‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son temps (volume 3)Chapitre 86 sur 176 · Sermon sur Daniel. Opéra XLI, p · texte numérisé non relu

Sermon sur Daniel. Opéra XLI, p

2. Troeltsch estime que la conception des Réformateurs se rapproche de la conception catholique traditionnelle, qui fait de l'Etat, de l'autorité, etc., la peine et le remède du péché : pœiia et remedium peccali. (Troeltsch, dans Tlieol. Liferatiirzeitung, p. 371, 7 juillet 1913.) Mais précisément je ne trouve pas cette idée de peine et de châtiment chez Calvin.

■"?. Bf, p. 756. — IV, XX, 4. — 4. Sermons sur i Tim. Opéra LUI, p. 132. — 5. Ibid., p. 132. — 0. Homélie sur Samuel. Opéra XXIX, p. 658.

7. Sermon sur Daniel. Opéra XLI, p. 350. « Le genre humain a reçu un bienfait singulier de Dieu, quand Dieu a voulu qu'il y eut des hommes avec une autorité supérieure, rois, princes ou magistrats selon la diverse forme administrative (varia administratio) des peuples et des nations. Car quelle que soit cette administration publique, en elle brille un don singulier de Dieu. » Homélie sur Samuel. Opéra XXIX, p. 584. — Voir encore Sermons sur le Deutéronome. Opéra XXVIII, p. 409, 410.

S. Sermon CIV sur le Deutéronome. Opéra XXVII, p. 449.

9. Opéra, LUI. Sermon i Tim., p. 134. — ■■ La distinction (entre le royaume spirituel de Christ et l'or-

4- Beaucoup plus vif encore est-il contre les anabaptistes, les fantastiques qui « taschent à le pervertir. Ils sont comme des brigands, et les faut estimer ennemis du salut des hommes. Un chacun leur doit faire la guerre, quand nous voyons qu'ils s'efforcent d'amener une confusion horrible entre nous ^ » « 11 est vray qu'ils faisoyent semblant d'estre spirituels ; mais c'estoyent diables qui eussent voulu pervertir toute humanité, et mettre une telle confusion et si horrible, qu'il vaudroit mieux que les hommes fussent devenus bestes brutes ou loups-garoux, que d'avoir un tel meslinge -. » — Non. Dieu veut qu'il y ait « quelque sage souverain en son peuple. » Ce que la « nature enseigne », ce qui a « esté suyvi de nature en tout le monde, et approuvé par la bouche de Dieu.... quand nous voyons que Dieu s'est desmis jusques là, de monstrer l'ordre politique, il nous faut conclure qu'il l'approuve donc ; car autrement il ne s'en mesleroit point.... Cognoissons par cela que c'est une chose qu'il approuve ^ » « Et enfin : « Nostre Seigneur prise tant la police terrienne, qu'il veut qu'elle soit maintenue, voire jusques à la vie des hommes. Le sang humain luy est précieux, car les hommes sont formez à son image ; mais il n'espargne point tant un homme qu'il ne soit lapidé et qu'il ne meure, quand il se sera rebecqué contre l'ordre civil '*. »

Il est vrai que les sujets ne sont pas les seuls à troubler « l'ordre de justice, » et que parfois les magistrats, chargés de le maintenir, « exercent plustost une barbarie et cruauté tyrannique qu'une domination légitime, et se monstrent estre des bestes enragées. » Calvin ne le nie pas ; mais la tyrannie, une tyrannie quelconque est encore préférable à l'anarchie. « Il n'y eut jamais, et on ne pourroit songer une tyrannie si cruelle et desbordée, en laquelle il n'apparoisse quelque espèce d'équité. Car Dieu ne permet jamais que cest ordre soit tellement esteint par la meschanceté des hommes, qu'on n'en apperçoyve tousjours quelques traces ^ » — « Quelque excès qu'il y ait aux princes, encores la bonté de Dieu surmonte, en ce qu'il ne permet point que les polices et ordonnances qu'il ha instituées soient du tout [complètement] confuses ^ » — • « Mesmes nous voyons quand les tyrans dominent, qu'il y a de grandes corruptions, toutesfois encores cela est plus tolérable, que s'il n'y avoit nul ordre. Mettons comme en une balance un tyran, ou plusieurs, qui exercent toute cruauté, qui pillent l'un, meurtrissent l'autre, et qui font beaucoup d'autres meschancetez et énormes, sous ombre de la justice ; de l'autre costé, mettons un peuple qui n'ait nul chef, qui n'ayt ne magistrat, ne authorité en soy, mais que tous soyent égaux : il est certain qu'il y aura une confusion plus grande et plus horrible, quand il n'y aura point de prééminence, que s'il y avoit une tyrannie la plus exorbitante du monde ^ »

donnance civile) ne tend point à ceste fin, que nous réputions la police pour une chose pollue, et n'appartenante rien aux chrestiens ;... que c'est une chose trop vile pour nous, et indigne de nostre excellence, de nous occuper à ces sollicitudes immundes et prophanes. » R' p 754, IV, xx, 2.

1. Sermons sur le Deutéronome. Opéra XXVII, p. 409, 410. — i. Opéra LUI. Sermon i Tim., p. 133. — 3. Ibid., XXVII, p. 445. Sermon CIII sur le Deutéronome. - i. Ibid., XXVII, p. 455. Sermon CIV sur le Deutéronome. — .'5. Commentaires sur la i"-e épître de saint Pierre II, 14. — 0. Sermon sur Daniel. Opéra XLI, p. 352. — 7. Ihid., LUI. Sermon i Tim., p. 131.

5. Voilà donc l'idée moderne de TEtat posée, affirmée et précisée contre toutes les attaques. « L'affirmation des droits de tous, a dit Hundeshagen, par une combinaison des pouvoirs de l'Etat et par leur distribution, de telle sorte que selon les lois naturelles ils empêchent leurs abus réciproques, c'est le progrès, l'honneur des temps nouveaux ; aux Réformateurs remonte la première impulsion. A eux nous sommes redevables de l'organisation qui fait qu'un Etat est digne de ce nom ; qui fait pénétrer dans toutes les parties la conscience supérieure que le tout a une mission, et qui défend la liberté contre les attaques de la licence individuelle *. » En d'autres ternies, l'Etat a un contenu positif et moral ; il a une moralité substantielle, immanente. L'Etat a une vocation °.

Cette idée porte en elle-même ses garanties et ses correctifs ^. Créé par Dieu, ayant un but moral, l'Etat ne peut pas, ne doit pas s'écarter de la moralité, de la loi de Dieu : ou bien il se détruit lui-même. Mais alors les excès dans lesquels il s'abaisse ne sont pas la conséquence de l'idée calviniste de l'Etat ; ils sont la négation de son essence même et la destruction des garanties dont l'idée est entourée. — Aussi cette idée, qui réfute Grégoire VII et précise Luther, ne réfute pas moins Machiavel et les Jésuites. Gardant, malgré toutes les apparences, l'ancienne idée du Moyen Age, — l'idée de l'Etat, qui possède seulement une moralité accessoire, accidentelle, un doiniiu super addiium, qu'il reçoit ou ne reçoit pas de l'Eglise ; l'idée de l'Etat, sorte de cadre vide, que l'on remplit du dehors à volonté, selon le moment, le besoin, l'intérêt, le caprice, la passion, — Machiavel et les Jésuites se servent de l'Etat comme d'un moyen pour n'importe quel but. Machiavel dit : « Est juste ce qui sert nos intérêts, » et son prince idéal est César Borgia. Les Jésuites font de l'Etat une démagogie licencieuse avec la Ligue, ou une tyrannie absolue avec Louis XIV. « En résumé, chez Machiavel, qui part du même principe, nous trouvons déjà toute la doctrine ultérieure des Jésuites sur la morale et la politique''. »

Et certes il est bien instructif de voir ces deux systèmes naître au même moment, comme deux frères jumeaux, d'une même mère, l'idée politique de l'Eglise : deux systèmes jumeaux qui se combineront, ou alterneront, ou se combattront, sans arriver à dissimuler leur consanguinéité. L'Eglise jouera avec les deux systèmes

1. Hundeshagen, Ueber den Einfluss des Calvinismus toid die Ideen von Staat iind staatsbfirgcrlichc Freikeit. Rede zur Feier des Jahrestages der Eioffnung der Hochschule in Bern von D. C. B. Hundeshagen, gehalten am 15. November 1841. Bern, 1842.

-. « Le protestantisme édifia l'Etat sur une base toute nouvelle, sur son propre contenu moral, et ainsi il devint le fondateur d'une conception de l'Etat tout à fait transformée. » Hundeshagen, p. 10, — Voir du reste toute l'étude sur ce point.

3. Cette théorie n'est pas révolutionnaire. Elle est aussi opposée aux révoltes du peuple qu'aux abus de l'autorité royale. Elle réclame avec une égale énergie la soumission et la liberté. L'Etat n'est pas pour elle quelque chose de capricieusement, de subtilement formé ; n'ayant d'autre but qu'un but de bien-être matériel, l'Etat est quelque chose de nécessaire, de moral en soi. Sa mission, c'est de réaliser en commun les buts de l'homme, c'est une création divine qui doit avoir pour norme la Parole de Dieu. Et à la façon dont toutes ces idées sont développées on sent un sérieux profond, solennel, une haute inspiration de moralité et de dévouement. — 4. Hundeshagen, p. 43.

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