Sermon sur le Deutéronome. Opéra XXVII, p
o. « Si le plus fort le gaigne, que sera-ce .' Il vaudroit mieux que nous fussions dans les forests entre les loups, et avec les bestes sauvages, que les hommes fussent ensemble, et que tout leur fut permis ; car il n'y a bestes si enragées comme sont nos cupiditez. » (Sermon sur le Deutéronome, Opéra XXVII, p. 409.) — « L'homme, s'il n'est gouverné, surpasse de beaucoup en férocité iiininanitate) toutes les bCtes féroces. » (Homélie sur Samuel. Opéra XXX, p. 487.)
nulle principauté, s'il ni avoit ne justice ne reigle aucune, qui doniinast par dessus; nous ne serions pas seulement semblables aux bestes sauvages, mais beaucoup pis. Et pourquoy ? Nous verrons les bestes qui se conduisent tellement, que selon leurs espèces elles ne se entrenuisent point ; elles s'entretiennent les unes avec les autres ; mais des hommes, il n'en est pas ainsi. Car quand il ni en auroit que deux au monde, ce seroit à crever les ieux l'un à l'autre, sinon que Dieu les retint '. »
2. Donc la « justice terrienne » est un « remède », mais un remède divin -, et c'est ici la différence entre Calvin et le Moyen Age. Du péché, les papes tirent l'Etat « extorsion humaine ». Calvin réplique : « Il n'advient point par la perversité des hommes que les Roys et autres supérieurs obtiennent leur puissance sur la terre •*. » — L'Etat est d'institution divine. « Dieu a establi la police de ce monde'. » Et même « toutes principautez du monde sont comme figure et image du royaume de nostre Seigneur Jésus-Christ '\ » — « Qui ignore que cet ordre est ordonné du ciel ? {hune ordinem cœlitiis ordinatum). Toutes les choses inférieures sont régies et gouvernées par la providence de Dieu ; mais il se réserve le soin spécial de cet ordre : tels sont tous les royaumes, les principautés, et tous les Etats, les magistrats et les administrateurs de la justice. Ce sont des œuvres de Dieu dans lesquelles nous pouvons contempler la présence et la gloire de Dieu ^. »
Ainsi l'Etat a eu pour occasion la méchanceté humaine ; mais il a eu pour cause la bonté divine. « Dieu maintient les principautés ; il ni a autre raison que pour ce qu'il aime le genre humain.... En cela il nous déclare son amour infini '. » — « Cela est pour nous faire mieux aimer la police terrienne, puis qu'ainsi est qu'elle nous est une telle marque de la bonté de nostre Dieu et de son amour paternelle **. »
3. Mais après avoir réfuté Grégoire VII et Innocent III, Calvin corrige Luther qui s'était laissé aller à dire que l'Etat n'était, comme la loi, que pour les méchants. « Jusques à ce que nous soyons semblables aux anges de paradis, nous avons besoin de quelque ordre et bride, qui nous tiene sous nostre mesure ". »