‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son temps (volume 3)Chapitre 59 sur 176 · Ed. Simons, Gemeindearnieitpjlege, p · texte numérisé non relu

Ed. Simons, Gemeindearnieitpjlege, p

;î. On peut dire qu'aujourd'hui l'effort et la lutte battent leur plein au sein de l'Allemagne protestante : c'est ce que dit avec puissance tout le ♦ mouvement », qui dans des conférences régulières et dans une littérature de plus en plus abondante, réclame l'organisation de la paroisse ecclésiastique, de la communauté au sens calviniste, de la Gemeinde.

Nous avons signalé plus haut ce mouvement. Mais, tout spécialement, il s'agit de constituer un diaconat paroissial. Tout ce qui se dit et se fait a été indiqué récemment dans l'article du Wirkl. Geh. Oberconsistorialrat, Th. Hoppe, à Hildesheim, intitulé : Die Bedcutung des Kirchenvorstandes fur die Gemeindepjlege, namentlich aiif dem Lande. (Neue kirchliche Zeitschrift, XXIV (1903), p. 701-723.) L'auteur parle de la « détresse ecclésiastique », de « l'éloigneraent de l'Eglise, tel qu'il n'a jamais e.xisté à aucune époque » (p. 701). La faute en est en grande partie à ce que, dans l'Eglise luthérienne, il n'y a pas de « soin de la communauté ». « Nos prédécesseurs, si nous nous plaçons à un point de vue subjectif, ont fait leur devoir avec grande conscience. Mais si, du point de vue actuel, nous regardons en arrière et considérons objectivement leur activité, il faut bien que nous nous disions : plus d'une chose a été oubliée et négligée, et c'est de cela que nous souffrons. Et avant tout je pense à ce que nous comprenons aujourd'hui sous le nom de « soin de la communauté » (p. 704). Qu'est-ce exactement que ce « soin de la communauté.' » Certes il y en a eu toujours un dans l'Eglise luthérienne. Mais il s'agit de « quelque chose d'essentiellement nouveau {etivas ivesentlich neiies) » (p. 704). — Voici: «Tout ce qui peut servir au bien et à l'amélioration de l'individu et de la communauté en particulier, tout ce qui peut produire une communauté religieuse et morale, et pas seulement le sentiment de la solidarité (Ztisamiiiengehôrigkeit), de la responsabilité réciproque. Il n'est pas nécessaire d'en exclure une certaine activité sociale, dans la mesure où elle s'occupe de la communauté, où elle fait disparaître des obstacles, qui rendent difficile ou impossible pour certains individus de devenir ce qu'ils doivent devenir d'après la volonté de Dieu, etc. » (p. 708). Or cela c'est bien le diaconat calviniste. L'auteur le sait et le dit : il faut compléter Luther par Calvin. Les ultraluthériens frémissent de colère, il faut dire de fureur. Ils déclarent que, si l'Eglise luthérienne n'est pas en bonne posture, c'est précisément parce qu'elle a subi des influences calvinistes, de ce calvinisme qui désorganise la famille, l'Etat. Tout cela est affirmé en tout autant de termes par des auteurs comme Waitz.

On se croirait revenu aux plus mauvais jours de l'ultra-luthéranisme au dix-septième siècle. — Mais notre auteur ne se laisse pas troubler: < Est-ce que Luther a donné une conception complètement achevée et définitive ? Blst-ce qu'il a pu conserver intacte jusqu'à la fin son attitude du début ? Il suffit de rappeler comment Luther s'est avancé à tâtons, comme il a dû se laisser conduire par les circonstances jusqu'à son idée si funeste du prince « évêque de nécessité ».... Et l'on voudrait s'opposer, au nom du Luther de 1520, 1522 ou 1526, à tout développement rationnel, accommodé aux circonstances, sans abandonner les bases de la Réformation ! » (p. 712). Et il conclut : < Calvin a été instruit par les expériences de Luther et de Zwingle et il a été ainsi mis en état d'ouvrir tout de suite de nouvelles voies dans ce domaine » (p. 713).

4. Constitution du duché d'Oldenbourg, 1853, grand-duché de Bade, 1S61, Eglise luthérienne de Hanovre, 1864, anciennes provinces de Prusse, 1873, constitution du Schleswig-Holstein, du grand-duché de Hesse, du royaume de Wurtemberg, etc. « Sur ce point, dit Uhlhorn, comme sur plusieurs autres, les constitutions ecclésiastiques du Rhin et de la Westphalie, du 5 mars 1S35, ont servi de modèle. »

pauvres. Et cependant on peut considérer ces décisions comme quelque chose de nouveau ; car ce qu'elles réclament, un « soin des pauvres » organisé, ecclésiastique, l'Eglise luthérienne ne Tavait pas connu jusque-là. Ces constitutions poussent à créer une organisation dépendant des organes de l'Eglise. On ne peut le contester. Or un pareil soin des pauvres est pour la Réformation luthérienne quelque chose de nouveau. Sans doute les constitutions ecclésiastiques luthériennes du temps de la Réformation contiennent des règlements détaillés sur le soin des pauvres, mais ce « soin des pauvres » est quelque chose qui n'est ni purement ecclésiastique ni purement civil. Seulement dans l'Eglise réformée, et dans celle-ci seulement quand elle s'est développée en opposition avec les puissances civiles [oui, à condition de ne pas oublier que les théories de Calvin appliquées en France et ailleurs ont été professées à Genève dans les livres et dans la chaire du Réformateur. Celui-ci les a réalisées dans la mesure du possible] se trouve un « soin des pauvres » organisé et développé. Pour l'Eglise réformée, selon l'exemple de l'Eglise apostolique, le diaconat qui doit s'occuper des pauvres est une charge d'institution divine, comme la charge de pasteur et la charge d'Ancien. A côté de la prédication de l'évangile et de l'administration des sacrements et de la Discipline, le soin des pauvres est une des missions essentielles de l'Eglise. — Grâce à cette conception, il s'est développé, spécialement dans les communautés du Bas-Rhin, un « soin des pauvres » ecclésiastique et puissant, qui s'est conservé jusqu'à nos jours. Voilà l'origine des règles sur le « soin des pauvres » ecclésiastique, telles qu'elles sont contenues dans les constitutions du Rhin et de la Westphalie, et c'est de là qu'elles ont passé dans les nouveaux règlements des constitutions des Eglises évangéliques allemandes. Nous devons avouer avec reconnaissance que l'Eglise luthérienne, sur ce point, a été excitée à une nouvelle activité charitable par l'exemple de l'Eglise réformée'. » — Voilà qui est net et précis.

Et Achelis n'est pas moins suggestif.

1. Gerhard Uhlhorn, Die kircliliche Annenpflege in ihrer Bedentung fiir die Gcgemoart, 1892, p. 1-6. — Il vaut la peine d'achever la citation de Uhlhorn : Sans doute le soin des pauvres est une manifestation nécessaire de la vie chrétienne. Mais comment l'organiser? ecclésiastiquement, ou civilement ? ou sous les deux formes à la fois ? qui dirige, les organes de l'Eglise, ou les organes de la communauté civile, ou les deux à la fois ? Pour les luthériens l'exemple des Eglises apostoliques est un e.xemple, pas une norme. C'est une pure affaire de convenance, d'utilité, et cela dépend des moments. A un moment telle solution peut intervenir, à un autre moment telle solution différente. Il n'y a pas pour tous les temps et pour toutes les situations une forme du « soin des pauvres » seule bonne et conforme à l'ordre de Dieu. Entourée d'un monde anti-chrétien, l'Eglise apostolique devait faire du « soin des pauvres » l'affaire directe de l'organisation ecclésiastique. Mais cela ne fait pas loi pour l'époque où la famille, l'Etat, la société sont devenus chrétiens. <■ L'Eglise [luthérienne] n'a qu'une mission : la prédication de l'évangile et l'administration des sacrements; .-ille n'a donc qu'une charge, la charge de pasteur. II fallait donc [dans l'Eglise luthérienne] laisser de côté le diaconat proprement dit, sa constitution selon les règlements du Rhin et de laWestphalie, et remettre le soin des pauvres à la direction de l'Eglise » iKirchenvorstand). Le calviniste K. Muller {Symbolik, p. 518 et n. 15) se borne donc à confirmer le témoignage du luthérien Uhlhorn, quand il dit: « Les règles du diaconat réformé sont devenues le modèle de toutes les nouvelles institutions de bienfaisance {ArineitpflegeJ ecclésiastiques et communales. >

Il y a lieu de remarquer en eflfet que sa Théologie pratique parle du diaconat non pas à propos de Luther et du seizième siècle, mais à propos du dix-neuvième siècle et de la Mission intérieure ^ Et ce qu'elle en dit est fort instructif. Il s'agit de la législation prussienne de 1842, 1867, 1870, qui, est-il dit, a posé de '< bons principes » [giite Gniudsàl{e) à propos du soin des pauvres. Et voici la suite : « L'application de ces principes est laissée aux Etats particuliers, aux villes. Ici se trouve comme modèle (/î/er/»;- ror/^zV^/zVA) le système d'Elberfeld (Dan. vd. Heydt) ^ de i853, qui repose surtout sur les principes de Calvin relatifs au ministeriuin caritatis^ et appliqués par les communautés réformées ^. »

Si nous essayons de résumer ce que nous avons dit du diaconat calviniste, il nous semble que six caractères principaux nous apparaissent : 1° Le travail étant nécessaire et obligatoire, de droit divin et de droit humain, un premier principe est posé : la mendicité doit être interdite par une loi de l'Etat. — 2° De ce principe découle la distinction entre les pauvres, pauvres parce qu'ils ne peuvent pas travailler (les infirmes), ou pauvres parce que, quoique pouvant travailler, ils ne travaillent pas (les indigents). — 3" De cette distinction découle les deux manières de lutter contre le paupérisme : les infirmes devant être secourus dans des établissements particuliers, les indigents devant être relevés par le travail. — 4° De ce principe et de cette distinction découle que le premier devoir du diaconat est la recherche du vrai pauvre, ce qui nécessite des enquêtes, des surveillances, des contrôles, un soin long, minutieux, permanent, de beaucoup, beaucoup de diacres. — 5° En outre, le diaconat s'occupe des divers besoins de ceux qui sont dans des situations difficiles : orphelins, apprentis, ouvriers, domestiques, jeunes filles à marier; c'est la question sociale. — 6° Le « soin des pauvres » est paroissial, exercé par la communauté, au nom de la communauté. Or de couiiuuiiau/é a commune la distance n'est pas grande. Le soin des pauvres est donc communal et, en un sens, laïque. Car s'il est exercé par l'Eglise, au nom de l'Eglise, les représentants de l'Eglise ne sont pas choisis parmi les pasteurs : ils sont choisis parmi les fidèles de toutes les classes. — 7° Enfin ce « soin des pauvres » paroissial, communal, exercé par beaucoup de diacres, met le pauvre, individu, en face du diacre, individu, sans créer toutefois les dangers de la charité absolument et uniquement individuelle, en assurant au contraire la concentration, la centralisation, l'ordre et l'autorité d'un « soin des pauvres » exercé au nom de l'Eglise.

Reste la question de l'Etat et de son intervention.

1. A la page 253, du Manuel; le Manuel a 260 pages. — i. Voir plus loin. — 3. Achelis, Praktische Théologie, 1896, p. 253.

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