‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son temps (volume 3)Chapitre 66 sur 176 · PREMIÈRE PARTIE Les sacrements · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE Les sacrements

N 'abordant enfin la question des sacrements, je ne puis oublier que plusieurs critiques, du reste extrêmement indulgents, se sont étonnés de ne pas voir ce sujet traité dans mon volume précédent. Ce n'est point ma faute cependant si Calvin a fait de sa doc- I trine sur les sacrements un chapitre de son ecclésiologie et non de sa dogmatique. Or la place qu'un théologien donne à une doctrine, dans son système, est caractéristique, significative. Au lieu de mettre la doctrine de la prédestination à la fin de la dogmatique, mettez-la au commencement, et vous avez une dogmatique véritablement contraire : au lieu d'être, avant tout, religieuse, elle sera avant tout intellectua-

liste. Il me fallait donc laisser la doctrine des sacrements à la place que Calvin a cru devoir lui assigner.

Au surplus, tout étonnement peut cesser si nous nous rappelons que le quatrième livre de l'Institution, qui contient TEcclésiologie, a pour sous-titre : « Des moyens extérieurs, ou aides, dont Dieu se sert pour nous convier à Jésus-Christ, son fils, et nous retenir en luy. » Ces moyens, ce sont précisément l'Eglise, ses fonctions et ses institutions. De telle sorte que, arrivant aux sacrements, Calvin peut introduire son sujet par ces simples mots (ajoutés en iSSg) : « Il y a une autre aide prochaine et semblable à la prédication de Tévangile pour soustenir et confermer la foy, asçavoir les sacremens ^ »

Pour comprendre les théories et l'attitude de la Réformation, à propos des sacrements, il faut avoir présent à l'esprit les théories et l'attitude de l'Eglise romaine. — Et tout de suite nous voyons justifié ce que nous venons de dire sur l'importance dogmatique de la place qu'occupe le dogme dans la dogmatique. Tandis que Calvin en parle presque à la fin de son Institution, « le concile de Trente en parle tout de suite après avoir parlé des sources de la doctrine et avant de parler du péché originel, de la justification^, etc. » — Le Catéchisme du concile de Trente contient quatre parties : la foi, les sacrements, la loi et la prière. Les sacrements viennent avant la loi et la prière et forment la partie de beaucoup la plus considérable.

Résumons ou citons textuellement un manuel autorisé.

Pour l'Eglise catholique « la grâce est produite ex opère operato, — en dehors du mérite de celui qui confère le sacrement et de celui qui le reçoit, — de telle sorte que l'acte extérieur {opus externum) est la cause efficace de la grâce conférée, tandis que les conditions du sujet (qui reçoit) sont les conditions requises pour éloigner l'obstacle {ad remorandum obicem)^. »

Cela « est de foi ». Car le concile de Trente dit : « Si quelqu'un dit que les sacrements de la nouvelle loi ne confèrent pas la grâce ex opère operatn^ qu'il soit anathème [anathema sit) '*. »

Précisons encore. La « cause efficiente » du sacrement est « physique » {causa efficiens est physica). Les autres causes viennent après. Les décisions des conciles de Florence et de Trente montrent que les sacrements concourent physiquement à produire la grâce {sacramenta ad gratiam producendain fhysice coiicurrere) ^.

Ce sacrement est reçu de deux façons : d'une « réception valide » {receptio valida) et « d'une réception fructueuse » [receptio fructuosa). — Et nous voici en pleine subtilité scolastique.

Page 1