Arnaud, Ibid , p
•2. Ce qui se passe au Synode provincial de Basse-Guyenne, en 1560, nous montre que les diacres font déjà partie intégrante de la direction de l'Eglise. Parmi les membres du Synode, à côté des pasteurs et des Anciens, sont nommés les diacres. (Bourgeon, La Ré/orme à Nérac, p. 83 )
pauvres '. « Il sera dressé un Bureau pour lequel seront éleuz hiiict notables bourgeois et habitans de la ville de Paris, avec lesquels assisteront, tant à la distribution des deniers que autres affaires, quatre surveillans prins du corps du Consistoire, qui de mois en mois seront changez, tant pour leur soulagement, que pour éviter calomnie. Et avec eux, et lesdits Bourgeois seront encores les Diacres de l'Eglise, en tel nombre que l'opportunité le requerra. » (^ i.)
L'élection de ce bureau a lieu comme l'élection des pasteurs, des Anciens : choix par le Consistoire, approbation ou veto du peuple : « Pour recueillir les ausmones on fait faire « douze boittes », fermant à clef; au couvercle, se trouve « un petit pertuis en fente, » pour faire passer les deniers. Les diacres « tiendront et porteront les boittes à la fin de chacune prédication. » Les clefs des boîtes sont « es mains de l'un des dits Bourgeois. » Les diacres apportent les boîtes le jour où le Bureau se réunit, c'est-à-dire chaque dimanche, à i heure de l'après-midi (ou à tel jour et heure fixés entre les membres du Bureau) au logis de l'un des bourgeois, à tour de rôle, (g III, IV, V.)
Toutes les précautions les plus minutieuses sont prises pour que les comptes soient exactement tenus et que toute irrégularité soit impossible. Le bureau décide ; les surveillants distribuent ; les diacres et même les bourgeois vérifient. « Et à celle fin que tout soit encores plus eslongné de tout soupçon mauvais, et que personne ne puisse doubter que l'argent qui sera baillé aux surveillans pour estre distribué aux pauvres, ne soit fidellement rendu, non seulement les diacres seront tenus par chacune semaine de faire visite par les maisons des nécessiteux, mais aussi les dits Bourgeois seront exhortez de le faire quand il leur sera possible -. »
Les Eglises des Pays-Bas avaient été d'abord réchauffées et épurées par le feu de la persécution, comme les Eglises réformées de France. Mais elles ont eu sur celles-ci l'avantage de pouvoir ensuite s'organiser plus librement, et cette liberté a permis à leurs principes de mieux manifester leur influence sur la nation entière. Le type hollandais est donc tout particulièrement normatif. Nous allons résumer Uhlhorn.
« C'est en Hollande, dit-il, que la charité de l'Eglise réformée à cette époque a produit ses plus beaux fruits. » — Toutefois, comme notre historien est luthérien, — trop historien pour méconnaître un fait, et trop luthérien pour ne pas être sensible à ce qui lui paraît être une infériorité de l'Eglise luthérienne, — il trouve à la supériorité de l'Eglise réformée une cause tout à fait inattendue :
1. « Police et ordre gardez en la distribution des deniers aumosnez aux pauvres de l'Eglise réformée en la ville de Paris ; accordez au Consistoire estably en la dite ville, par les ministres, diacres, et députez de l'Eglise ; publiez et prononcez en pleines assemblées des fidelles, le dixième jour de Décembre M.D.LXI. au lieu de Popincourt, et l'onzième consécutif, au lieu, nommé le Patriarche, faulxbourgs Saint-Marcel- > Ce document a été publié par le Bulletin de la Société de l'histoire du protestantisme français, i" année 1852), p. 254 et ss. Voir, pour les détails historiques sur Popincourt et le Patriarche, Jean Calvin, I, Paris protestant au XVI= siècle, pages 222 et ss. — 2. Bulletin, I, p. 256, 2)7, 258.
28o LA PENSÉE ECCLÉSIASTIQUE
ce Sans aucun doute, continue-t-il, l'Eglise luthérienne a conservé la pensée fondamentale de l'évangile, la prédication de la libre grâce de Dieu, plus pure à plusieurs points de vue. que l'Eglise réformée ^ » L'Eglise réformée a conservé du moyen-âge plus d'éléments légalistes. Et alors ? C'est précisément parce que la doctrine luthérienne a été plus pure, trop pure, qu'elle a produit de moins bons effets -. Car, dit Uhlhorn en tout autant de termes : « Comme le métal pur est souvent plus mou que le métal oîi il y a un alliage, de même la piété luthérienne a facilement quelque chose d'eflfacé et d'oblitéré {i>erschivommeiies iiiid verivachsenes). » Ainsi même le si respectable, si impartial Uhlhorn préfère attribuer la supériorité réformée à certains défauts catholiques plutôt qu'à une plus juste conception de l'Evangile ^.
En tout cas, on voit quelle est la valeur exceptionnelle des jugements de Uhlhorn favorables au calvinisme. « Dans l'Eglise réformée des Pays-Bas nous trouvons des hommes d'acier et de fer, qui, grandis dans les combats pour la liberté de leur patrie et de leur foi, prennent très au sérieux la confirmation de leur foi dans la vie, qui, unis par leur amour pour leur foi chèrement conquise, par leurs mœurs et leur discipline fortes, vivent, dans leurs communautés, une vie comme on la chercherait en vain dans l'Eglise luthérienne de la même époque '*. » — En même temps la situation sociale leur fournissait des moyens matériels dont ne disposaient pas les « pauvres luthériens ^. » Alors, dans toutes les communautés, nous trouvons un diaconat bien organisé, qui a pour but, non pas, en leur faisant des aumônes, d'habituer les pauvres de la communauté à la mendicité, mais de les rendre, si possible, grâce à une influence personnelle sévère et continuelle, de nouveau capables de travail. Le diaconat de l'Eglise réformée néerlandaise d'Amsterdam date définitivement de iSyS. En 157g, il dispose de i663 gulden ; à la fin du seizième siècle il en a 84 000 ; en 1625, il en a iSy 471 et au milieu du dix-septième siècle il en a 3oo 000.
Dans les grandes villes les diaconats possèdent des établissements fondés soit par eux seuls, soit par eux en commun avec la ville. C'est ici une des richesses de la Hollande : orphelinats, hospices pour vieillards, hôpitaux, hospices d'aliénés et aussi maisons de travail. La grande maison de correction pour hommes, d'Amsterdam, date déjà de i595, et en 1596 on ouvre à côté, pour les femmes, un Spiiinhaus^ c'est-à-dire une maison où on les fait filer '^. Sans compter la Verbe- 1er Huis (maison d'amélioration). « Là, dit Uhlhorn, nous avons ce qui manquait
1. Il y a lieu d'être étonné, stupéfait d'une pareille affirmation. Calvin a tout ramené à la pure grâce de Dieu. Sa prédication a été la prédication exclusive de la grâce de Dieu, à laquelle il a tout immolé, mérite, libre-arbitre. — Personne n'a été plus loin que lui, personne n'a exagéré comme lui.
2. Cette étrange idée a été reprise lors du Jubilé de Calvin par un très savant professeur, et appliquée aux conceptions de Luther et de Calvin sur l'Eglise et l'Etat. « Les idées de Luther sur l'Etat et l'Eglise étaient plus justes et plus modérées que celles de Calvin, mais celles de Calvin étaient plus efficaces pour l'époque. > — « Les idées de Calvin, c'était l'or, — avec un fort alliage, — les idées de Luther, c'était l'or pur. Mais les idées de Calvin furent lancées dans le commerce, celles de Luther restèrent dans les coffres. » Sttidien iind Kritiken, 1910, p. 158.
:i. Uhlhorn III, p. 158. — 4. Ibid., p. 158. — u. IbUl., p. 159. — C. lliùt, p. 159.
au soin des pauvres en Allemagne, des institutions destinées à forcer les mendiants paresseux à apprendre à travailler '. »
Dans la direction et le service des établissements de charité, on emploie des femmes. A côté des diacres, il y a des diaconesses, et à côté des régents il y a des régeiitesses. — Quand on visite les musées de Hollande, et tout particulièrement celui d'Amsterdam, au milieu de tous les tableaux de corporations, dont le type admirable est la Ronde de nuit de Rembrandt, on trouve des toiles représentant des groupes de bourgeois, de bourgeoises, à la figure digne, devant des tables, ayant en main quelquefois des livres, quelquefois des bourses. Et le catalogue dit : Régents, Régentesses ; et l'on passe en général sans se douter derien^ Cependant c'est ici un des produits les plus caractéristiques de la piété calviniste. Ces Régentesses sont des femmes dirigeant plus ou moins les œuvres de la diaconie. On pourrait parcourir tous les catalogues de tous les musées de peinture du monde : nulle part ailleurs on ne trouverait des Régentesses.
Tout cela explique que, en 1686, un pasteur allemand et luthérien, visitant la Hollande, s'excusa de louer tellement, lui luthérien, la piété calviniste, mais la loua, et en quels termes ! Il vaut la peine de les citer textuellement : a Si Thomme pouvait mériter le ciel par ses bonnes œuvres, le Très Haut ne pourrait pas être chez les Hollandais le Dieu de la grâce. Moi-même je m.e suis imaginé, ici, que je parcourais les rues de l'ancienne Jérusalem, où l'on ne pouvait voir aucun mendiant. Ici les parents morts des pauvres orphelins vivent encore ; les veuves, misérables par la mort de leur mari, font un gain, et les vieillards impuissants ne manquent pas de forces, parce que les forts sont à leur service. Ces œuvres de la charité, Dieu ne peut pas ne pas les récompenser, et mon opinion est que l'état florissant de la république est dû à cette cause. Car si l'on juge cette république d'après les règles des hommes d'Etat avisés, on doit s'étonner qu'un pareil gouvernement puisse subsister depuis plus de cent ans -. » — Et, vraiment, il est bien heureux que Uhlhorn ait eu des préjugés contre le calvinisme, comme il est bien heureux que Benthem ait eu des préjugés contre le gouvernement hollandais. Grâce à ces préjugés, rien ne manque à la valeur, à l'importance de leur admiration.