L.-M. Moreau-Christophe, 1851, III, p
2. « Immédiatement par les anciens membres de la communauté de Londres, médiatement par les fidèles qui fuyaient les horreurs de la persécution du duc d'Albe dans les Pays-Bas, et qui, en partie, s'étaient déjà servis de la Forma ac ratio de Lasky, traduite en hollandais par Micromius. > Il faut aussi noter l'étroite union entre les communautés du Bas-Rhin et celles du Palatinat. Ed. Simons, Die iilteste evaiigelische Gemeindeannenpflege am Niedei-Rliein, 1894, p. 6, 7.
I. Ici le diaconat calviniste arrive à son plus magnifique développement.
D'après les règlements de Cologne et de Wesel, il est caractérisé, nous disent les historiens spéciaux, par la manière tout à fait individuelle dont il procède soit pour recueillir les renseignements, soit pour apporter les secours . — Chaque cas est pris, étudié à part, chaque pauvre est considéré personnellement : on lui témoigne vme sympathie /'Ê';\w;/;/é'//é', et on cherche à l'aider selon sa situation particulière. Mainte décision témoigne d'une attention délicate, qui, pour cette époque rude et pour ces hommes rudes comme l'étaient les Néerlandais, est deux fois remarquable '. — Et comme le pauvre est non pas une chose, mais une personne^ comme on le traite en personne^ on veut non seulement l'aider une ou plusieurs fois dans ses nécessités, mais on s'efforce de l'éduquer, d'éduquer son âme. Voilà pourquoi la mendicité est tout d'abord combattue. Celui qui est valide doit travailler et on lui en fournit les moyens autant que possible -.
Le caractère éducatif de cette charité se manifeste aussi vis-à-vis des enfants. On les met en apprentissage ; on les surveille ; on paie l'écolage ^.
Le rôle des diacres est si important qu'il attire l'attention des ennemis et c'est un de leurs sujets d'accusation contre l'I^glise persécutée. Les calvinistes de Cologne, disent-ils, ont divisé la ville en quartiers et nomment chaque année des seniores et des diacones '*.
Sardemann nous peint un beau et touchant tableau de ce diaconat de Wesel "■, la Genève rhénane, occupé à soigner les « pauvres membres du Seigneur, » en i58i et 1614, à l'époque de son plein développement.
L'organisation est très complète. Les diacres sont chargés de distribuer les secours, de visiter les pauvres. Ils sont considérés comme « représentant, dans leur charge, les pasteurs, » c'est-à-dire qu'ils aident et suppléent les pasteurs dans la cure d'âme ''.
Tout ce que nous avons déjà vu, nous le rencontrons ici : prescriptions, recommandations et institutions, hospices, hôpital spécial pour les maladies contagieuses, orphelinat. Nous n'y revenons pas. Mais tout est complété. Il y a une diaconie des hôtelleries (un Hausvater, père de famille, et sa femme dirigent la maison sous la surveillance des Anciens et de quatre veuves), une diaconie des bateliers, une diaconie des étrangers, sans compter la diaconie des pauvres '.
Le diaconat forme comme une « famille illuminée par l'amour du Sauveur. » Avant l'hiver, en octobre, diacres et diaconesses vont de maison en maison pour faire une revue des vêtements. A l'avance ils ont acheté des étoffes de toile, de laine. Ils ont mis de côté du bois, du charbon, de la tourbe ; ils ont envoyé du blé au moulin et chez les boulangers.
1. Ed. Simons, Die atteste evangelische Geineindeariiioip/lege, p. 73. — 2. IbiJ., p. 74. — ^. Ibid., p. 75. — 4. Ibid., p. 79. — î>. Modèle des diaconats du comté de Clèves.
t). Sardemann. Zur Geschichte der cliristliclicn Armenpflege in der evangelischeii Kirche (dans le Monatschrift fiir die evangelische Kirche der Rheinprovinz imd Wesiphalens), 1849, Juli-December, p. 75-83, et Ed. Simons, Gemeindearmenpflege , p. 113, 114 et n. i.
7, Règlement de Emden, 1594. — Uhlliorn, III, p. 156.
On s'occupe de procurer du travail aux indigents. Les diacres parlent aux chefs des corporations ; on emploie aux travaux municipaux les ouvriers sans travail. — Si un pauvre ne sait pas bien son métier, on lui fournit des matériaux, et puis le diaconat achète son travail au prix habituel. — Mais si un pauvre ne veut pas travailler, il est privé de tout secours, et s'il a des enfants, une femme, ceux-ci ne sont aidés que secrètement, pour qu'aucune paresse ne soit entretenue.
Ce qui n'est certes pas le moins caractéristique, c'est l'activité des diaconesses. Nous aurons à revenir sur ce sujet ; mais nous notons le fait. Autre part, dans certains cas, on choisit des femmes pour soigner des malades ; ici, il y a une charge, comme celle des diacres *.
Enfin les deux pouvoirs, le pouvoir ecclésiastique et le pouvoir civil, travaillent ensemble et d'accord, comme le remarque Uhlhorn. « Tout d'abord, ici, le soin des pauvres est réellement une fonction de l'Eglise ^. » Et cependant Sardemann a le droit d'écrire : « Les deux constitutions de 1 58 1 et de 1614 ne sont issues exclusivement ni de la communauté civile, ni de l'Eglise, mais de la communauté à la fois civile et ecclésiastique, et en cette qualité^. » Car l'évangile a une portée temporelle aussi bien que spirituelle. Le magistrat de 16 14 dit que, « se souvenant de la Parole de Dieu, » il se sent obligé à veiller à ce que « la Parole de Dieu, qui seule peut sauver, soit prèchée purement et fidèlement, mais aussi à ce que les pauvres soient soignés et entretenus '*. » Et Sardemann ajoute : « Ces règlements relatifs aux pauvres sont le fruit d'une époque de foi forte. Ils portent partout l'empreinte de leur origine. Cette pénétration des conditions sociales par l'esprit de l'évangile, pour l'édification du règne de Dieu, cette unité, là où il s'agit de triompher ensemble de la misère commune, ne peut se trouver que là où l'évangile est devenu une vie, une réalité chez ceux qui le confessent^.»
Ainsi le diaconat rhénan réunit tous les traits de tous les diaconats calvinistes, exprime et indique une orientation générale dont nous allons parler tout à l'heure ^.
2. Une des grandes preuves de l'originalité et de la force de la conception ecclésiastique de Calvin en général, et de l'originalité et de la force de sa conception du diaconat en particulier, c'est ce que l'histoire et les historiens nous
). « Sur deux points, il y a ici un développement. — D'un côté on s'approprie pour les communautés importantes, la distinction calviniste entre les diacres qui s'occupent du « soin des pauvres » et ceux qui soignent les malades; d'un autre côté, au moins dans un certain nombre de communautés, à côté des diacres il y ades diaconesses. » Uhlhorn, III, p. 152. — i. Ibid., p. 156. — 3. Sardemann, Zur Geschichte, p. 75.
4. Voici quelques jugements luthériens sur ce diaconat rhénan : « Ici il y avait vraiment un « soin des pauvres <• par la communauté, complètement appliqué, et répondant à toutes les justes exigences. » Uhlhorn, III, p. 157. — Mais W. Caspari, dans son ouvrage Die geschichthchen Grundlagen des evmigelischen Gemeindekbens, 1894, et dans les pages où il traite de la charité ecclésiastique, trouve moyen de signaler l'intention qu'avait Bugenhagen d'employer des femmes pour soigner les malades, et ne trouve pas moyen de parler des diaconesses, qui pendant des années et des années ont, en fait, exercé leur ministère àWesel. Ed. Simons, Die dlteste evangelische Gemeiiidearmenpflege, p. 113, n. 6. — .">. Ibid., p. 76.
6, Sardemann, Ibid., p. 83.
disent de l'influence de ce diaconat sur l'Eglise luthérienne'. — Les luthériens n'avaient pas l'organisation synodale, ils l'ont adoptée en partie "K Les luthériens n'avaient pas l'organisation diaconale ; ils l'ont adoptée en partie; ils s'efforcent de plus en plus de l'adopter ^
Je me borne à citer les deux auteurs luthériens les plus compétents, Uhlhorn et Achelis. Lnumérant toute une série de constitutions luthériennes, qui, après i835^, se sont occupées du « soin des pauvres », Uhlhorn s'exprime ainsi : « Toutes ces décisions n'étaient pas quelque chose de complètement nouveau, même pour l'Eglise luthérienne ; car les organes des communautés luthériennes (pasteurs et jurats, caissiers, etc.) avaient aussi exercé leur activité en faveur des
1. Achelis, II, p. 295, explique pourquoi le type réformé poussait à l'organisation diaconale.