Et enfin il y a un argument général
La circoncision était le signe de l'alliance de Dieu avec son peuple. « Si donc l'alliance demeure tousjours une, il est très certain que les enfans des chrestiens n'en sont pas moins participans, qu'ont esté les enfans des Juifs soubz le viel Testament. Et s'ilz sont participans de la chose signifiée, pourquoy ne leur sera communiqué le sacrement, qui n'est sinon figure et représentation - ? » Encore une fois, à qui a le plus pourquoi refuser le moins ? — Ou bien serait-ce que la venue du Christ aurait « amoindri, accoursi la grâce et la miséricorde de Dieu ? « Evidemment non. « Et de faict, comme les enfans des Juifz ont esté appeliez lignée saincte, à cause qu'ilz estoient serviteurs de caste alliance, ils estoient . ségrégez des enfans des infidèles et idolâtres ; aussi les enfans des chrestiens sont dictz, par mesme raison, sainctz, encores qu'ilz ne soient sinon de père fidèle ou de mère. » Pourquoi ne testifierions-nous pas, ne scellerions-nous pas l'alliance aujourd'hui comme autrefois '^ ? « L'alliance est commune, la raison de la confermer est commune. » « Autrement la venue de Christ auroit faict, que la miséricorde de Dieu devroit moins estre sur nous déclairée, qu'elle n'a esté sur les Juifz, si le tesmoignage qu'ilz ont eu pour leurs enfans nous estoit osté ^ »
5. Mais les objections ne manquent pas. Voici les principales, avec les réponses que Calvin leur oppose. — « Poulsés par le diable, » plusieurs contredisent la Parole de Dieu et s'efforcent de montrer la grande diversité entre la circoncision et le baptême, « tellement qu'il n'y ait rien commun de l'un à l'autre. » — Ils prétendent que la circoncision est seulement un a signe litéral », et que ses promesses sont seulement « charnelles" ». « C'est ainsi qu'ils font les Juifz comme un peuple charnel et brutal, qui n'ayt eu autre alliance de Dieu que pour la vie temporelle, ne autre promesse que pour les biens présens et corruptibles. En cela disant, que reste-il plus sinon que l'on estime ceste nation-là comme un troppeau de pourceau.x, lequel nostre Seigneur ayt voulu nourrir en l'auge, pour les laisser après périr éternellement'' ? » — « S. Paul au 2'"^ des Collos. ne faict pas le baptesme plus spirituel que la circoncision. » Pour lui, « l'accomplissement du baptesme est l'accomplissement de la circoncision. » Et voici la vérité : « Il est certain que les principales promesses que nostre Seigneur a données à son peuple en l'Ancien Testament, esquelles consistoit l'alliance qu'il taisoit avec eux, ont esté spirituelles, appartenantes à la vie éternelle : et pareillement ont esté spirituellement entendues des pères, pour concevoir espérance de la gloire future, et estre raviz en icelle de toute leur affection. Néantmoins nous ne nyons pas qu'il n'ayt testifié envers eux sa bonne volunté par autres promesses charnelles et terriennes, voyre pour confermer telles promesses spirituelles. Comme
1. Bi- , p. 600. — i. B'", p. 59S. — •t. Bf, p. 599. — i. Bf', p. 600. — .'i. B'', p. 604. — (>. !!►■, p. 603.
nous voyons que, après avoir promis la béatitude immortelle à son serviteur Abraham, il luy adjouste la promesse de la terre de Chanaan, pour luy déclairer sa grâce et faveur sur luy. En telle sorte, il fault prendre toutes les choses terriennes qu'il a promises au peuple judaïque, tellement que la promesse spirituelle précède tousjours, comme fondement et chef, auquel tout le reste se rapporte ^ » Nous n'avons pas ici à exposer de nouveau comment Calvin conçoit les rapports entre l'ancienne et la nouvelle alliance. Et, en tout cas, il faut reconnaître qu'il a poussé trop loin sa propre pensée. Mais il semble bien que le fond de cette pensée est emprunté au Nouveau Testament, aux apôtres, à saint Paul et au Christ lui-même. Il n'y a pas solution de continuité entre les deux révélations ; il n'y a pas opposition essentielle, mais unité essentielle et développement.
6. On objecte ensuite que : « on ne sçauroit monstrer par l'Escriture, que jamais enfant ayt esté baptisé par les apostres. » — 11 est vrai : ce « n'est point expressément monstre ; » mais on pourrait aussi bien « prétendre, que les femmes ne doivent estre admises à la cène de nostre Seigneur, puisqu'il n'est jamais parlé en l'Escriture qu'elles ayent communié du temps des apostres. » Il faut, encore une fois, s'en tenir non pas à la lettre, mais à « la reigle de la foy, » et voir si le sacrement « convient » aux femmes et aux enfants. Aussi bien « jamais les enfans ne sont excluz du baptesme, quand il est faict mention que quelque famille a esté baptisée -. » — Il serait en vérité bien singulier que toutes les familles avec lesquelles les apôtres ont eu ainsi à faire n'aient point eu d'enfants.
7. On objecte ensuite que le baptême signifie la régénération spirituelle. (( Comment pourroient estre les petis enfans régénérez qui n'ont cognoissance de bien ne de mal ^ » — C'est évidemment ici l'objection la plus spécieuse. Nous ferons remarquer que, dans le cas oij Calvin n'arriverait pas à la résoudre, les autres arguments en faveur du baptême des enfants subsisteraient. Et au fond Calvin n'arrive pas à la résoudre complètement. Il la réduit, il la diminue et il indique qu'il arrive devant un mystère.
D'abord il distingue entre les adultes et les enfants : « De telz, qui sont en 'eage d'intelligence, nous ne disons pas qu'ilz doivent estre baptisez, sinon que premièrement on ayt tesmoignage de leur foy et repentance, telle qu'on peut en avoir entre les hommes. Mais les petis enfans engendrez des chrestiens doivent bien estre miz en un autre renc... Le Seigneur envers Abraham ne commence point par là, de le faire circoncire sans sçavoir pourquoy ; mais il l'instruict de l'aliance, laquelle il veult confermer par la circoncision ; et, après qu'il a creu à la promesse, lors il luy ordonne le sacrement. Pourquoy est ce donc que Abraham ne receoit point le signe, sinon après la foy, et Isaac son filz le receoit devant que rien entendre ? pour ce que l'homme d'aage n'estant encores participant de l'alliance du Seigneur, pour y entrer, doibt premièrement sçavoir quelle elle est. Le petit enfant engendré de luy, estant héritier de l'alliance par succes-