‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son temps (volume 4)Chapitre 105 sur 149 · ORIGINES ET DESTINÉES DE LA DOCTRINE 4II · texte numérisé non relu

ORIGINES ET DESTINÉES DE LA DOCTRINE 4II

cent, entre mille autres, j'en cite encore, vraiment au hasard, deux ou trois, que j'ai sous la main et qui sont empruntées à des auteurs protestants : « Son système théologique est le plus affreux qui soit jamais sorti d'une tête humaine. Le délire n'a jamais rien enfanté de plus atroce '. » — « En adoptant les doctrines de Calvin, je ne m'étonnerais pas qu'il arrivât à quelques-uns de devenir fous. Une telle doctrine me parait véritablement épouvantable-. » — « Supprimer le libre-arbitre, c'est supprimer le péché; supprimer le péché, c'est supprimer le jugement de Dieu; c'est ouvrir dans FKglise chrétienne la porte à tous les excès de l'immoralité ^. »

Toutefois, ces attaques ne sauraient plus faire illusion. Il est aujourd'hui impossible de le contester : ce sont les penseurs et les peuples qui ont professé des idées prédestinaticnnes, qui ont marché à la tète de la moralité sociale. Et comme, si l'on peut admettre des inconséquences momentanément pour quelques individus, on ne peut admettre pareilles inconséquences pour des sociétés entières pendant des siècles, le problème vrai est bien celui-ci : Comment le dogme de la prédestination a-t-il été capable de produire une moralité supérieure dans la société ?

Calvin a répondu du point de vue théologique. 11 nous faut répondre du point de vue historique et social; et voir comment le calvinisme théologique, ramassé dans la formule de son dogme prédestinatien, s'est élancé dans le monde avec une force prodigieuse, comme la source, captée dans un bassin solidement barré, s'élance avec un élan redoublé dans les canaux et porte l'eau dans tous les champs de la vaste plaine humaine.

2. Et d'abord il faut commencer par le commencement : pour nos pères du seizième siècle, quel était le sens du mot prédestination?

Il y a, en effet, souvent, très souvent, une différence entre le sens qu'un mot avait pour les hommes d'autrefois et celui qu'il a pour les hommes d'aujourd'hui, pour les hommes d'action qui ont vécu le mot et pour les hommes de critique qui l'analysent. De là des malentendus fort nombreux, des jugements sans vérité ni justice, et parfois ridicules, malgré leur apparence scientifique.

Il en est des mots comme des fleurs. Mettez la fleur, déposée depuis des années dans l'herbier, sous les yeux d'un homme qui ne l'a jamais vue vivante, cet homme ne saura comprendre le ravissement que cette fleur a pu exciter, dans un autre sol, sous un autre ciel, avec toutes ses couleurs. De même: quel rapport y a-t-il souvent entre le mot desséché et étiqueté dans l'herbier appelé histoire des dogmes, et le mot résumant, incarnant la vie, les passions d'une génération d'hommes? Le mot est inséparable du cerveau, du cœur, de la vie de pensée et d'action qui a animé ceux qui le prononçaient et ceux qui l'entendaient.

1. Pouzait, Réfutation du méthodisme, p. 3-6 et ss. — 2. Martin, Conférences sur la sanctification, p. 201, 203. - Ces deux te.Mcs sont cités par un auteur catholique: Frédéric Fragevays, Genève ancienne et moderne, 1864, p. 30, n. 2. - 3. J'emprunte ces lignes à une de ces thèses de théologie que je cite quelquefois, parce que, - valeur propre à part, - elles sont représentatives pour certains moments et certains milieux. — A. Savary, La prédestination chez Calvin, 1901, p. 38, 39, 8, 9.

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Et ce qui est vrai de presque tous les mots, Test particulièrement du mot prédestination. Aucune fleur de nos herbiers dogmatiques n'est plus fancc, ridée, noircie. Quel aspect avait-elle au seizième siècle ?

Un fait typique, — type de milliers d'autres, — va nous fixer. Luther, encore moine, alla à Heidelberg, et là, dans une conférence, soutint les idées les plus outrées sur le serf-arbitre. Dans son auditoire, un jeune moine, un jeune homme tressaillit de joie, d'enthousiasme, comme à l'annonce d'une révolution libératrice. C'était Bucer!

Aujourd'hui, quel jeune homme, avide d'affranchissement, frémirait d'espérance aux mots de serf-arbitre et de prédestination? Or ce n'est pas la nature humaine qui a changé. Donc c'est le sens du mot.

3. Rappelons-nous notre théorie sur l'histoire des dogmes : c'est le cas de l'appliquer. Le dogme a tout d'abord une portée négative. Il nie une erreur.

Le doo-me de la prédestination niait les autorités humaines sous lesquelles ployaient en gémissant les consciences chrétiennes : rites, hiérarchies, satisfactions innombrables, etc. En face du décret éternel, qu'importe un rite de plus ou de moins? Qu'importe une hiérarchie sacerdotale? Les intermédiaires, les jougs se brisent, et font place aux droits du fidèle, qui surgissent, à la société des élus, à l'élu en face de Dieu. Servire Deo, vera libcrtas, a déjà dit saint Augustin.

Et alors, à la lettre, si nous voulons nous représenter l'impression produite par la doctrine de la prédestination, il nous faut penser à l'impression produite, au dix-huitième siècle, par la Révolution démolissant la Bastille. Quelle libération !

4. Puis, l'époque était terrible, l'époque des persécutions, des gibets, des bûchers. Tout un peuple, dans l'horreur des temps, luttait pour son salut. — Et la doctrine de la prédestination apportait sa certitude, une certitude surhumaine. Elu de toute Eternité pour toute l'Eternité. Le fidèle est dans la main de Dieu. De cette main qui le ravira ? « Quand nous cognoissons que Dieu nous a appelez à soy, dit Calvin, suyvant ceste élection qui est immuable, par cela nous sommes tant mieux certifiez de nostre salut, comme Jésus-Christ le déclare, que nul ne luy ravira ce qui luy a esté donné du Père'. » — Aux cinq martyrs de Lyon, il écrit : « Vous savez qu'en partant de ce monde nous n'allons à l'advanture : non seulement pour la certitude, que vous avez, qu'il y a une vie céleste, mais aussi pour ce qu'estans asseurez de l'adoption gratuite de nostre Dieu vous y allez comme à vostre héritage '. » — Et cette idée du théologien et du pasteur était l'idée du fidèle obscur.

Voici une de ces lettres : « Celui qui abandonne ce seul point doit nécessairement perdre complètement l'espoir certain, sans hésitation {certa et inditbitata spes) de son salut. Car si les fidèles ne sont pas fermement attachés à cette

». Sermons sur la première épitre à Timothée. Opéra LUI, p. 153- — 2. Décembre 1552. Opéra XIV, |). 424.

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arche sainte {sacrœ hujiis anchorœ certo innixi fiœrinl), à savoir (|uc Dieu les a élus de toute éternité à cause de Christ, jamais ils ne résisteront au milieu des flots et des attaques de Satan et du monde. Jamais ils ne pourraient se réfugier dans un port vraiment sûr. Ils seraient flottants; ils douteraient si Dieu vraiment a pris soin deux, et les accompagne de son amour paternel '. »

Comment s'étonner que, du fond de son cachot, tel martyr, apprenant que la doctrine de la prédestination était attaquée à Genève, ait poussé un cri d'alarme, d'effroi? — La prédestination, c'était la certitude dans la paix, dans la joie! Joie, joie! Pleurs de joie!

5. Et enfin, et surtout, la prédestination, c'est Dieu, Dieu partout, Dieu en tous, Dieu qui est Dieu, absolument.

Ici, à la place des théologiens suspects, je laisse parler un moraliste comme M. Faguet analysant, émerveillé, V Institution :

« L'invention du christianisme, c'est l'infini.... Au point de vue philosophi(iue, il a apporté cette idée-là. Elle était absolument étrangère à l'antiquité.... Le protestantisme a été une explosion de l'idée d'infini.... Quant à être une renaissance de l'idée d'infini, cela est certain. Voyez, pour vous en convaincre, que sur bien des points essentiels, les premiers protestants ne sont pas d'accord,

sur la présence réelle... sur le péché originel Mais sur la justification par

les œuvres et sur le libre-arbitre, ils disent tous la même chose ; ils sont tous résolument négatifs. Cela signifie qu'ils comprennent que Dieu est tout et que l'homme n'est rien, et qu'ils poussent cette idée jusqu'à ses dernières conséquences avec une vaillance que l'homme ne met pas d'ordinaire à se dépouiller

Faire une part à Dieu..., c'est une idée de païen '^.» — « Voilà les idées sur lesquelles les protestants étaient d'accord. Ils étaient d'accord sur les idées religieuses et morales dérivant de la notion d'infini, comprise et sentie comme jamais elle n'avait été comprise ni surtout sentie encore : ce sont ces idées qu'avec sa logique, et avec sa passion dans la logique, Calvin a poussées jusqu'à la dernière rigueur possible, jusqu'à une rigueur comme implacable ■'. » — « Il n'y a pas deux principes. Il n'y a pas deux puissances. Il n'y a que le toutpuissant : il n'y a que Dieu. Il n'y a que Dieu. Le diable n'est pas libre. L'homme non plus; s'il était libre, il y aurait encore deux puissances, et le manichéisme renaîtrait '* Et le manichéisme, peu s'en faut que ce ne soit pas le

catholicisme tout entier ''. » — « La prédestination est le point d'arrivée nécessaire du calvinisme, c'est-à-dire de la notion d'infini comprise avec emportement et embrassée avec ivresse *". »

6. Alors comment ne pas se rappeler le mot de Renan : Calvin a été le plus grand chrétien de son temps? Et si Calvin a été le |")his grand chrétien, comment

I. Prevotius à Gualtherus. — Opéra XIV, p. 436. — Les éditeurs, p. 435, n. 2, croient devoir écrire: « Tu as ici un vrai trou calviniste {piiniin ptiteuui calvinisium) prêt à avaler même des chameau.^. » — Peutêtre avons-nous ici un exemple typique de la différence du sens des mots pour les fidèles du seizième siècle et pour les théologiens du dix-neuvième. — 2. Emile Faguet, Seizième siècle, 1894, p. 152-154. — .'t. Ibid., P- 'SS- — *• Ibid,, p. 155, 156, — 3. Ibid., sg. — 6, Ibid., p. 164.

LA PREDESTINATION

s'étonner de l'influence sociale exercée par la religion ramenée à son état le plus chrétien?

« Dans sa théorie de la grâce, a dit Kuyper, il est possible que Calvin n'ait fait guère autre chose que copier saint Augustin. Mais, — à un point de vue, — il fut bien supérieur à Augustin. Il rendit le principe de la souveraineté divine actif dans l'Eglise, et par l'Eglise, dans la vie des Etats et des nations '. »

C'est bien, en eflPet, la théologie calviniste qui a produit la civilisation calviniste. « Prise au sens large, dit M. W. Alexander, la théologie dogmatique a été le plus puissant élément de notre civilisation. Elle a enseigné aux hommes des idées nouvelles et plus pures sur Dieu, sur l'homme et sur leurs relations réciproques. y>

Mais l'enseignement théologique, même chez les chrétiens, n'est pas identique. Il y a plusieurs dogmatiques. Laquelle est la plus favorable à la civilisation ? Les faits répondent : « La plus haute civilisation du monde se rencontre aujourd'hui dans les pays où cet enseignement existe sous sa forme la plus pure, la plus scripturaire.

« La vie semi-pélagicnne ou arminienne |par opposition à la vie augustinienne ou calviniste], capable d'atteindre un degré vraiment élevé de civilisation, semble incapable pourtant d'atteindre le plus haut degré. Elle est moins favorable à la liberté. L'histoire est là pour montrer qu'elle s'allie naturellement au clergé et à la monarchie. L'Eglise papale, qui a mis Augustin au nombre de ses saints, a adopté en très grande partie le semi-arianisme ou l'arminianisme. L'Eglise anglicane, réformée dans son Credo, a un clergé arminien. Dans l'Eglise méthodiste, la théologie arminienne a marché naturellement la main dans la main avec une administration épiscopale. En Allemagne, l'Eglise luthérienne a toujours été césaropapiste. »

Or, d'où vient cette supériorité politique du calvinisme ? de son dogme de la souveraineté de Dieu et de son dogme de la prédestination.

« Ces doctrines enseignent aux hommes à craindre Dieu et à ne craindre aucun homme. Tous les hommes, princes, nobles, paysans, sont égaux dans leur culpabilité devant Dieu. Aucun ne possède^'un mérite quelconque. Voilà le républicanisme ecclésiastique, qui ne connaît aucun chef de droit divin, mais seulement des délégués, des ministres élus pour une charge par la communauté tout entière. Et naturellement le républicanisme ecclésiastique engendre le républicanisme politique. Quand les hommes ont appris, dans les questions ecclésiastiques, à se gouverner eux-mêmes, et par des représentants élus, ils ne sont pas longtemps sans réclamer un gouvernement représentatif, et le roi Jac- . ques n'avait pas tort de s'écrier que le système presbytérien et la monarchie [absolue : il ne pensait qu'à celle-là' allaient ensemble comme Dieu et le diable *. »

1. A. Kuyper, Calvinism and con/essional revision, dans The Presb. a. Réf. Review, 1891, p. 377. ï. William Alexander, Dogmatic Theology and Civilisation, dans The Preshylcrian and Refonned Review, janvier 1897, p. 39, 41, 42. — Ce sont les mûmes idées qu'affirme, avec une éloquence spéciale,

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7. Et après le théologien américain, je citerai le philosophe allemand, esprit très libre, qui met Zwinglc (au point de vue philosophique) au-dessus de Calvin, qui est plein de sympathie pour Técole de Ritschl. Dieltey s'en sépare ici cependant et écrit :

« Dans récole théologique actuellement régnante [celle de Ritschl], on a essayé de montrer l'accord général de la religiosité réformée et luthérienne, en ce qui concerne le dogme principal de l'époque de la Réformation, la doctrine de la justification et de la réconciliation. Au fond, Luther aurait ainsi déterminé toute la religiosité de cette époque. Zwingle et Calvin sont exclus de l'histoire du dogme. Ce en quoi Zwingle s'écarte de Luther est renvoyé à l'histoire de la théologie, et Calvin est considéré comme un « épigone de Luther ». D'après mon exposition, et malgré le très grand respect que j'ai pour les services extraordinaires rendus par cette école, j'arrive à un résultat sensiblement différent. Les Eglises réformées ont fait preuve d'une énergie propre, d'une action qui dépassent celles des Luthériens en ce qui concerne le maintien du Protestantisme. Or cela, elles ne l'ont pu que grâce à une nouvelle forme de la religiosité chrétienne, laquelle en effet se montre partout avec une physionomie et des traits bien accentués. Cette religiosité s'exprime dans des dogmes et dans une liaison de ces dogmes entre eux, et diffère de toutes les grandes conceptions dogmatiques précédentes ou contemporaines. Oui ! on peut dire que la religiosité réformée a montré une plus grande force pour former des dogmes que la religiosité luthérienne. Le dogme de la Providence [alhvirken) de Dieu, de la double prédestination et de l'élection gratuite est l'expression aussi précise, aussi claire, d'une religiosité particulière et nouvelle, que n'importe quel dogme, depuis la fondation de l'ancienne Eglise catholique. (]ette religiosité réformée a été, précisément à l'époque oij les nationalités recurent en Europe leur forme solide, d'une importance incommensurable pour la formation du caractère de ces nationalités. Elle donna à la Suisse, dans la mesure où elle la pénétra, le caractère solide, loyal, sérieux de sa piété, de ses mœurs; ce qui a surtout rendu possible le maintien de sa libre constitution. — Elle réunit les sept provinces du Nord des Pays-Bas en un corps politique et religieux, qui prit et garda la direction de la lutte pour le nouveau christianisme, pour la liberté politique, pour les progrès de la science, jusqu'au moment où, à la suite de profonds changements politiques et économiques, et dans de nouvelles conditions

non pas un théologien, mais un homme d'Etat, qui a été ambassadeur dans les diverses cours de l'Europe : Bancroft, l'illustre auteur de l'histoire de l'Amérique. Il faut le citer textuellement : < L'affirmation fondamentale du calvinisme, c'est la suprématie de Dieu,... » Il en arrive à appeler Calvin le < guide des Républiques ., tout spécialement parce que le calvinisme se résume en la prédestination. « Le caractère politique du calvinisme, dit-il, que, d'un commun accord et par un instinct sûr, les monarques d'aujourd'hui craignent comme un républicanisme, est exprimé en un seul mot: prédestination. Si une fière aristocratie veut remonter, à travers les générations, jusqu'à quelque ancêtre de haute naissance, le réformé républicain, avec un orgueil plus sublime, pénètre jusque dans le monde invisible, et dans le livre même de vie trouve l'attestation de sa noblesse incomparable, décrétée de toute éternité par le roi des rois. . Voir History ofthe United States, II, p. 4571 I. P- '8'. 608, 609.

^.l6 LA PRÉDESTINATION

commerciales, cette direction fut transportée et confiée à l'Angleterre à la fin du dix-septième siècle par Théroïsme de la maison d'Orange avec Guillaume III. Elle remplit l'Ecosse de cet esprit, bien un, de cette piété libre, profondément sérieuse, et même subtile, mais qui en môme temps se manifestait dans une puissante vie des communautés, et faisait du pays la citadelle de la liberté ecclésiastique et le siège de la spéculation sérieuse au sein de la Grande-Bretagne. Et elle donna, dans plusieurs pays allemands, à la religiosité son empreinte douce et libre. Oui, même là où la religiosité réformée ne se maintint que dans une minorité, ou bien pénétra comme simple élément dans la vie religieuse du pays, elle se manifesta comme un ferment d'une force toute particulière, originale. Les huguenots français combattirent, dans une histoire pleine de sang et de sacrifices, alliés avec la liberté des Ordres, et avec l'esprit humaniste, pour obtenir leur reconnaissance de l'Etat; ils furent repoussés par la violence. Le besoin de vie de la monarchie sacrifia l'esprit de religiosité et de recherche personnelle à l'unité de l'Etat. Mais la conséquence fut pour cette monarchie la puissance extérieure et la faiblesse intérieure.... Pour la religiosité anglaise, l'esprit réformé devint un élément important ; il s'attesta en Amérique, en Hongrie et dans la dispersion. Cette religiosité réformée communiqua à la piété protestante l'énergie la plus active ; elle fournit à Calvin, aux Orange, aux Cromwell un horizon mondial pour leurs combinaisons politico-religieuses. Son principe de la liberté des communautés devint un agent puissant de la liberté politique. Son union avec l'humanisme enfanta et provoqua le grand mouvement philosophique du seizième et du dix-septième siècle.... Elle prépara un terrain libre pour la pensée philosophique dans les Pays-Bas et ensuite en Angleterre.... l']n mettant l'homme en relation avec la Providence (albvivkeu) de Dieu, en gagnant ainsi pour l'homme une force inamissible, la religiosité réformée relevait au-dessus de tout le cours extérieur du monde et faisait de lui l'unité de force la plus compacte {die geschlnsscnste Kraffteinheit) que l'histoire ait jamais connue. A cette histoire elle donna, dans le but fixé par l'Ecriture à la piété chrétienne, le but le plus haut de l'activité ; elle l'inséra dans l'organisation de l'armée de l'Eglise invisiblement visible. Il n'y a jamais eu de piété qui ait formé un bloc aussi compact '. »

Nous passons de la pensée religieuse proprement dite à la pensée ecclésiastique et politique. Ce sera, s'il plaît à Dieu, l'objet de notre prochain volume.

\. Wilhclm Dicitcy. Die Glaubenskhre (1er Rcformatoren , aufgcfasst in ihrem cntwickclungsgeschichtlichen Zusammenhang. — Pretissisc/ie Ja/irbiu/ier, LXXV, 1S94, P- 83-86.

APPENDICE

JEAN CALVIN IV

Le Jubilé de 1909 et la théologie de Calvin.

^^'AR une bonne fortune, dont je ne saurais m'cstiincr trop heureux, ce volume, destiné aux fêtes du Jubilé, n'a pu paraître à la date prévue. Et jamais retard involontaire ne lut plus profitable. Il me permet d'utiliser, sinon dans le texte, rédigé et à moitié imprimé depuis des mois, du moins dans cet appendice, les travaux que le Jubilé lui-même a provoqués. Or ces travaux sont nombreux, et, beaucoup, des plus remarquables. Dus, la plupart, à des professeurs, à des spécialistes éminents, qui appartiennent à toutes les tendances théoloi^iques, ils marquent un « moment » dans l'histoire calvinienne. Voilà ce que l'on a pensé de Jean Calvin, l'an 1909, en Europe et en Amérique.

Laissant de côté, pour le moment, les études surtout biographiques, et nous bornant aux études proprement théologiques, nous allons pouvoir foire comme la contre-épreuve de notre propre étude, tantôt constatant un accord significatif (c'est le cas le plus commun), tantôt discutant, sommairement, un désaccord, tantôt comblant une lacune par une addition plus ou moins importante, de toutes les taçons profitant de ces indications pour prendre plus complète possession de notre propre pensée, pour la reviser, et pour la mettre, autant qu'il nous est possible, « au point ». Si nous ne nous trompons, cet appendice sera ainsi un des plus importants chapitres de notre ouvrage.

Le théologien.

L'ancienne légende sur le théologien sans cœur ni entrailles avait trouvé son expression pittoresque chez un auteur anglais : « Robert G. Ingersoll prenait plaisir à dire qu'il était arrivé à croire à un enfer, dans lequel un seul homme aurait à souftrir, Jean Calvin '. » — Un professeur américain rappelle que Wesley avait parlé du calvinisme « avec un langage profone », que le doyen Farrar l'avait « caricaturé », que l-'airbairn, d'Oxford, l'avait « dénaturé », tandis que le D' Mac Kintosch, de Manchester, il n'y a pas longtemps, a eu l'audace de parler « de la haine odieuse, éternelle, il a presque dit de l'infamie éternelle du calvinisme, parce que celui-ci insiste sur le tait que Dieu est tout-puissant -'. »

I. Cité par le Rev. J. Ross Stevenson: « Calvin's influence on civic and social lile, » dans The Aubiirn Semir.ary Record, juillet 1909, p. 167. - i. Rev. G. Anderson : « Calvinism. Its leading doctrines and practical influences,» dans The Original Sécession Magazine, juillet-août 1909, p. 297.

j^20 APPENDICE

Et l'on ne peut pas dire que ces sentiments anti-calvinistes aient complètement disparu. — D'après Ai Rt'viic, M. Gelirard Gran a présenté, en juin, aux lecteurs du périodique Saintidcn (Christianial le portrait que voici : « A sa religion manquait l'amour.... 11 a complètement manqué d'ironie, d'esprit et d'imagination. Il ne voyait ni la beauté ni la grâce; il avait horreur de l'art. C'était une nature sèche et pauvre '. »

Dans la Cbiistlichc f'Felt, M. Th. Brieger - déclare que les faiblesses de Luther « n'entachent » pas son caractère, et il continue : « Quant à Calvin,... son caractère est horriblement défiguré (grass cntstelU) par des traits qui nous remplissent d'épouvante et d'horreur (Schrecken tind Graucn),... qui, il est vrai, sont exigés par son principe, par certains traits anti-évangéliques de son système, mais qui ont leur racine dans son caractère {Gemûlsart), et ne peuvent être séparés de sa personnalité. » Aussi est-il impossible de ressentir pour Calvin, si peu que ce soit, amour ou vénération {Iceiiic Sptir von Liebc, keinc Fcrehning), bien que l'on éprouve de « l'admiration » pour « la majesté de son caractère •'. » — Le pasteur F. W. Brepohl, de Seegefeld, un disciple cependant de Kuyper, dit : « Calvin, sombre {finster) et sérieux, le vrai fils de son époque sombre {dûsteni) et cruelle;... Dans les années ultérieures de sa vie, Calvin était toujours sévère et ne pouvait jamais être joveux. L'ombre sombre (dustern) d'une jeunesse manquée [?] s'étend sur toute la vie de cet homme;... Calvin s'élève au-dessus de son œuvre voulant, agissant, puissant, grandiose, mais malheureusement sans manifestation de sentiment {ohuc Gefuhlsàusseniiig) ^ ».

Après avoir beaucoup insisté sur le caractère rude, violent, même cruel de l'œuvre ^ de Calvin, le professeur Tschackert met en relief le trait suivant de sa théologie : « on a continuellement le sentiment que l'auteur laisse parler non pas son moi, mais la Parole de Dieu. Précisément cette réserve pudique (keiiscb), qui met à l'arrière-plan le travail personnel, pour donner toute la place à la majesté souveraine de la Parole divine, a donné à l'œuvre de Calvin une puissance irrésistible, si bien que pendant des siècles elle a dirigé et dominé le travail théologique des Réformés. »

Cependant la vieille légende calvinophobe est battue en brèche de tous côtés. — Le Rev. H. Collin .\linton dit : « Ses fautes et ses faiblesses, comme celles des autres grands hommes, paraissent très grandes parce que lui-même était grand ". » — Rendant compte (dans la Theologische Rundschau, dirigée par les professeurs Bousset et Heitmiiller) d'une série d'ouvrages, parus à l'occasion du Jubilé, M. G. Ficker dit que la traduction des lettres de Calvin en allemand était ce que l'on pouvait faire de mieux pour montrer que « Calvin aussi a été un homme au cœur chaud, digne d'être non seulement estimé et craint, mais vénéré (verehren). » Il note que ce qui est commun aux divers auteurs ayant étudié Calvin, « c'est la joie de leur travail. » ''■ Je ne sais, dit-il, ce qu'est chacun d'eux, réformé, luthérien ou uni : tous ont trouvé les paroles les plus éloquentes.... Je ne sais à qui, — s'il s'est occupé exactement de lui et l'a étudié en détail, — je ne sais à qui le caractère intime de cet homme serait antipathique ". »

1. La Revue, 15 septembre 1909, p. 264. - 2. Theodor Brieger : « Calvins Bcdeutung fiir deii Protestantismus des sechszcnthen Jahrhundcrts, » dans Die chrislliche IVell, N" 28, 1909, p. 649-653.

3. Dans leur réponse à Théodore de Bèze, Messieurs expriment leurs profonds regrets de la mort de Calvin, cet homme «auquel Dieu avoit fait tant de grâces et imprimé si grande majesté.» Registre du CohsciV, 8 juin 1564, voir Eugène Choisy, l'Etal chrétien calviniste à Genève, au temps de Théodore de B'eee, 1902, p. 9.

4. Fr. W. Brepohl, Johannes Calvin und seine Bedeulung fiir ttnsere heulige Kullur, 1909, p. 8, 9, 37.

•ï. Paul Tschackert, professer der Théologie in GOttingen. Die Enlslehung der hithcrischcn und der rcfortiiirten Kirchenithre, saiiil ihren innerproléslanlischen Cegcnsâlzcn, 1910, p. 393. — Cet ouvrage considérable n'a pas été compose évidemment pour le centenaire de Calvin: mais il n'y a pas de raison pour ne pas en tenir compte.

6. Rev. Henry Collin Minton : Calvin, the Theotogian, p. 56, dans le volume Calvin Mémorial Addresses, delivered before the gênerai Assembly of the presbyterian Church in the Uniled States, al Savannah, G. A., mai 1909.

7. G. Ficker: « Zur neuçsten Calvinliteratur, » dans la Theologisclie Rundschau, juillet 1909, p. 235-249; 245, a39i 33^

LE JUBILE DE I QOg ET LA THEOLOGIE DE CALVIN 42 1

M. le prolcsseur Mirbt observe que « de cet homme s'échappait à flots une vie spirituelle, qui saisissait, avec une puissance immédiate, ceux qui vivaient sous son influence.... L'humour lui était étrangère, comme le besoin de joie et de récréation [Freitde iimi Eiholiiiig) (?). Et cependant il n'était pas sans cœur '. » — M. le professeur Schubert dit: « En face de cette correspondance, on peut aussi peu conserver l'image d'un Calvin sans afl"ection que d'un Calvin roide (slarr) -. » — Le professeur Cornill dit : « C'est comme ami, que Calvin révèle toute la richesse de sa vie intérieure. Il est ici d'une délicatesse, d'une tendresse (Zarlheit tiud Inuigkcit) que l'on ne cherche pas du tout en lui. Il a eu aussi du cœur et du sentiment (Geiniilh) '. » — Le professeur Barth dit : « Ses lettres nous montrent que sa main de fer était dirigée par un cœur chaud, qui avait besoin d'affection '. » — M. le professeur Wernle, dans son introduction à la traduction allemande des lettres de Calvin, expose que Kampschulte et Cornélius lui avaient donné une fâcheuse idée de Calvin : « Quel ne fut pas mon étonnement, ajoute-t-il, lorsque, pour la première fois, je pris en main les lettres de cet homme, et me disposai à suivre sa vie, ses lettres à la main ^. » — Dans une autre étude, il ajoute : « Cependant, Calvin est aussi un homme avec un cœur chaud, humain, bien que ses ennemis ne voulussent voir en lui que l'avocat inhumain de la loi divine. Dans ses lettres on ne rencontre pas de mot plus fréquent que le mot bnmanitas, vraie humanité ". » — Le pasteur Lie. Iladorn dit : « Calvin avait deux f;ices. Il avait un visage d'airain et une volonté de fer, dès qu'il s'agissait de la chose de Dieu, et, avec cela, un cœur fondant comme la cire, aussi tendre que celui d'une femme, une conscience qui vibrait à l'intuition du péché le plus lilliputien, une âme pleine d'affection et d'intérêt pour ses amis, capable d'abriter en elle les chauds rayons de la joie humaine, et de les réfléchir au dehors, si bien qu'il est impossible de ne pas l'aimer ". »

Enfin, M. Rudolf Schwarz **, qui vient de traduire en allemand et d'éditer deux gros volumes de lettres de Calvin, qui a donc vécu longtemps dans son intimité, écrit : « Quand je le venoye » voir, écrit de Bèze dans sa Vie latine, encore qu'il me vist bien volontiers, si est-ce que » sachant les charges que j'avoye, il me donnoit assez à entendre qu'il ne vouloit point que son » particulier m'occupast en façon quelconques tellement qu'en prenant congé de moy, il m'a dit » quelquefois qu'il faisoit conscience de m'occuper tant soit peu, encores qu'il fust resjouy de me » voir ■'. » Dans ces mots de Bèze se trouve ce qu'il y a de plus caractéristique pour l'amitié de

1. D. Cari Mirbt, Professer an der Universitât Marbiirg, Joimnnes Calvin, 1909, p. 12, 17.

i. Hans von Schubert, Professer der Théologie in Heidclberg, Calvin, Rede bei der akademischen Calvin-Gcdachlnisfeier in der gr. Aula der Universitât Heidelberg, am 11 Juli 1909, p. 18.

.'t. D. D' Karl Heinrich Cornill, Geheimer Konsistorialrath, ordentlicher Professor der Théologie, wclllicher Vorsitzender des Presbjleriums der Hofkirche zu Breslau, Zit Jolianncs Calvins Gedâchiniss, 10 Juli 1909, Kedc am 26 Juni 1909, in der Elisabethkirche zu Breslau, bei der Calvinfeier des evangelischen Bundes, p. 15.

i. D. Fritz Barth, Professor der Kirchengeschichte an der Universitât Bern. Calvins Persônlichkcil und ihrc Wirkungen auf das geistige Leben der Neuzeit, 1909, p. 5.

.5. Nous nous rappelons le temps où notre critique des oeuvres do Kampschulte et de Cornélius était très mal rei,ue, non seulement par les adversaires de Calvin, mais par certains de ses amis. Et on nous faisait comprendre, en souriant, qu'à contester l'autoritë intangible des deux auteurs vieux-catholiques, nous risquions fort de compromettre notre autorité à nous. — On vient de voir ce que dit le professeur Wernle. Nous nous permettons de transcrire ici quelques lignes d'une lettre particulière que nous a adressée M. le professeur Kattenbusch, de Halle : « Chez nous, en Allemagne, Kampschulte, le vieux-catholique, qui était peu disposé naturellement à bien comprendre Calvin, a amené un jugement défavorable à Calvin. .Son opinion a passé longtemps pour canonique. » — Encore une légende qui .s'en va.

li. D' Wernle : « Johannes Calvin », dans les Monalsbliitler fur dvn evangelischen Religionstinlerricltl, juillet 1909, p. 193-212; p. 211.

7. Lie. theol. W. Hadorn, Pfarrer am Munster in Bern, « Calvins Bedeutung fiir die Gcschichic und das Leben der proteslanlischen Kirche », 1909. — Cité d'après la traduction de M. Correvon, pasteur à Francfort, p. 28.

8. Rudolf Schwarz, yo/ia«««5 Calvins Lebenswerk in seinen Brie/en, eine Auswahl von Briefen Calvins in deutschcr Ubersetzung, 1909, I. — Préface du professeur D. Paul Wernle, p. m.

9. Opéra XXI, p. 169. — Traduction de 1657, chez P. Chouet, p. 133,

APPENDICE

Qlvin. Il aimait ses amis, il avait à leur égard les plus délicates attentions, il ne voulait leur causer aucune peine, lui qui ne craignait aucune peine, et malgré cela l'amitié n'est pour lui jamais égoïste. A cause de lui, aucun ami ne doit se dérober à sa tâche ; l'amitié ne doit jamais être un obstacle à Dieu et à son règne. Les armes de Calvin ont un cœur, qui est offert à Dieu en sacrifice. Il a, dans sa vie, si bien justifié ces armes, il a tant sacrifié, que des hommes qui n'avaient pas sa grandeur ont cru qu'il n'avait pas un cœur comme les autres hommes '. »

L'Institution.

Comme dogmaticieli, Calvin provoque l'admiration de tous ceux qui l'ont étudié.

Le Rev. O. Dykes dit : « Aucune intelligence ne fut plus digne d'être appelée « impériale » que celle de Calvin -. » — Le professeur Hck dit : « L'Université de Genève a existé longtemps avant sa fondation. Elle n'avait eu jusque-là qu'un seul professeur, Jean (Calvin, mais lui seul fournissait le travail de toute une Faculté. On peut considérer que la science théologique protestante avait alors un triple domaine, l'Exégèse de la Bible, la Polémique, la Dogmatique. Dans ces trois domaines, Calvin est le maître incontesté à son époque et longtemps après son époque ■'. » — Le professeur Kattenbusch dit : « Calvin a été le dogmaticien le plus important de l'époque de la Réformatiqji et de l'ancien protestantisme. Il a largement joui de cet honneur; et il en jouira de nouveau quand la répugnance actuelle contre tout « dogme », dont on fait un croquemitaine, aura de nouveau disparu '. » — Le professeur Schulthess-Rechberg, de Zurich, dit : « Calvin est incontestablement l'esprit systématique le plus remarquable de l'époque de la Réforniation, et, jusqu'à Schleiermacher, il n'a pas trouvé de successeur digne de lui. Sans doute, son talent de systématisation est affaire de volonté autant que d'intelligence, c'est le pendant théorique de son talent d'organisation, que Calvin possédait au plus haut degré ''. » — Le protesseur Bavinck dit : « Calvin a été non pas le Platon, ou le saint Augustin, mais l'Aristote et le Thomas d'Aquin des Réformateurs ''. » — Le professeur Warfield cite un auteur catholique, le chanoine William Bary, qui dit: « Calvin est certainement le plus grand des théologiens, et peut-être, après saint Augustin, celui qui, parmi tous les théologiens occidentaux, a été suivi avec le plus de persistance par ses disciples. » Et le professeur Warfield dit lui-même : « Après trois siècles et demi, il conserve sans conteste la prééminence par ses traités dogmatiques. C'est, a dit Ritschl de V Institution, le chef-d'cvuvre de la théologie protestante ''. » — Le professeur C. Reed dit : « Quant à l'influence et à l'étendue de leur influence, deux théologiens seulement, dans l'histoire de l'Eglise, peuvent être placés à côté de Calvin, saint Augustin et Thomas d'Aquin**. »

1. Rudolf Schwarz: «Calvins Freundschaft », six articles, dans la Reformirle Kircheii-Zeilmtg, 1909, p. 133. (Voir p. 91, 97, 106, 114, 123, 130.) — 2. The Calvin CoDiiiiciiioralioii Meeting, Report ol the Speeches delivered at Marylebonc presbytcrian Church, London, on Friday, 7'h may, 1909. — Tlie Rev. J. Osvvald Dykes, D. D., Calvinism and Hoiv il prtparcd tlit Chtirch for Persécution, p. 26-33; p. 26. — .t. D. Samuel Eck, Professer in Giessen, Johann Calvin, Rede bei dcr Calvin-Feier der Universilât Giessen, igog, p. 18. — i. Ferdinand Kattenbusch : « Das bedeutendste Moment in Calvins Lehre, » dans Die christliche IVelt, N" 28, 1909, p. 653-655; p. 653. — .">. Schultliess-Rechberg, » Johannes Calvins Gedankenwclt ", Rcde zum Gcdâchtniss Calvins, gehalten am 3 Juli 1909, in dcr Aiila der Universitât Zurich, dans les Ziringliana, 1909, N° 2, p. 301. — (). Profcssor Bavinck, of the Free University, Amsterdam : «The leading Ideas of Calvin's Institutes,» dans The Calvin Commémoration Meeting, 1909, London, p. 19. — 7. H. Warfield, D. D., L. L. D., professer of Didactic and Polemic Thcology in the Theological Seminary at Princeton, N. J., John Calvin, the Man and his Work (rcprinted from the Methodist Qiiarterly Review, for october 1909), 1909, p. 198. — 8. Rev. Richard C. Reed, professeur au Columbia Seminary : « Calvin's Contribution to the Rcformation, » dans Calvin Mcnmrinl Addresses, delivered before the gênerai Assembly of the presbytcrian Church in the United States at Savannah, 1909, p. 19, 20.

«Sur V Instilution, M. B. Warfield a public une étude bibliographique très complète, avec f-icsimilés du titre et de la première page de la première (1536) et de la dernière (1559) édition, de l'Analyse {analysis) anglaise de Colonius (1628), et de la première édition anglaise par Norton (1561)'. — A noter les renseignements sur l'usage que l'on a fait de Vlnslitiiluvi en divers lieux: « François Junius recommande l'ouvrage à ses étudiants de Leyde et dit qu'il a lui-même consacré deux ans à son étude. Caspar Olévianus, à Heidelberg et Hersborn, mettait V liislituliou à la base de ses cours, consacrait un an à chacun des quatre livres. En Angleterre, les professeurs d'Oxford et de Cambridge faisaient de même. » — Quant au distique latin, souvent mis en tète des exemplaires de Vlnslilitlion : « Parmi les livres parus depuis la venue de Christ, les siècles n'en ont enfanté aucun qui lui soit comparable, » il est dû à Paul Thuri, réformateur et poète hongrois.

ni

L'origfinalité.

A quelles sources Calvin a-t-il puisé sa théologie et dans quelle mesure ? C'est-à-dire : dans quelle mesure la théologie de Calvin est-elle originale ? — C'est M. le professeur Lang qui a le plus étudié cette question - : i" On ne peut dire grand'chose de l'influence exercée sur Calvin par les idées réformées en France, celles de Le Fèvre, de Farel. Ces idées n'ont pas encore été suffisamment étudiées. — 2" L'Humanisme, avec Erasme et Le Fèvre, était devenu un Humanisme biblique. A cette école se forma en Calvin « le grand exégète ». Mais M. Lang ne va pas plus loin et blâme les « exagérations malheureuses » dans lesquelles sont tombés, comme nous l'avons vu, certains théologiens. « On a pensé, dit-il, que certains traits, qui sont des éléments caractéristiques de la piété calviniste, venaient de Platon, par l'intermédiaire d'Erasme.... Nous voyons dans l'appel au renoncement et dans la préoccupation eschatologique, toujours maintenus dans les limites évangéliques de la foi et de la justification par la foi, un très grand avantage de cette morale si sérieuse et si énergique. » — 3" Venant après les autres Réformateurs, Calvin n'a pas pu ignorer leurs œuvres. Au début, Calvin a paru être un « luthérien du Haut- Rhin ». Dans sa première Iiislitiiiion, si Calvin semble rarement faire allusion à un ouvrage de Zwingle, il se sert souvent des deux Catéchismes de Luther et du Traité sur la captivité de Babylone •*.

Ici, nous notons un fait fort curieux. Des théologiens très luthériens déclarent que Calvin a mieux compris le Luther primitif que les luthériens eux-mêmes ! Seeberg avait déjà dit : « Calvin a surtout montré sa profonde intelligence des intentions primitives de Luther*. » — Et Brieger ajoute : « Ici et là, et vraiment sur des points qui ne sont pas de petite importance, il a été un meilleur interprète de Luther que l'un quelconque des disciples immédiats et compagnons du Réformateur de Wittenberg '-. »

Cette déclaration, sous de telles plumes, est singulièrement curieuse. — On la retrouve ciiez le professeur de Zurich, SchuUhess-Rechberg : « Calvin a magnifiquement reproduit et développé

1. Benjamin B. Warfield, The Litcrary History of thc histitutes of the Clirisliaii Religion by John Calvin, 1909.

â. Lie. August Lang, Domprediger und Privatdozent in Halle a. S., Johannes Calvin, ein Lcbcnsbild zii scinem 400 Geburtstag, 190g, ch. III, p. 61, 94.

:!. M. Bohatec donne deux exemples typiques où le te.Kte de V Instiliilion de 1536 et celui du Petit catéchistiie de Luther concordent jusque dans les mots. « Calvins Vorsehungslelirc », von Lie. D' J. Bohatec, Inspektor des reformirtcn Kandidatenstifts in Elberfeld, dans le volume Calvinsliidien, Festschrift zum 400 Geburtstage Johann Calvins, untcr Redaktion von Lie. D' Bohatec, herausgegeben von der Reformirtcn Gemeinde Elberfeld, 1909, p. 392.

t. R. Seeberg, Leitrbuch dcr Dogmcngcschichie, II, p. 391. — -ï. Brieger, Die chrislliche Wclt, 1909, p. 651.

APPENDICE

l'Evan"ile de Luther relatif à lu grandeur et au bonheur de la foi, éclaircissant et approfondissant Luther par Luther'. »

Passons et revenons à l'étude de M. Lang.

4'' D'après lui, c'est Bucer qui a eu le plus d'inlluence sur Calvin, Bucer syncrétiste, zwini;licn. luthérien, et de nouveau zwinglien, Bucer, sous l'influence des anabaptistes nombreux et bien traités à Strasbourg : « De tous ces éléments, Bucer composa un système, qui dans ses profondeurs religieuses a plus d'une ressemblance avec le Puritanisme ou le Piétisme victorieux. » Les deux grands principes en étaient la Toute-puissance de Dieu et la Prédestination. Le système se trouvait dans le Commentaire sur les quatre Evau^iles (trois éditions: 1527, 1530, 1536), et dans le Commentaire sur les Romains, 1536: « Calvin s'est servi des deux commentaires pour la première et la seconde édition de son Institution. Seulement, il a élevé ces idées à un plus haut degré de clarté, de conséquence et de précision -. » — ■ « Calvin mélange ou plutôt fond en une unité spéciale des éléments qu'il emprunte à Luther et à Bucer. » « Souvent, sous sa main, ce qui était ancien devient nouveau et puissant •'. »

Nous ne discutons pas ces idées de M. Lang. Nous les acceptons au contraire dans leur ensemble, avec la plupart des auteurs, bien que nous devions noter les observations présentées par M. le professeur A. Dorncr et M. le professeur Holl. M. Dorner dit : « C'est la tendance actuelle, de réduire au minimum les rapports entre Calvin et Zwingle. Il est incontestable que, sur plus d'un point, Calvin est plus rapproché de Luther que de Zwingle, en particulier pour ce qui concerne le péché, la coulpe, la délivrance de la coulpe par la réconciliation, etc. D'un autre côté, sa tendance de tout rapporter directement à Dieu, sa conception plus spiritualiste de la religion, sa conception de la toute-puissance de Dieu, etc., le rapprochent de Zwingle plus que de Luther.... Calvin est un esprit original, et représente un type original de la Réformation. Ce n'est point un compilateur K » — M. le professeur Holl dit : « R. Seeberg et A. Lang, dans des travaux indépendants l'un de l'autre, ont attiré l'attention sur les rapports étroits entre les idées de Calvin et celles de Bucer. Ces travaux sont précieux, et spécialement celui de Lang. Et, cependant, j'ai des doutes quant à l'influence directe de Bucer sur Calvin pendant les années décisives. Cette influence aurait dû s'exercer avant 1535, 1536. Car, dans la première édition de VInstitulion et dans le premier Catéchisme, la pensée propre de Calvin parait tout à fait précisée. Evidemment, il est possible que Calvin eût étudié auparavant Bucer en France; possible, mais pas sûrement démontrable, malgré la belle découverte de Lang relative au discours de Cop. En tout cas, la doctrine de Calvin sur la prédestination s'explique complètement par Augustin et Luther. Dans toute cette question, il ne faut pas oublier combien étroitement liées ensemble étaient; au début de la Réformation, la doctrine de la Prédestination et la doctrine de la Justification, et quelle importance a eu l'influence d'Augustin à côté de celle de Luther. C'est un point à considérer, surtout pour Calvin. Celui-ci a beaucoup emprunté à l'écrit d'Augustin, alors très répandu : De spirilu et litera, et ce qu'il a pris au grand docteur, on est tenté de le considérer comme venant de Bucer ou même des anabaptistes •'. »

1. Schulthess-Rechberg, p. 306. — i. « En définitive, l'importance mondiale de la religiosité el de la théologie de Calvin réside en ceci qu'il est le plus ancien, le plus profond et le plus grand représentant d'une tendance moyenne conciliatrice. » Prof. A. Lang . « Die weltgeschichtliche Bedcutung Calvins und des Calvinismus, » dans la Moiialskorrespondtns fur die Milgtieder des evangelischen Blindes, juillet 1909, p. 147-154. — 3. Voir Paul Lobstein : « Zu Calvins Aufenthalt in Strassburg, » dans Die clirislliclie tFell, p. 662, 663 : « Les intuitions créatrices de Luther, les claires connaissances de Zwingle, les riches excitations de Bucer, Calvin les a pétries en un organisme de principes dogmatiques, » p. 663. — '1. A. Dorner, p. 21, n. 34. Joliannes Calvin, Rede gchalten am 18. Januar 1910 in der Aula der Universitàl KOnigsberg. — .5. D' Karl Holl, Professor der Kircliengeschichtc, Joliannes Calvin. Rede zur Feier des 400 Wiederkehr des Geburtstagcs Calvins, gehalten in der Aula der Kûnig Friederich-Wilhelms-Universitât zu Berlin am 10 Juli 1909, p. 47, n. 15.

Mais, dans leur ensemble, les affirmations de M. Lang suffisent pour assurer l'originalité de Calvin. Car si le corps simple, tiré directement, et pour la première fois, du sein de la terre est original, non moins — quoique autrement — original est le corps composé par le chimiste de génie, qui, fondant ensemble, dans certaines proportions et par certains procédés, des corps connus, crée un corps nouveau, possédant des propriétés étrangères à tous les corps qu'il a combinés.

Un auteur américain dit : « Dans ce cas, comme souvent en chimie, la combinaison de deux éléments donne un résultat qui diffère de chacun de ces éléments pris à part. Le chlorure de sodium ne ressemble ni au chlore, ni au sodium, mais est un agréable composé des deux, connu sous le nom vulgaire de sel '. »

Le professeur Schulthess-Rechberg dit : « Deux dizaines d'années après eux parut Calvin, saisi par Luther, excité par Zwingle, mais pas un simple disciple : un initiateur indépendant pour la pensée et la vie de son temps, et plus important que ses prédécesseurs par son influence mondiale -. » — Le Rev. W'olcott Calkins dit : « Le calvinisme de Calvin était sa propre et imposante personnalité.... Les « cinq points » du calvinisme (corruption totale, prédestination, expiation pour les élus seuls, grâce irrésistible et persévérance des saints) .sont les cinq points de l'Augustinisme.... Calvin n'inventa aucun d'eux.... Le foit est incontestable: il n'y a en eux d'autre calvinisme original que l'usage qu'en a fait (Calvin; c'était un coup de génie ■*. » — Le professeur Schubert dit : « Bucer avait surtout parlé de l'honneur de Dieu; mais, comme toutes les autres, cette idée acquiert chez Calvin un contenu nouveau.... Calvin ne traduisit pas seulement Bucer en français, il le traduisit en énergie virile *. » — Le professeur Mirbt dit : « Ce qui est décisif, c'est que Calvin a fait, par un travail personnel, des idées réformatrices essentielles, un tout un, et a puisé dans son christianisme la force et les règles de toute son action ''. » — M. Kattenbusch dit: « Luther voit la majesté de l'amour divin; Calvin voit partout l'amour de la majesté divine, et il a introduit ainsi dans la pensée de la justification un élément de rudesse {Herbheil), dont elle ne peut se passer ". »

Le professeur Holl dit : « La construction suit de très près les Qilirhisiiics de Luther,... mais, malgré toute cette dépendance, Vliisliliilioii tait l'effet d'un essai original,... et Calvin créa un type nouveau et pieux de piété protestante '. » — Le professeur Trœltsch dit : « Les principes de Luther sont les principes de Calvin, » mais développés d'une certaine foçon, non pas insignifiante, mais de la plus haute importance. « L'idée religieuse du protestantisme est dirigée dans un tout autre canal. » Calvin « fut plus qu'un simple élève et successeur » de Luther. Et après avoir parlé du luthéranisme de Bucer, et tout particulièrement des anabaptistes de Marbourg, Trœltsch conclut : « Le pouvoir exceptionnel de discernement et la force de sa volonté l'ont rendu capable d'unir ces tendances en un tout avec la conception luthérienne de la justification et avec le dogme de la prédestination qui jaillissent de sa conscience religieuse, absolument personnelle. Il n'a pas évité toutes les contradictions, toutes les tensions, mais il a créé l'impression dominatrice d'une solennelle (tremendous) unité d'esprit et de volonté **. » — Le professeur Wernle dit : « Il sortit de ce livre (Ylnsliliilioii) un type de pensée chrétienne nouveau et très précis ; pas simplement le type luthérien, quoique la doctrine luthérienne de la justification soit fidèlement enseignée, encore moins le type zwinglien, malgré le radicalisme dans le culte et la doctrine plus libre sur la .sainte

1. N. Calviiiism and Darwinisiu, dans The Bibliolheca sacra, a religions and sociological Quartely oct. 1909, p. 688.

2. Schulthess-Rechberg, p. 290. — •'*. Rev. WolcoU Calkins: «John Calvins Calvinism,» dans The Bibliolheca sacra, octob^e 1909, p. 676, 677. - i. Schubert, p. 21, 24. — •'>. Mirbt, p. 17. - 0. Kattenbuscli, Die chrisiliche Well, 190g, p. 654. - T. Karl Holl, p. 5. — 8. Professer Trœltsch : » Calvin and Calvinism, » dans The Ilibbert Journal, octobre 1909, p. 102-121; p. 103, 105, 121.

JEAN CALVIN IV 54

APPENDICE

cène, mais précisément le calvinisme, caractérisé visiblement par trois idées : sa foi à l:i Prédestination, son iiéroïsme et son rigorisme moral; enfin sa conception de l'Eglise '. »

Le professeur Warfield dit: « S'il ne lui fut pas possible de donner au monde une doctrine aussi capable de le révolutionner que la doctrine de la justification par la foi seule, les contributions de sa pensée féconde au progrès doctrinal n'ont été ni peu nombreuses, ni peu importantes. 11 a fiiit époque dans l'histoire de la doctrine de la Trinité. Son insistance sur la « propre exis- » tence », comme attribut du l'ils et du Saint-Esprit, aussi bien que du Père, chassa tous les restes de subordinatianisme, et assura à l'Eglise une profonde conscience de la co-égalité des trois personnes divines. Il présenta l'œuvre du Christ sous ses trois faces, avec ses trois charges : prophète, sacrificateur et roi-. Il créa toute la discipline de l'Ethique. Et surtout il donna à l'Eglise la doctrine entière de l'œuvre du Saint-Esprit,... ce qui fait de lui le théologien du Saint-F.sprit, comme saint Augustin est le théologien de la Grâce, Anselme le théologien de l'Expiation, Luther le théologien de la Justification ^. »

M. Warfield a développé cette idée importante dans un discours intitulé « J. Calvin, le théologien » : « On nous a dit, par exemple, que Calvin raisonne sur les attributs de Dieu tout à fait comme il raisonnerait sur les propriétés d'un liianglc. Il ne saurait y avoir de plus grossière erreur. Le théologien spéculatif de la Réformation a été Zwingle et non Calvin. Le théologien scolastique parmi les anciens réformés a été Pierre Martyr, et non Calvin. C'était l'opinion des contemporains. « Les deux plus excellents théologiens de notre temps, remarque Joseph Scaliger, sont Jean Calvin et Pierre Martyr; le premier a traité les saintes Ecritures comme elles doivent être traitées, avec sincérité, je pense, et pureté et simplicité; sans aucune subtilité scolastique. Pierre Martyr, parce qu'il lui semblait qu'il avait à combattre les sophistes, les a attaqués sophistiqucment, et les a battus avec leurs propres armes....» La méthode de Calvin est constamment, rigoureusement, quelqu'un pourrait dire d'une façon exagérée, a posteriori. Tout raisonnement a priori est non seulement évité, mais vigoureusement repoussé; son instrument de recherclie n'est pas l'amplification logique, mais l'investigation exégétique. En un mot il fut spécialement un théologien biblique, ou, laissez-nous le dire franchement, il fut le théologien biblique de son époque.... Calvin parle avec impatience de la théologie spéculative, que nous pourrions appeler inférentielle; et, en conséquence, il a été appelé, avec impatience, par des historiens modernes de la pensée, un « simple théologien biblique ». On a dit de lui, par exemple, qu'il n'a pas une doctrine de Dieu, comme Zwingle en a une. Le reproche, si c'est un reproche, est juste. Calvin refusait d'aller plus loin qu'il « n'est écrit ».... Sa théologie, s'il y a jamais eu une tliéologie du cœur, a été tout spécialement une théologie du cœur; et en lui la maxime que c'est le cœur qui fait le théologien a peut-être trouvé sa plus éminente illustration.... Ce n'est point seulement par habileté de discussion que Calvin laisse de côté la prédestination, quand il parle de la doctrine de Dieu et de la Providence, et qu'il la réserve pour le moment où il parlera du salut.... Ce qui est l'objet de son intérêt le plus intense, c'est l'application du salut, apporté par Christ à l'âme du pécheur, en un mot ce que l'école appelle Vordo salmis. On lui en a fait parfois un reproche, et on a dit que le défaut de Vliistilutioii est d'être un traité de science théologique, dont le caractère est subjectif En tout cas, le résultat de Vliislilulioii a bien été de faire de Calvin le théologien, par excellence, du Saint-Esprit.... C'est lui qui le premier a rapporté toute l'expérience du salut à l'œuvre du Saint-Esprit, qui l'a décrite, qui l'a contemplée dans tous ses détails, à tous ses moments, dans son progrès régulier, comme l'œuvre du Saint-Esprit, spécifiquement appliquée au

^. "Originale est la claire exposition par Calvin de la doctrine des trois charges de Christ, pour représenter la plénitude de son œuvre. • P. Tschackerl, p. 392. — 1'. P. Wcrnle, Monatsblallcr, p. 204. — :t. John Warfield, Calviv, tlie Mail nttii /lis IVorbf p. 20.

LE JUBILK DE I QOg ET I.A THÉOLOGIE DE CALVIN 427

salut de l'âme. Ainsi il a donné une expression systématique à toute la doctrine du Saint-Esprit, et en a assuré la possession à l'Eglise de Dieu.... L'Imliltilion est un traité sur l'œuvre de Dieu, le Saint-Esprit, faisant connaître Dieu-Sauveur à l'homme pécheur, et mettant l'homme pécheur en communion sainte avec Dieu : aussi V Institution s'ouvre-t-elle par la doctrine du tcstimoitium spiritns sancti, une autre de ces doctrines fécondes que l'Eglise doit à Calvin.... Et c'est là probablement la plus grande contribution de Calvin au développement théologique. Dans ses mains, pour la première fois dans l'histoire de l'Eglise, la doctrine du Saint-Esprit a eu la place qui lui est due '. »

C'est une note discordante que, de nouveau, veut fiùre entendre M. le professeur Th. Briegcr. D'après lui, Calvin n'est pas original : « On cherche en vain chez lui des idées neuves, grandes, créatrices. » Sa théocratie? « rechute dans le moyen âge. » Sa discipline? « austérité presque monacale. » — Mais après cela, M. Brieger reconnaît que ce Calvin a communiqué à la Réforme des forces nouvelles pour l'attaque et la conquête. Il essaie bien immédiatement de dire que ce sont des « idées anciennes ». Mais il est obligé d'avouer qu'elles sont « en partie infléchies rti^um Teil iiiiigebogeii). VoWà certainement d'ingénieux euphémismes! Et, en définitive, Calvin a <( rempli avec des forces nouvelles (///// iieiien Kiàflen) les idées transformées (bei ihrer Uinzvandliing). » — Ces aveux, certes, peuvent nous suffire. Car, si l'on voulait discuter, on pourrait se demander ce qui est le plus grand d'apporter de nouvelles idées ou de nouvelles forces (à supposer que forces et idées soient séparables). Mais pareilles discussions, qui cherchent à établir la supériorité de Luther sur Calvin ou de Calvin sur Luther, nous paraissent inutiles, et, personnellement, nous répugnent -. — « Le plus grand, dit M. Ed. Simons, est et reste Luther ■'. » — A notre avis, le plus grand n'est pas Luther, comme le plus grand n'est pas Calvin. A quoi bon vouloir prouver que le plus gntnd, c'est l'aigle, le roi des airs, ou bien le lion, le roi des déserts? Ce sont deux majestés égales et originales : elles ne se comparent pas. On les admire également toutes deux, et on s'incline devant elles avec reconnaissance.

La doctrine de Dieu '.

Calvin a été surnommé le théologien, parce qu'il apparut à ses contemporains comme celui qui savait le mieux poser les vrais principes de la théologie chrétienne, les élucider, les discuter, les systématiser. — En un sens plus simple et plus profond encore, il mérite d'être appelé

I. John Calvin Ihcologian. Address delivcrcd belore the Ninth gênerai Council of llie Alliance of the rcformed Churches throughout the World, holding the prcsbyterian System, New- York, 17 juin 1909; — dans le volume Calvin as a Tlieologian and Calvinisnt to-day, igog, p. 9-17.

i. G. Ficker, (Theologische Rundschau, 1909), dit: «Luther se montre ici aussi comme le plus libre cl le plus grand tles deux, » p. 240.

:î. D. Eduard Simons, A. G., Professer an der Universitàt Berlin, Ein Vcrmiichinis Calvins an die dtiilsch-evangtlischen Kirchen, Vortrag bei der Hauptversammiung der deutschen Lutherstiftung in Langenberg (Rhcinland) am 6 Juli 1909, p. 4. — Un exemple de ces comparaisons regrettables est fourni par l'article du' professeur J. A. Singmastcr: « Luther and Calvin, » dans The lutheran Quarteily, octobre 1909, p. 566.575. — Fort dangereuses aussi sont les simplifications du genre de celle-ci: « Luther, l'homme de l'amour {of love); Zwinglc, l'homme de la lumière (0/ lighl); Calvin, l'homme de la loi (of laïf). » Love, Light, Law, sont trois mots qui commencent chacun par L, mais la Providence, l'Histoire et la Nature font-elles vraiment de ces jeux de lettres? Pour les justifier, on risque fort de violenter la nature et l'histoire. Notre auteur soutient que Calvin, «dans toutes ses prières, s'adressait au Roi tout-puissant, jamais à un Père céleste (fiever a heavenly Falher). » Rev. H. M. J. Klein : « John Calvin, the Man, » dans The Reformed Church Revieil', p. 145, 161. — Et la confession des péchés? Pèie Eternel et Tout puissant, etc.

i. Signalons la récente thèse de licence de M. le pasteur Victor Monod, Le probTcnie de Dieu et la théologie chrétienne depuis la Réforme, 1910. . Le problème de Dieu, c'est-à-dire la manière dont la raison et la conscience humaines

U Ihiologicn. Qir si la th6ologic est, d'après son nom niCnic, la science de Diai, aucun théolos^ien, depuis les temps passés jusqu'aux temps actuels, n'a donné dans son système une telle place à la doctrine de Dieu. Nous l'avons dit, la doctrine de Dieu, c'est tout son système.

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