‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son temps (volume 3)Chapitre 69 sur 176 · A quelles conditions ce baptême est-il valable · texte numérisé non relu

A quelles conditions ce baptême est-il valable

Calvin commence par rappeler le principe premier et suprême de sa théologie théocentrique : ce qui agit sur la foi de l'homme, c'est Dieu et Dieu seul : « En tant qu'il nous est donné pour conforter, consoler, et confirmer nostre foy, il fault prendre le baptesme comme de la main de Dieu. » C'est le Seigneur qui fait tout dans le sacrement. — Et, en i559, il ajoute cette explication mystique: « mesnies qui se fait un avec nous {in iinum coalescit tiobisciim), à ce que par telle union (eiim inditti) nous soyons aussi bien réputez enfans de Dieu. » — Et voici la règle très certaine des sacrements : « Que, aux choses corporelles, nous contemplions et pensions les choses spirituelles. » — « Au reste nous n'avons autre chose de ce sacrement, sinon autant que en prenons par foy^. »

Dès lors la validité du baptême ne dépend pas de celui qui l'administre.

Le sacrement devant être pris comme de la main de Dieu, rien n'y est « adjousté ne osté » par la dignité de celui « par la main duquel il est administré. » Quand il s'agit d'une lettre, peu importe le « messager » qui la transmet. Voilà donc réfutée l'erreur des anciens Donatistes, qui « mesuroient et prisoient la vertu et valleur du sacrement selon la dignité et la valleur du ministre ^. » Les Anabaptistes commettent la même erreur que les Donatistes. Le baptême est de Dieu, quelque soit l'homme qui nous l'ait administré, et quelque soit le temps que la promesse ait mis à nous être profitable ''. »

5. En conséquence, inutile d'avoir un second baptême. Et Calvin nie que les disciples de Jean aient été rebaptisés au nom de Jésus par Paul (Actes XIX, 3). Il s'agit ici, d'après lui, non d'un baptême, mais « des grâces visibles du S. Esprit, qui leur furent données par l'imposition des mains, lesquelles grâces sont assez souvent en l'Escriture nommées baptesme ". »

6. Conformément à ces déclarations, Calvin, tout en attaquant très vivement les superstitions dont l'Eglise catholique a entouré le baptême, accepte la validité du baptême catholique.

L'Eglise catholique a ajouté à l'eau « le cierge avec le chresme, « et tous les « fatras estranges » dont l'origine est ancienne. Puis le diable « s'est enhardy à se desborder à des mocqueries plus lourdes. Et de là est venu leur crachat, leur sel, et tels badinages, » et ces « pompes de farces qui esblouissent les yeux des simples, et abestissent leurs sens ''. »

Peu importe. Ce baptême est valable. « Le baptesme, dit-il du haut de la chaire de Saint-Pierre, est profané en la papauté. Et de fait, comme avons-nous esté baptisés, sinon avec ces ordures que les hommes ont inventées ? Mais tant

1. Commentaires, i Cor. I, 13. — i. B^, p. 58g, 590. IV, xv, 14. — .!. B^, p. 591. IV, xv, 16. — i. Br, p. 592. IV, XV, 16. — o. Bf, p. 593. IV, XV, 18. — ti. 1559. IV, XV, 19.

y ha, qu'il nous faut retenir ce qui est de Dieu. Il faut que nous recevions le baptesme qui est fait en son nom. Il faut bien que nous renoncions au chresme et au crachat, au sel, aux chandelles, et à tout le reste, qui y est adjoustéjpar rinvention des hommes ou plustost de Sathan, qui leur a mis toutes ces choses au cerveau. Mais il nous faut retenir le baptesme, comme j'ay dit, selon qu'il nous est ordonné de Dieu '. »

7. Et cependant la doctrine calviniste, d'après laquelle tout baptême chrétien est valable, ne ressemble en rien à la doctrine romaine, d'après laquelle « toute créature humaine, ayant sa raison, peut baptiser validement, en cas de nécessité-. »

D'abord le bon sens de Calvin ne saurait admettre de pareilles exagérations, de pareilles excentricités. Et puis Calvin n'admet pas ces cas de « nécessité ». Toujours le même spiritualisme chrétien, qui sépare invinciblement la foi du Réformateur de toute la magie du Romanisme.

Le concile de Florence avait dit : « En cas de nécessité, non seulement le prêtre ou le diacre, mais même un laïque, ou une femme, bien plus, même un païen et un hérétique, peut baptiser, pourvu qu'il observe la forme de l'Eglise et ait l'intention de faire ce que fait l'Eglise ^. » Même certains avaient posé la question : quelqu'un ne peut-il pas se baptiser lui-même ? Il est vrai que les Manuels répondent : non ; car les paroles : je te baptise., indiquent que, pour un baptême, il faut deux personnes, le baptisant et le baptisé *.

En réalité, le baptême étant estimé nécessaire au salut de l'enfant, l'Eglise catholique accordait et accorde aux sages-femmes le droit de baptiser l'enfant, qui en naissant ne paraîtrait pas devoir vivre. Contre cet opiis operatum, Calvin déclare que le pasteur seul peut baptiser. « Un privé » ne doit entreprendre « d'administrer ni le baptesme, ni la cène. » « En l'absence du ministre, un homme particulier ne peut baptiser un enfant qui est en danger de mort. » Encore moins une femme ! Et qu'on ne cite pas l'exemple de Séphora, femme de Moïse, qui circoncit elle-même son enfant. Ce fut le fait d'une « folle femme ». « Voyant son enfant en danger de mort, elle se despite et murmure, et jette le prépuce en terre non sans cholère, et, en injuriant son mari, elle s'aigrit et se rebecque contre Dieu. Bref, tout ce qu'elle fait procède d'une impétuosité désordonnée ^. »

8. En réalité, pourquoi Calvin réserve-t-il au pasteur seul le droit de baptiser ? Parce que, en soi, le baptême n'est pas nécessaire au salut, — au salut des enfants. Dire : « si un enfant décédoit sans baptesme, il seroit privé de la grâce de la régénération, c'est folie. » « Dieu prononce qu'il adopte nos enfans, et les retient pour siens, devant qu'ils soyent nais, en nous disant qu'il sera le Dieu de nostre semence après nous. » Donc « le baptesme n'est pas requis à salut de nécessité. » Du reste, est-ce que, dans l'ancienne alliance, « la promesse de salut n'avoit pas assez de vertu devant le huitième jour, encores que la circoncision ne

1. Sermon VI sur le 6'' chap. de Daniel. Opéra XLI, p. 386, 3S7. — i. Theologia dogmalica et iiioralis (éd. octava), 1899, III, p. 169. — •'!. Ibid., p. 169. — i. Ibid., p. 170. — •'>. 1559, IV, XV, 20, 22.

fust point receue ? » Notre condition, dans la nouvelle alliance, ne saurait être « pire que celle du peuple ancien'. » — « Les enfans ne sont pas forclos du royaume du Paradis, s'ils n'ont receu le baptesme. — Les petis enfans engendrez des chrestiens ne sont point baptisez pour commencer d'estre enfans de Dieu, comme si auparavant ils ne luy eussent en rien appartenu, et eussent esté estrangers de l'Eglise ; mais plustost afin que, par ce signe solennel, il soit déclairé qu'on les reçoit en l'Eglise, comme estant desjà du corps d'icelle. Car quand il n'y a ne contemnement, ne nonchalance, nous sommes hors de danger. ...Dieu a donné la dispensation des sacremens à l'Eglise. Quand doncques nous ne les pouvons recevoir d'icelle, n'estimons pas que la grâce du S. Esprit soit tellement liée à iceu.x, que nous ne l'obtenions en vertu de la seule Parole de Dieu '■*. »

Ainsi l'un des « scandales », que Ton reproche le plus à la théologie de Calvin, de damner les petits enfants morts sans baptême n'existe pas. Ce n'est pas vrai. — Il est vrai par contre que, disparaissant sous cette forme, le « scandale » reparaît sous une autre. Il y a des petits enfants prédestinés au salut et il y a des enfants prédestinés à la damnation. Seulement la question de la prédestination est une tout autre question, et nous l'avons traitée ailleurs.

Dira-t-on alors que, si le baptême n'est pas nécessaire, il est inutile ? Calvin, selon sa coutume, est aussi éloigné d'un extrême que de l'autre. Ce qui en soi n'est pas nécessaire peut être utile, très utile, et il peut y avoir folie, péché, crime à le mépriser. C'est ce qu'il explique à ses auditeurs de Saint-Pierre : « Si un père aiant un enfant, ne l'apporte au baptesme, sachons que celuy-là mesprise

1. IV, XV, 20. Quelques idées, déjà émises en 1539, sont reprises et développées en 1559.

i. 1559, IV, XV, 22. A propos des enfants morts sans baptême, Calvin répond à Servet : « Nous remettons à la Providence de Dieu de dispenser secrettement sa grâce aux petis enfans, s'il les retire du monde devant que les circoncir du moyen ordinaire, qu'il tient envers les fidèles. » [Rcfiitalio erronim, etc., Opéra VIII, p. 491.) Mais évidemment il s'agit ici des enfants prédestinés au salut. Car ailleurs Calvin écrit ; « Comme aussi soit que la condition de naistre et de mourir ait esté pareille et égale aux petis enfans, qui sont morts en Sodome et en Jérusalem, et qu'il n'y ait eu nulle différence en leurs œuvres, pourquoi Jésus Christ les séparera-il au dernier jour, damnant les uns à mort, et retirant les autres à vie ? Qui est ce qui n'adorera icy le jugement admirable de Dieu, en ce que les uns sont naiz en Jérusalem pour passer de ce monde en une vie meilleure, les autres sont naiz en Sodome, comme à la porte de l'enfer, pour entrer dedans en mourant. » (De aeterna Dei praedestinatione. Opéra VIII, p. 309.) C'est bien là la doctrine dans tout ce qu'elle a de plus effrayant, de plus incompréhensible pour le cœur et même pour la conscience. — Encore une fois nous renvoyons à notre étude du volume précédent sur la prédestination, et à l'Appendice où se trouve analysée l'étude du pasteur Rev. Web (/. Calvin, IV, Appendice, p. 466). D'après Web, Calvin, malgré tout, n'aurait pas enseigné la damnation des petits enfants. Car, d'après Calvin, tout réprouvé est condamné sur ses actes personnels et conscients, quel que soit le rôle du décret dans ses actes. Un enfant mort presque dès sa naissance ne peut avoir conscience de son péché. Il en résulterait qu'aucun réprouvé ne mourrait en enfance [?J. Le texte précédent est, semble-t-il, difficile à éliminer. — Remarquon:; toutefois qu'il ne suffit pas de supprimer la doctrine de la prédestination pour supprimer le fait que Calvin a voulu expliquer par sa doctrine, et qu'il considère comme un solide fondement de sa doctrine. Il y avait des enfants à Sodome, qui naissaient dans les conditions les plus favorables pour devenir impies et vicieux ; et il y avait des enfants à Jérusalem, qui naissaient dans les conditions les plus favorables pour devenir pieux et vertueux. Pourquoi cette différence ? Evidemment les enfants n'y étaient pour rien.

la grâce de Dieu.... Si nous avons l'usage des sacremens, nous les devons recevoir ; et il ne faut point que nous attendions que Dieu vienne jusqu'à nostre

porte, pour dire : « Me voici ! » mais il faut que nous le cerchions Il faut cer-

cher, car nous irons bien d'un lieu en l'autre pour trouver du pain, pour cercher la nourriture du corps. Et cependant nous ne tiendrons compte de cette nourriture spirituelle de nos âmes !... Donc notons que ceu.x qui ont liberté d'user des sacremens les doivent recevoir, sachans qu'ils ne nous sont point ordonnés sans cause. Mais une pauvre créature, qui sera détenue en captivité entre les tirans, si faut-il qu'il connoisse : « O ! il me suffit de la Parole de mon Dieu ! » Mesmes quand un petit enfant n'aura peu estre baptisé en temps, si est-ce que Dieu ne laisse point de le recevoir à soy. Et pourquoy ? Car il ha donné cette promesse : Je serai ton Dieu, et le Dieu de ta semence après toy. A sçavoir, si cette Parolelà est suffisante pour sauver les âmes ? Il est bien certain qu'oui *. »

9. Dès lors, et d'une manière générale, nous avons la doctrine de Calvin sur le baptême ; c'est une doctrine « moyenne », c'est-à-dire intermédiaire, c'est-àdire de juste milieu. Ni une réalité magique et grossière ; ni un froid et vide symbole. « Il y a plusieurs bons personnages lesquels, afin de n'attacher point la foy au signe extérieur, amoindrissent par trop la vertu (l'im) du baptesme. Mais il faut tenir moyeu iinodiis tenendus est) en sorte que les sacremens soyent mis en leur rang, à fin que la gloire de Jésus Christ ne soit obscurcie par eux, et toutesfois qu'ils ne soyent point sans leur efficacité et leur utilité {efficacia etusu)'Ky>

Voici contre la doctrine romaine : « C'est Dieu qui nettoyé, et n'est licite de transférer cest honneur au signe, ou de le communiquer au signe. Toutesfois on peut bien dire que Dieu use du signe comme d'un instrument [tanquam organd) ; non pas que la vertu de Dieu soit enclose au signe, mais pour ce qu'il nous la distribue par une telle aide {tali adminiculo), s'accomodant à l'imbécillité de

nostre entendement Rien n'est attribué au signe outre ceci, que ce soit un

instrument inférieur {inferius organiiin), inutile de soy {a se ipso inutile)^ sinon entant qu'il emprunte d'ailleurs sa force.... Dieu besongne par le signe. « — Dieu et sa Parole : « Si on oste la Parole, toute la force des sacremens s'esvanouit. Car que sont autre chose les sacremens que seaux de la Parole •' ? » — Dieu et son Saint-Esprit : « Dieu nous renvoyé incontinent au S. Esprit, afin que nous sçachions que nous sommes nettoyez par sa vertu et non par celle de l'eau'*.» — En conséquence : « Il faut aviser... que les hommes par une perverse superstition ne se facent du sacrement une idole... {idohim sibi faciant), que le ministre soit autheur de ce lavement (abhitionis), et qu'on pense que l'eau purge les ordures de l'âme : ce qui ne convient qu'au sang de Christ.... C'est le vray et droit usage du sacrement de nous mener par la main droit à Christ, et de nous faire arrester en luy ". »

Mais, aussitôt, voici contre la doctrine ultra-protestante : « Il y a un tas de

1. Sermon XXIV sur le 9'- chap. de Daniel. 0/>era XLI, p. 577, 57S. — i. Cotniiienlaires. Actes XXII, 16. — .-). Ibid., Eph. V, 26, — '1. Ihid., Tite III, 5. — .'i. IlmL, Eph. V, 26.

fantastiques {fanatici homines) qui... veulent oster toute vertu et toute efficace aux sacremens.... S. Pierre n'a pas voulu monstrer que l'institution de Christ fust vaine et sans efficace (iuane et inefficax)^ mais seulement exclure de l'espérance de salut les hypocrites qui, en tant qu'en eux est, dépravent et corrompent le baptesme ^ »

lo. Alors, en définitive, que se passe-t-il dans le sacrement ? En quoi consiste son efficacité, sa vertu ?

Une promesse, une parole de Dieu n'est pas un son, un mot, c'est un fait, un acte : c'est une réalité spirituelle, réelle et engendrant réalité. Dieu n'use pas de tromperie ; quand il dit, il fait ce qu'il dit. Il fait ce qu'il figure. — Tel est le fond de la pensée et du sentiment de Calvin, de sa foi.

« Dieu ne se mocque point de nous en nous donnant des figures vaines, mais il accomplit au dedans {intus) par sa vertu ce qu'il monstre par signe extérieur. A ceste cause le baptesme est vrayement et proprement appelé lavement de régénération"-. » — « Et Dieu, es sacremens, ne nous fait pas une monstre {fallacem pompam ostentat) de quelque vaine apparence, mais il nous présente, quant et quant, véritablement les choses, lesquelles il nous figure par la cérémonie extérieure. Et par ce moyen, selon l'ordonnance de Dieu, la vérité est conjointe aux signes ^. »

Et nous pouvons comprendre que le sacrement est réel et que cependant son action n'est pas magique. Dieu offre une grâce réelle à tous ceux qui prennent le sacrement. Mais le sacrement est efficace pour les uns, inefficace pour les autres, bien que le sacrement reste en soi, dans les deux cas, ce qu'il est. « Le signe extérieur ne suffit point, si les gens ne reçoyvent le baptesme en vérité et avec efficace » {vere et efficaciter). — « Ce que le signe apparoist bien souvent inutile et sans aucun fruit {iuefficax et absqiie fructn)^ cela se fait par l'abus des hommes, lequel n'oste point la nature du sacrement ^. » « Les fidèles reçoyvent ce qui leur est offert ; les meschans, en le rejettant, font bien que ce qui leur estoit offert, ne leur proufite de rien ; mais ils ne peuvent faire que Dieu ne demeure fidèle, et la signification du sacrement véritable ^. »

Et nous voici arrivés au baptême des enfants, dont Calvin a déjà dit quelques mots, ce baptême « si impugné et débatu par aucuns espritz malings, » c'est-àdire par les anabaptistes.

En un sens la question du baptême n'était pas seulement la question du baptême, c'était toute la question de la Réformation, envisagée d'un point de vue particulier. — Fallait-il baptiser les enfants ou non ? c'était demander : la Réformation devait-elle être une Eglise ou une secte ?

I. Commentaires, i Pierre III, 21. — -2. //w/., Titc III, 5. — ;!. Ihid., Gai. III, 27. — '1. //W., i Pierre m, 21. — .•;. Ibid., Gai. III, 27.

LES SACREMENTS SSy

Sans le baptême des enfants, ce qui domine c'est l'individualisme, le subjectivisme. La négation du baptême des enfants est la négation des moyens éducatifs de la grâce dans l'Eglise, la négation de l'Eglise comme société éducatrice. Il reste une société de croyants, société de plus en plus petite, se divisant et se subdivisant selon les variations de la foi des adultes, sans tradition, sans hérédité des familles chrétiennes, des sociétés chrétiennes. En un mot, c'est la secte par opposition à l'Eglise. Et si en face de l'Eglise catholico-romaine la Réformation s'était posée en secte, elle aurait eu le sort des sectes précédentes : elle aurait disparu. En maintenant le baptême des enfants, les Réformateurs ont affirmé la véritable philosophie chrétienne ; ils ont fondé la véritable Eglise.

Dès i53q, les idées de Calvin sont complètes.

1. Les adversaires du baptême des enfants demandent seulement, disent-ils, « que la Parolle de Dieu soit purement gardée et maintenue en son entier, sans y rien adjouster ne diminuer. » — Evidemment Calvin n'a rien à objecter à ce principe : c'est le sien. iMais il n'est pas littéraliste, et il ne s'en laisse pas imposer par un faux biblicisme.

Commençant par le commencement, il pose donc la règle primordiale de toute herméneutique : non pas la lettre^ mais Vatialogie de la foi. « La reigle pour avoir la droicte intelligence de l'Escriture, c'est que, en l'exposition d'icelle, nous suyvions tousjours la proportion et conformité de la foi. » Il faut rapporter tout ce qui est enseigné dans l'Ecriture « à la doctrine de la foi, et d'icelle, comme de la vraye source, déduyre l'exposition de toute doctrine spirituelle '. «

L'analogie de la foi, c'est d'abord non pas un texte isolé, mais les textes dans leur ensemble. Et puis, c'est derrière les textes, le sens, et sous la lettre, l'esprit. Or la valeur du sacrement « ne gist point en l'extériorité ou cérémonie externe seulement, mais principalement dépend des promesses et mistères spirituelz, que nostre Seigneur a voulu représenter par telles cérémonies. » Il ne faut donc pas, à propos du baptême, nous « arester du tout [c'est-à-dire complètement, uniquement] à l'eaue. » « Mais il est besoing d'eslever noz pensées aux promesses de Dieu, qui nous y sont données, aux choses intérieures et spirituelles, qui nous y sont démonstrées. » C'est seulement « si nous avons cela, que nous tenons la substance et la vérité du baptesme ". » — C'est bien le langage de la vraie et bonne exégèse, de la seule vraie et bonne.

2. Or quel est le sens du baptême ? Nous l'avons déjà vu : « Les choses signifiées et représentées par le baptesme sont la purgation de nos péchez et la mortification de nostre chair. » De plus le baptême est une « marque par laquelle nous avouons être « enrôliez au nombre de son peuple \ »

Et quel était le sens de la circoncision ? Le même, a Quand nostre Seigneur ordonne la circoncision à Abraham, il luy donne premièrement la promesse,

■I. Br, p. 594. — ->. Bf, p. 595. — .'!. B» , p. 596.

338 La pensée ecclésiastique

qu'il veult estre son Dieu et le Dieu de sa semence.... Soubz ses paroles est comprinse la promesse de la vie éternelle (comme nostre Seigneur Jésus Christ Va exposé: Dieu est le Dieu des vivants, etc.). Et S. Paul (Eph. II, ii, 12) déduit de ce qu'ils n'avoient point la circoncision, qu'ilz estoient sans Christ, estrangers des promesses, sans Dieu, et sans espérance.... Or le premier degré que nous avons pour approcher de Dieu, et entrer en la vie éternelle, c'est la rémission de nos péchez. Dont il s'ensuit que ceste promesse est correspondante à celle du baptesme '. » — Ensuite, « nostre Seigneur déclaire à Abraham comment il veult qu'il chemine devant soy en intégrité et innocence, qui n'est autre chose que la mortification, pour ressusciter à nouveauté de vie. Et afin qu'il n'y eust nulle doubte, que la circoncision ne feust signe et figure de la mortification, Moyse l'expose plus clairement au di.xiesme de Deutéronome, quand il exhorte le peuple d'Israël de circoncir son cœur au Seigneur. «

S'il en est ainsi, d'après Moïse et d'après saint Paul, a la promesse que nous avons dict estre la vertu des sacremens est une en tous deux, circoncision et baptesme : c'est à sçavoir de la miséricorde de Dieu, de la rémission des péchez, de la vie éternelle. La chose représentée y est tousjours une : c'est nostre purgation et mortification. La cause et le fondement de ces choses, qui est Christ, est, tant en l'un comme en l'autre, pour confirmation et accomplissement. Il s'ensuyt qu'il n'y a rien de différence, quant au mystère intérieur, où gist toute la substance des sacremens. Toute la diversité qui s'i trouve n'est sinon quand à la cérémonie extérieure, qui est la moindre partie des sacremens.... Parquoy nous povons conclure, que tout ce qui appartient à la circoncision est aussi commun au baptesme, e.xcepté la diversité externe et visible.... Dont apert que le baptesme a succédé à la circoncision -. »

3. L'analogie de la foi résout donc la question. La circoncision est analogue au baptême ; or la circoncision était pour les enfants ; donc le baptême est pour les enfants. — Il faut être « despourvu de sens » pour contester que le baptême doit « estre communiqué aux petis enfans ''\ »

Mais il y a un autre argument particulier, emprunté à la conduite de notre Seigneur lui-même. — Il a reçu « bénignement » et embrassé les enfants qui lui étaient présentés, « adjoutant la raison : pour ce que à iel{ est le royaume des deux. » — Considérons l'ordre et pesons les paroles. « Si c'est une chose raisonnable, d'amener les enfans à Jésus Christ, pourquoy ne sera-il loysible de les recevoir au baptesme, qui est le signe extérieur par lequel Jésus Christ nous déclaire la communion que nous avons en luy ? Si le royaume des deux leur appartient, pourquoy leur sera dényé le signe, par lequel nous est donné comme ime entrée en l'Eglise, pour nous déclairer héritiers du royaume de Dieu ? Ne serions-nous pas bien iniques de repoulser ceux que nostre Seigneur appelle à soy ? de leur refuser ce qu'il leur donne ? de leur fermer la porte quand il leur

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