‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son temps (volume 3)Chapitre 62 sur 176 · Paul Wurster, Die Lehre von der neueren Mission, 1S · texte numérisé non relu

Paul Wurster, Die Lehre von der neueren Mission, 1S

2. Real-Encyclopadie, 3« édit., XVI, article Rautenberg. — C'était une pauvre maison qui avait appartenu à un nommé Ru^je et qui s'appelait i das Ruge Haus ». La maison était près de Hambourg et fut mise à la disposition de Wichern par le syndic Karl Sieveking.

3. Nous n'avons pas à redire ce que fut Amalie Sieveking, avec tendances catholicisantes, admiratrice de Saint-'Vincent-de-Paul, qui se rendit célèbre par sa charité pendant le choléra à Hambourg en 1831. Elle alla seule et resta pendant huit semaines dans l'hôpital. En 1532 elle fonda \' Armen uiui Kraiike)i-Verein (Société des pauvres et des malades). — '1. Achelis, III, p. 233.

3l2 LA PENSÉE ECCLÉSIASTIQUE

dans ces cercles réformés où l'idée d'une imitation de l'ancienne charge de diacre destinée à faire pendant à l'ancienne charge d'Ancien devait être sympathique '. » — Cette double influence du calvinisme rhénan et de la piété anglaise réformée se manifeste dans le titre même de la brochure de Klônne : « Sur la restauration des diaconesses de l'ancienne Eglise chrétienne dans nos Sociétés de femmes '. » Avec un zèle infatigable, par ses lettres, par ses visites, Klônne s'efforça de gagner des adhérents à ses idées chez les fidèles influents, parmi les autorités ecclésiastiques.

3. Alors parut celui dont Klônne avait été le précurseur, Th. Fliedner, et chez Fliedner la double influence calviniste est encore plus facile à constater que chez Klônne. Il connaissait Klônne et sa brochure, comme le montre la lettre qu'il lui écrivit, le 2g juillet 182g, et où il lui dit que d'accord avec lui sur l'utilité d'imiter l'ancienne coutume chrétienne des diaconesses et voulant citer son étude, il le prie de la lui prêter pour quelques jours ^. — Il connaissait aussi Elisabeth Fry, dont il avait commencé à appliquer les idées dans la prison de Dusseldorf vers 1825, 1826. Pour achever de s'instruire, il fit deux voyages de collecte, l'un en Hollande, 1823, l'autre en Angleterre, 1824. « Grâce à ses dons rares d'observation, nous est-il dit. Th. Fliedner reçut dans ses deux voyages des impressions, qui devaient plus tard porter des fruits abondants. En Hollande, il observa le fonctionnement de la vieille organisation presbytérienne synodale et les nombreuses institutions de charité. En Angleterre il assista aux réunions de mai à Londres, et observa la vie chrétienne réveillée et dans toute la force de son premier amour '*. »

A Amsterdam, les Mennonites avaient des diaconesses qui appartenaient aux meilleures familles de l'Eglise. Elles étaient nommées par le presbytère et servaient gratuitement les pauvres de la communauté ^. Les Mennonites étaient une communauté réformée, composée d'Anglais anti-épiscopaux persécutés par Jacques l", et qui avaient émigré en 1608 en Hollande. — Or déjà en iSyô, sous le gouvernement d'Elisabeth, soixante pasteurs de ces non-conformistes (de Norfolk, Suffolk, Cambridgeshire), dans plusieurs Synodes à Cockfield, à Cambridge, à Londres, avaient pris des décisions, parmi lesquelles nous trouvons celle-ci : « Au sujet des deux classes de diacres, hommes et femmes, il faut rappeler à la communauté ce que l'apôtre réclame ®. » — L'historien ne nous dit pas comment ces prescriptions furent observées en Angleterre. Mais ce qui était difficile, on

1. Paul Wurster, Die Lehre von der Inneren Mission, 1895, p. 48. — -2. L'étude de Klônne parut d'abord dans les Schttdcroffs Jahrbiicher, vol. XXXVIII, 3. Et elle fut publiée à part en 1820.

3. Der Armen- und Krankenfreund, Kaiserswerth, 1865, p. 40. Article Die vorbereiteuden Anfdnge des Diakonisse..- Werkes der neiieren Zeit, p. 40. — Ce qu'il y a d'essentiel dans la brochure de Klônne est reproduit dans Armen- und Krankenfreund (mai-juin 1860). — 4. Real-Encyclopàdie, 3<: éd., VI, article Fliedner.

o. Georg Fliedner, dans sa monographie Th. Fliedner durch Cottes Guade Erneuerer des apostolischen Diakonissenamtes, a": éd., Kaiserswerth, 1886, souligne l'importance des voyages de Fliedner, p. 51. — Der Armen- und Krankenfreund (Kaiserswerth), 1849, IV. Heft, article Erneuerung des apostolischen Diakonissenamtes vor utid nach der Reformation des XVI. Jahrhunderts, p. 52.

l>. Dans Real, History 0/ tlie Puritains, London, 1733, I, p. 344-346. Cité par le Krankrnfrcuud.

LE DIACONAT 3l3

peut dire impossible à côté de TEglise officielle épiscopale, fut facile à ceux qui s'étaient réfugiés dans la Hollande hospitalière, — à côté d'Eglises réformées à peu près de même doctrine et de même constitution. Les émigrés eurent des communautés florissantes à Amsterdam, à Leyde, de 1608 à 1620, époque où ils émigrèrent de nouveau et se rendirent dans l'Amérique du Nord.

Au sujet de la constitution ecclésiastique de la communauté d'Amsterdam, la Chronique des Pères pèlerins de la colonie de Plymouth raconte ce qui suit : « A Amsterdam il y avait environ trois cents communautés, avec deux pasteurs, quatre honorables Anciens, trois diacres capables et pieux, une veuve vénérable, comme diaconesse. Elle servit pendant plusieurs années, bien qu'elle eût soixante ans quand elle fut nommée. Elle remplit sa charge dignement et fut un ornement de la communauté. Elle se tenait en général assise à une place convenable dans l'église, avec une verge de bouleau, et tenait les petits enfants en grand respect, pour qu'ils ne troublassent pas le culte. Elle visitait soigneusement les malades, les faibles, particulièrement les femmes.... On lui obéissait comme à une mère en Israël et à une servante de Christ '. w

A son retour. Th. Fliedner publia ses impressions de voyage dans un ouvrage intitulé : Voyage de collecte en Hollande et en Angleterre, i83i. Et il s'exprima ainsi : « Il y a dans les communautés des Mennonites des diaconesses qui sont élues par le presbytère, lui sont soumises et s'occupent du soin des femmes pauvres.... Cette louable institution de l'Eglise primitive devrait être imitée dans les autres confessions évangéliques. » Et dans la note de la page i52 : « Sur ce point il y a plusieurs bonnes réflexions et propositions dans l'étude du pasteur évangélique de Calcar, T. Klônne -. »

Telle fut l'inspiration, telle fut l'exécution. Nous ne notons plus que cette dernière réflexion d'Achelis : « L'empreinte calviniste sur les diaconesses de Kaiserswerth se manifeste aussi en ceci : les diaconesses sont tenues à une obéissance ponctuelle et à une grande simplicité ■'. »

Si nous observons que presque tous nos renseignements sur la restauration de la charge des diaconesses en Allemagne sont empruntés à la feuille même que publie la maison mère de ces diaconesses, celle de Kaiserswerth, nous pourrons conclure, nous semble-t-il : avant les sœurs de charité de Saint-Vincent-de-Paul, en i633, il y avait des diaconesses dans l'Eglise réformée, et ce sont ces diaconesses réformées qui ont servi de modèle à Th. Fliedner.

Nos lecteurs peuvent maintenant se faire une idée de ce qu'a été le diaconat calviniste, de son histoire, de son rôle et de son intluence.

1. Chronicles of tlie Pilgrim Fathers of the Colony of Plymouth, from 1602 to 1825, by Alex. Young. 11= éd. Boston, 1844, p. 455, 456. D' Al. Young était pasteur et bibliothécaire de l'université de Cambridge, près Boston, et avait à sa disposition les anciens documents. (Cité par le Krattkenfreund, 1849, p. 15 )

2. Collecktenreise nach Holland und Englatxd, I, 1831, p. 150, 151. — ;î. Achelis, III, p. 234.

CONCLUSION GÉNÉRALE La constitution ecclésiastique et la cure d'âmes.

'EGLISP] est constituée avec ses quatre charges et nous sommes arrivés à la fin de son organisation. — Nous nous rappelons quel a été le but de la dogmatique de Calvin : l'édification, il ne veut que des « doctrines de pratique » et toute doctrine qui ne tend pas à l'édification a beau avoir belle apparence, (.n réalité elle est fausse et tlangereuse. — l-'t l'organisation (ou la discipline, car le mot discipline a dans , le langage de nos ])ères un sens particulier : correction, admonestation, et un sens général : organisation, constitution. Le recueil de tous les règlements constitutifs de l'Eglise s'appelle la Discipline ecclésiastique), quel est son but ? la cure d'âmes. — C'est logique, c'est naturel. Il ne saurait en être autrement, vu les rapports que nous avons constatés entre la dogmatique et Fecclésiologie. Si la dogmatique a pour but l'édification, Fecclésiologie doit se ramener à la cure d'àmes, qui est le moyen de produire, d'organiser l'édification, si l'on ose dire.

1. Comme toujours, il y a des oppositions, des négations. Nous les trouvons formulées dans le traité d'un spécialiste, Auguste Hardeland.

D'après cet auteur, « les lettres de Calvin sont pleines d'une raison sans chaleur, sont d'une sobriété presque froide. On trouve à peine une lettre dans laquelle on pourrait sentir le pouls d'une cure d'àmes ^ » — Il y a évidemment lieu de se demander si l'auteur de ces lignes a jamais eu entre les mains un recueil des lettres de Calvin. En tout cas il n'a lu aucune de ses lettres à ses amis, aucune de ses lettres aux prisonniers, aucune de ses lettres consolatrices-. — ■ Ce n'est pas tout : notre auteur croit pouvoir ramasser la calomnie de Kamp-

1. " Kûhl verstàndig, nûchtern. fast kalt... den vvarmen Puisschlag der ciirn aiiiiiianaii. >• August Hardeland, Geschkhte der speziellen Seelsorge, 1898, p. 271.

2. On peut aussi se demander si cet étrange historien qui ne connaît pas Calvin, ni le calvinisme, connaît mieux le luthéranisme. En tout cas, son point de vue est fort démodé, et aujourd'hui on s'est à peu près mis d'accord sur ce point, que la cure d'âme a été pratiquée non point par l'Eglise luthérienne, mais par l'Eglise calviniste. C'est le résultat auquel ont abouti les discussions soulevées par Sulze et ses tentatives de réforme. L'Eglise calviniste est une Eglise avec confession de foi, avec cure d'âme, et avec discipline: de là sa force. Voir Eberhard Waitz [Bas JVesen der evangelischen Kirche, 1913), un ultra-luthérien qui est en même temps ultra-libéral, et qui combat ces trois caractères de l'Eglise calviniste, et Jakob Schaell {Evaiigelische Geineindepjlege. loii), qui les apprécie et les défend.

LE DIACONAT 3i5

schulte et dénoncer la lâcheté de Calvin trahissant tous les devoirs de la cure d'âmes et se disqualifiant comme diacre pendant la peste de 1542. Nous avons indiqué plus haut ce qu'il faut penser de cette calomnie. Et notre auteur continue : « Dieu, d'après Calvin, n'aurait pas donné l'évangile à lire à chacun, mais il aurait donné l'évangile par l'intermédiaire des hommes '. » Ici, pas de référence du tout, pas même un texte de Kampschulte ; rien. C'est plus simple. Aussi bien, comment faire autrement ? Sur quoi, triomphalement, notre auteur conclut qu'il n'y a pas de différence entre le protestantisme de Calvin et le catholicisme de Rome. « En ceci on voit à peine une différence avec les conceptions moyenâgeuses de Genève si violemment combattues par Calvin -. » Tout cela doit prouver que Calvin a ignoré la cure d'âme.

On nous demandera peut-être à quoi bon relever une fois de plus les erreurs (?) de l'école Kampschulte, Galiffe, Bolsec ? — Parce que ces erreurs (?) ont la vie dure ; parce que celles-ci se retrouvent chez un auteur, qui n'est personne autre que Sohm, le brillant savant, aux paradoxes ultra-luthériens. Tout au moins s'efforce-t-il d'établir une opposition entre la discipline et la cure d'âme. « L'exercice du pouvoir des clefs par le pastorat sert à la cure d'âmes. L'exercice du pouvoir des clefs par l'Eglise sert à la discipline, c'est-à-dire sert en première ligne, non pas au salut de l'âme du fidèle, mais au maintien de l'ordre ecclésiastique. Sans discipline pas d'Eglise. Les « clefs » de l'Eglise ne sont pas les « clefs » selon l'Ecriture, ne sont pas l'administration de la Parole (parce qu'elles ne sont pas une cure d'âme).... Et malgré le nom « pouvoir des clefs », pour Calvin le gouvernement ecclésiastique (nominations, discipline, excommunication) est le contraire de l'administration de la Parole, c'est-à-dire le contraire de l'administration des clefs. Le gouvernement de l'Eglise n'est pas la cure d'âme {Kirchenregiment ist keine Seelsorgé). La conception moderne qui oppose les deux idées de gouvernement de l'Eglise et d'administration de la Parole (les clefs) est d'origine réformée ^. » — Nous retrouvons notre ultra-luthérien, qui pose sa pensée en axiome et en déduit avec verve, à travers des nuages fulgurants, toutes les conséquences qu'il y a mises '\ Mais que signifie son prétendu axiome ? Pourquoi y aurait-il opposition entre l'administration de l'Eglise et la cure d'âme ? Calvin a-t-il jamais rien dit ou pensé de pareil?... Et que fait Sohm de textes comme celui-ci, indiquant le but de la discipline : « Secondement, que ceulx qui reçoipvent telle correction, ayant honte et confusion de leur péché,

1. Hardeland, p. 271. Peut-être faut-il voir ici une façon de comprendre le début du livre IV, l, i, où Calvin explique pourquoi Dieu a institué son Eglise. L'homme a besoin « d'aides extérieures ». Et « afin que la prédication de l'Evangile ftnst son cours, il a commis comme en dépost ce thresor à son Eglise; il a institué des pasteurs et docteurs, etc. » Ainsi Calvin dit : Dieu a eu soin de faire prcclier l' Evangile; et notre auteur comprend: Dieu n'a pas donné l'Evangile à lire à chacun.

i. Ibid., p. 271. — .3. Sohm, Kirchenrecht, I, p. 645.

4. On lit dans Rieker : « L'activité qui concerne la cure d'âme est par nature (der Art «ne/;) différente de l'activité qui concerne le gouvernement de l'Eglise. » (Rieker, Lehrbtich der katliolisclien iind evangelischen Kirche, 4= éd., 1853, p. 53.) « L'activité relative au gouvernement de l'Eglise est quelque chose de tout à fait différent de l'activité relative à la cure d'âmes. » (Ibid., p. 54.)

3i6 LA PENSÉE ECCLÉSIASTIQUE

viennent à se recognoistre et se amender. » — N'est-ce pas la réfutation formelle de toutes ses hypothèses ' ?

2. Mais, prenant pour guide un autre luthérien, racontons l'histoire.

D'abord la cure d'âme ecclésiastique n'a pas existé chez les luthériens. « Il est hors de doute, dit Achelis, que la Réformation a ouvert les voies, en principe, à la cure d'âme ecclésiastique -. » — « Mais, ajoute-t-il, il est également hors de vrai doute que la Réformation allemande n'a pas mis en pratique la cure d'âme vraiment ecclésiastique ^ » — « Sans doute Luther en a dit quelque chose dans ses lettres, dans ses traités, mais, à part la confession particulière, le Réformateur n'a pas connu l'institution ecclésiastique servant à une cure d'âme de toute la communauté ^. »

Les choses changent avec Bucer, qui publie un ouvrage intitulé : De la vraie cure d'âme et du vrai service du berger (i538) "\ Ici, il est vrai qu'Achelis croit devoir faire observer que chez les réformés la cure d'âme est considérée « du point de vue de la discipline, » et que ni Bucer, ni Zwingle, ni Calvin, ni a Lasco « ne connaissent une séparation entre la cure d'âme et la discipline. » Jusqu'à quel point c'est exact, ne le recherchons pas en ce moment. Achelis lui-même concède que « dans la cure d'âme des malades la tendance disciplinaire s'adoucit, sans disparaître complètement ^ » — Encore une fois pourquoi y aurait-il antagonisme entre la discipline et la cure d'âme ? Pourquoi ne serait-ce pas une très haute et très évangélique conception de mélanger l'une et l'autre de façon à ne pas perdre de vue la cure d'âme, quand on s'occupe de discipline, et à ne point perdre de vue la discipline, quand on parle de la cure d'âme ? La discipline, n'est-ce pas l'eflFort vers la sainteté, la prédication de la sainteté ?

L'ouvrage de Bucer avait été précédé (de douze ans) par une « précieuse monographie » Sur la cure d'âme, due à Zwingle, Le berger (l524)^

Et enfin vient Calvin qui « fit un nouveau pas {tveiterer Schrift) dans l'organisation de la cure d'âme, constituant une partie essentielle (hervorragenden Teil) de l'activité pastorale *. »

Les Ordonnances de 1541 et celles de i56i ont deux paragraphes intitulés : De la Visitation des malades, de la Visitation des prisonniers, auxquels les Ordonnances de i56i ajoutent un troisième : lajaçon de visiter. Celui-ci concerne surtout les visites disciplinaires. Mais pour les deux premiers : « Pour ce que plusieurs sont négligens de se consoler en Dieu par sa Parole, quand ils se trouvent en nécessité de maladie, dont il advient que plusieurs rneurent sans quelque admonition ou doctrine, laquelle lors est à l'homme plus salutaire que jamais, » il est ordonné de ne pas laisser un malade « trois jours entiers » sans prévenir le pasteur. — De même, une fois par semaine, un pasteur ira « admonester et exhor-

1. Opéra X^ p. 95. — 3. Achelis, III, p, 12. — 3. Ibict., p. 15. — 4. Ibid., p. 13.

5. Von der vuaren Seelsorgc und dem rechten Hirtendienst, wie derselbige inn der Kirchen Christi bestellet und verrichtet werden soU. — 6. Achelis, p. 15. — 7. Der Hirt, wie man die waren christenliche Hirten und wiederum die falschen erkennen auch wie man siçh mit jenen haUen solle.

Page 1