‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son temps (volume 3)Chapitre 54 sur 176 · P. Strauss, p · texte numérisé non relu

P. Strauss, p

•2. Chevalier, p. 32. — Alors les choses changèrent. Mais pourquoi ? M. Chevalier parle « d'une administration plus relâchée, d'un ralentissement dans le zèle des autorités, et aussi d'une conception nouvelle du caractère de l'assistance. > (Ibid., p. 33.) L'ancienne assistance, celle d'Elisabeth, n'est donc plus responsable. — C'est ce que nous a déjà dit le circonspect auteur catholique de Gérando: « Ce ne sont donc point précisément les lois elles-mêmes, ce n'est pas du moins le célèbre statut d'Elisabeth, ce n'est pas surtout 'e principe de cette législation, qni\ {andr&it accuser des maux dont gémissait l'Angleterre; ce serait seulement la mauvaiii application que ces lois ont reçue. » (Cité par P. Strauss p. 25.) — Même des auteurs contemporains ont estimé que c'est grâce à la loi des pauvres que l'Angleterre, après avoir subi, avant le dix-septième siècle, des émeutes d'origine économique, est devenue plus tard une communauté paisible, respectueuse de la légaUté, ennemie des révolutions violentes. » — Si bien que l'Angleterre « avec une expérience trois fois séculaire, se retourne contre les appels d'un individualisme non moins imprévoyant que cruel », et affirme le rôle de la charité légale et de l'assistance publique. (P. Strauss, p. 26, 27 )

ardent, le plus inlassable de la charité légale telle qu'elle était organisée, de son temps, en Angleterre.

Il est vrai que Chalmers ne semble pas distinguer entre les diverses phases de la législation anglaise. Il note les premières lois cruelles contre les mendiants, passe à la loi d'Elisabeth, et dit qu'il faut en voir les résultats après deux siècles'. — Il s'agit donc uniquement pour lui du paupérisme au dixneuvième siècle : et toutes les observations historiques et critiques que nous avons présentées au sujet des phases de la législation antérieure, restent en dehors des préoccupations de notre économiste chrétien. Il ne s'agit que du résultat final, moins de la loi d'Elisabeth que de la loi très différente de Georges III.

Dans cette législation, Chalmers combat le principe de l'assistance légale, obligatoire : c'est la cause de tout le mal, d'un mal terrible. Car cette obligation va contre les lois fondamentales de la nature humaine : loi de prudence, d'économie, d'industrie personnelles ; loi d'affection entre les parents et les enfants ; loi de solidarité intime entre voisins et prochains, portés à se secourir mutuellement.... Rien d'étonnant si la nature bouleversée se venge'".

« Les lois des pauvres en Angleterre sont un effort maladroit de la part du pouvoir législatif pour faire ce que la Nature aurait mieux fait, si on l'avait laissée à son libre développement^. » — Chalmers insiste beaucoup. Il déclare ne pas tenir <( une bonne économie chrétienne pour indispensable à la suppression du paupérisme. » Les lois de la nature suffiraient. Ces lois, le christianisme ne les a pas inventées ; il s'est borné à en développer le pouvoir. « Il est très vrai, dit-il, que la Nature laissée au développement de ses principes spontanés et innés, rendra de plus grands services à l'humanité que ne peut le faire la charité légale en Angleterre. Seulement il est vrai aussi que le christianisme favorise ce développement et augmente et renforce la force de la Nature '*. »

Absolument fausse dans son principe, l'assistance légale est de plus absolument fausse dans son application. Elle ne peut vraiment se rendre compte des besoins véritables, des causes antécédentes, profondes de ces besoins; elle ne peut distinguer entre les demandes légitimes et les demandes illégitimes : « La police la plus avisée, qui ait jamais été imaginée par le despotisme le plus féroce, ne saurait y arriver ^. » Et voilà pourquoi « la charité publique crée plus de pauvres qu'elle n'en supprime®. )>

Or ce qui se passe en Angleterre ne se passe pas dans les paroisses écossaises, qui ont gardé leur « antique système paroissial », le « système spécifiquement

1. Political Economy, Vol. II, 1850, p. 300. — Dans l'étude Coiiiparison of Scotch ami English Pouperism, 1818. {Œuvres, XX.)

2. The parochial System wilhout a poor Rate, 1848, p. 372 et ss., dans le Mémoire lu à l'Institut royal de France : Distinction both in Principle and Effect between a légal charity for the relief of Indigence and a légal charity for the relief of Disease. — (Œuvres, XXI.)

3. Political Economy, \o\. II, p. 315. — 4. Christian and Economie Polily of a Nation. 'Vol. I, 1848 {Œuvres, XIV), p. 411, 412, 413. — fi. Ibid., p. 255. — 6. Political Economy, Vol II, 1850, dans Extension of the Chttrch, and Extinction of Pauperisni, p. 256. (Œuvres, XX. i

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écossais ' » ; — « qui ne sont pas encore contaminées par les habitudes d'impositions forcées [compulsory assessment) ; qui ont conservé la « vertu spécifique résidant dans la méthode ancienne et non adultérée de notre « soin des pauvres » écossais. » Ce système écossais, antique et original, a précisément les deux caractères opposés aux deux caractères du système anglais. Au lieu de la taxe obligatoire, les dons libres ; et au lieu de la distribution administrative, la distribution paroissiale. Chalmers décrit le système écossais, et nous le reconnaissons vite : c'est le diaconat : « Un conseil ecclésiastique (ecclesiasiical court) est composé d'Anciens, lesquels sont des hommes d'un caractère respectable, mais pas toujours choisis dans les plus hautes classes, ni même dans les classes moyennes. Le pasteur préside ce Conseil. » Grâce à ce maniement et à cette distribution des fonds charitables, des relations s'établissent entre ceux qui donnent et ceux qui reçoivent, les relations de bonne connaissance qui existent entre personnes vivant à côté les unes des autres, se voyant fréquemment, sinon journellement. — Quant au fonds charitable, il provient surtout des collectes hebdomadaires, faites chaque dimanche, ou de dons volontaires apportés par ceux qui assistent au service divin-.

Il faut donc partout séparer les sommes fournies par les contributions légales (en attendant qu'elles soient supprimées) et les sommes fournies par les dons volontaires. — De plus, il faut partout diviser les populations des villes en sections et constituer des paroisses distinctes, autonomes. — Chalmers fournit de nombreux exemples ; il cite en particulier les expériences qu'il a faites dans sa paroisse de Saint-John à Glasgow, et il repousse le « soin des pauvres » obligatoire {propulsory)^ pour soutenir le soin des pauvres bénévole [gratuitous). — « Notre but est, si possible, de supprimer le premier et de démontrer la suffisance du second pour toutes les demandes justes et légitimes des pauvres "*. »

Mais avons-nous bien résumé la pensée entière de Chalmers ? Et devons-nous penser (comme se l'imaginent les rares auteurs qui n'ignorent pas absolument l'existence de Chalmers), devons-nous penser qu'il est opposé à toute intervention de l'Etat dans toutes les parties de l'assistance charitable ? Non. Et voici précisément ce qui est extrêmement important. Chalmers divise le domaine de la charité en deux parties distinctes, soumises à des règles différentes et même opposées : il y a Vindigence et il y a Vinfirmité. Pourquoi ces deux sortes de misère peuvent et doivent-elles être combattues par des procédés non seulement différents, mais contraires ? Il est facile de le comprendre. Des secours visiblement préparés pour l'indigence augmentent le nombre des indigents ; des secours visiblement préparés pour les infirmités n'augmentent pas le nombre des infirmes. En eflFet, quoique l'indigence ne soit pas, en soi, agréable, l'indolence, la dissipation, qui y conduisent, sont comme un chemin agréable, attrayant, et des millions d'hommes sont prêts à s'y précipiter, dès que l'indigence est pour eux débar-

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