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contraire aux principes et aux vœux de Calvin, introduite malgré lui dans le culte. La responsabilité remonte au Conseil de Genève, trop habitué aux coutumes catholiques pour rompre avec elles, malgré les objurgations de Calvin.
Voici les Règlements d'ordre pratique : « Que les ministres distribuent le pain en bon ordre et avec révérence, et que nul autre ne donne le calice sinon les commis [Anciens] ou diacres, avec les Ministres, et pour ceste cause qu'il n'y ait point multitude de vaisseaux. — Que les tables soyent près de la chaire, afin que le Ministre se puisse plus commodément et mieux exposer près des tables. — Qu'elle ne soit célébrée qu'au temple, jusques à meilleure opportunité. — Que le dimanche devant qu'on célèbre la dicte Cène, on en face la dénonciation, afin que nul enfant y vienne devant qu'avoir fait profession de sa foy, selon qu'il sera exposé au catéchisme ; et aussi pour exhorter tous estrangers et nouveaux venus de se venir premier représenter à l'Eglise, afin d'estre instruicts s'ils en avoyent mestier, et par conséquent que nul n'y approche à sa condamnation '. »
2. Si d'une manière générale, pour comprendre et apprécier la théologie calviniste, il faut connaître les théologies de Rome, de Wittemberg et de Zurich, — on peut dire que pour comprendre et apprécier la théorie de Calvin sur la sainte Cène, il est tout spécialement nécessaire de connaître les théories contraires ou précédentes du Moyen Age, de Luther et de Zvvingle. Car c'est ici surtout que Calvin réfute ou concilie. Que réfute-t-il ? Que concilie-t-il ?
Toutefois nous n'aurons pas à exposer ni à discuter tout au long les idées de l'Eglise catholique sur la sainte Cène. Ce que nous avons dit de ses idées générales sur le sacrement suffit à notre but. — Nous pouvons nous contenter pour bien « situer » la doctrine de Calvin de résumer sa polémique sur ce point.
Les idées de l'Eglise catholique se ramènent à deux principales (d'où toutes les idées secondaires dérivent), la transubstantiation et la messe.
Le concile de Trente définit la transubstantiation : « Par la consécration du pain et du vin... il se fait une conversion et changement de toute la substance du pain en la substance du corps de notre Seigneur Christ, et de toute la substance du vin en la substance de son sang. » « Sous chacune des parties de chaque espèce, après la séparation, Christ est tout entier'-. » — Et Calvin : « Devant toutes choses nous avons à rejetter l'opinion qu'ont songée les sophistes touchant la transubstantiation, qu'ilz appellent, comme une chose prodigieuse.... Hz exposent... que cette Transubstantiation n'est pas faicte par une conversion d'une substance en l'autre ; mais d'autant que le corps succède au lieu du pain, lequel ilz s'imaginent s'esvanouyr ^ >> — « De ceste phantasie sont sorties après plusieurs autres folies. Et pleust à Dieu qu'il n'y eust que folie et non pas grosses abominations ''. «
Calvin réfute ensuite les « folles resveries que plusieurs forgent touchant la
1. Opéra X'', p. 104. — i. Le saint concile de Trente, trad. abbé Chanut, 3'^ ddit., 16S6, XIII' session, chap. IV et chap. VIII, Canon III. — .3. B^, p. 629. — 4. Opéra V, p. 451.
présence locale, » en particulier celle que « cavillent aucuns testuz, » que « la mesure du corps de Christ n'a jamais esté autre que toute Testendue du ciel et de la terre, au long et au large. » — « Qu'est cela, sinon susciter Marcyon [le célèbre docète] des enfers ? Et qui est ce qui doubtera le corps de Christ avoir esté phantastique, s'il estoit de telle condition ' ? » D'autres estiment que le corps de Christ est « en plusieurs lieux, et qu'il est contenu au sacrement, sans occuper lieu, et sans avoir nulle forme. " Mais encore une fois « combien grande fenestre est icy ouverte à Marcyon, si le corps de Jésus Christ, tout à une fois, en un lieu, estoit veu mortel et mesprisé, et en un autre estoit porté immortel et glorieux-. » — Conclusion : « Celuy n'est point de Dieu, qui ne confesse Jésus Christ estre venu en chair ( i Jean III). Et telle manière de gens, quoy qu'ilz dissimulent, le despouillent de la vérité de sa chair '. »
De cette présence matérielle découle « l'adoration charnelle » du saint sacrement : « Voilà les beaux fruictz de nostre entendement : quand nous avons prins une fois le congé de nous divertir et desvoyer de la Parolle de Dieu, aux songes et resveries de nostre cerveau ''. » Il le faut « plus tost adorer spirituellement en la gloire des cieux qu'inventer ceste si dangereuse forme d'adoration, qui nous remplist de lourde et charnelle agitation, de Dieu et de Jésus Christ. » Donc « afin que ne tombons en mesme fosse, fichons entièrement noz aureilles, noz yeux, noz cœurs, noz pensées, noz langues en la très sacrée doctrine de Dieu, car elle est Tescholle du S. Esprit très bon maître'. »
Après la transsubstantiation ^ la messe : cela étant la condition préalable de ceci, ceci étant le résultat logique de cela. « Le chef de Ihorrible abomination a esté quand Satan a érigé un signe par lequel cette sacrée Cène non seulement feust obscurcye et pervertie, mais du tout effacée et abolye, s'esvanouyst et décheust de la mémoire des hommes. C'est à sçavoir quand il a aveuglé quasi tout le monde de cest erreur pestilentieux, qu'on creust la messe estre sacrifice et oblation pour impétrer la rémission des péchez ^. »
La messe, à son tour, produit cinq conséquences également anti-évangéliques.
a) « A Jésus Christ, qui est immortel, il ne fault point substituer de vicaire. Il a esté désigné du Père, prestre à tousjours, mais selon l'ordre de Melchizedesch, à fin qu'il feist l'office de prestrise éternellement durante et permanente". »
b) « Si Jésus-Christ s'est offert soy-mesme en la croix en sacrifice, à fin qu'il nous sanctifiast à perpétuité, et nous acquist éternelle rédemption, sans doubte