‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son temps (volume 3)Chapitre 55 sur 176 · Ibid., p. 263. — 2. Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p. 263. — 2. Ibid., p

."î. Christian and Economie Polily of a Nation, vol. III, 1848, p. 15S, —dans l'étude: E.vplanatory of tlie Measures which hâve been successfully pursued in S. John's Parish, Glasgow, for the Extinction of its compulsory Pauperism, 1822. {Œuvres, XVI.)

rassée de ses conséquences terribles, grâce à la protection et aux promesses de la loi. Tandis qu'on peut multiplier les fonds pour les hôpitaux, personne ne fera de soi volontairement un malade. Personne ne se cassera une jambe pour avoir le plaisir d'être opéré dans une clinique ; ne se crèvera les yeux pour être admis dans un hospice d'aveugles, etc. On peut donc pourvoir à l'entrée libre dans les asiles pour infirmes, cela supprimera bien des misères humaines et ne créera pas d'infirmités nouvelles.

Or, fait bien curieux : nombreux sont les générosités, dotations, legs pour les indigents ; tandis qu'ils sont très rares pour les infirmes. Une statistique mentionne 1 1 donations pour infirmes, contre 712 pour indigents ! — Concluons : « Il faut décourager la charité publique envers les indigents, et il faut encourager la charité publique envers les infirmes '. »

Ajoutons que, du reste, Chalmers, ce représentant du calvinisme, a été un des plus remarquables représentants de ce qu'on appelle aujourd'hui le christianisme social'^. Il est pour l'Etat chrétien, pour le royaume de Dieu, pour le royaume du prince devenant le royaume de Dieu, et il donne ainsi étroitement la main à Bucer et à Calvin. Son regard chrétien est tourné du côté de la vie, de la vie sociale. Il écrit sur les rapports entre la Révélation et l'astronomie moderne (18 17), et il écrit sur les rapports entre le Christianisme et les aflFaires commu-

1. Christian ond Economie Polity of a Nation, vol. III, 1848, p. 15S. Explanatory, etc.

2. Ce chapitre était non seulement écrit, mais déjà imprimé, quand j'ai pu lire l'étude extrêmement intéressante du professeur K. Holl sur Thomas Chalmers et les commencements du mouvement socialecclésiastique [Thomas Chalmers tmd die Anfânge der kirchlich-sozialen Bewegung, 1913). Je suis obligé de me borner à quelques citations en notes. Du moins les conclusions concordantes de nos études, indépendantes l'une de l'autre, auront-elles plus de force probante.

Voici comment Holl apprécie l'importance de Chalmers, de ses idées et de son œuvre : 1 L'Ecossais Thomas Chalmers est celui qui, avant tous, a compris les signes des temps et en a apprécié l'importance pour l'Eglise. » (Holl, p. 3.) — « L'œuvre sociale créée par lui dépasse de beaucoup en clarté de conception, en énergie de réalisation tout ce que les époques suivantes ont vu en fait d'essais analogues. » [Ibid., p. 3.) — « Que les idées de Chalmers soient saines et même indispensables pour l'Eglise évangélique, c'est ce que démontre leur réapparition. Car l'idéal de la communauté de Sulze, d'un côté, et l'activité sociale de l'Armée du Salut, de l'autre, sont en réalité des efforts pour atteindre les buts que Chalmers a proposés à l'Eglise évangélique. » {Ibid., p. 52.)

•■ Chalmers n'a pas eu le sentiment qu'il était un novateur ; il a eu le sentiment qu'il était le défenseur d'une tradition. Il veut partout montrer que l'ancienne organisation du presbytérianisme suffit complètement pour résoudre les questions compliquées des temps modernes, pourvu qu'un peu de l'ancien esprit l'anime. Il est certain qu'il a été non pas un novateur, mais un continuateur, au génie créateur, et il a raison de penser que le meilleur de son œuvre, les formes sur lesquelles il s'appuie, les efforts moraux avec lesquels il opère sont un héritage de Calvin. Précisément on voit clairement chez lui que les pensées sociales du calvinisme ne vont pas dans une seule direction, mais tendent à établir l'équilibre entre des forces diverses. (Holl, p. 27.) — Domination de soi-même, accomplissement du devoir, réflexion, respect de soi-même sont les traits qu'il souligne d'abord (dans son explication de ce qui est. chrétien). On voit jusqu'à quel point la conception de la vie selon Calvin est entrée dans sa chair et dans son sang. > (Holl, p. 29.)

Son œuvre fut détruite. Mais il avait prouvé deux choses : qu'elle était possible et qu'elle était possible sans lui, puisqu'elle avait duré pendant quatorze ans sous son successeur. A l'influence directe succéda l'influence indirecte ; influence sur Carlyle : « Sans Chalmers le réformateur social Carlyle serait incompréhensible » (Holl, p. 36); influence sur Th. Arnold, voici ce que dit Holl: < La broad chiirch prit

nales ; et on a pu dire qu'il était le représentant classique de l'union des Eglises et de TEtat, comme Vinet a été le représentant classique de la séparation des Eglises et de l'Etat. — Seulement, en strict calviniste, s'il veut un Etat chrétien et une Eglise chrétienne, il ne veut pas de césaropapie. Le souverain de l'Eglise, comme de l'Etat, c'est le Christ, et il l'est plus encore de l'Eglise que de l'Etat, de telle sorte que l'autonomie de l'Eglise est intangible. Aussi, très logiquement, par conviction calviniste authentique, le représentant de l'Union entre l'Eglise et l'Etat chrétien sera le représentant de la Séparation entre l'Eglise et un Etat qui voudrait opprimer l'Eglise. Le cas s'étant produit à propos du droit de patronat. Th. Chalmers se mit à la tête de la Disruption, et il fut le grand, l'éloquent, l'infatigable et admirable fondateur de l'Eglise libre d'Ecosse' (1843). Puis revenant aux pauvres, aux déshérités, il fonda pour eux une Mission intérieure, et on le trouva, le 3i mai 1847, paisiblement endormi de son dernier sommeil, sur son lit. Il avait répété, les jours avant, les mots : « Plus c'est simple et enfantin, mieux cela vaut, » — qui font penser à ceux de "Vinet, sentant venir la mort : « Demandez pour moi toutes les grâces, même les plus élémentaires. »

Et nous pouvons conclure. Toute l'histoire du « soin des pauvres » dans la Grande-Bretagne, spécialement représentée par la loi d'Elisabeth, est comme encadrée entre l'établissement du diaconat calviniste par a Lasco et Bucer et la revendication du diaconat calviniste par Th. Chalmers.

La loi d'Elisabeth n'est pas opposée, dans tous ses principes, — surtout si on les distingue de leur fausse application, — aux vrais principes du diaconat calviniste. Et en particulier l'effort pour relever le pauvre par le travail, — l'oisiveté, la mendicité étant considérées comme des vices et des délits, — est foncièrement protestant.

Reste l'intervention de l'Etat, qui n'est pas du tout une invention protestante, qui a été la conséquence historique de la banqueroute de l'Eglise, et des besoins de la société civile. Ici il faut distinguer. Il y a une intervention de l'Etat qui réduit la charité à une charité légale. Chalmers, au nom du calvinisme, proteste contre cette intervention plus vivement qu'aucun catholique. — Mais à côté de cette intervention de l'Etat déplorable, n'y a-t-il pas une intervention de l'Etat utile et désirable ? "Voilà comment se pose la question. Et c'est précisément l'honneur et la force pour le protestantisme d'avoir su distinguer et d'avoir posé le problème en ces vrais termes : comment combiner la charité légale et la charité

l'avance. Dans ses cercles, c'est Thomas Arnold qui trahit le plus clairement l'influence de Chalmers. » (HoU, p. 38.) — ■< Il est vrai que Arnold veut conserver l'épiscopat : mais il insiste sur la collaboration des laïques et demande l'introduction d'un Synode général. » {Ibid., p. 39.) — • Mais ce qui est le plus significatif, c'est que maintenant Arnold demande avec netteté une charge spéciale pour que l'Eglise puisse travailler dans ce domaine, avec efficacité. A l'exemple de Chalmers, il demande la rénovation, il faut plutôt dire ici la transformation du diaconat. » (Ibid., p. 40.) — « Il veut infuser à l'Eglise anglicane du sang réformé. > (Ibid., p. 40.)

1. Toutefois c'est lui qui fit ajouter aux mots : Eglise libre, le mot d'Ecosse, pour bien montrer que cette église restait une église du peuple, une église nationale. Holl, p. 7, n. i.

ecclésiastique ? C'est précisément à l'examen de cette question, — la vraie, — que nous conduit la fin de notre histoire du diaconat calviniste.

On peut dire, malgré tout ce que nous avons raconté, que le « soin des pauvres » en Angleterre ne forme qu'une parenthèse (fort instructive) dans l'histoire du diaconat calviniste. A Lasco n'était pas Anglais, et la communauté dans laquelle il institua le diaconat non plus. — C'est dans trois autres pays que les idées calvinistes furent adoptées, pratiquées et développées pendant des siècles jusqu'à aujourd'hui. Ces trois pays sont la France, la Hollande et l'Allemagne rhénane.

Pour la France, les premiers efforts et essais, sur lesquels nous possédons des documents, datent de i55j. A ce moment nous trouvons les « Articles politiques [c'est-à-dire touchant le gouvernement, la police de l'Eglise] pour l'Eglise réformée selon le S. Evangile, faict à Poictiers. » — - Cette assemblée de Poitiers n'était pas le premier Synode national, mais elle le prépara: de là son importance.

Trois charges ecclésiastiques sont énumérées dans cet ordre : des ministres, des diacres, des Anciens. Et voici ce qui concerne les diacres : « visiter les malades, et ceux qui seront prisonniers pour la parolle de Dieu ; regarder sur l'indigence des povres, catéchiser ceux qui seront nommez pour estre introduits en l'assemblée, et s'enquérir diligemment de leur vie et conversation'. » — Ainsi outre le soin des pauvres, ces diacres ont de véritables fonctions d'évangélistes et ne se distinguent pas encore très bien des Anciens. Il y a même un chapitre intitulé « charge commune -. »

Les décisions du premier Synode national, celui de Paris, en iSSg, sont fort intéressantes ; elles nous donnent dans leur complexité originaire les sentiments de nos pères sur les diacres. Ce sont des représentants et des directeurs de l'Eglise ; ils siègent dans les Conseils et leurs fonctions comprennent le « soin » des âmes en même temps que des corps. Parfois ils semblent être des évangélistes. « Les Anciens et diacres, est-il dit, sont le sénat de l'Eglise, auquel doivent présider les ministres de la parole » (art. XXIV). Ils visitent les pauvres, les prisonniers, les malades et vont « par les maisons catéchiser. » Même quelquesuns, à certaines conditions, sont autorisés par le Consistoire à « catéchiser en public ^ )) (art. XXV).

Un autre document fort curieux est une note de Pierre Viret \ intitulée « La

1. Eug. Arnaud, Documents protestants inédits du seizième siècle, 1872, p. 7.

2. Ibid.,p. 9. Au Synode tenu à Lyon le 25 novembre 1561, il est dit que les diacres seront « examinez de leur foy et doctrine, afin de savoir s'ils sont capables pour catéchiser. » Ibid-, p. 33. Dans « l'Assemblée de la noblesse et commun estât du pays de Dauphiné, teneue à Valence, le 27111e jour de janvier 1563, à Noël, » il est dit que « la propre charge des diacres est d'estre procureurs des povres. » Ibid., p. 50.

:i. Aymon, Synodes nationaux, vol. I.

1. Très probablement, sinon sûrement. — Cette note doit être celle dont il est question dans « l'ordre du Synode de Languedoc convoqué à Nîmes le !=■■ février 1561 », et qui siégea du 2 au n février.

forme de dresser un Consistoire » de i56i (en réalité i562, d'après le nouveau style). — Viret,. alors à Nîmes, donnait une immense impulsion au protestantisme du Midi, et exerçait sur l'organisation de la Réforme française en général une influence, dont il ne semble pas que Ton ait tenu assez compte jusqu'ici (ce point mériterait une étude spéciale).

Ce que la Note dit de l'office des diacres est une copie libre, un développement naturel des Ordonnances de 1541, i56i de Genève. Voici l'essentiel : — La charge de diacre consiste dans la réception, distribution et administration des biens « dédiez aux povres et autres destituez », et « à l'usage de l'Eglise, comme à la nourriture des ministres et autres aff^aires ordinaires ou survenants. » — ■ Ils commencent par faire « enregistrer tous ceux de l'Eglise qui auront moyen de contribuer aux nécessitez et charge d'icelle, et requerront chacun en particulier de ce qu'ils voudront contribuer par mois. » (Notons les origines de la contribution mensuelle, usage que l'on cherche de nos jours à restaurer.) Les sommes sont encaissées par des collecteurs. — Les diacres « examinent les povres de leur foy... S'ils ne sont instruits qu'à demy, et cependant pressez de grande povreté, « on les assiste, mais « pas si largement, que s'ils estoyent bien instruits, — et on les assigne à trois ou quatre mois. — On assiste aussi les « ignorants de tout, » [complètement] si « la présente nécessité esmeut. » — Les « enfants des povres doivent estre mis en apprentissage. » Les filles doivent être « colloquées en service aux maisons des fidèles, afin qu'elles soyent instruites à bien conduire un mesnage et en la crainte du Seigneur. « — Surtout que « l'oisiveté ne soit introduite en l'Eglise. » — « Que nul de leurs povres... n'aillent mendier par la ville sur peine de les priver de toute assistance. » — Il faut avoir « quelque homme de bien qui sache à tout le moins bien lire et escrire pour instruire les enfans des povres, et quelque honneste femme pour apprendre les filles des dits povres d'apprendre la cousture et autres choses nécessaires. » — « Quant aux malades qui ne peuvent assister à la distribution, ils seront visitez par les diacres. » — « Qu'ils ayent médecins et cyrurgiens à gages, si les facultez de l'Eglise le permettent, afin que les maladies ne soyent trop longues, et qu'ils soyent plus soigneusement sollicitez, et si la maladie requiest conseil d'autres médecins, qu'ils soyent appelez pour en faire seure résolution, ce qui reviendra au soulagement de la bourse. Item qu'il y ait un apothicaire qui fournisse tous, et qui sera ordonné par le médecin '. »

"Voilà bien dès l'origine ce que nous appellerons le diaconat intégral".

Mais enfin c'est à Paris, quelques semaines avant, 10 décembre i56i, que le diaconat français avait été organisé officiellement, si l'on ose se servir de cette expression : « Police et ordre gardez en la distribution des deniers ausmosnez aux

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