Le mir.\cle
Le professeur Warfield dit: « Dieu remplit tout l'horizon du sentiment et de la pensée du calviniste. Une conséquence c'est le supranaturalisme qui éclaire sa conscience religieuse et sa construction dogmatique. Le calvinisme pourrait être défini comme une tendance à rendre justice au surnaturel immédiat, soit dans la première soit dans la seconde création. La force et la pureté
I. Ll. Erich Schitder, Ibid., p. 10. - i. licnj.imin B. Warfield : « Calvin's Doctrine of God, » dans le The Princclon Thtologicat Revieii', juillet 1909, p. 381-436. — -t. Ibitl., p. 380. - '1. Ibid., p. 383. - ^. Ibid., p. 396, 397.
f». Ibid., p. 402. - « Calvin va rcgrcssivemcnt de la cerlitude de la grâce de Dieu en Christ à sa source et son origine. Il s'élève de la créature au créateur, du temporel à l'éternel, du visible à l'invisible, des contingences passagères au conseil immuable du Seigneur. > Bavinck, The leading Ideas, p. 21.
7. D' lames D. Moffat: « Influence of Calvin on religions Thought,» dans The Aiihiirn Sciiiiitaiy Record, juillet 1909, p. 157. — 8. Schullhcss-Rcchbcrg, p. 302. — ".'. Ibid., p. 303.
avec laquelle le calvinisme saisit le fait surnaturel, qui est Dieu, cloicne tout embarras en face de la présence de l'acte surnaturel, qui est le miracle. ' »
Le Lie. Bohatec dit : " Calvin n'a pas conscience du problème actuel soulevé par le miracle. Les miracles ont pour lui une signification pratique -. » — Nous avons parlé de la conception de Calvin sur le rapport de la cause première et des causes secondes. M. Bohatec signale un exemple qu'il croit unique, et que pour cette raison nous allons examiner à notre tour. Il s'agit de l'apparition du ricin, du ver et du vent, dont le livre de Jonas parle chap. IV, v. 6, 7 et 8 •'.
« Il n'y a point de difficulté, dit Calvin, que ceste verdure creust en un instant roiilre l'ordre de miliire pour faire ombrage à la loge de Jonas.... Au reste, il nous faut entendre que toutesfois et quantes que Dieu besongnc par dessus l'ordre de iialiire, néantmoins // se riiii i;e toiisjoiirs, laiil qu'il peu!, à l'ordre nalurel. Cela n'est pas tousjours vray : si est-ce toutesfois que nous trouverons que Dieu a le plus souvent besongné en telle sorte, qu'en surmonlaitl le cours de nature, il ne s'en est guères esloigné. Comme, pour exemple, quand il voulut amasser ensemble un grand monceau de cailles pour donner de la ciiair à son peuple, il lîst lever un vent oriental. Or combien de fois les vents orientaux ont-ils soufflé sans amener telle quantité d'oiseaux ? Cela donc a esté un miracle. Cependant toutesfois Dieu n'a point voulu mespriser du tout le secours naturel, en sorte qu'il s'est servi du vent, jaçoit que naturellement ce vent ne pouvoit pas de soy amener les cailles.... [Quant au] « ver préparé », cela demeure tousjours véritable que la morsure d'un petit vermiceau est gouvernée par le conseil de Dieu.... [De même] les vents ne s'eslèvent pas de leur propre mouvement, ou à l'aventure, mais Dieu les suscite. Vray est qu'// se trouvera bien des causes naturelles pourquoy l'air est tantost coy et tantost troublé de la tempeste et impétuosité des vents, mais Dieu gouverne toutes ces causes moyennes, de telle sorte que cela demeure tousjours véritable, que Nature n'est point un mouvement gouverné à l'aventure, mais une loy establie par l'ordonnance de Dieu.... Il y a seulement ceste différence que toutes les œuvres de Dieu, qui retiennent un cours égal, sortissent le nom de Nature, et les miracles, esquels Dieu change le cours de nature ordinaire, ne retiennent pas ce nom de Nature, mais seulement viennent de Dieu qui en est l'autheur '. »
Evidemment, il n'y a point, dans ces lignes, de théorie : la question du miracle proprement dit n'eit pas posée pour Calvin. Mais Calvin manifeste une singulière préoccupation de l'ordre de la nature, des lois naturelles, et une tendance à considérer ce qui paraît « contre l'ordre de la nature, » comme étant seulement « par dessus l'ordre de la nature, » comme « surmontant le cours ordinaire de la nature. » Toutes ces expressions sont pour lui synonymes. Le miracle lui semble moins une « violation » des lois naturelles, qu'un usage extraordinaire « des causes naturelles », de « l'ordre naturel », que Dieu ne veut pas « mépriser », mais auxquels il se « range toujours autant qu'il le peut. »
Et tout cela est suggestif.