Voir Ibid-, p
-•i. Opéra XXXV, p. 150. — Dans le sermon suivant il répète : « Ce ne sont point de supposts de taverne qui l'ont colloque au ciel...; les meschans ne l'ont pas éleu pour dire : il nous supportera, nous aurons liberté de faire tout ce que nous voudrons. ... Dieu n'est point entré en son royaume par héritage et succession humaine, ni à l'aventure ; mais puis qu'il est Dieu éternel, il est aussi roy et juge du monde. > Ibid., p. 162. — 4. Opéra XLI, p. 446-
à conte devant luy, et qu'il soyt leur juge '. » — Et après avoir stigmatisé « le proverbe usité par les tyrans : que ma volonté tienne lieu de raison {sit pro ratione voluntas ^, » Calvin n'hésite pas à louer Nébucadnetsar d'être arrivé à dire de Dieu : « que sa volonté tienne lieu de loi, de raison et de règle suprême de la Justice « {ut voliiutas ejiis sit pro lege, et pro ratioue, et pro siimma jiislitiœ régula ^)
2. La souveraineté de Dieu c'est le droit, comme c'est \a puissance.
Ici réapparaît une question que nous avons déjà traitée: Dieu est-il le caprice? Non, le droit, la justice est sa nature.
Ajoutons seulement un texte tout à fait capital : « Il peut paraître absurde de dire que Dieu agit selon sa volonté (pro arbitrio suo), comme s'il n'y avait en lui ni modération, ni équité, ni règle {régula) de justice. Mais il faut se rappeler ce que nous avons dit ailleurs : les hommes sont régis par des lois, parce que leur volonté est perverse, parce que cette volonté est poussée ici et là par la passion {libidine) sans mesure. Mais Dieu est sa loi à lui-même {sibi legem) parce que sa volonté, c'est la justice très parfaite. En conséquence, toutes les fois que l'Ecriture nous présente la puissance de Dieu, et nous ordonne de nous en contenter, elle n attribue pas à Dieu un pouvoir tyrannique., selon la calomnie des impies *. »
3. A quelle source Calvin a-t-il puisé, s'est-on demandé, et quelle est l'origine de ses idées ?
On ne conteste pas que la source première et principale n'ait été la Bible. — Mais à côté on a placé le droit romain. On cite des mots : le péché est un crime de lèse-majesté {crimen lœsœ inajestatis); Dieu est délié des lois (Deus legibus solutus est). On cite des images. A propos du texte Deutéronome chap. IV, Calvin dit : « Quand on voit qu'un homme ne veut point faire son devoir, pour le mettre en tort, on le viendra sommer ; sa partie proteste. Ainsi Dieu en use-t-il envers nous... ; si nous sommes tardifs et lasches, et qu'il ne nous puisse gagner à soy, alors il entre en protestation, il testifie : Or bien donc j'ay fait tout ce qui a esté possible pour vous gagner, et cependant vous m'avez esté rebelles : je proteste donc. 11 envoyé ses ministres comme ses procureurs, et les envoyé avec attestation solennelle, comme s'il y avait là un notaire qui fist un instrument public''. « — Evidemment Calvin était un jurisconsulte; il avait étudié le droit romain, et pour exprimer des idées chrétiennes, il a recours parfois à des expressions, à des comparaisons tirées de ce droit. Mais vraiment il n'y a pas là de preuve que le droit romain ait déterminé sa pensée.
Après la Bible et le droit romain, vient le Moyen Age. Et on reparle ici de
i. opéra XXIX, p. 49. — 2. Ibid., XXIX, p. 553. — 3. Ibid., XL, p. 685.
4. Ibid., XL, p. 686, 687. Beyerhaus arrive sur ce point à la conclusion que nous avons déjà présentée nous-même. •« Pour Dieu, l'idée même de la plus haute perfection, on ne peut pas penser une loi supérieure ou extérieure à lui: selon la nécessité de son essence, il personnifie le droit suprême. « (Beyerhaus, p. 77.) — 5. Ibid., XXVI, p. 636.
la prétendue influence de D. Sco, et de son n„mi„.lisn,e. Après la citation que nous venons de fa.re, nous n'avons pas à modifier nos précédentes conclusions
»->alvin n est pas scotiste '.
. . De la définition de l'autorité de Dieu, va découler la définition de l'autorité des hommes, rois, ou princes, ou Magistrats
ment"dite"7"i?''' '' ""'" "' --'-ive de toute autre souveraineté proprement dite . les hommes n ont pas et ne peuvent pas avoir d'autorité propre^
Pourquoi les hommes « s'emportent-ils dans leur orgueilleuse fierté contre Dieu (feroaunt) ? parce qu'ils oublient leur nature, leur fragilité, et qu'ils son « quasi comme nen (,«..• „.^,/) «, p,,,, ^,,,,^ „^ ^, J^^^^ ^ ^^^ ^J^ (suam o...a..), cest-a-dire qu'ils ne sont rien du tout (.. esse prorsus nilùl). >,
\JrT T: " T" "'''' "'"• " ^^"^ ^°>^°"^ q"^ ^^^ deux idées « sont nseparables (../.,- se cohœreant), à savoir que Dieu est le roi éternel, et que les hommes ne sont rien inihil). Car si quelque chose est attribué a^x homm iseorsu,n .......-), d'autant est diminué l'empire et le commandement suprême
de Dieu. Il s en suit que le droit de Dieu ne reste pas intact [integnnn)^ jusqu'à ce que tous les mortels se voient réduits à rien (in nihilum redacii) ^ ,. - H est vrai que les princes ne sont pas ici nommés, mais la suite montre que ce sont eux surtout qui sont visés \ ^
2. Par conséquent, en droit, toute autorité humaine, chez les hommes, est dérivée. - Et il faut comprendre dans le sens opposé à celui dans lequel on les comprend les célèbres expressions : « juridiction comme déléguée par Dieu ^ ; »
1. Beyerhaus montre que le cadre dans lequel se meut la pensée de Calvin est différent du cadre dans equel se meut a pensée de Scot (^V VerscAie^e.;,., des a.sser.n Ruh,nens). Il se dem nde cepend
P S.fse'r" '"^r '*' '°" '^ '°"'- - ^°"^^°'^' ^'"^ •"'-^- 'l"' '« remarque BeTerhau" p. 83), Seeberg qu, affirme cette analogie, ne parle pas dune . réception . consciente .. E c'est bien
vague. La conclusion de Beyerhaus est celle-ci : . Si dun côté la doctrine de Calvin ne contient i en7 b-
olum t nouveau, dun autre côté, elle me paraît quelque chose à part (fUr sich). . Cette or la Ité
cons. te .dans la man.ère dont elle est formulée (,« der FonnulUrung) . et ensuite « dans Tin el"
de nuaTet '" '"^'^'"'^ ^'^^"'^"^' ' '''■ ^"""'^' '^-''^-'■'- '^ '^'--" '^~Se ces nuances
les pasteurs en ecclés^olog.e. . D.eu ne converse pas ici en personne, mais il a choisi ceux qui luy a pieu
afin danoncer sa parole, et de représenter sa personne et son lieu. . Opéra LIV. Sermon I sur Tite p 380'
•i. Upera XL, p. 686. > » j •
4. L'idée au reste est souvent répétée: . Il n'y a qu'un chef qui ait toute prééminence et cmp.rc souveram sur nous ., Opéra XXIV, p. 368). Et encore : . Quand Dieu vient en avant, il n'est plus question d r.en de erer au.x hommes ; car c'est un sacrilège par trop grand que les hommes, ou les créatures, soyent en telle est.me que le dro.ct de Dieu soit obscurci ou qu'on lui en ravisse quelque chose . (Opéra XXV bas WéS. '"'°''' ' ' " ''"' ''"' °''" '*' '' prééminence, et que toute considération humaine soit mise 3. Les princes et les magistrats . sont lieutenants de Dieu . (Sermon sur Job. Opéra XWIII p ,6^1 -Les . hommes • et . les rois spécialement . sont appelés « fils de D.eu .. (Homilia in I Sam. Opéra A.MA, p. 617.) lis sont . appelez Dieu ». (Commentaires sur les Psaumes. Opera XXXII p 160 )
« envoyés comme légats aux peuples ; ministres, officiers, lieutenans de Dieu. » On dit : Voyez ! Calvin confère aux rois un pouvoir divin. 11 faut dire : Voyez ! Calvin ne confère aux rois, aux princes qu'un pouvoir délégué par Dieu, qu'un pouvoir qui n'est pas le leur, et ne leur appartient pas. Ils ne sont que des « délégués » : jiirisdictio delegata, et non pa?. jiirisdiciio propria. Il ne s'agit pas d'un droit privé (propriété), ni d'un droit féodal (lehenrechlliches) (seigneurie) ; il s'agit seulement d'un office : a office simple. » « Moyse parle ici (Deut. I, i(')-iSi du bien que tiennent les juges et les magistrats : comme s'il disoit, qu'ils n'ont point cela en propriété, que ce n'est pas une seigneurie, qu'ils ayent d'héritage : mais que cest un office simple '. »
L'établissement de la souveraineté humaine n'entraîne aucune diminution de la souveraineté divine : « Dieu ne s'est point despouillé de son droit, quand il a ainsi eslevez les grans, et il faut qu'il ait tousjours l'empire souverain -. » — En instituant les princes. Dieu ne se donne pas des « compagnons ^ a, des « compagnons et des égaux {socii et œquales) '\ Les plus grands ne sont que les ■< mains de Dieu '■' ; » ils ne sont que les organes, pas indépendants, de sa volonté ; ils agissent conformément à leur mission, sans pouvoir propre, sans droit propre *. Les anges eux-mêmes ne sont pas des égaux {cvqiiales, pares), mais des « ministres '. »
3. P^t nous voilà arrivés à la théorie du « droit divin, n Calvin la soumet à la plus vive critique.
Dans la bouche d'un souverain, cette expression indique le plus souvent une orgueilleuse protestation contre toute tendance démocratique, contre toute tendance à faire dériver sa puissance du peuple, qui peut la contrôler. — Lt sans doute Calvin ne se préoccupe pas, ici, « des tendances démocratiques ou révolutionnaires **. » Il ne se préoccupe que de « la soumission voulue à l'autorité de Dieu, de la conviction que le pouvoir est une concession de Dieu. » — Mais cela suffit amplement pour ruiner l'idée de ce que l'on appelle le « droit divin. » En efîet, chez ceux qui se vantent de régner par la « grâce de Dieu, » que trouve-t-on ? Chez les uns, c'est un simple prétexte pour nier tout supérieur {superior'i., et pour s'arroger a l'empire souverain » {summum imperium) " ; chez les autres, c'est un vain titre que contredit leur sentiment intime. Ils parlent de royauté « par la grâce de Dieu, » et ils pensent à une royauté conquise parleur habileté {propria induslria), ou par héritage (hœreditario jure), ou par fortune {fortunœ beneficioi '". — Et tout cela est faux.
La théorie du « droit divin, » selon Calvin, est la négation de la théorie historique du- « droit divin ». — On peut s'exprimer autrement. La théorie historique « du droit divin, » c'est la théorie de la royauté « légitime », et cette légitimité s'établit par la naissance, par l'hérédité. C'est cette légitimité que Calvin nie.
1. 1555. Opéra XXV, p. 644. — 2. 1552. Ibkl., L, p. 397. — .3. Ibid., XX.X.V, p. 152. — 1. Ibid., XXXVI, p. 626. — r>. Ibid., XXXV, p. 229. — C. Beyerhaus, p. 89. — 7. 0/>era XL, p. 662, 707. — >^. Beyerhaus, p. 90. — 9. Opéra XL, p. 670. — lu. Ibid., XXXII, p. 160.
Même, ici, il faut bien considérer que lorsque Calvin dit : toute autorité, il entend vraiment totite^ de quelque façon que cette autorité ait été conférée à celui qui la possède. « Les royaumes se donnent par la Providence de Dieu. Combien que les uns viennent de succession et lignage, les autres se conquestent par guerre, à force et à l'espée, les autres viennent comme par sort et par cas d'aventure, néantmoins Dieu gouverne le tout ; il ne se fait nul changement aux principautés que tout ne soit ordonné de là haut. C'est Dieu qui gouverne le tout et rien ne se fait par fortune, ni à l'aventure, comme on l'estime '. »
Du moment que le mode de transmission de l'autorité n'est pas essentiel, il ne faut pas « s'enquérir trop curieusement à quel droict c'est qu'un chacun prince domine. » Et même, dit Calvin, pour couper « la broche à toutes objections superflues,... il doit nous suffire que tant y a que nous les voyons présider'-. »
C'est l'autorité de fait. Ht une conséquence est déduite qui, aujourd'hui, pourrait tout particulièrement nous froisser. « Quand il y a mutation d'empire, les engagements des sujets cessent. » Sans doute la fidélité, même à Dieu, e.xige que le chrétien « expose sa vie pour défendre son prince. » Et si un étranger envahit le pays, il y aurait crime de perfidie {crimen perjidiœ) à ne pas s'opposer à lui, à ne pas porter secours au prince, selon les serments à lui prêtés. — Mais si, malgré tous les eflForts, un étranger {aliénas hostis) conquiert et occupe tout le pays, « le sujet est délié des obligations de son serment, parce qu'il n'est pas dans le pouvoir du peuple de constituer les princes. C'est à Dieu seul qu'il appartient de changer les dominations selon son bon plaisir. Et comme tout pouvoir réside en Dieu seul, là où règne un (aliquis) prince, le peuple ne doit pas persister avec obstination à ne pas se soumettre à lui, comme à un prince légitime, puisqu'il est préposé divinement '\ » Ainsi Daniel à Babylone. « Combien qu'il pouvoit à bon droit tenir le roi pour un homme détestable, si est-ce qu'il a porté révérence