Uhlhorn III, p. i6o
2. Henrich Ludolff, Bentheins Hollandischer Kirch- und Schulen-Staat, 1698, p. 12. — A ce beau tableau il y a une sorte d'ombre, que l'impartialité nous oblige â signaler. A propos de la fondation de l'hospice des fous, en 1596, de l'agrandissement de l'hospice des vieillards, en 1601, le gouvernement permit une loterie, modeste, mais enfin une loterie, où l'on gagna un gros lot de :ooo francs. C'était encore trop. — Il est vrai que les critiques catholiques feront bien de ne triompher que très modes: tement. Car la loterie était un mal, mais un mal... romain. Ecoutons l'historien Moreau-Christophe : « La loterie à Rome est une œuvre de bienfaisance. La loterie, après avoir été supprimée par Benoit XIII, fut de nouveau autorisée par Benoit XIV. Il ordonna qu'à chaque tirage cinq jeunes filles prélèveraient leur dot sur le gain des cinq numéros sortants. [La législation sur le pari mutuel, en France, n'a rien innové : c'est une vieille habitude des pays catholiques.] Cela s'est constamment pratiqué depuis lors, de sorte que tous les mois le public voit accolé à chaque numéro le nom de la Romaine, à laquelle le hasard procure les chances d'un mari, et que celle-ci ne porte à l'autel ni un nom commun, ni un nom propre, mais un nom de nombre. C'est mademoiselle 36 ou mademoiselle 88. » (Moreau-Christophc, Du problème de la misère, 1851, III, p. iS-zo.l
Naturellement, en Hollande comme ailleurs, la piété a cessé d'être ce qu'elle était au seizième siècle. Bien des transformations ont été opérées ; voici cependant comment Moreau-Christophe s'exprime, encore en i85i, dans son ouvrage résultat de tant de voyages et de tant de travaux :
« Il existe en Hollande deux grandes vertus sociales, deux grandes vertus chrétiennes, — la bienfaisance et la tolérance religieuses, — lesquelles s'y donnent la main en sœurs, pour que la charité n'y laisse aucun orphelin sans famille, aucune misère sans soulagement, aucune douleur sans consolation, aucun abandonné sans asile.
» Dans chaque ville, en effet, et même dans chaque bourg un peu important, on voit, non loin du temple protestant, ou de l'église catholique, ou de la synagogue juive, qui souvent se trouvent réunis dans le même voisinage, une école d'enfants, un hôpital de malades, un hospice de vieillards, un refuge pour les aveugles ou pour les sourds-muets, des ateliers de travail, une caisse de secours mutuels, une caisse de pensions, une caisse d'épargne, un mont-de-piété, un bureau de charité, etc., et, dans quelques provinces, une ou plusieurs colonies agricoles.
» C'est ainsi que la Hollande a combiné, avec les moyens de soulager l'indigence, ceux qui la préviennent dans son principe et ceux qui l'arrêtent dans ses causes. » Et Moreau-Christophe ajoute : « Toutes les institutions bienfaisantes de la Hollande sont nées de la charité privée ; la charité légale n'intervient dans leur fondation ou dans leurs dépenses qu'à titre de protectrice ou d'auxiliaire '. »
Il y a vraiment un singulier intérêt à voir ainsi le diaconat calviniste provoquer une admiration égale chez le luthérien du dix-septième siècle, chez le luthérien du dix-neuvième et chez l'économiste parisien du dix-neuvième, celui que l'on a appelé le Joseph de Maistre du système pénitentiaire. — On voit aussi ce qu'il faut penser de l'affirmation des polémistes romains : le symbole de la charité protestante, c'est la taxe légale obligatoire.
Nous savons, d'après un de nos chapitres précédents, que des calvinistes fuyant la persécution de Marie-la-Sanglante en Angleterre, et des calvinistes fuyant la persécution du duc d'Albe dans les Pays-Bas, vinrent chercher un refuge sur les bords du Rhin et y établirent - des Eglises admirables par leur foi et leur organisation. Nous savons aussi que Calvin exerça une puissante influence personnelle sur les Eglises de Cologne, de Trêves, de Wesel, d'Aix-la-Chapelle. Et nous nous bornons à rappeler le dicton papistique : « Genève, Wesel et la Rochelle sont du diable les trois enfers. »