I. THHOCliNTKISMi
Le pasteur Calaminus dit : « Le principe vivant du calvinisme n'est pas sa croyance i\uticulière à l'Ecriture sainte, n'est pas même sa foi à la Prédestination. Il faut remonter au del.'i de ces deux principes pour arriver à la cause dernière qui est l'idée de Dieu.... La force vivante du calvinisme était dans le sentiment du Dieu que le calvinisme apprenait à ses partisans à con- „.iitre '. » — Le professeur Holl dit: « L'importance du travail tliéologique de Calvin git précisément dans l'énergie avec laquelle il a mis la doctrine de Dieu au centre -. Chaque problème particulier aboutit chez Calvin à l'idée de Dieu.... Il ne peut pas résoudre toutes les énigmes que contient son idée de Dieu. Il ne le veut du reste pas. Zwingle est, pour lui, l'exemple eHVayant d'un théologien qui sacrifie à l'amour de l'unité logique des éléments imprescriptibles des choses. Il s'arrête plutôt à la réalité brutale, sans essayer de la surmonter par la spéculation ■•. » — M. le professeur Wernle dit : « Chez Calvin, il est clair que toute la religion tourne autour de Dieu comme de son centre. Dieu doit-il être au centre ou l'homme ^? »— A noter cette appréciation de Emile Sulze: « Calvin ne s'est pas élevé à notre foi en Dieu (Gollcsglaiibeii). » Cependant « la foi en Dieu avait pour lui une importance plus indépendante qu'elle ne l'avait dans la vie ecclésiastique de son époque. Sur ce point il est le plus moderne des Réformateurs. Mais nous, qui trouvons Dieu avec Christ en nous, nous avons surmonte ce qu'il y a de dur dans la toi en Dieu
de Calvin"'. »
M. Bohatec, dans son étude sur la Providence, souligne tout spécialement ce grand lait du caractère ihcoceiilriquc de la théologie de Calvin : « La doctrine de la Providence servait seulement à la scolastique, pour expliquer rationnellement la nature et le monde. C'était une partie essentielle de la philosophie de la nature d'Aristote.... Calvin rompt délibérément avec cet intellectualisme spéculatif, avec cette froide spéculation de la scolastique ". » — « Par le fondement biblique qu'il donne à la doctrine de la Providence, il assure le caractère historique de la foi à la Providence. Dans une Révélation historique, le Dieu Tout-Puissant se montre à nous comme un Père qui veille sur nous. Mais le même Dieu nous conduit par son Saint-Esprit, donc par une direction personnelle à sa Parole historique, pour que nous l'y trouvions lui et sa volonté '. » — « La conception de Calvin est irrémédiablement opposée à tout Aiithropoceiilrisine, dans lequel tout, même Dieu, est moyen pour un but ^ »
peuvent se représenter la divinité, est aussi ancien que la pensée elle-même. Mais il semble que la question soit très particulièrement à l'ordre du jour des préoccupations contemporaines,!, p. i. Voir, en note, la littérature du sujet. M. Victor Monod consacre à l'étude de l'idée de Dieu dans le calvinisme, les pages 11-98.
1. J. Calaminus, Synodalvikar in Mœrs a. Rh. « Die geschichtliche Bedeutung des Calvinismus » dans la Rc/ormirle Kirrhtti-Ztilnng, 1909, p. 362.
i. Dans une lettre à un curé, Calvin écrit : « Le premier point de la chrcstienté est d'adorer Dieu. » Oiicia XI, p. 486. - ;i. Karl Holl, p. 8.
\. Prof. D' Wernle : « Calvins Bedeutung fur die Gcgenwart, » dans les Verhandlungcn der Schweiserischen reformirttn Prtdigergesellscliafl, in Saint-Gallen, 14, 15, 16 juin 1909, p. 32-66, 67-91 ; 53, 57. - 11 y a lieu de voir les développements que M. Wernle a donnés à cette idée, et la discussion qui s'en est suivie dans la conférence pastorale. M. le professeur D' Mcyer, de Zurich, a préconisé une théologie anthropocentrique ; M. le professeur Wernle a soutenu le bon droit de la théologie théocentrique. Voir Ibid., p. 80 et ss., et 88 et ss.
.S. Emil Sulze, « Calvins Bedeutung in der Geschichte des Chrislcntums», dans les Ptolestaiilischr Moiiatsheflc 1909, p. aai. - fi. I.ic. D' J. Bohatek, « Calvins Vorsehungslehre, » dans le volume publié par l'Eglise réformée d'Elberfeld, Calvinsludien, p. 344, 348. - 7. Bohatek, p. 35a. — H. Ibid., p. 386.
Quel est en effet le but de lu religion ?
La réponse à cette étrange et grande question divise en deux les théologies. La théologie anthropocentrique répond: le salut de l'homme ; la théologie théocentrique de Calvin répond : l'honneur de Dieu. « Nous apprendrons, dit M. Bohatec, à apprécier cette idée de but, si méconnue chez Calvin, en la comparant à celle de Zwingle. Pour Zwingle, le but absolu et le plus intime du travail de Dieu est le salut. Zwingle veut, comme Augustin, seulement jouir de Dieu, et c'est seulement comme moyen de cette jouissance que la connaissance de Dieu lui est nécessaire : « Dieu » a engendré les hommes pour cela seul {ad hoc itniim), qu'ils se réjouissent [frucrenltir) de sa » libéralité. » — « Si Dieu n'avait pas voulu que ses œuvres jouissent i J'niereiitur) de lui, jamais » il ne les aur.iit tirées du néant.... Pourquoi les a-t-il créées? Pour qu'elles jouissent {frucrailiii) » de leur créateur '. » Pour Zwingle, la reconnaissance de la gloire de Dieu est le moyen, le bonheur de l'homme est le but. Pour Calvin, au contraire, le but absolu est l'honneur de Dieu, le salut de l'homme s'ensuit -. » — « Ce qui caractérise cette doctrine de la Providence, c'est l'unité forte, originale, qui est accentuée par le caractère théocentrique dominant •'. »
Et M. le professeur Wernle conclut : « Je pense que, si on donne raison à Calvin sur ce point (caractère théocentrique de sa théologie), on lui donne aussi raison sur tous les autres points principaux, non pas dans la manière de formuler (l'onnnliriiii^en) les idées, mais quant au fond {Kern) de ces idées ^ »
Parmi les publications du Jubilé, il faut au moins noter un ouvrage qui ne nomme ni Calvin, ni son Iiistiliilioii, et qui nous paraît cependant une des principales contributions à l'étude de la théologie calviniste : la Théoloi^ie ihcocenlriqiic du professeur Erich Schx'der, de Kiel.
L'auteur montre comment depuis Schleiermacher toute la théologie est devenue plus ou moins anthropocentrique. Le « réformateur de la théologie » a lié la théologie dogmatique à une expérience {Erlebniss) personnelle. La théologie est la « doctrine de la foi » (Glanbenslebre). C'est très bien. Mais l'expérience {Erfabning) de la foi, selon Schleiermacher, n'est pas une expérience (Erkhniss) directe de Dieu. Le sentiment de la dépendance absolue est « un sentiment immédiat de soi-même » (uiimitlelbares Selbstbewitslsein), ce qui ouvre le champ à d'utiles recherches psychologiques. Puis du sentiment du moi, par la loi de causalité, Schleiermacher passe à Dieu. Mais la religion n'est pas la chimie, et la loi de causalité est ici insuffisante : il y a plus dans la cause que dans l'effet. La « doctrine de la foi » est réduite « à l'analyse de la piété chrétienne » (die Analyse der christlkben Frôimnigkeit). Et le professeur Schicder dit: «Schleiermacher pourrait renoncer dans sa théologie à parler de Dieu. Il pourrait se borner à ses descriptions de la piété humaine, à ses réflexions religioso-psychologiques. Il pourrait faire une théologie qui, selon l'expression si connue de Paul Jager, non pas ne sent rien de Dieu, mais ne parle pas de Dieu ^ »
L'influence de cette théologie anthropocentrique s'est fait sentir sur les théologiens d'Erlangen, von Hofmann et Franck. Elle a été accrue par Ritschl et ses jugements de valeur 1 de valeur pour qui? pour l'homme)". Et la théologie anthropocentrique fête aujourd'hui son triomphe dans l'école dite « de la méthode historico-religieuse. » — « La théologie, en principe, n'a plus affaire avec Dieu dans l'histoire, pas même en face du Christ ; elle n'a affaire qu'avec ce qui est relatif et humain : la théologie devient tout naturellement l'étude de l'histoire humaine de la religion '. »
Schivder conclut : Schleiermacher a méconnu le tacteur historique de la Pr.role de Dieu, et
I. Voir Z,ri„!r!ii Opéra. III, p. .63, .65, 98, 99- - ^- Bohatek, p. 385- - ^- Ibid., p. 436. - '•• I'- Wrrnlr, un Saint- Gall), p. 60. - ••;. D. Erich Scha;der, Professer der Théologie in Kiel, Theozentrischc Théologie, Einc Unlcrsucliung zur dogmatischen Prinzipienlehre. Erster, geschichtlicher Teil (a seul paru), 1909, p. 18. - f,. /W., p. 139 - '■ '!'><*•■ P- '^-
APPENDICE
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le lacteur extra-historique de l'Esprit de Dieu, qui donne -sa puissance actuelle au contenu Farole. « La question de l'Esprit est la question centrale de la théologie. On est théologien dans la mesure où l'on peut parler du rapport actuel, vivant avec Dieu et avec Christ par la foi. Pour cela il faut une doctrine de l'Esprit, une confession de l'Esprit '. » — Et le programme de cette théologie nécessaire à notre époque n'est-ce pas celui qu'a réalisé Calvin, le théologien théocentrique par excellence, que M. Warfield déclare mériter le nom de théologien du Saint- Esprit ?