastiques luthériens nous trouvons, il est vrai, de bonnes règles sur la diaconie, en tant qu'administration des biens de l'Eglise. Mais comme cette administration peut être aussi bien dirigée par les autorités civiles, si on n'exige pas des diacres un soin personnel des pauvres l'évolution s'accomplit, presque nécessairement, et le soin des pauvres passa de l'Eglise à l'Etat. » (Theodor Sçhàfer, Die weibliche Diakonie, vol. I. Die Geschichte der weiblichen Diakonie, 1879 p. 61, 68.) — Le luthéranisme arriva si peu au Diaconat, que chez certains luthériens luthéranisants, on constate une véritable opposition, même théorique, au diaconat. Voici par exerapK La Théologie pratique d'Achelis, l'ouvrage classique. (D'' E.-Chr. Achelis, Praktische Théologie, 2. Aufl. 1896, p. 42, 43.) Il dénonce, comme avec colère, le diaconat réformé : c'est une erreur, une erreur catholico-romaine ! ■> Croire, dit-il, que, en vertu de l'autorité divine des saintes écritures, le contenu et le nombre des charges est fixé pour tous les temps », c'est une idée « pas évangélique, mais romaine »• (nicht evangelisch sondern rômisch). Ainsi, c'est être catholique de croire que le Nouveau Testament a placé à côté de la charge des pasteurs la charge des anciens et des diacres ; que ces charges (celles-là, et il n'est pas question d'en interdire d'autres) sont fondées sur l'idée même de l'Eglise, et sont réclamées par la nature des choses non moins que par l'Evangile ! — Il est vrai qu'Achelis a encore deux autres raisons pour dénoncer la grande erreur du diaconat réformé : Calvin et ses successeurs ne sont pas toujours d'accord avec eux-mêmes, ou entre eux, sur le nombre et le contenu de ces charges. Calvin dit tantôt : pasteurs, anciens et diacres, et tantôt : pasteurs, docteurs, anciens et diacres. — Certes, l'argument est de poids.... Tout au plus pourrait-il réfuter la première accusation d'Achelis, d'après laquelle les Réformés auraient suivi servilement, catholiquement, les données du Nouveau Testament, sur le nombre et la nature de ces charges, eux qui, pour le nombre, étaient incertains, et, pour la nature, usaient d'une telle liberté que Calvin n'excluait pas le système épiscopal. — Et enfin : « Cette prétendue organisation, divinement fixée, gêne les besoins changeants de la communauté. » Comme si, quelque soient ces changements, la communauté, toute communauté, par le fait qu'elle est une communauté, n'a pas besoin d'anciens, c'est-à-dire d'un corps directeur, et de diacres, c'est-à-dire d'un corps s'occupant des misères et des douleurs de ses membres, tout autant que de pasteurs. — En réalité, ce que signifient ces étranges raisonnements, c'est que pour les luthériens luthéranisants (en ecclésiologie, sinon en théologie), il n'y a qu'une charge, celle des pasteurs; que les autres charges sont ad libitiint; que la charge pastorale occupe, dans le manuel de théologie pratique, plus de 20 pages, tandis que toutes les autres charges en bloc, sans être spécialement nommées, occupent à peine 3 pages (dans l'ouvrage plus développé, la charge pastorale occupe plus de 100 pages, et toutes les autres charges moins de 5); que l'Eglise luthérienne, pour ces luthériens luthéranisants, est une Eglise de pasteurs, administrée par l'Etat.

absence d'organisation de la communauté une des principales causes de l'abandon de TEglise par le peuple, et de toutes parts conférences, brochures, volumes demandent le retour aux idées calvinistes '.

4. Ici encore il nous faut noter que, avec la Réformation, la transformation de ridée du « Soin des pauvres » fut concomitante de la transformation de l'idée du travail.

La Renaissance était trop aristocratique pour relever le travail, le travail manuel. La Réformation revint sur ce point, comme ailleurs, aux idées de l'Evangile et de la primitive Eglise. Le catholicisme avait fini par aboutir à la béatification de la mendicité (les Ordres mendiants, saint Labre, etc.). Luther commença par dénoncer, flétrir, et anathématiser la mendicité. Il faut travailler. Le plus humble travail est auguste, saint. — Luther fait l'éloge de la servante, occupée aux plus vils travaux du ménage. Il parle du maréchal-ferrant, dont le corps est couvert de suie et de saleté, mais dont l'âme exhale devant Dieu un vrai parfum. C'est Calvin qui va plus loin. Il déclare légitime le gain produit par le travail, l'usage — même dans le plaisir et le bien-être — l'usage modéré du

I. Cette agitation ne va pas sans protestation. Pour se rendre un compte exact de la situation, il faut lire un récent article publié dans la Neue kirchliche Zeitschrift de septembre 1913 (année XXIV) ; Th. Hoppe, Die Bedeutung des Kirchenvorstandes fur die Gemeindepflege, namentlich au/ dent Lande, p. 701-723. — Il s'agit à peu près de ce que nous appelons le diaconat. Nous n'empruntons à cet article que certaines considérations historiques. — L'auteur (inutile de dire qu'il est luthérien) constate l'insuffisance des idées de Luther. « Est-ce que Luther a donné une conception complètement achevée et définitive ? Est-ce qu'il a pu conserver intacte jusqu'à la fin son attitude du début .' Il suffit de rappeler comment Luther s'est avancé à tâtons, comment il a dû se laisser conduire par les circonstances jusqu'à son idée si funeste du prince-évêque en cas de nécessité. Et l'on voudrait s'opposer au nom du Luther de 1520. 1522 ou 1526 à tout développement rationnel, accommodé aux circonstances, sans abandonner les bases de la Réformation ? > (p. 712). — Il faut suivre Calvin. « Calvin a été instruit par les expériences de Luther et de Zvvingle; il a été ainsi mis en état de frayer tout de suite de nouvelles voies dans ce domaine » (p. 713). Mais alors les ultra-luthériens qui ne veulent rien oublier, rien apprendre, protestent, et ils crient au scandale calviniste ! Notre auteur écrit : < On fait aujourd'hui aux efforts tentés dans le domaine du < soin de la communauté » \Gemeindepflege) le reproche de calvinisme. Et cela suffit naturellement pour ceux qui peuvent écrire : « la forme calvinisante rend les membres de la communauté étrangers aux autres communautés auxquelles ils appartiennent, la famille, les associations de classes (Standesgenossenschaft), l'Etat. Le sens de la famille, de la solidarité (Kolegialitât), du patriotisme et des catégories analogues doit céder au sentiment ecclésiastique et être diminué par lui. » — Ces phrases remarquables sont de Waitz, Das Wesen der evangelischen Kirche, 1913, p. 32. Ne se croirait-on pas revenu au beau temps de ce luthéranisme qui considérait le calvinisme comme pire que le papisme ? Et dans cet aveuglement haineux et grotesque, qui fera la part de la théologie et du chauvinisme ? — Ce même auteur, Waitz, écrit encore ; « Ce n'est pas la diffusion d'une conception moderne, antichrétienne, qui est la raison de l'éloignement croissant du peuple, mais c'est la chute de l'Eglise, le renoncement de l'Eglise à sa propre nature (Ver/eugnung ihrer Eigenart),... [et écoutons ceci!] le fait regrettable que la conception calviniste renouvelée opprime celle des Réformateurs luthériens, celle de l'ecclésiasticisme (Kirchettthum) luthérien. > — Après avoir cité ces déclarations, l'auteur luthérien de l'étude que nous signalons •réplique : « Il est étonnant seulement que les communautés dans les provinces du Rhin et de la Westphalie, qui ont reçu le levain calviniste depuis longtemps dans leur conception de l'Eglise, des charges de l'Eglise, de la Discipline, et dont l'organisation est devenue le modèle de toutes les constitutions allemandes — évangéliques, presbytériennes, synodales, — montrent partout une floraison si enviable > (p. 709). — Voilà toutes nos considérations abondamment justifiées.

gain ; il permet de défendre ce gain devant les tribunaux, pourvu que ce soit avec justice et charité. — Nous aurons plus loin à étudier toute cette économie politique de la Réformation. Pour le moment nous nous bornons à constater une opposition radicale. — Le catholicisme glorifie, le protestantisme condamne Faumône. — Pour l'aumône catholique, peu importe que le mendiant en ait besoin ou non ; peu importe que, par l'aumône, le mendiant soit peut-être détourné du travail et poussé à l'oisiveté. — Pour les protestants, au contraire, faire l'aumône à un mendiant, qui peut travailler, c'est la voler au malade, à l'infirme, et l'on pèche contre le mendiant qui peut travailler, si on ne le pousse pas au travail.

La place du diaconat était prête : il ne restait plus qu'à le construire.

SECONDE PARTIE Calvin à Genève.

OUT autres et incomparablement plus importants {uiwergleichlich ii>ertpoller) sont Tordre et les principes du soin des pauvres et du soin des malades dans les Eglises réformées d'observance calviniste '. » — C'est par cette transition qu'Achelis passe du soin des pauvres luthérien au soin des pauvres calviniste. Et Ulilhorn avait déjà dit : « Il était précisément réservé au calvinisme de reprendre l'idéal de la Réformation et de s'en rapprocher, en constituant ce qui avait surtout manc|ué au luthéranisme : la communauté religieuse, dont l'organe charitable est le diaconat. » Et encore : » Il en fut dans les Eglises réformées tout autrement que dans les Eglises luthériennes. Au moins dans beaucoup d'Eglises réformées un « soin des pauvres » fut organisé, qui fut digne d'être placé à côté de celui de l'ancienne Eglise. » — « Ce que les constitutions luthériennes voulaient aussi, mais ce qui n'a pas été réalisé sur terre luthérienne, est réalisé ici, et il y a un soin des pauvres individuel et allant jusqu'aux plus petits détails -. »

I. Inutile de rappeler que Calvin affirme avec énergie les principes réformateurs, qui étaient seuls capables de préparer la place du diaconat. On sait jusqu'à quel point il nie le mérite des œuvres. Et nous avons déjà montré ailleurs ■* jusqu'à quel point les polémistes catholiques se trompent, involontairement ou volontairement, lorsqu'ils prétendent que le protestantisme, niant le mérite des œuvres, nie leur importance et leur utilité.

Psychologiquement et historiquement, Calvin a le droit de l'affirmer: « Ils allèguent que les bonnes œuvres sont destruictes, quand on presche la justification de la foi. Et qu'est-ce : si plustost elles sont érigées et establies ^ ? » Oui, il les a « érigées et établies ».

Ajoutons ici les explications si remarquables du Catéchisme d'Heidelberg. Question ^6:<^^ Puisque nous sommes délivrés de notre misère, sans aucun mérite

1. Achelis, III, p. 176. ^ -2. Real-Encyclopàdie, II, p. 96. 97- - •*■ Voir Jean Calvin. IV, p. 260 et sy., 372. 397- — ''• B''i 1541, p. 399, 4oo. Opéra I, p. 776.

de notre part, et de pure grâce, par Jésus-Christ, pour quoi donc sommes-nous obligés de faire des bonnes œuvres ? Réponse : C'est parce que Jésus-Christ, après nous avoir rachetés par son sang, nous renouvelle aussi par son Saint- Esprit à son image, afin que nous témoignions à Dieu notre reconnaissance pour ses bienfaits, par toute notre conduite, et qu'ainsi il soit glorifié par nous. En second lieu, c'est afin que nous soyons assurés de notre foi, par les fruits qu'elle produit. Enfin c'est afin que, par l'exemple de notre bonne vie, nos prochains soient gagnés à Jésus-Christ '. » — Il y a aussi quatre raisons pour faire des bonnes oeuvres : la deuxième est de glorifier Dieu ; la quatrième est de gagner notre prochain. Et cela est déjà fort obligatoire. .Mais la première raison et la troisième ? La première est que la sanctification est inséparable de la justification. Si donc il n'y a pas de sanctification en nous, pas de bonnes oeuvres, c'est une preuve qu'il n'y a pas eu justification ; nous ne sommes pas justifiés, donc pas sauvés. Et c'est ce que dit plus nettement encore la troisième raison. Les bonnes œuvres nous assurent que nous sommes de vrais fidèles. Or « cette assurance, continuent les Eclaircissements, est extrêmement nécessaire. Car sans elle nous ne saurions avoir de vraie consolation, ni dans la vie, ni dans la mort. Nous nous procurons cette assurance par nos bonnes œuvres, puisqu'elles sont des fruits et des témoignages de notre foi. » — Ainsi, les bonnes œuvres, les bonnes œuvres charitables sont unies, dans le système catholique, par un lien adventice avec la piété. Car le fidèle peut être justifié et obtenir le pardon de ses péchés par la confession, par la pénitence, par des sommes payées, tandis que les bonnes œuvres sont unies, dans le système calviniste, à la foi par un lien organique. La foi, c'est la cause : les bonnes œuvres sont la conséquence ; si la conséquence ne se produit pas, c'est que la cause n'existe pas ou n'agit pas, ce qui revient au même. — On peut dire que le fidèle est justifié par la foi. — Mais la foi, à son tour, est justifiée, c'est-à-dire vérifiée, montrée et démontrée par les œuvres.

Et parmi ces bonnes œuvres sont indiquées tout spécialement les œuvres de la charité. A propos du dimanche, la Question io3 est : « Qu'est-ce que Dieu ordonne dans le 4^ commandement ? » et la Réponse 23'j est : de fréquenter diligemment les saintes assemblées « pour écouter attentivement la Parole de Dieu, participer aux sacrements, joindre nos prières aux prières publiques et contribuer à l'assistance des pauvres, selon noire poupoir. » C'est une application de i Cor. XVI, 2.

A ce propos Achelis fait observer que l'institution des bourses, qui passent dans les rangs, et des troncs aux portes, est une institution spécifiquement réformée {spe{ijische reformierte) -. Il observe surtout que l'insistance sur les bonnes œuvres, preuves de la justification, est une pensée aussi spécifiquement réformée. <i Que cette idée scripturaire soit ainsi employée et occupe une si haute place dans la vie de la foi réformée, c'est spécialement réformé {spe^ifische refor-

i. Catéchisme de Heidetberg, avec une courte e.\[>lication, etc., 5= éd., 1753, 9-236. — 2. Achelis, III, p. 178.

mierte). « - Et Achelis voit dans ces conceptions une des principales causes de 1 extension que le soin des pauvres prit dans les Eglises d'observance calviniste '.

2. Nous renvoyons encore à ce que nous avons dit ailleurs ^ sur la conception calviniste, qui repousse le faux ascétisme catholique, et légitime l'usage pieux de tout ce que Dieu a créé non seulement pour notre « nécessité », mais auss' «^pour notre plaisir et récréation ^ » Et nous nous bornons à constater qu'à Genève on fait la guerre à la mendicité au moins autant qu'à Wittemberg.

Les Ordonnances de 1541 portent : « Pour empescher la mendicité, laquelle est contraire à bonne police, il serait bon\ et ainsy havons ordonné, qu'il ay l'un de nous officiers [c'est le gouvernement qui parle] à lissue des esglises, pour oster ceulx de la place qui vouldroient bélistrer, et si c'estoient affronteurs, ou qu'ilz se rebecquassent, les mener à Tung de messieurs les syndicques. Pareillement que, au reste du temps, les dizeniers y prinsent garde que la defFence de ne point mendier feust bien observée ^. »

Ainsi les conditions préalables étaient remplies. Et le diaconat, possible avec Luther, allait devenir réel avec Calvin. " L'Escriture nomme particulièrement dyacres ceu.x-là, que l'Eglise ordonne pour distribuer les aumosnes comme procureurs et dispensateurs du bien public des povres.... Voylà l'office des Dyacres, c'est d'avoir la solicitiide des povres, et de leur administrer leurs nécessitez. Dont le nom aussi est dérivé : qui vault autant à dire comme ministre.... Je souhaisterois que l'Eglise eust aujourd'huy telz Dyacres, et qu'elle les instituast avec telle cérémonie : c'est à scavoir par imposition des mains''. »

Diacre est un terme général; il vient du mot grecoiaxovw, en latin minislerium, en français service. Un diacre, c'est un minisire, et un ministre, c'est un serviteur. « En général, dit Calvin, tous offices d'Eglises sont nommez Diaconies, c'est à dire ministères ou services.... Les pasteurs ne sont point ordonnez ne choisis pour dominer. Pourquoy donc ? Pour le service des fidèles, comme il est dit : qu'on nous répute et qu'on nous tiene pour serviteurs de Jésus Christ, et pour serviteurs aussi de son peuple et de son troupeau.... Nous serons bien donc appelez diacres, mais c'est en sens général : cependant les diacres sont ceux qu'on ordonne pour avoir le soin des povres, et pour distribuer les aumosnes '. »

3. Les diacres ne sont donc point des pasteurs; a S. Paul n'a pas entendu que les diacres deussent estre pasteurs d'Eglise ; il s'en faut beaucoup. Un homme, qui sera propre à l'office de pasteur, ne pourra pas estre diacre, et ne sera pas idoine pour distribuer les aumosnes. Et aussi à l'opposite : il y en a beaucoup

I. Achelis, III, p. 177, 178. On peut bien trouver un texte analogue chez Luther dans son Continentaire sur la Genèse, de 1554. Mais Luther reste isolé, et dans V Apologie les bonnes œuvres sont considérées comme un exercice servant à fortifier la foi ; tandis que, selon la doctrine réformée, les bonnes œuvres sont la preuve de l'authenticité (Echtheii) de la foi. Ibid., 17S, n. i.

•2. Voir Jean Calvin, IV, p. 305 et ss. — 3. B^, 1541, p. 8i8, 819. — t. Le projet portait « il faudra que.... » Le texte de 1561 rétablit: « il faudra que ils... » etc. Opéra X\ p. 103. — "i. Opéra X', p. 25. — •>. Bf, 1541, p. 701. — 7. Sermon XXIV sur la Première à Tiiiwt/iée, III, 6-7. Optra LUI, p. 289.

2a8 la pensée ecclésiastique

qui pourront avoir le soin des povres, lesquels ne seront point pour enseigner. Il faut donc cognoistre ce que Dieu a donné à chacun ', » car « tous ne peuvent pas estre égaux en l'Eglise de Dieu ^ »

Ces diacres datent des apôtres (Actes VI, 3). Ils ont existé dans la primitive Eglise: et l'institution des sous-diacres et des archidiacres n'a pas, tout d'abord, modifié l'institution apostolique ^ — Mais, petit à petit, tout a été mêlé et confondu. Calvin a raconté comment, et nous avons déjà mis son récit sous les yeux de nos lecteurs. — En résumé, « des aumosnes, du soin des povres, et de toute l'administration, que les diacres avoyent le temps passé, il n'en est point de nouvelles '• ; » et les papistes ont fini par ne plus instituer leurs diacres que « pour jouer un badinage, tout ainsi que des basteleurs ^ »

Il faut donc restaurer « cest oflfice en sa pureté entière, telle qu'il l'a eue sous les apostres et en l'Eglise ancienne ^ »

Ici Calvin fait une double constatation. Au moment où il écrit, i° ou bien la charge de diacre n'existe pas ; 2° ou bien le diacre est organe de l'Etat et non de l'Eglise.

Première constatation. « Or combien que nous voulons qu'on nous tiene pour bons chresriens, réformez selon l'ordre de l'évangile, toutesfois on ne sçait quasi que c'est de diacre. » — « Quand on parlera des diacres, c'est une chose quasi sauvage '. »

Seconde constatation. Si les « réformez » ne suppriment pas toujours les diacres, ils font de leur office un office civil. Et en eflPet la césaropapie luthérienne se retrouvait chez les zwingliens, et partout, et à Genève. Calvin s'oppose à tout et à tous à la fois.

« Voulons-nous monstrer qu'il y ait réformation entre nous ? il faudrait commencer par ce bout, c'est asçavoir qu'il y eust des pasteurs, qui portassent purement la doctrine de salut, et puis qu'il y eust des Diacres, qui eussent le soin des povres. Il est vray qu'il y en aura : mais on estime que ce soit un office profane. »

Les diacres se considèrent et sont considérés comme des fonctionnaires du gouvernement. « Ceux qu'on appelera et hospitaliers, et procureurs d'hospital, pensons-nous qu'ils soyent en office ecclésiastique ? et eux-mesmes le cognoissent-ils ? Car s'ils estimoyent : « Voici Dieu qui nous a appelez en office, et en » un, estât sacré ; il est conjoint à celuy des ministres et des prescheurs, et de » ceux qui ont charge de gouverner l'Eglise de Dieu, » il est certain qu'on y chemineroit en autre révérence qu'on ne fait point. Mais quoy ? on servira aux

1. Sermon XXV sur !a Première à Timothée, III, 8-10. Opéra LUI, p. 303. — i. Opéra LUI, p. 300. — Si Calvin a favorisé l'égalité, il n'a pas favorisé l'égalitarisme. — 3. 1543, IV, iv, 5. — 4. IV, V, 15.

•ï. Opéra LUI, p. 303. Le diacre apostolique, qui, d'après son institution, était l'homme des pauvres, est devenu l'homme de. l'évêque ; il l'aide dans ses fonctions charitables et dans ses fonctions liturgiques. Les premières diminuent, les secondes augmentent. Les premières disparaissent, les secondes sont tout. Le diacre apostolique est désormais le diacre romain. Voir Real-Encyclopàdie, 3"= éd., art. Diakonen.

f). IV, XIX, 32. — 7. Opéra LUI, p. 290, 296.

hommes pour tout potage, et ne sera point question de Dieu '. » — Kt quand « on en fait élection, ceux qui les élisent » n'y pensent pas davantao-e. On v va « a la volée -. «

Or les diacres « ne sont point seulement en office terrien, mais ils ont une charge spirituelle, qui sert à l'église de Dieu... Ils sont en estât public, mais ils appartienent au régime spirituel de l'Eglise, et ils sont là comme officiers de Dieu •'. »

4. Telle est l'importance de cette charge. Quant aux conditions requises pour la remplir, elles sont au nombre de trois.

Le diacre doit avoir « simplicité et rondeur de parole » (rondeur^ un des mots que Calvin affectionne le plus) ; il ne doit point être « langar », c'est-à-dire « double en langage '*. »

Le diacre doit ensuite avoir « une attrempance et sobriété au boire et au manger. « « Trouvera-on nulle prudence en eux, quand ils seront abbrutis de leur vin, et que Ty-yrongnerie dominera tellement sur eux, qu'ils ressembleront plustost à des pourceaux qu'à des créatures raisonnables ? » Qu'ils s'étudient donc « à sobriété, et à retrancher toute gourmandise^. »

Et enfin le diacre doit avoir « libéralité et franchise ». Certes pas d'abus. Si l'on imitait les papistes, si l'on imitait « ces canailles de prestres et de moines, qui sont des gouffres pour engloutir tout le bien qui est dédié à Dieu, » si les biens de l'Eglise étaient « gourmandez », ce serait « double sacrilège''. » — Pas d'abus, ni dans un sens, ni dans l'autre. « 11 est besoin que les diacres ayent grande prudence pour ce que tout le bien qui est ordonné aux povres, seroit tantost consumé, si on croyoit tous ceux qui demandent. » Mais enfin il ne faut point être « chiche ». Fi de ces diacres « avaricieux », qui « enco-

res qu'ils ne desboursent rien, si est ce qu'il leur fasche qu'on despende Que

si on leur arrachoit les tripes du ventre, on ne leur feroit pas plus de mal que quand on ha pitié pour secourir aux povres, et que, s'il y a de quoy, qu'on leur eslargit et qu'on le dispense '. » Il faut « espargner tellement [de telle sorte] qu'on ne soit point chiche, si Dieu donne de quoy, que le bien soit employé, là où on voit qu'il y a nécessité de maladie, qu'il ait charge d'enfans, et choses semblables **. » Et même il ne suffit pas d'attendre les demandes, il faut aller au devant. Il faut penser « de pourvoir aux nécessitez devant mesmes qu'elles soyent cognues ^. » Il faut « s'enquérir là où il y aura indigence. »

1. Opéra LUI, p. 290. — -2. Ibid, p. 290. — .'!. Ibkl-, p. 291, 292. — '1. Ibki., p. 294, 293. - ."i. IbùL, p. 296. — 6. Ibid., p. 296, 292.

7. Ibid., p. 294. « 11 est vray qu'il y aura entre les chrestiens quelques hospitaux, mais la chose est si maigre que c'est pitié.... Et encores y en a-il qui voudroyent bien que les hospitaux fussent appovris ; et, s'il ne leur couste rien, si est-ce qu'ils voudroyent encores que cela fust anéanti, qu'il leur fait si mal au cœur, qu'il leur semble qu'on leur arrache les boyaux, quand on donne quelque chose pour la nourriture des povres. » Sermon XXVII sur la Première à Timothée, V, 1-2. Opéra LUI, p. 448-

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