‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son temps (volume 4)Chapitre 100 sur 149 · Congrégation sur l'élection éternelle. OperaWW, p · texte numérisé non relu

Congrégation sur l'élection éternelle. OperaWW, p

2. Voici quelques lignes qui montrent la place que la grande doctrine sur le témoignage du Saint- Esprit, sur la maîtrise du Saint-Esprit tenait, non seulement dans le système de notre Réformateur, mais dans la vie religieuse de ses disciples. Les martyrs de Chambéry, Jean Vcrnon et Jean Trigolet, la proclament avec insistance. « L'esprit de Dieu, dit Jean Trigolet, docteur intérieur de nos consciences, nous rend un tel tesmoignagc de nostre élection, vocation et adoption, de la rémission de nos péchez, de nostre réconciliation et justification par la mort et résurrection de nostre Seigneur Jésus, qu'onques de ma vie n'eus telle conoissance de mon salut et asseurance, par les leçons et sermons que j'ai ouis en son eschole [à Genève] que j'en sens en mon cœur par expérience, en ceste pratique et probation d'affliction et persécution. » Jean Crespin, Histoire des martyrs, édit. de Toulouse, II. p. 237, 238.

n. Commentaires sur 1 Corinthiens, I, 8. Voir chap. X. — 4. Commentaires sur Romains, IX, 17. — S. Commentaires sur Ep/ifsiens, I, 4. — 6. Commfnlaires sur Romains, VIII, 9. — 7. Bf, p. 486. III, xxiii, 12.

EXPOSÉ DE I.A DOCTRINE SqQ

Le prédestiné n'est-il pas, du moins, égoïste, dépréoccupé d'évangélisation, de mission? A quoi bon prêcher à des prédestinés, élus ou réprouvés ? « A quel propos, demande Calvin lui-même, est-ce qu'on nous presche tant ? Si Dieu nous a choisis et esleuz à soy, nous ne pouvons périr, et si nous sommes réprouvez, de quoy nous profitera toute la doctrine qu'on pourra jamais ouyr? » Et il répond : « Voire, mais le tout s'accordera très bien quand nous ne passerons point mesure.... Kt, de fait, voici deux sentences que les hommes, avec leur audace et témérité, cuideroient estre contraires, et néantmoins elles se conforment bien l'une à l'autre. Jésus-Christ dit : « Venez à moy, vous tous qui estes chargez.... » En l'autre passage, il dit : « Nul ne peut venir à lui, sinon qu'il y soit attiré par le Père '. » — Toujours l'antinomie, le dualisme, et cette fois-ci à l'abri de l'autorité du Christ lui-même.

En dépit de toutes les affirmations contraires et si fréquentes, il faut reconnaître que le calvinisme ne rend pas le fidèle uniquement préoccupé de son salut personnel.

D'abord on peut dire que, même pour l'individu, il y a quelque chose de supérieur à son salut propre, c'est l'honneur de Dieu. C'est ce que le Catéchisme enseigne, dès sa première page, à l'enfant : « La principale fin de la vie humaine » n'est pas d'être sauvé, c'est « d'honorer Dieu ». Voilà vraiment « le souverain bien des hommes -. »

Aussi n'est-ce pas à un moindre personnage qu'un roi, le roi de Navarre, que Calvin rappelle ce fait : il y a quelque chose de « plus digne et de plus précieux » que son salut : « Vous pardonnerez à la nécessité, sire, laquelle nous contrainct de parler ainsy, d'aultant que nous avons soing de vostrc salut, voire cTune chose plus digne et précieuse, c'est de la gloire de Dieu et de l'advancement de règne de Jésus-Christ, où consiste le salut de vous et de tout le monde ■'. o

Aussi quand le cardinal Sadolet croit avoir trouvé un argument irrésistible en insistant sur « l'excellence de la vie éternelle », en consacrant à ce sujet le tiers de son épître, pour rendre les Genevois attentifs aux intérêts de leur salut, il s'attire cette réponse de notre Réformateur : « Cela sent peu son vray théologien (parum theologicum) de tant vouloir astreindre l'homme à soy-mesme, que pendant ce temps tu ne lui recommandes pas le premier motif de bien former sa vie, asçavoir le désir d'illustrer la gloire du Seigneur \ »

Si, même en ce qui le concerne personnellement, le fidèle ne doit pas être exclusivement préoccupé de lui, comment, d'une manière générale, ne serait-il pas préoccupé des autres ? Le grand principe de l'honneur de Dieu montre ici son extraordinaire puissance d'œcuménicité, d'universalité : « Il ne faut pas qu'un

1. Trese sermons, p. 53, 54. - 2. 0/>era VI, p. 9- - »■ «56i- Opéra XIX, p. 201. - 4. Opéra V, p. 391- Opuscules, p. 150. Nous avons corrigé un peu la traduction française qui rend obscur le sens très clair du latin.

LA ^REDEST1NAT10N

chacun soit addonné à sa personne, ni à ses amis particuliers; mais que nous estendions nostre charité et solicitude envers tous, et grans et petis, et ceux qui nous sont privez [familiers], et ceux qui nous sont incognus. «

Mais ce mot ions implique-t-il vraiment tous les hommes, même les incrédules? Oui. «Tant y a qu'en priant pour les fidèles, il faut aussi que nous ayons pitié et compassion des povres incrédules, qui cheminent cncores en erreur et ignorance, et que nous supplions à Dieu qu'il les attire avec nous, et que nous soyons tous ensemble d'un accord. »

Les enfants de Dieu doivent donc « avoir soin du salut de tout le monde; » et Calvin répète une expression curieuse, étrange, d'autant plus significative : ft Pour ceste cause, qu'un chacun se solicite à prières et oraisons, non seulement pour soy et en son particulier, mais pour toute l'Eglise, et en général pour tout le monde. »

Plus loin : « Nous devons exercer nostre charité les uns envers les autres, demandans à Dieu qu'il face merci à tous. »

Plus loin : « Nous devons prier non seulement pour les fidèles qui ont desjà quelque fraternité avec nous, mais pour ceux qui en sont bien eslongnez, comme les povres incrédules ; combien qu'il semble qu'il y ait une longue distance, qu'il y ait une muraille espesse entre deux, si faut-il néantmoins que nous ayons pitié de leur perdition à fin de requérir (]u"il les attire à soy. »

Plus loin : « Suyvant cela que nous ayons pitié des povres errans qui vont à perdition, combien qu'ils n'en soyent pas dignes, combien qu'ils soyent ennemis de riiglise, et qu'ils s'escartent loin de nous. »

Et plus loin enfin : « Car nous ne sçavons pas s'il plaira à Dieu de leur faire merci et les ramener au chemin de salut. Mesmes nous en devons bien espérer, puisque tous sont créez à l'image de Dieu. Et, puisque nostre salut ne procède que de la pure bonté et gratuité de nostre Dieu, pourquoy est-ce qu'// ne fera le semblable à ceux qui sont maintenant en train de perdition, comme nous avons esté ? »

Voilà bien la théorie de l'évangélisation et de la mission *.

Il est vrai que tout à coup le décret éternel reparaît. Saint Paul dit : « Dieu veut sauver tout le monde, afin qu'en tant qu'en nous est nous procurions ainsi le salut de ceux qui semblent estre bannis du royaume de Dieu, voire du temps qu'ils sont incrédules. » Oui ! Seulement « tout le monde » veut dire, non pas « chacun en particulier », mais « tous estats et tous peuples". » — « Dieu veut que tous soyent sauvés : Il ne faut point ici penser qu'il parle de Jehan ne de Pierre. » Autrefois, Dieu avait choisi un peuple; maintenant il étend sa miséri-

1. Sermons sur ta première épitre à Timothée. Opéra LUI, p. 125-129, 135. — Le D"^ Warneck soutient que « l'universalisrae > est le seul fondement solide de l'édifice de la théologie évangélique ; que, en dehors de < l'univcrsalisme >, il est impossible de trouver place pour une théorie des missions, etc. D^ Warneck's, Evangelische Missionslehre, p. 103. — Voir la réponse de N. M. Steffens ; « The princii)le of reformcd Protestantism and foreign missions, > dans The Presbylerian and Reformed Review, 1894, p. 241 et ss.

2. Voir mÉmc explication dans i Timothée II, 3, à propos des mots « Dieu veut que toutes gens soyent sauvez » : « L'Apostre parle de tous estats, et non pas d'une chacune personne. " Coniiiicnluires. 1 Timothée.

'corde à tous les peuples. Il n'y a plus de distinction entre les Juifs et les païens. Il ne faut donc pas « restraindre la bonté paternelle de Dieu seulement à nous ou à un certain nombre de gens, » et le Christ a donné à ses apôtres « commission de prescher à toute créature. » iMais cela ne veut pas dire que « Dieu veuille sauver chacun homme. » C'est « folie », ou « plustost bestise », que « d'abuser de ce passage pour anéantir l'élection de nostre Dieu. » Ceux qui en abusent ainsi « sont bestes nullement exercez en TEscriture saincte. » Dieu présente à tout le monde le salut, mais « il n'y attire pas tout le monde. » C'est une grâce spéciale que Dieu fait « à ceux que bon luy semble ^ »

Mais voici que de nouveau le décret éternel semble disparaître. Il faut évangéliser : « S. Paul, en disant à Timothée qu'il sauvera ceux qui l'escouteiU, monstre de quelle importance est d'anoncer l'Evangile de Dieu; elle est pour édifier à salut une Eglise, ou pour la ruiner et la mettre en perdition *. » — « S. Paul dit que Timothée sauvera ceux qui l'escouient, signifiant qu'il ne tiendra qu'à ceux que Dieu appelle par sa parolle, qu'ils ne soyent menez au chemin du salut, quand ils auront un pasteur fidèle qui les guide.... Et voilà pourquoy l'Evangile, qui, de sa nature, doit estre une odeur de vie, est convertie en mort. Et en cela voit-on quelle est la perversité des hommes. Dieu fait luire son soleil sur nous, et nous prenons occasion d'estre plus aveuglez ^ » — Ayons donc des pasteurs, des écoles pour les former.

« J'ai dit qu'il fallait favoriser avec grand soin et diligence la propagation de la vraie religion. Car celui qui, en temps opportun, ne sème pas, quelle moisson pourra-t-il attendre ? Est-ce que nous devons être paresseux à semer la semence incorruptible et céleste ? Ayons donc soin de ne pas être oisifs, de ne pas cesser de semer cette semence spirituelle, de peur que la disette de cette nourriture spirituelle, qui est notre Seigneur Jésus-Christ, ne nous atteigne. Il faut donc ouvrir des écoles, instituer des docteurs '*. »

Sans doute, Calvin explique que nous sommes de simples instruments dans la main de Dieu. Après avoir dit : « Tout notre salut procède de Dieu ; c'est luy qui le commence, c'est luy qui le continue, c'est luy aussi qui le parfait, et ne faut point que l'homme s'attribue ici rien qui soit jusques à une seule goutte, » il continue : « Dieu besongne en telle sorte que nous ne sommes point comme des pierres ou des troncs de bois.... Nous sommes instrumens de Dieu, où il desploye sa vertu ; il nous faut employer à ce qu'il nous appelle, et aviser de n'estre point oisifs.... Que l'homme s'employe, sçachant toutesfois qu'il ne peut rien.... L'Escriture nous enseigne qu'il ne nous faut point flatter en paresse, qu'il ne nous faut point estre morts, quand Dieu nous vivifie.... Dieu se veut servir

1. Sermons sur la première é pitre à Timothée. Opéra LUI, p. i47-'5'-

2. Ibid., p. 436. — •> Pour ce que nous ne sçavons pas ceux qui appartiennent au nombre et à la compagnie des prédestinez, ou non, nous devons estre affectionnez à souhaiter le salut de tous. Si ainsi est. nous taschcrons de faire tous ceux que nous rencontrerons participans de nostre paix. Au reste, elle ne reposera sinon sur ceax qui sont enfans de paix. » 1559- HI, xxiii, 14.

.3. Opéra LUI, p. 439, 44o. — '». Homiliœ LXXII in I Lib. Samuel. Opéra XXX, p. 33'-

LA PREDESTINATION

de nous, il faut qu'un chacun de nous se laisse conduire à Dieu ' comme bon luy " semblera, et que nous ne facions point des revesches"^. »

Après révangélisation, c'est la mission que Calvin prêche : « Autant d'hommes qu'il y a au monde, ce sont vos prochains.... Dieu n'a point choisi la race d'un homme, il n'a point enclos son service en un pais certain, mais la paroy est rompue, tellement qu'aujourd'huy il n'y a ne grec, ne juif.... Quand j'auray dit: Voilà un homme qui est d'un pays lointain, et quelle accointance est-ce que nous avons eu ? et mesmes nous ne saurions parler un mot l'un à l'autre, qui soit entendu. Or quand j'auray tout dit, qu'est-ce? Que je le regarde, que je le contemple, et je verray là une nature qu'il a commune avec moy.... Il y a une mesme nature, par laquelle Dieu nous a tous conjoints et unis.... Taschons de procurer et le salut de leurs âmes et le bien de leur corps, en tant qu'en nous sera^. » — « Ils appelleront les peuples, etc. (Deut. XXXIII, i8, 19). — Ce que nous avons à retenir de ce passage, c'est que nous taschions, en tant qu'en nous sera, d'attirer à Dieu tous les hommes de la terre, afin que, d'un accord, il soit adoré et servi de tous. Et de faict, si nous avons quelque humanité en nous, voyant que les hommes vont à perdition, jusques à tant que Dieu les ait sous son obéissance, ne devons-nous point estre esmeus de pitié, pour retirer les povres âmes d'enfer, et les amener au chemin de salut ^? »

Finalement, tous ces contrastes et toutes ces antinomies se concentrent dans deu.x contrastes, dans deux antinomies générales et suprêmes : le prédestiné est faible,... et fort ! Le prédestiné est petit,... et grand !

« Il ne faut qu'une bouflPée de vent pour nous abattre, il ne faut qu'une mouche pour nous éblouir les yeux. Et, cependant, nous sommes ici exposez à tant de combats que rien plus. Voilà nos ennemis qui sont en nombre infini, et je ne parle point de ceux que nous voions à l'œil, mais des ennemis spirituels ; car l'air est plein de diables, qui nous espient, et qui sont mesmes comme lions

i. < Celuy qui est constitué pour annoncer la parollc de Dieu ne sait pas, quand il aura fait ce qui luy est commandé, si sa prédication tournera au salut des auditeurs ou à leur condamnation. Mais travaillons cependant, et prions Dieu qu'il luy plaise donner vertu à sa parolle, qu'elle profite et que le povre soit retiré de la perdition à laquelle il tend. » Sermons sur le Dctitcronome. Opéra XXVI, p. 37. — < Voici Dieu m'envoyc. Et que me met-il en la bouche? Que je présente la paix à tout le monde, que les plus meschans mesmes soyent participons d'un tel message, et qu'ils cognoissent que Dieu les cerche. Or nous savons que le message ne peut pas profiter à tous. Que faut-il faire ? Que les hommes soyent rendus inexcusables,... tellement qu'on cognoist ce qui est caché au dedans, qui n'eust peu estre autrement apperceu. Quand donc nous voyons cela, apprenons de tousjours dire ciuc la parolle de Dieu est bonne, et sainctc, et qu'elle seroit la vraye pasture de vie, n'estoit que les hommes, par leur propre malice, la convertissent en venin et poison, tellement que leur faute est telle que la coulpe n'en peut estre nullement attribuée à Dieu. > Ibid., p. 39, 40.

i. Sermons sur la première cpilre a Timolhie. Optra LUI, p. 435. — :t. Opéra XXVIII, p. 16, 17.

4. Opéra XXIX, p. 175, 176, 177. — « L'apostre comprend en ce nombre les princes et les peuples estrangcs. Dieu veut que la doctrine de l'Evangile leur soit aussi bien commune qu'aux autres. » Coiimieiitaires, i Timothéc II, 3.

EXPOSÉ DE LA DOCTRINE ^o3

rugissans, outre leurs astuces. » Jamais position ne fut plus terrible. Et cependant jamais combattant ne fut plus tranquille. Sa force « gist » en Dieu : c'est l'œuvre de l'clection. a Quand nous savons que le Père nous a donnez en garde à son Fils, nous sommes certains que nous serons maintenus par lui jusques en la fin, car nous avons sa promesse,... jusques au dernier jour, jusques à la résurrection.:.. Et voilà en quoy nous pouvons nous resjouir : C'est qu'en cognoissant nos faiblesses et nostre fragilité, et que nous ne sommes rien, et que tout nous fait défaut, toutefois que nous pouvons dire : Le Seigneur, qui m"a appelé à soy, parfera son œuvre.... Nostre foy demeurera victorieuse par dessus tout le monde. » Donc « ne laissons pas de marcher franchement, sachant que nostre force gist en Dieu '. »

Après le premier contraste, le second : le fidèle, qui est si petit, est si grand ! Calvin s'exalte :

« Voilà un povre homme qui sera rejette de tous. A grand'peine luy dira-on : Dieu vous gard'. Et Dieu s'adresse à luy premièrement, et se déclare estre son Père, et veut que cestuy-ci l'escoute, et ne luy dit pas comme un mot en passant, mais il s'arreste là pour dire: « Tu es de mon troupeau; que ma Parole te » soit pour pasturc, qu'elle soit la vie spirituelle de ton âme.... » Dieu s'est monstre si bénin envers le genre humain, que ceux qui estoyent en opprobre, et tant vilipendez, qu'on ne daignoit pas les regarder d'un bon œil, il a prins ceux-là comme en son giron, il se déclare Père envers eux et les adopte pour ses enfans-....» « Nostre Seigneur Jésus-Christ dit : Petit troupeau, que tu te resjouisses, et que tu ne sois point comme un troupeau confus et desconfit. Et pourquoy? Car le Père a prins son bon plaisir en toy. Voilà donc où il nous faut avoir toute nostre resjouissance! Voilà de quoy il nous faut estre armez, pour faire nos triomphes contre toutes tentations, quand nous verrons aujourd'huy les ennemis de l'Evangile et les supposts de Satan faire leurs bravades, et qu'il n'y en aura que pour eux, et que cependant ils nous despriseront ; et non seulement cela, mais qu'ils nous tiendront comme des créatures du tout désespérées, comme si nous n'estions pas dignes d'estre mangez des chiens (comme on dit); quand donc nous verrons aujourd'hui cela, et mesme que beaucoup seront comme povres affamez, et qu'ils n'auront pas du pain à manger, qu'ils n'auront pas ni leurs aises, ni leur commoditez, qu'il nous souviene de ce qui est ici dit : le plus grand ser\àra au moindre.... Puis qu'ainsi est, n'appétons pas d'estre grans selon le monde; car combien que nous soions contemptibles et mesprisez, si est-ce que nous ne laissons pas d'estre héritiers du monde ; combien que nous n'aions ne terres ne possessions, si est-ce que le tout nous appartient... ; et nous sommes comme une couronne précieuse en la main de Dieu, et comme une bague qu'il tient en son doigt, et comme son cachet, et qu'il n'y a Egypte ni Assyrie, c'est-à-dire toutes les plus grandes monarchies du monde, qui soient tant estimées de luy, comme nous sommes, non pas pour valeur qui soit en nous, mais d'autant qu'il luy a pieu nous choisir'. »

I Tre^e sermons, p. 56-57. — 2. Opéra LIV, p. 532. — 3. Treee sermons, p. 57-59-

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