Achelis, III, p
LE DIACONAT 3l7
ter » ceux qui font leur peine en prison '. — Et puis il y a les visites des pasteurs à domicile, visites de cure d'âme. Dans son Commentaire sur les Actes Calvin blâme « la négligence inexcusable » des pasteurs qui, après avoir prêché, « comme si leur voix devait être renfermée dans le temple, se taisent dès qu'ils sont sortis -. » — Et en i55o Bèze raconte que les visites de cure d'âme furent organisées dans TEglise. « Il fut décidé que les pasteurs ne se contenteraient pas de leurs sermons, que les uns négligeaient, que les autres écoutaient sans beaucoup de fruit, mais, à époques fixes, iraient instruire le peuple {plebem institiierunt] en particulier {sigillatim) un à un dans les maisons et dans les familles, accompagnés du dizainier et d'un Ancien, et demanderaient à chacun un compte rendu sommaire de sa foi. » Et Bèze ajoute : « Le fruit qui s'en est suivi est à peine croyable ^ » Peut-on dire que tout cela a été fait « uniquement » en vue de la discipline ? Ou alors dans quel sens large ce mot discipline ne doit-il pas être entendu ?
Cette cure d'âme fut préconisée par a Lasco dans ses communautés, et, à partir du Couvent de Wesel (i568), dans les provinces rhénanes. Peu à peu « l'idée de la discipline et de la cure d'âme se distinguent '*. » Enfin citons la Confession de foi helvétique postérieure, i562. Art. 18 : « Le devoir des pasteurs est d'instruire les ignorants,... de corriger les pécheurs,... de relever ceux qui sont tombés,... de catéchiser les ignorants, de recommander à l'Eglise les besoins des pauvres, de visiter les malades, ceux qui sont embarrassés dans les tentations diverses, etc. » Ici Achelis dit que toute préoccupation disciplinaire a disparu. Est-ce bien sûr ? Et la phrase : « chasser les loups loin du troupeau, dénoncer prudemment et gravement les crimes et les criminels ? etc. » ne contient-elle pas les idées et les ternies habituels de Calvin exerçant la discipline ? — Encore une fois non. Ni ici, ni avant, il n'y a opposition ; avant et ici, il y a mélangea
3. Il ne nous reste plus qu'à citer deux appréciations plus étendues. Elles résument, avec une exactitude psychologique et historique remarquables, tout ce que nous venons de dire, et indiquent exactement la place de la cure d'âme et ses
1. X^ p. 115. — 2. . Minime excusabilis est illorura negligentia, qui habita una concione quasi pensum absolverint et reliquura tempus secure degunt, ac si in templo vox eorum inclausa foret, quum inde egressi prorsus obtumescunt. » Texte cité par Achelis, III, p. 17. Com. sur les Actes, XX, 2 ; mais la référence est inexacte, — Combien souvent Calvin n'a-t-il pas exprimé l'idée, que Wichern a enfin passionnément propagée au dix-neuvième siècle dans l'Eglise luthérienne, et qui est devenue comme le ressort de toute la Mission intérieure, que le service du pasteur n'est pas fini quand il a prêché et enseigné. ■> Quelle que soit l'opinion, écrit-il en 1538, que d'autres puissent avoir, nous n'estimons pas, quant à nous, que notre charge soit enfermée dans des barrières si étroites (exiguis finibus), et que notre tâche est achevée quand notre prédication est finie, comme un pensum {ceti pcrsoluto peiiso), et que nous n'avons plus qu'à nous reposer. Nous devons un soin beaucoup plus immédiat, beaucoup plus vivant (prophts miillo, ac vigilantiore opéra curamii sinit) à ceux dont le sang nous sera redemandé, s'ils se perdent par notre incurie. » {Catéchisme latin, 1538. Préface. Opéra V, p. 319. — Voir Lang, J. Calvin, p. 37 ; Lang, Zivei Calvin-Vortràge, p. 49.) — 3. Opéra XXI. Vita Calvini, p. 142. — 4. Achelis, III, p. 18.
3. Karl Mûller, Die Bekemitnisschriften der reformierten Kirche. — Achelis raconte que la coutume calviniste s'est conservée jusqu'à aujourd'hui dans les communautés réformées de la Frise orientale, dans le comté de Benhen et ailleurs. On y distingue les visites amicales et les visites officielles faites par le pasteur accompagné d'un Ancien. C'est une partie importante et particulièrement appréciée de la cure d'âme. On annonce du haut de la chaire quelles maisons ou quelles ruQs seront visitées dans la se-
3l8 LA PENSÉE ECCLESIASTIQUE
rapports avec la discipline. M. le professeur Lang : « Dans la charge particulière des Anciens s'exprime, au sein des communautés calvinistes, la valeur qu'elles accordent à la cure d'âme et à la discipline. Ce que le Réformateur avait dans l'esprit se confond en grande mesure avec ce que veut dire Sulze par son mot : « communauté de cure d'âme ». A savoir que chacun, apprenant à s'occuper de sa propre âme, apprenne à s'occuper des frères et essaie de les aider ; et surtout qu'un organe approprié soit créé par la communauté pour la cure d'âme de la communauté, le Consistoire ou presbytère. Dans les anciennes communautés calvinistes, chaque Ancien avait son district et avait, à côté du pasteur, à veiller sur les âmes. De la cure d'âme sort nécessairement la discipline. Plus l'Ancien comprend sa charge comme une cure d'âme et plus le collège des Anciens prend à cœur tout l'état, toute la vie morale et religieuse de la communauté, et plus une réaction contre les vices grossiers, sous la forme d'une discipline quelconque, lui apparaît comme un devoir qui va de soi ^ »
M. H. -Ad. Kôstlin, dans son ouvrage sur La doctrine de la cure d^âiue: « D'accord avec la conception luthérienne fondamentale, pour rejeter énergiquement tout faux moyen de grâce, pour écarter toute importance sacramentelle des institutions et des personnes ecclésiastiques, la conception réformée dépasse la conception luthérienne sur ce point : que l'Eglise et les moyens de grâce sont, il est vrai, voulus de Dieu, sont les moyens réguliers du salut, mais ne communiquent pas exclusivement le salut et, par cela, n'assurent pas à eux seuls la certitude
du salut Pour que la communauté, réunie autour de la Parole de Dieu et des
sacrements, soit et se sache une communauté du salut [Heilsgeineinde), il ne suffit pas qu'elle possède la vraie et pure Parole de Dieu et la pure distribution des sacrements, qu'elle repose sur le vrai fondement du salut et possède les vrais moyens de salut. Pour qu'elle puisse se considérer comme une communauté de croyants et d'élus, il faut qu'elle ait aussi la certitude que les institutions de salut et les moyens de grâce agissent bien, pénètrent la vie de la communauté et exercent en fait leur influence sur les croyants. Cette certitude de la réalité de l'action salutaire, que, chez les luthériens, la foi attribue, spontanément, à la force de l'esprit saint par la Parole, les réformés l'obtiennent par Texercice de la discipline, laquelle, par le fait qu'elle s'exerce, donne la garantie que la Parole et les sacrements ont l'effet nécessaire pour le salut, c'est-à-dire la sanctification.... L'importance de l'Eglise pour le réformé ne consiste pas seulement en ce qu'elle est l'organe de la Parole du salut, mais en ce qu'elle s'efforce de réaliser le salut sur la terre, dans les formes d'une société organisée.... Il ne suffit pas d'organiser le ministère de la Parole, de former des assemblées pour le culte. Il importe de créer des communautés, qui s'attestent comme les organes de la communauté des croyants, comme des organes actifs de l'éducation pour le salut, ou, en lan-
maine. Les gens restent à la maison et mettent leurs habits du dimanclie pour recevoir les visiteurs. Le pasteur fait un court culte domestique et puis parle religieusement aux parents, au.x enfants, aux domestiques. Et aujourd'hui encore est vrai le mot de Bèze : « Le fruit qui s'ensuit est à peine croyable. » Achelis, III, p. i8.