Opéra V, p
2. La vraie façon (rééd. Vielles), p. 164. C'est Bucer qui a introduit dans les Eglises protestantes la Confirmation, ow'çiïe.mihrç. communion. «Quelque chose de nouveau est ajouté comme conclusion de l'instruction ecclésiastique, la Confirmation solennelle, qui est une confession et un engagement publics après un examen préalable et en même temps un acte sacramentel de bénédiction. Tout aboutit à l'imposition des mains et à une parole de bénédiction commençant par ces mots : « Reçois le Saint-Esprit >. Ainsi Bucer est le père de la confirmation évangélique, que nous rencontrons ici pour la première fois. S'il n'a pu l'introduire à Strasbourg que dans les années suivantes, nous la voyons poindre dans ses écrits, dès •533i en relation avec l'ancienne confirmation ecclésiastique, avec la redditio symboli, et l'usage de l'imposition des mains, selon le Nouveau Testament. Par l'introduction de cet acte, Bucer voulait répondre aux reproches de Schwenckfelds et des anabaptistes, que par le baptême des enfants on recevait les gens dans l'Eglise mécaniquement, sans confession de foi ni engagement. » — Gustav Anrich, Martin Bucer, 1914, p. 78-
.■}. Bertrami presbyteri, De corpore et sanguine Domini liber. — Le texte et la traduction se trouvent dans un volume dont voici le texte: Ratramne ou Bertram, prêtre, Du corps et du sang du Seigneur, avec une dissertation préliminaire sur Ratramne et une autre dissertation historique sur la vie et les ouvrages de cet auteur, traduite de l'anglais. Amsterdam, MDCCXVII. — Voir aussi une thèse de J. Martin, Ratramne (Une conception de la Cène au IX""= siècle, 1891). — 4. Ratramne, etc., p. 4.
dans une occasion si importante... et que celui-ci eût osé débiter une créance comme catholique si elle ne l'eût pas été *. » — Ratramne, en effet, est le théologien le plus autorisé de son temps.
Une ou deux citations seulement : « Chose étrange à la vérité et digne d'admiration, parce qu'elle est incompréhensible et au-dessus de la portée de l'esprit humain. Jésus-Christ navoit pas encore pris chair humaine, il n'étoit pas encore mort pour le salut du monde, il ne nous avoit pas encore rachetés par son sang, et cependant nos pères dans le désert, prenant cette viande spirituelle, et ce breuvage invisible, mangeoient dès lors sa chair et beuvoient son sang, suivant les paroles de l'apôtre : a Nos pères ont mangé la même viande spirituelle et bu » le même breuvage spirituel. » C'est qu'ici il ne faut pas vouloir pénétrer comment cela s'est pu faire, mais croire seulement que cela s'est fait -. » — Et enfin : « Cependant qu'on n'interprète pas ce que nous disons comme si dans ce mystère sacré les fidelles ne recevoient pas le corps et le sang du Seigneur, parce que c'est la nature de la foi qu'elle prend et reçoit ce qu'elle croit, et non pas ce qui est présent aux yeux du corps ^. »
Le livre de Ratramne eut une histoire curieuse. Il semble disparaître complètement, jusqu'à ce que en i526 un auteur s'en serve contre Œcolampade. Alors il revient à la lumière. Les protestants en comprennent l'importance et ils l'impriment et le réimpriment : en i532, à Cologne, avec une préface de Léon Juda ; en 1541, en oSy, en 1608 à Genève ; en i55o, à Bàle, on le traduit et le retraduit en français. A partir de 049, il est traduit par l'évêque Ridley, etc.
11 est question de Ratramne dans la célèbre dispute entre Arnauld et Claude, puis dans la non moins célèbre dispute entre le cardinal du Perron et du Plessis- Mornay. — ■ Et les théologiens catholiques ont été fort embarrassés. Ils ont même inventé une secte, dite des stercorantsles, que Ratramne aurait eu pour but de combattre. Mais tout a été vain, et l'on peut poser comme une vérité constante et reconnue, qui ne peut plus être remise en question : que ce livre n'a été ni corrompu ni altéré ; qu'il est de Ratramne ; que la créance que l'auteur dit être catholique et orthodoxe est contraire au dogme de la présence réelle et de la transsubstantiation.
Or la doctrine de Ratramne est la doctrine de Calvin : en voici une preuve subsidiaire, mais non moins intéressante. Tout le monde sait que la confession de foi de l'Eglise d'Angleterre est profondément calviniste. Hopkins, chanoine dans l'église cathédrale de Westminster, publia en 1688 une dissertation où il montra que la doctrine de Ratramne est la doctrine de l'Eglise anglicane.
Le catéchisme de cette Eglise dit : « que le corps et le sang de Jésus-Christ sont véritablement et réellement pris et reçus par les fidèles dans la sainte Cène \ » « Ce n'est donc pas, continue le chanoine anglais, la vérité de la présence de Jésus-Christ dans la sainte Cène que notre Eglise nie, mais elle condamne la témérité de l'Eglise romaine qui détermine la manière de cette pré-
1. Ratramne, etc., p. 5- — -• Jbid., p. 213. — ;{. Ibid., p. 285. — 4. Jbid., p. 164.
sence. C'est la transsubstantiation, et une présence corporelle et charnelle que nous nions'. » — « Nous reconnaissons la vérité du corps de Christ dans le même sens que Ratramne la pose et nous rejetons, avec cet écrivain, les mêmes erreurs que TEglise romaine avait imposées, comme des articles de foi, à tous ceux de sa communion, quoique le nombre en ait bien augmenté depuis ce tempslà, et qu'on les ait rédigées en un système plus artificiel. La plupart de ces décisions de notre Eglise, pour ne pas dire toutes, se trouvent dans ce petit livre, sinon en ternies exprès, du moins par des conséquences légitimes. Peut-être même que nos Réformateurs eurent plus d'égard au jugement de Ratramne sur cet article qu'aucune des Eglises voisines. L'évèque Ridley, qui fut un des principaux compilateurs de notre Liturgie et de notre Confession de foi, sous le règne d'Edouard VI, avait une si grande estime pour cet auteur et son ouvrage, que dans sa Défense, qu'il donna aux commissaires de la reine Marie à Oxford, outre les réponses et les éclaircissements qu'il y offre, il insiste sur tout ce que Ratramne a écrit là-dessus et l'emploie à soutenir sa doctrine. Il y proteste d'ailleurs qu'il ne voit pas qu'un homme raisonnable, qui a de la vertu, puisse résister à ses preuves ; que ce fut ce livre qui l'engagea d'abord à examiner, par les Ecritures et les anciens Pères de l'Eglise, la vieille opinion touchant la présence réelle de la chair et du sang de Jésus-Christ dans rfi]ucharistie, et que sa lecture le fit bientôt revenir des erreurs où l'Eglise romaine était à cet égard. Le D' Burnet, qui nous dit la même chose, ajoute de plus qu'après que Ridley eut lu Bertram et conclu par cette lecture que la transsubstantiation n'était pas un des anciens dogmes de l'Eglise, mais qu'il y avait été introduit depuis peu et qu'on ne l'avait tout à fait admis qu'après le siècle de Ratramne, communiqua sa pensée à Cranmer, et qu'ils s'attachèrent ensemble à l'examiner avec un soin tout extraordinaire. C'est ce qu'on voit dans la relation que ce fameux docteur nous donne de la Dispute, qu'il y eut, sur la présence réelle, en l'année 1549, où l'on publia pour la première fois la Liturgie, dressée sous le roi Edouard VI. Ce fut aussi en ce temps-là qu'on imprima Ratramne en anglais, par ordre de l'évèque Ridley. De sorte qu'un savant théologien de notre FJglise a eu raison de soutenir que la doctrine de Beriram était la même que l'Eglise anglicane avait embras.sée comme la plus conforme à l'Ecriture sainte et aux Pères de l'Eglise. Mais cela n'est pas dire que le sacrement de la Cène du Seigneur n'est qu'une commémoration toute nue de la mort de Jésus-Christ et un simple signe de son corps et de son sang, comme nos adversaires nous l'attribuent à faux, puisque, selon nos principes, c'est un mystère eflficace accompagné d'une vertu spirituelle et divine, qui rend les éléments consacrés véritablement, quoique mystiquement, le corps et le sang de Jésus-Christ, et nous communique les fruits réels et les avantages de sa mort. C'est aussi la doctrine de Ratramne dans l'une et l'autre partie de cet ouvrage -. »
On comprend qu'un autre catholique du dix-septième siècle ait déjà pu dire :